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Pas de panique !!!
Je prends une pilule de 3e ou 4e génération. Dois-je l’arrêter ? Puis-je la poursuivre ?
par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)
Article du 19 janvier 2013

Bonjour
Vous prenez une pilule contraceptive et vous êtes un peu inquiète. Je le comprends.

Afin que vous ne soyez pas obligée de lire toute la presse consacrée aux pilules de 3e et 4e génération pour vous faire une idée de ce qui se passe, voici un résumé de ce qu’il faut savoir et faire en pratique, pour savoir si vous en prenez une, et savoir si vous devez ou non en changer.

Comme nous y invite très justement le Planning Familial, il ne s’agit pas de diaboliser toutes les pilules et d’en faire une question de "spécialistes", malgré le bruit que provoque le débat actuel sur les pilules de 3e et 4e génération. Toutefois, la pratique plus que désinvolte d’un trop grand nombre de médecins leur a fait oublier que certaines pilules ne devraient pas être prescrites comme première contraception.

Car le risque est alors élevé de voir survenir un accident thrombo-embolique (caillot dans une veine, ou une artère ; phlébite ou accident vasculaire cérébral).

Cela dit, avant de vous précipiter chez un médecin ou chez une sage-femme libérale, souvenez-vous de ceci :

1° le risque d’accident vasculaire avec TOUTES les pilules est inférieur au risque vasculaire pendant une grossesse. Bien sûr ce n’est pas comparable (une grossesse est un risque assumé) mais rappelez-vous que le risque est faible...

2° les femmes les plus exposées sont celles :

- dont c’est la première pilule contenant des estrogènes ET qui la prennent depuis moins de 2 ans

OU

- qui ont plus de 35 ans et/ou fument

Pour le reste, voici la marche à suivre, en termes simples et intelligibles (Faites passer l’info !!!).

NB : Les recommandations qui suivent valent pour les utilisatrices d’anneau vaginal (Nuvaring) et de patch (Evra) qui contiennent les mêmes associations médicamenteuses que les pilules de 3e génération.

JE PRENDS TELLE PILULE. C’EST UNE PILULE DE QUELLE GENERATION ?

Pour avoir la réponse, allez consulter le tableau de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) :

Dans ce tableau, les pilules "à risque" pour certaines femmes (voir ci-dessous) sont celles des cadres bleu et orange, pages 1 et 2.

Attention 1 : lorsque vous prenez une pilule progestative seule (page 3 du document de l’ANSM) vous ne courez aucun risque thrombo-embolique. En effet, seules les pilules qui contiennent un estrogène (le plus souvent l’éthynil-estradiol, indiqué par "EE" dans le tableau, associé à un progestatif de 2e, 3e ou 4e génération) font courir un risque, car c’est l’estrogène qui favorise les accidents. Les pilules de la page 3 ne contiennent pas d’estrogène.

Attention 2 : Dans un document similaire du Planning Familial, les pilules estro-progestatives et progestatives sont mélangées, ce qui est source de confusion.

Pour reconnaître les pilules sans estrogène dans ce second tableau, il faut regarder la colonne de droite. On peut y lire "tel progestatif seul" – ce qui veut dire qu’il s’agit d’une pilule sans estrogène. Peu importe qu’elle soit dans le tableau "2e", "3e" ou "4e" génération, le fait qu’elles ne contiennent pas d’estrogène fait de ces pilules à "progestatif seul" des contraceptions sans danger.

SI MA PILULE FAIT PARTIE DES 3E ET 4E GENERATION, DOIS-JE L’ARRETER OU EN CHANGER ?

NB : Les recommandations valent pour les utilisatrices d’anneau vaginal (Nuvaring) et de patch (Evra) qui contiennent les mêmes associations médicamenteuses que les pilules de 3e génération.

Il y a plusieurs cas possibles :

- C’est votre première pilule (ou contraception, s’il s’agit d’un anneau ou de patch) ET vous la prenez depuis moins de deux ans

Dans ce cas, je vous conseille d’aller voir votre médecin de famille et de lui demander de vous prescrire une pilule de 2e génération à la place. Vous pouvez la commencer tout de suite, dès le jour où on vous la délivre. Peu importe le moment où vous en étiez dans la plaquette de pilule de 3e ou 4e génération le soir précédent, commencez le soir même la plaquette de pilule de 2e génération. Votre contraception est assurée. Les risques inhérents à la pilule de 3e ou 4e génération diminueront immédiatement.

- Vous avez moins de 35 ans, vous prenez une pilule de 3e ou 4e génération depuis plus de 2 ans (ou ce n’est pas votre première pilule et vous êtes sous pilule depuis plus de 2 ans).

Si vous ne fumez pas (le tabac augmente le rique), le risque cardio vasculaire est faible et vous pouvez continuer avec la même pilule sans inquiétude.
Si vous fumez, changez pour une pilule de 2e génération OU arrêtez de fumer OU changez de contraception (toutes les méthodes sans estrogènes sont permises aux femmes qui fument)

- Vous avez plus de 35 ans et vous ne fumez pas

Demandez à votre prescripteur une pilule de 2e génération (l’âge augmente le risque, alors autant le réduire en ne continuant pas la pilule de 3e ou 4e génération) ou changez de méthode pour une méthode sans estrogènes (pilule progestative, implant, DIU au cuivre et DIU hormonal). Note supplémentaire : chez les femmes qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein (sœur aînée, mère, tante maternelle, grand-mère maternelle), les estrogènes sont fortement déconseillés après 35 ans.

- Vous avez plus de 35 ans et vous fumez

Si votre pilule (toutes générations confondues) contient des estrogènes, il va falloir choisir : ou bien cesser de fumer, ou bien passer à une contraception sans estrogène. Après 35 ans, le tabac augmente le risque d’accident chez les femmes qui prennent des estrogènes.

Quel que soit votre âge :

Si vous prenez une pilule contenant de la cyprotérone (Diane 35 et ses génériques), ce médicament n’est pas une pilule agréée comme contraceptif en France. Son efficacité contraceptive n’est pas garantie, et elle vous fait courir des risques supérieurs à ceux d’une pilule de 2e génération. Je vous recommande vivement d’en changer. Même si on vous l’a prescrit pour l’acné. Un peu d’acné est toujours curable. Une grossesse non désirée ou un accident thrombo-embolique sont beaucoup plus problématiques.

Si vous prenez une pilule contenant de la drospirénone (Jasmine, Jasminelle et leurs génériques) vous prenez une pilule dont les effets secondaires sont encore plus grands (risques rénaux et de déshydratation, en particulier). Je vous recommande vivement d’en changer. Même si on vous l’a prescrit pour l’acné. Un peu d’acné est toujours curable. Une grossesse non désirée ou un effet secondaire grave sont beaucoup plus problématiques.

Si vous prenez l’une de ces pilules et désirez continuer à les prendre, je vous recommande vivement de consulter votre médecin pour qu’il vous informe COMPLETEMENT des inconvénients de chacune.

DANS QUEL DELAI DOIS-JE ARRETER OU CHANGER DE PILULE ?

Si vous êtes dans le cas n°1, alors il est légitime de l’arrêter, d’appeler votre médecin pour qu’il vous prescrive une autre pilule (de 2e génération) et donne l’ordonnance à sa secrétaire pour qu’elle vous la remette (il n’a aucune raison de vous revoir) et, en attendant de la commencer, que vous preniez d’autres précaution : en pratique, préservatifs pour TOUS les rapports sexuels, quel que soit le moment du cycle. Dans les autres cas, même si vous voulez changer de pilule, rien ne presse.

Rappel : en France, les sages-femmes libérales elles aussi peuvent prescrire toutes les contraceptions

JE NE VEUX PLUS PRENDRE DE PILULE CONTENANT DES ESTROGENES. TOUTES LES PILULES ONT-ELLES DES EFFETS SIMILAIRES A CELLES-LA ?

Non. Les pilules contenant un progestatif seul ne sont pas dangereuses ; c’est toujours l’estrogène qui est dangereux, et le progestatif associé contrebalance plus ou moins bien le risque : moins bien pour les pilules de 3e et 4e génération que pour les pilules de 2e génération.

LA PILULE CERAZETTE, LE DIU MIRENA, L’IMPLANT NEXPLANON CONTIENNENT DES PROGESTATIFS SIMILAIRES AUX PILULES DE 3E ET 4E GENERATION. CES METHODES SONT-ELLES DANGEREUSES ?

Non. Comme je l’ai dit plus haut, c’est la présence des estrogènes (éthynil-estradiol, estradiol) qui favorise les accidents thrombo-emboliques. Quand une méthode ne contient pas d’estrogènes mais seulement un progestatif, elle n’est pas dangereuse.

JE NE VEUX PLUS PRENDRE D’HORMONES. QUELLE METHODE PUIS-JE CHOISIR ?

La méthode de choix est le DIU ("stérilet") au cuivre. Vous êtes en droit de vous en faire poser un même si vous n’avez jamais été enceinte. Même si vous avez moins de 18 ans. Même si vous n’avez jamais eu de rapports sexuels. [1] Consultez cette page.

EN RESUME

- Il y a peu de situations où il vous est fortement recommandé de cesser votre pilule de 3e ou 4e génération (voir plus haut) et d’en prendre une autre ;

- Vous êtes toujours en droit de changer de contraception si vous voulez vous sentir en sécurité ;

- MAIS ATTENTION ! Si vous cessez de prendre votre contraception du jour au lendemain sans prendre d’autre précaution, rappelez-vous que le risque de vous retrouver enceinte est BIEN SUPERIEUR (80 pour 100 femmes sur une année) AU RISQUE D’ACCIDENT (entre 20 et 80 pour 100 000 femmes sur une année). Par conséquent, si vous décidez d’arrêter brusquement votre pilule, utilisez des préservatifs et allez très vite vous faire prescrire une autre contraception par votre médecin généraliste, par une sage-femme ou (en dernier recours, car ils/elles sont beaucoup moins disponibles… et souvent moins souples…) par un(e) gynécologue.

Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)

POUR EN SAVOIR PLUS :

Un excellent article très complet sur la question des pilules de 3e et 4e génération.

Un article plus général sur les causes de la mauvaise prescription de pilules de 3e G (et de pilules, en général)

Un article sur le comportement des médecins qui le plus souvent empêchent les femmes de poser des questions et refusent d’y répondre.


[1Oui, on peut se faire poser un DIU sans avoir eu de rapport sexuel. On prescrit bien la pilule à des femmes qui n’en ont pas eu encore, mais qui ont l’intention d’en avoir... Si la femme est d’accord (si elle ne tient pas absolument à garder un hymen qu’elle n’a probablement déjà plus, après avoir utilisé des tampons depuis qu’elle a ses règles), elle peut très bien se faire poser un DIU après que le médecin lui a expliqué précisément comment on fait.

Ca m’est arrivé plusieurs fois de poser des DIU à des femmes qui se disaient vierges. Et les patientes n’ont pas trouvé ça traumatisant, car elles étaient soigneusement informées et se sentaient prêtes. En revanche, j’ai vu beaucoup de femmes et de jeunes filles traumatisées par les examens gynécologiques inutiles imposés par des médecins qui ne leur demandaient pas si elles étaient d’accord pour qu’on le leur fasse. Or, la règle d’éthique médicale numéro UN est "D’abord, ne pas nuire".

Par conséquent, un médecin ne devrait JAMAIS poser la main sur un(e) patient(e) sans lui demander son accord pour chaque geste (et il suffit de les annoncer à l’avance). L’examen gynécologique est le plus souvent inutile chez la jeune femme qui demande une contraception ou que sa mère amène "Pour voir si tout va bien" (et en général pour des règles douloureuses).

Le médecin peut parfaitement l’écouter, échanger des informations, et ne pas l’examiner inutilement. De plus, chaque fois qu’ une femme est venue me déclarer (après avoir eu plusieurs occasions de se faire engueuler ou moquer par des médecins vus antérieurement) qu’elle n’avait jamais eu de rapports sexuels et qu’elle désirait se faire poser un DIU, je savais qu’il s’agissait le plus souvent d’une femme qui s’était renseignée, y avait réfléchi, et avait pris sa décision posément.

Mais on ne peut rencontrer ces femmes-là (les entendre exprimer des demandes un peu "hors norme") que lorsqu’on n’a pas une attitude dogmatique ("tout pilule" et "examen gynéco systématique chez toute femme qui entre")...

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