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	<title>Winckler's Webzine</title>
	<link>https://www.martinwinckler.com/</link>
	<description>Site personnel de l'&#233;crivain et m&#233;decin Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Trainspotting</title>
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		<dc:date>2010-12-09T18:25:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Scarab&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Choisis la vie. Laisse-toi terroriser sur tes perspectives d'avenir, balaie d'un coup d'oeil les propositions de carri&#232;re qui s'offrent &#224; toi, le ch&#244;mage fatalement au bout, les voies sans issue, le quotidien sans passion, la feuille Excel &#224; perp&#233;tuit&#233;, le devoir de subordination. Souffre pour des mecs qui ne te regardent pas, passe tes samedis la t&#234;te dans la cuvette &#224; te demander si c'est toi ou si c'est les autres ; fais-toi remarquer, fonds-toi dans la masse. Roule ton p&#233;tard sous la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L107xH150/arton1034-f9ab9.jpg?1763139178' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Choisis la vie. Laisse-toi terroriser sur tes perspectives d'avenir, balaie d'un coup d'oeil les propositions de carri&#232;re qui s'offrent &#224; toi, le ch&#244;mage fatalement au bout, les voies sans issue, le quotidien sans passion, la feuille Excel &#224; perp&#233;tuit&#233;, le devoir de subordination. Souffre pour des mecs qui ne te regardent pas, passe tes samedis la t&#234;te dans la cuvette &#224; te demander si c'est toi ou si c'est les autres ; fais-toi remarquer, fonds-toi dans la masse. Roule ton p&#233;tard sous la paillasse de la salle de TP de chimie pendant que ton voisin glisse une paire de ciseaux dans une prise pour faire sauter les plombs. La plupart de ceux qui se taisent n'&#233;prouvent pas grand-chose ; ceux qui parlent trop, surtout de leurs &#233;motions, fatiguent leurs cong&#233;n&#232;res. Pers&#233;v&#232;re avec l'alcool, c'est une question d'entra&#238;nement. Ta soupape, c'est samedi soir, et pas avant, fourre-toi bien &#231;a dans le cr&#226;ne. Triche sur ton &#226;ge pour rentrer en bo&#238;te. Tu fais beaucoup plus que tes 13 ans. Mets-toi une cuite. Ce matin, ton mec t'a dit qu'on l'appelait &#171; le p&#233;dophile &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ecoute du m&#233;tal &#224; fond volets tir&#233;s, ta chambre &#233;clair&#233;e par 118 bougies dont la cire d&#233;gouline sur les &#233;tag&#232;res. Fais crier ta m&#232;re. Sois sage. Crache ta rage. Bosse ton bac. Si tu n'as aucun contr&#244;le sur tes &#233;motions, reporte ton besoin de ma&#238;trise sur la bouffe. Perds 6 kilos en 6 mois. Reprends les en une semaine. Nettoie bien la cuvette avant de sortir. Le sport, c'est pour les cons d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s. Le sport, c'est l'&#233;vasion par la souffrance. Discipline ton corps &#224; d&#233;faut de pouvoir fermer ta gueule sur commande. Je hais mes r&#232;gles. Encore un asservissement dont j'aimerais bien me d&#233;barrasser. De toute fa&#231;on je n'ai jamais voulu &#234;tre une fille, c'est trop encombrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisis la mort. Lis et relis Camus. Bats en retraite dans ta chambre d&#232;s la fin du repas pour graver ton mal de vivre adolescent sur la face ant&#233;rieure de ton avant-bras gauche. Remonte tes manches pendant des semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisis les gens. D&#233;teste les gens. Quand une seule personne te veut du mal, garde la t&#234;te haute. Quand tout le monde te m&#233;prise, commence &#224; te poser des questions. Il y a deux camps : ceux qui bouffent et ceux qui se font bouffer. Ne fais pas d'histoires. Arr&#234;te ton cin&#233;ma. Savoure tes phases maniaques, ce sont les plus productives. Trouve un moyen de tromper ton ennui. Epuise chacune de tes marottes, bois la coupe jusqu'&#224; la lie, puis ressers toi jusqu'&#224; la naus&#233;e. D&#233;finis qui tu veux &#234;tre. Arr&#234;te le punk, les musiques fortes, le maquillage, les fringues de salope, l'ironie mordante. L'investissement personnel est stupide et cause de frustration. Lutte contre ce monde bassement mercantile et vain en cessant de prendre le m&#233;tro. Les couleurs des affiches t'agressent. Jette de ta garde-robe tout ce qui ne ressemble ni &#224; une polaire de chez D&#233;cathlon ni &#224; des chaussures de marche en Gore-Tex. D&#233;graisse ton mode de vie. Choisis l'introspection et les philosophies asiatiques. Fais une heure de yoga tous les matins apr&#232;s une douche glac&#233;e. Contr&#244;le ta respiration ; c'est toujours un histoire de contr&#244;le. Apr&#232;s neuf salutations au soleil, j'ai la t&#234;te qui tourne comme apr&#232;s un joint. Quand je m&#233;dite, j'ai l'impression de tomber dans un trou, comme au moment de m'endormir. Je ne r&#234;ve plus. La nuit, je me r&#233;veille en sueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisis m&#233;decine, apr&#232;s des ann&#233;es d'&#233;tudes insatisfaisantes. Essaye de te convaincre que tu le fais par altruisme, pour la beaut&#233; du contact humain. Frotte-toi &#224; la ruine physique et morale. Repousse tes limites, tu es un warrior, tu n'es pas couch&#233; dans ce lit mais debout dans la blouse &#224; c&#244;t&#233;. Quand tu parles aux gens, tu les regardes litt&#233;ralement de haut. Tu n'aimes plus ton prochain que malade et avide de ton &#233;coute et de ton aide. Tu te persuades de ta grandeur d'&#226;me, il ne s'agit en fait que de te rassurer. Tu as fr&#233;n&#233;tiquement besoin de donner aux &#234;tre humains sains de corps quelque chose dont ils n'ont pas besoin. Profite de la d&#233;pendance des patients pour le leur refiler. Affiche ton d&#233;go&#251;t des capitalistes de la m&#233;decine, des mandarins, du gratin de la cha&#238;ne alimentaire, tout en qu&#234;tant inlassablement leur approbation. Choisis la m&#233;decine g&#233;n&#233;raliste, montre ta coolitude en rejoignant les damn&#233;s de la terre m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Choisis l'amour plan-plan, la vie rang&#233;e ; trahis ta rebellion adolescente, d&#233;sarme, assoupis-toi dans le confort de ta popote au quotidien. Impact dans quinze secondes. La r&#233;alit&#233; reprend ses droits, et tout remonte encore une fois. Largue les amarres, rel&#232;ve-toi pour fuir plus vite, reprends tes pinceaux, ta guitare et tes carnets. Choisis la d&#233;glingue, la picole et le chaos. Tout le monde passe sa vie &#224; chercher fr&#233;n&#233;tiquement une personne devant laquelle pouvoir librement se foutre &#224; poil et sangloter, mais personne ne veut se l'avouer. Ceux qui osent seront punis. No trespassing. Remets-moi une bi&#232;re, c'est plus facile. En rentrant je boufferai une pizza g&#233;ante ; deux doigts dans la gorge remettront les comptes &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Choisis la chirurgie, et vire pour de bon ta cuti : avoue ton culte de la performance, ton ardeur au travail, ton amour maso de la discipline et de l'effort. Finalement, toi aussi tu veux ta Porsche, tes cours de tennis, le pouvoir et le statut. Mon Dieu, aidez-moi &#224; me faire une carapace comme les autres. Aidez-moi &#224; ne plus br&#251;ler en dedans. Moins on a de temps, plus on en trouve. Si &#224; 20 ans, t'es pas de gauche, t'es un salaud ; si &#224; 40, tu l'es toujours, t'es un con. Dors &#224; l'h&#244;pital un jour sur deux et descends bourr&#233; aux urgences pour donner tes avis ; c'est rigolo comme imposture. Autour du squelette, il n'y a rien. Je pr&#233;f&#232;re les gens endormis. S'ils te saoulent, remets-leur un coup de Sp&#233;cial K. Et pr&#233;pare-m'en une dose &#224; moi aussi. Putain de bordel de dieu d'art&#232;re que je viens de flinguer ! Ferme ta gueule nom d'un chien, et arr&#234;te de bouger ! Vous allez faire quelque chose, les gaziers ? Hier j'ai discut&#233; 40 minutes avec un papy, j'avais oubli&#233; comment c'&#233;tait. Je pr&#233;f&#232;re planter des clous, c'est moins dangereux et plus amusant. C'est plus efficace pour oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'ennui guette</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/L-ennui-guette</link>
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		<dc:date>2010-12-02T04:17:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mes premiers souvenirs d'enfance sont des souvenirs d'ennui. Du plus profond de ma m&#233;moire, d&#232;s mes 3 ou 4 ans, peut-&#234;tre m&#234;me avant, je me suis fait suer &#224; n'en plus pouvoir. A la maternelle, on nous obligeait &#224; faire la sieste dans un grand dortoir dont le plafond &#233;tait recouvert de dalles de polystyr&#232;ne carr&#233;es. Aucun moyen d'y d&#233;roger, tout le monde devait dormir. Mais moi, je gardais les yeux grands ouverts, incapable de dormir en journ&#233;e. Alors je comptais les dalles du plafond, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mes premiers souvenirs d'enfance sont des souvenirs d'ennui. Du plus profond de ma m&#233;moire, d&#232;s mes 3 ou 4 ans, peut-&#234;tre m&#234;me avant, je me suis fait suer &#224; n'en plus pouvoir. A la maternelle, on nous obligeait &#224; faire la sieste dans un grand dortoir dont le plafond &#233;tait recouvert de dalles de polystyr&#232;ne carr&#233;es. Aucun moyen d'y d&#233;roger, tout le monde devait dormir. Mais moi, je gardais les yeux grands ouverts, incapable de dormir en journ&#233;e. Alors je comptais les dalles du plafond, inlassablement. J'&#233;prouvais d&#233;j&#224; ce sentiment de panique devant la vacuit&#233; des activit&#233;s que l'on me proposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais une v&#233;ritable t&#233;l&#233;vore, plus par d&#233;pit que par v&#233;ritable int&#233;r&#234;t. Tout y passait : la politique, les &#233;missions de vari&#233;t&#233;, les jeux olympiques,les dessins anim&#233;s ; mais je n'&#233;tais pas dupe. Je me rappelle tr&#232;s bien la lassitude qui s'emparait de moi devant Candy, que je ne pouvais pourtant m'emp&#234;cher de regarder, faute de mieux. &#034;Oh non, encore...&#034; pensais-je d&#232;s les premi&#232;res notes du g&#233;n&#233;rique. Mais je restais plant&#233;e l&#224;, dans mon petit fauteuil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne savais pas non plus jouer. J'ai toujours cruellement manqu&#233; de cette capacit&#233; &#224; se perdre dans une activit&#233; quelle qu'elle soit, &#224; s'absorber dans un monde imaginaire ; j'ai toujours eu l'impression de &#034;me regarder&#034; faire les choses. Et cet autre moi, tapi derri&#232;re mon &#233;paule, me glissait toujours : &#034;A quoi bon ?&#034;, ce qui me faisait rapidement l&#226;cher le d&#233;guisement, la poup&#233;e ou les petits chevaux pour revenir devant la t&#233;l&#233;, d&#233;soeuvr&#233;e et insatisfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce que j'aie appris &#224; lire, j'ai tann&#233; ma m&#232;re pour qu'elle me raconte des histoires. Elles en inventait sp&#233;cialement &#224; cet effet, me lisait tous les livres disponibles &#224; la maison, mimait, animait mon th&#233;&#226;tre de marionnettes. Lorsqu'elle travaillait, je passais et repassais sur mon magn&#233;tophone Fisherprice les cassettes de contes dont j'apprenais le texte par coeur &#224; force d'&#233;coutes. A trois ans, je parlais comme dans les livres, ce qui me rendait peu intelligible pour les autres enfants et n'a pas du aider &#224; ma socialisation. Une crapule haute comme trois pommes qui utilise &#034;d&#233;sormais&#034; dans le langage courant, &#231;a vous glace un peu le sang, je suppose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un voyage en camping-car &#233;prouvant, lors duquel ma m&#232;re fut forc&#233;e de rester avec moi &#224; l'arri&#232;re pour me distraire tout en luttant contre ses naus&#233;es, il fut d&#233;cid&#233; qu'on m'apprendrait &#224; lire, ne serait-ce que pour avoir la paix. Ce fut une d&#233;livrance, et pour elle et pour moi. Les dix ann&#233;es suivantes, je les passai en grande partie un livre &#224; la main. Je n'entendais plus ni ne voyais plus rien, je m'isolais du monde et c'&#233;tait merveilleux de trouver enfin une diversion &#224; cette abominable ennui de vivre. A la r&#233;cr&#233;ation, pendant que les autres enfants jouaient, je lisais assise sur un banc. Je n'avais pas d'amis, et la lecture compensait cette solitude. Le compromis dans lequel je vivais alors n'&#233;tait pas des meilleurs, mais faute de grives...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis un jour, j'ai d&#233;couvert l'amour. Tout le monde a-t-il un jour connu cet emportement, cette ivresse, cette sensation de br&#251;ler en dedans que j'ai connue si jeune ? Je ne sais pas pour les autres ; mais en ce qui me concerne, c'est un moteur, une raison de vivre. Je regarde mon homme et je me noie, je plonge les mains dans ses cheveux, je l'embrasse et je meurs de plaisir. C'est une drogue, dangereuse et ch&#232;re, dont je ne puis me passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cela, rien n'a plus jamais fait le poids, qu'il s'agisse de la peinture, de l'&#233;criture ou de la musique, ni m&#234;me de la m&#233;decine. Ce sont de merveilleux passe-temps bien s&#251;r, qui m'occupent et me distraient beaucoup ; mais je ne trouve de l'int&#233;r&#234;t &#224; vivre ma vie que lorsque je suis en relation avec quelqu'un d'autre. Mon &#171; moi &#187; seul ne suffit pas et ne suffira sans doute jamais. La lecture m'&#233;vade un temps, mais plus aussi longtemps, h&#233;las, que lorsque j'&#233;tais petite. Je me fais chier, c'est consternant. Ces temps-ci, on se d&#233;robe &#224; moi, et ma frustration d&#233;cuple mon ennui. Que faire ? Je ne sais pas. J'aimerais passer mes journ&#233;es au bloc, malheureusement il y a les partiels &#224; bosser. J'arrive pas &#224; bosser, je pourrais peindre mais...&#224; quoi bon, dit la voix. Ecrire ? Bof. Ecouter, composer ? C'est presque aussi bon qu' aimer, mais &#231;a fait chialer, c'est pas pratique. Chanter, oui, comme un succ&#233;dan&#233; de passion, mais cela reste bien p&#226;le en comparaison... Aujourd'hui pourtant, j'ai une vie sociale honorable ; mais d&#232;s que les amis me quittent, d&#232;s que je me retrouve seule, je flippe, je suis d&#233;soeuvr&#233;e, je n'ai plus de plaisir &#224; faire les choses. La raison en est simple : je suis en manque d'amour, de complicit&#233;, d'abandon, (de sexe), et ce carburant-l&#224;, j'en ai besoin pour continuer &#224; avancer. Alors en attendant de me faire aimer, je m'occupe comme je peux, , et je me sens redevenir la petite fille solitaire qui s'ennuyait devant la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Odeurs </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>Relations m&#233;decins-patients</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A l'h&#244;pital, on ne voit pas toujours grand-chose, notamment quand on choisit de se mettre des oeill&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt; A l'h&#244;pital, on ne goutte plus les urines, et on ne profite gu&#232;re des ar&#244;mes de la bonne ch&#232;re sur ces plateaux au contenu insipide. &lt;br class='autobr' /&gt; A l'h&#244;pital, on touche assez rarement hormis quelques brefs moments de furie palpatoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Restent le bruit et l'odeur, pas cantonn&#233;s aux discours de Chirac qui, du temps de sa splendeur, en flattait le facho dans les assembl&#233;es paillardes du RPR. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'h&#244;pital, on ne voit pas toujours grand-chose, notamment quand on choisit de se mettre des oeill&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A l'h&#244;pital, on ne goutte plus les urines, et on ne profite gu&#232;re des ar&#244;mes de la bonne ch&#232;re sur ces plateaux au contenu insipide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A l'h&#244;pital, on touche assez rarement hormis quelques brefs moments de furie palpatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Restent le bruit et l'odeur, pas cantonn&#233;s aux discours de Chirac qui, du temps de sa splendeur, en flattait le facho dans les assembl&#233;es paillardes du RPR. Les seuls stimuli sensoriels que personne ne peut fuir bien longtemps. Ils vous poursuivent, vous collent aux tympans, tapissent vos narines, au point que souvent, &#224; la biblioth&#232;que, j'en suis encore impr&#233;gn&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;*Chapitre premier : le bruit*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Madame ! Madame ! Madame ! Madaaaaaaaaaaaaame ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est l&#224; depuis trop longtemps, Madame T. On n'en peut plus de l'entendre brailler toutes les 5 minutes. Au d&#233;but, on ressent de la compassion &#224; l'&#233;coute de ce hululement de m&#232;re-grand bris&#233;e, aussi vengeur que path&#233;tique. Au d&#233;but, on y va &#224; chaque fois. Mais plus je passe du temps dans cette chambre, devant ce petit bout de femme qui doit faire dans les 40 kgs tous mouill&#233;s, plus je lui prends la main et plus je lui explique les choses, plus elle m'en veut. Avant, elle pensait seulement que des r&#244;deurs &#233;taient venus lui casser son col ; maintenant, elle croit que c'est moi. Je suis bien avanc&#233;e. R&#233;sultat, mon empathie s'&#233;mousse ; d'autant que je minute la tranquilit&#233; que nous procure chaque intervention... et que j'ai atteint le score royal de 9 minutes. Les autres patients sont de plus en plus hagards et commencent &#224; r&#233;clamer des boules Qui&#232;s. La cadre du service l&#232;ve les yeux au ciel. En attendant la r&#233;ponse de la maison de retraite, les cris de rage r&#233;sonnent toujours entre les murs du service. Jusqu'&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...11h00 du matin. L'heure de Motus. Je ne sais pas pourquoi, mais tous les patients ont l'air de regarder Motus &#224; l'h&#244;pital, comme j'ai pu le v&#233;rifier dans de nombreux services. Le g&#233;n&#233;rique retentit syst&#233;matiquement dans les couloirs, de quoi vous rendre dingue. Thierry Beccaro et sa bonne t&#234;te de gendre id&#233;al doit plaire aux mamies ; moi, j'ai toujours d&#233;test&#233; ce jeu et son animateur. Vous vous promenez d'une chambre &#224; l'autre, et votre fin de matin&#233;e est rythm&#233;e par les jingles du jeu ; tiens, une boule noire, songez-vous machinalement quand le &#171; oh oh oh oh &#187; retentit au milieu de votre examen clinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Chapitre second : l'odeur*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La premi&#232;re odeur dont je me souviens, c'est celle du docteur. C'est l'odeur des mains de ma m&#232;re au retour du cabinet, une puissante effluve d'alcool &#224; 70&#176; qui embaumait ma chambre enti&#232;re lorsqu'elle venait m'embrasser en rentrant du travail. Alors que bien des gens d&#233;testent ce qui leur rappelle l'h&#244;pital, c'est pour moi le parfum de la s&#233;curit&#233; et de l'amour maternels - pas &#233;tonnant que j'aie mal tourn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ensuite, beaucoup plus tard, il y a l'odeur de mes ann&#233;es secouristiques, celle du clodo. C'est tr&#232;s particulier, et aussi vachement tenace. Tu l'as encore dans ton uniforme le lendemain au r&#233;veil. C'est souvent tellement insupportable que les pompiers tentent de lutter contre en se bourrant le pif de boulettes de Vicks menthol. Une fois, on a ramass&#233; sur voie publique un SDF particuli&#232;rement d&#233;cati, &#224; moiti&#233; &#224; poil au milieu du boulevard. Je m'en souviens car il ressemblait &#224; un p&#232;re No&#235;l grunge, avec sa longue barbe crade : un Diog&#232;ne du trottoir, les fesses &#224; l'air, l'oeil vitreux, la langue p&#226;teuse. Dans le camion, &#224; l'arriv&#233;e aux urgences, il avait r&#233;ussi &#224; faire tomber le contenu d'une de ses poches, et me voil&#224; dans un grand &#233;lan de mansu&#233;tude &#224; m'agenouiller pour ramasser 150 pi&#232;ces de cinq centimes sur le lino de la cellule arri&#232;re. Sauf que je n'y suis jamais arriv&#233;e : &#224; cinquante centim&#232;tres du sol, me voil&#224; prise d'un haut-le-coeur comme j'en ai rarement connu. Je n'ai jamais pu finir mon geste ; j'ai saut&#233; de la cabine avec ma naus&#233;e en bandouli&#232;re pendant que mes copains chargeaient l'importun malodorant sur un brancard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Autre &#233;tape, autres parfums... Ca sent pas non plus le propre, les couloirs de l'hosto. Ca sent la bouffe rechauff&#233;e sous cellophane, la pisse, le vieux, le rance, le linol&#233;um us&#233; par les d&#233;tergents, les dessous de bras, la vie, la mort. C'est un m&#233;lange tr&#232;s compliqu&#233; mais imm&#233;diatement reconnaissable, m&#234;me &#224; distance. On dirait que &#231;a suinte des murs. L'autre jour, je passais devant Saint-Louis avec une amie, quand je me suis mise &#224; l'arr&#234;t, comme les chiens de chasse : m&#234;me dehors, &#231;a sentait l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le bloc, en revanche, &#231;a sent le propre, bien oblig&#233;, c'est nettoy&#233; &#224; chaque fin d'intervention. Mais en cours d'op&#233;ration, &#231;a sent le propre et autre chose : le barbecue. Je crois que j'ai arr&#234;t&#233; de m'imaginer que l'Homme avait un statut &#224; part des autres esp&#232;ces animales lorsque j'ai p&#233;n&#233;tr&#233; pour la premi&#232;re fois dans une salle d'op afin de la nettoyer. Je ne sais pas pourquoi, je pensais avant cela que l'odeur de la chair humaine &#233;tait diff&#233;rente de celle de la viande ; je lui attribuais une esp&#232;ce de statut magique ; de surcro&#238;t, j'avais lu quelque part que la barbaque humaine avait un go&#251;t assez peu semblable &#224; celui des autres biftecks, ce qui me confortait dans mon illusion. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle ne fut pas ma surprise &#224; mon premier jour de boulot ! On m'avait invit&#233;e &#224; voir une sternotomie dans une des salles ; je suis entr&#233;e... et une odeur de viande grill&#233;e tr&#232;s comparable &#224; celle d'une c&#244;te de boeuf sur sarments m'a saut&#233; &#224; la gorge. Ca et les sacs d'aspi de 3 litres pleins de sang &#224; mettre dans les conteners appropri&#233;s (bamboche pour les vampires !), vraiment, la coupe &#233;tait pleine, c'est le cas de le dire. Je n'en revenais pas. Et maintenant que je passe nombre de mes journ&#233;es au bloc, j'ai l'impression de trimballer ce fumet dans mes cheveux en permanence. Mes voisins de biblioth&#232;que ne sentent rien, mais moi, je la porte comme un tatouage olfactif, comme l'apprenti Grenouille et son eau de rouquines dans le bouquin de S&#252;skind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au secours, j'aime la chir !</title>
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		<dc:creator>Scarab&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

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&lt;p&gt;Incroyable. Je ne sais pas quoi dire de plus &#233;bouriffant. Moi qui vous abreuve depuis des semaines de vigoureuses diatribes sur la beaut&#233; de la relation m&#233;decin-patient, blablabla, j'en passe et des meilleures...voil&#224; que je suis en train d'en pincer pour la chir orthop&#233;dique. Les gros clous, la scie et la perceuse, et puis les tripatouillages de plaies, les sutures de tendons, l'ambiance si particuli&#232;re du bloc, les staff-&#233;clairs, les gens...c'est un monde &#224; part. &lt;br class='autobr' /&gt; Bon. Venant de moi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L150xH93/arton1027-ae6b8.jpg?1763139178' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Incroyable. Je ne sais pas quoi dire de plus &#233;bouriffant. Moi qui vous abreuve depuis des semaines de vigoureuses diatribes sur la beaut&#233; de la relation m&#233;decin-patient, blablabla, j'en passe et des meilleures...voil&#224; que je suis en train d'en pincer pour la chir orthop&#233;dique. Les gros clous, la scie et la perceuse, et puis les tripatouillages de plaies, les sutures de tendons, l'ambiance si particuli&#232;re du bloc, les staff-&#233;clairs, les gens...c'est un monde &#224; part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bon. Venant de moi, rien de grave. J'ai d&#233;j&#224; du mal &#224; me d&#233;cider fermement sur la couleur de mes chaussettes le matin, alors un revirement de plus &#224; mon actif, ce n'est pas la mer &#224; boire. A 15 ans, je disais &#224; ma m&#232;re : &#171; Jamais m&#233;decine !!! Pas question de virer comme toi ! &#187; et je retournais bouder dans ma chambre aux 27000 bougies, avec du Nag Champa cramant sur le bureau pour cacher les odeurs de clope et Nirvana &#224; fond. En rentrant en m&#233;decine, j'ai dit : &#171; S'il ne restait que chirurgie et gyn&#233;co-obst&#233;trique dans les sp&#233;cialit&#233;s disponibles &#224; l'internat, j'irais plut&#244;t me couper un bras (et le manger) &#187;. Et puis en septembre de cette ann&#233;e, je vais &#224; reculons &#224; mon premier choix de stage ; j'aurais pu avoir ce que je voulais, mais je me suis forc&#233;e &#224; choisir l'ortho sur la foi de mon mentor de cinqui&#232;me ann&#233;e qui m'assure y avoir trouv&#233; une utilit&#233; pour la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je ne vous raconte pas la force qu'il m'a fallu pour prendre un stage de chirurgie. Moi ! Avec mes deux mains gauches et ma trouille de travailler en st&#233;rile ! Horreur. Et puis...au moment o&#249; on s'y attend le moins, la vie chamboule tout, les remises en question sont massives, tout fout le camp... Qu'est-ce qui m'arrive, pour l'amour du ciel ? Je m'&#233;clate au bloc ! Je m'&#233;clate en garde ! Ces chirurgiens sont tous compl&#232;tement extravagants mais aussi extr&#234;mement bosseurs (une garde tous les deux-trois jours pour les internes en moyenne), le rythme est soutenu mais l'ambiance est festive, bref, c'est la premi&#232;re fois que je vois &lt;i&gt;Grey's Anatomy&lt;/i&gt; pour de vrai &#224; l'h&#244;pital. J'ai un peu l'impression d'avoir trouv&#233; ma maison. Une maison de fous, certes, mais ma maison quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me reproche souvent d'&#234;tre un peu trop sur les dents. J'ai fini par me le reprocher moi-m&#234;me. Mais ces gens ! Moins ils ont de temps, plus ils en trouvent. Ils bossent 18 heures, font la chouille 4 heures, et en dorment 2. C'est peut-&#234;tre du pipeau, mais on m'a dit que j'&#233;tais faite pour cela, et je finis vraiment par me le demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut que je vous explique la diff&#233;rence inimaginable qu'il y a entre un service de m&#233;decine et un service de chirurgie, car je sens bien que vous n'&#234;tes pas encore sous le choc de mes r&#233;v&#233;lations. Un service de m&#233;decine, c'est : le temps de la r&#233;flexion, la routine des staffs plurihebdomadaires, des diagnostics compliqu&#233;s et les discussions coll&#233;giales qui s'y rapportent, les th&#233;rapeutiques incertaines. Un service de chirurgie, c'est : cass&#233;-d&#233;plac&#233; ? Pour nous ! On vous emm&#232;ne ! Staff d'un quart d'heure, visite d'une heure, envoyez c'est pes&#233;, au bloc et hop ! Les patients veulent des r&#233;sultats et le plus souvent, ils les obtiennent. Pas d'atermoiement. La chirurgie, c'est le pragmatisme, c'est la technicit&#233; ; c'est aussi une bonne dose de d&#233;connade pour &#233;vacuer tous les moments difficiles et le stress li&#233; aux op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment &#231;a se passe, d'ailleurs, une op&#233;ration ? Prenons l'exemple classique : vous bricoliez dans votre garage lorsque vous avez n&#233;gligemment pos&#233; la scie sauteuse allum&#233;e sur votre paume. Quelques minutes apr&#232;s, votre ambulance atterrit aux urgences de l'h&#244;pital le plus proche. Comme il ne faut jamais suturer beno&#238;tement une plaie de main sans avoir regard&#233; dedans au bloc, on vous envoie en ambulatoire pour la fin de matin&#233;e. L&#224;-bas, l'anesth&#233;siste vous pose des questions, vous &#171; bloque &#187; (c'est-&#224;-dire vous endort) le bras concern&#233;, et vous attendez votre tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous venez de vous assoupir quand vous sentez votre charrette bouger ; on vous roule jusqu'&#224; la salle d'op ', on vous badigeonne (encore !) de b&#233;tadine, les gens ont des masques, ils rigolent entre eux, puis s'&#233;clipsent, reviennent en djellabas bleues st&#233;riles et installent expr&#232;s pour vous g&#226;cher la vue un drap de plastique vert entre vous et la sc&#232;ne du crime. De l'autre c&#244;t&#233; de ce rideau, vous ne sentez rien, mais deux chirurgiens vous incisent la paume, d&#233;coupent les morceaux de peau l&#233;s&#233;s, creusent vos chairs jusqu'aux tendons, aux nerfs, aux vaisseaux que vous pourriez avoir coup&#233;, et les r&#233;parent si besoin. Puis ils vous referment, se lib&#232;rent de leur harnachement, et vous envoient en salle de r&#233;veil vous calmer un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mon p&#232;re a eu, lorsque j'&#233;tais petite, le pouce &#233;cras&#233; entre les deux parties d'une &#233;chelle coulissante. Je me souviens surtout de ses nombreux points de suture, et du r&#233;cit qu'il nous avait fait de son intervention chirurgicale. Il &#233;tait revenu assez stup&#233;fait d'avoir entendu pendant une demi-heure les chirurgiens se raconter leurs vacances et des blagues de cul, de l'autre c&#244;t&#233; du champ st&#233;rile. Maintenant que j'y suis, de l'autre c&#244;t&#233;, j'avoue qu'&#224; chaque fois que je sors un truc bien gras, j'ai une petite pens&#233;e pour le patient et pour mon p&#232;re. Il est trop tard. Je suis contamin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... j'ai aussi vu en consultation des chirurgiens qui g&#233;raient incroyablement bien la relation avec leurs patients, avec finesse et psychologie ; ma&#238;triser &#224; la fois l'affect et le geste technique, la d&#233;conne et le s&#233;rieux, quoi de mieux ? Seul petit probl&#232;me : le rythme est tellement tr&#233;pidant qu'il faut vraiment beaucoup aimer dormir &#224; l'h&#244;pital, ou le plus souvent, ne pas dormir du tout. On n'a rien sans rien. Et puis, comme ma vie personnelle part &#224; vau-l'eau, la piste hospitalo-monastique retrouve &#224; mes yeux tous ses attraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien l'impression que la dichotomie chirurgie versus m&#233;decine correspond &#224; ce qui se passe en moi, et c'est une sensation extr&#234;mement &#233;trange : la m&#233;decine me tire vers mon c&#244;t&#233; d&#233;pressif, alors que la chirurgie est en faveur de mon c&#244;t&#233; maniaque. Je sais d'exp&#233;rience que je suis plus &#233;panouie et plus productive dans la deuxi&#232;me situation. Et en chirurgie, tout concourt &#224; la passion : le challenge technique et spirituel que repr&#233;sente le fait de plonger les mains dans le corps d'autrui pour le r&#233;parer au mieux, mais aussi les heures de &#171; t'as-sign&#233;-c'est-pour-en-chier &#187; qu'il faut pour y arriver, les horaires et la vie d&#233;cal&#233;s, l'adr&#233;naline... c'est un m&#233;lange puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra avec le temps ; mais la chirurgie vient de sortir de ma liste noire. Jusqu'&#224; quand ? Je ne sais pas. Mes anciennes convictions foutent le camp une &#224; une, mais je sais que de ce champ de ruines sortira Scarab&#233;e nouvelle version, apte &#224; faire les bons choix lorsqu'ils se pr&#233;senteront. En attendant, je range mes soupirs r&#233;sign&#233;s au placard (&#224; c&#244;t&#233; de mon st&#233;tho qui, lui, pour le coup, prend vraiment la poussi&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;G&#233;n&#233;ration de chochottes&#034;</title>
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		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'externe ouvre p&#233;niblement un oeil &#224; 6h du matin. Il fait nuit noire. Il s'&#233;broue, se tra&#238;ne hors du lit, se rend dans la salle de bains. Il prend une douche chaude qui le console un peu du froid qui r&#232;gne dans l'appartement. Il se s&#232;che et surprend dans le miroir un visage blafard aux yeux cern&#233;s. Il ouvre le placard ; le choix est difficile. Froid dehors, trop chaud dans les services, en pyjama de non-tiss&#233; au bloc ; son style vestimentaire d&#233;pend des t&#226;ches qui lui incombent cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'externe ouvre p&#233;niblement un oeil &#224; 6h du matin. Il fait nuit noire. Il s'&#233;broue, se tra&#238;ne hors du lit, se rend dans la salle de bains. Il prend une douche chaude qui le console un peu du froid qui r&#232;gne dans l'appartement. Il se s&#232;che et surprend dans le miroir un visage blafard aux yeux cern&#233;s. Il ouvre le placard ; le choix est difficile. Froid dehors, trop chaud dans les services, en pyjama de non-tiss&#233; au bloc ; son style vestimentaire d&#233;pend des t&#226;ches qui lui incombent cette semaine. Il enfile ses fringues, se fait couler un caf&#233;, grignote un truc, fume une cigarette, fait son sac en vidant la moiti&#233; de ses polycopi&#233;s dedans, au cas o&#249; il se sentirait dans une forme olympique en sortant de stage. 6H50 d&#233;j&#224;, il est temps de vider les lieux. Un soupir, deux tours de cl&#233;s, et c'est parti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'externe arrive &#224; l'h&#244;pital, toujours aussi peu r&#233;veill&#233;. Il grimpe quatre &#224; quatre les escaliers menant &#224; l'amphi ; il est 7h43 et les seniors d&#233;testent les &#233;tudiants qui arrivent en retard au staff. Il rentre, pose son sac &#224; ses pieds, ses fesses sur le strapontin, ses coudes sur la tablette, sa t&#234;te entre ses mains. Le staff est bref, ennuyeux car trop technique pour les connaissances limit&#233;es de la douzaine de kikis mass&#233;s dans un coin de l'amphith&#233;&#226;tre. Apr&#232;s, il y a un cours, qui leur est heureusement r&#233;serv&#233; et beaucoup plus formateur. A 8h30, g&#233;n&#233;ralement, ce petit interm&#232;de prend fin, et la marmaille file au vestiaire enfiler sa blouse, en priant que personne n'ait forc&#233; les casiers durant la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La matin&#233;e se passe, plus (au bloc) ou moins (en salle) occup&#233;e, plus ou moins physique, plus ou moins int&#233;ressante selon le poste occup&#233; et l'&#233;quipe du jour. Vers midi, on a faim. Vers 13h, on cr&#232;ve la dalle et il est l'heure de partir pour de nouveaux horizons. L'externe repasse par le vestiaire pour y ranger sa blouse, prend son sac, et quitte l'h&#244;pital pour rejoindre la fac. Il va manger un peu, puis il cherchera une place &#224; la biblioth&#232;que universitaire satur&#233;e de monde d&#232;s 13h05, quand tout le monde sort de stage. Pourquoi ne pas rentrer &#224; la maison ? Souvent, parce qu'il sait tr&#232;s bien qu'&#224; peine la cl&#233; dans la serrure, il aura envie de dormir ; la sieste, initialement modeste, risque de se transformer en deux heures de trou noir int&#233;gral dont il &#233;mergera encore plus vaseux qu'il ne l'&#233;tait au d&#233;part. Et une apr&#232;s-midi sans boulot, c'est environ 50 pages de polycopi&#233;s qui s'ajoutent au travail en retard. Parce que l'externe, il arrive &#224; foutre en l'air la moiti&#233; de ses apr&#232;s-midi de la sorte, en vasouillant, incapable de se concentrer sur la t&#226;che &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous avons tous constat&#233; cette propension &#224; l'&#233;puisement ; tous les copains sont fracass&#233;s et blas&#233;s, m&#234;me quand leurs stages se passent bien ; tous, nous faisons la sieste en rentrant, ou m&#234;me la t&#234;te pos&#233;e sur nos polys &#224; la biblioth&#232;que...je ne comprends pas. Apr&#232;s une demi journ&#233;e de travail pas toujours harassant, je sombre dans une torpeur incroyable, l'oeil lourd, la nuque raide ; je n'ai pas envie de faire autre chose, non, j'ai juste envie de ne rien foutre. Et c'est de pire en pire chaque ann&#233;e. Quand on voit nos vaillants internes encha&#238;ner 12 heures de travail puis des gardes &#224; r&#233;p&#233;tition sans repos compensateur, alors qu'ils ne sont plus vieux que de quelques ann&#233;es, on peut quand m&#234;me se demander si les sujets n&#233;s dans les ann&#233;es 1980 et au-del&#224; n'ont pas eu un contr&#244;le qualit&#233; d&#233;fectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour en avoir le coeur net, j'ai demand&#233; &#224; ma maman, qui a commenc&#233; ses &#233;tudes de m&#233;decine en 1978. La r&#233;ponse est implacable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu sais, nous on devait aller en stage jusqu'&#224; 13h comme vous, mais on devait aussi retourner &#224; l'h&#244;pital pour la contre-visite de 17h... on n'avait pas le choix...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Mais alors quand est-ce que vous bossiez vos cours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - D&#232;s qu'on avait un peu de temps, aux chiottes, avant manger, apr&#232;s manger, dans les transports, partout. Mais pour moi, il n'y avait pas le choix, c'&#233;tait le seul chemin pour devenir m&#233;decin, il fallait en passer par l&#224;. Alors on fon&#231;ait, on se plaignait moins que vous et on le vivait moins mal, il me semble...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Argh. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est bien ce que je pensais. On est une g&#233;n&#233;ration de chochottes. On a la chance de faire le m&#233;tier qu'on aime, de voir des choses extraordinaires, d'apprendre beaucoup, d'&#234;tre stimul&#233; intellectuellement en permanence ; on est content, parfois heureux, mais tout cela n'est pas suffisant pour que nous foncions bille en t&#234;te comme nos a&#238;n&#233;s. Alors, d'o&#249; vient cette diff&#233;rence de temp&#233;rament ? Sinc&#232;rement, je l'ignore. Ce que je sais, c'est que j'en ai marre d'&#234;tre perp&#233;tuellement insatisfaite et trop vann&#233;e pour faire quoi que ce soit de productif alors que mon &#233;puisement n'est m&#234;me pas justifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il me semble que nous sommes en r&#233;alit&#233; aussi crev&#233;s que ne l'&#233;taient nos anciens au cours de leurs &#233;tudes. Simplement, nous sommes aussi plus blas&#233;s et plus enclins &#224; nous plaindre du rythme qui nous est impos&#233;, alors que les vieux voyaient tout cela comme le chemin obligatoire pour atteindre le but ultime : a) soigner b) se faire un max de bl&#233; c) avoir la classe (rayer la mention inutile). Comme dans la vie d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale : mes plaisirs ne sont pas sans m&#233;lange, je ne crois pas avoir connu de joie sans peur du lendemain, et je d&#233;sesp&#232;re de trouver un jour cette insouciance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fini de rire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Scarab&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est la rentr&#233;e...d&#233;sol&#233;e pour le retard. J'ai commenc&#233; il y a deux jours une nouvelle ann&#233;e, un nouveau stage, de nouvelles emmerdes administratives, alors que je ne m'&#233;tais m&#234;me pas encore remise de mon &#233;t&#233; (trop) mouvement&#233;. Et apr&#232;s deux tout petits jours, mon pauvre esprit malade se remet &#224; faire les montagnes russes, incapable de jongler entre mes &#233;motions envahissantes et mon petit quotidien merdique : lever &#224; 5h45, douche, fringues, maquillage, clope, th&#233;, clope, premier m&#233;tro, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L90xH150/arton1023-39db2.jpg?1763139178' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est la rentr&#233;e...d&#233;sol&#233;e pour le retard. J'ai commenc&#233; il y a deux jours une nouvelle ann&#233;e, un nouveau stage, de nouvelles emmerdes administratives, alors que je ne m'&#233;tais m&#234;me pas encore remise de mon &#233;t&#233; (trop) mouvement&#233;. Et apr&#232;s deux tout petits jours, mon pauvre esprit malade se remet &#224; faire les montagnes russes, incapable de jongler entre mes &#233;motions envahissantes et mon petit quotidien merdique : lever &#224; 5h45, douche, fringues, maquillage, clope, th&#233;, clope, premier m&#233;tro, deuxi&#232;me m&#233;tro, marche, h&#244;pital, staff, consultation d'ortho pendant 4 heures, sortie 13h, pas faim, clope, coca, clope, cours ou apprendre les cours (ou pas), retour maison, envie de rien faire, de rester plant&#233;e l&#224; bras ballants, cervelle vide, regard morne, bouffe compulsive, t&#233;l&#233; pas mieux, au dodo, rebelote. Fait chier ! O&#249; caser du sentiment l&#224;-dedans ? J'ai l'impression d'&#234;tre morte &#224; l'int&#233;rieur. JE VOUDRAIS &#234;tre morte &#224; l'int&#233;rieur. Si y'avait des cours pour &#231;a &#224; la Mairie de Paris, j'irais r&#233;server ma place plus vite que pour un concert de David Bowie. Mais y'en a pas, et ma carapace est toujours aussi molle. Ca met combien de temps &#224; durcir, bordel ? On dirait que &#231;a finit tout de m&#234;me par arriver t&#244;t ou tard. Tiens bon la barre, Scarab&#233;e. La preuve en histoire :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Madame X. est une africaine d'une soixantaine d'ann&#233;es, en situation irr&#233;guli&#232;re sur le sol fran&#231;ais. Elle vient en consultation accompagn&#233;e de sa fille dans l'espoir d'obtenir le renouvellement d'un certificat m&#233;dical qui attesterait &#171; d'affections m&#233;dicales d'une extr&#234;me gravit&#233; &#187; et permettrait qu'elle demeure en France au lieu de se faire &#171; chart&#233;riser &#187; dans les plus brefs d&#233;lais. Apparemment (je n'ai pas eu acc&#232;s &#224; toutes les informations), toute sa famille est ici et cela fait sans doute plusieurs ann&#233;es qu'elle vit en France par la gr&#226;ce de sa hanche d&#233;fectueuse. Par les temps qui courent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, on ne risque pas de mourir par d&#233;faut de proth&#232;se de hanche, et le premier certificat sign&#233; de la main du chef de service &#233;tait d&#233;j&#224; &#171; de complaisance &#187;, comme on dit. Alors quelques ann&#233;es apr&#232;s la pose, son &#233;tat m&#233;dical justifie encore moins, en tout objectivit&#233;, la d&#233;livrance d'un tel document. Ca, c'est l'attitude rationnelle de mon chef de clinique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne suis pas le r&#233;gulateur de votre pr&#233;sence sur le territoire. Je suis chirurgien, lui dit-il, j'ai un bistouri dans les mains, je ne suis pas le l&#233;gislateur, il ne faut pas confondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Mais comment je vais faire, Docteur ? S'il te pla&#238;t, docteur, tu vas me faire du bien, merci docteur, il faut signer le papier, comment je vais travailler, comment je vais vivre, j'ai mal partout, pleure la dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je vais &#234;tre horrible &lt;i&gt;(en effet)&lt;/i&gt; mais ce que vous allez faire, ce n'est pas mon probl&#232;me. Vous vous en remettez &#224; la m&#233;decine pour des probl&#232;mes d'une toute autre nature. Votre &#233;tat ne justifie pas que je signe. Ethiquement, JE NE PEUX PAS vous signer &#231;a. Et de toute fa&#231;on, ce certificat ne vous servirait &#224; rien : il serait invalid&#233; par l'expertise du m&#233;decin de la Pr&#233;fecture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la troisi&#232;me ou quatri&#232;me patiente de la matin&#233;e. Jusque l&#224;, le chef me faisait l'effet d'un chic type. Bam ! R&#233;action initiale : regarder la pointe de mes chaussures fixement pour oublier ce que je vois, ce que j'entends, les pleurs, les refus, la merde de la vie humaine dans toute sa splendeur. J'aurais voulu lui demander : Pourquoi tu fais &#231;a ? Tu ne la vois pas pleurer ? Comment on peut faire ? T'es qu'un m&#233;decin, c'est &#231;a ? Mais t'avais l'air sympa tout &#224; l'heure, putain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s aussi, d'ailleurs. On a encha&#238;n&#233; avec la suivante, dans le box d'&#224; c&#244;t&#233;, avec l'arch&#233;type de la mama m&#233;diterran&#233;enne volubile qui lui montre les photocopies de journaux r&#233;gionaux dans lesquels elle est cit&#233;e pour on ne sait quelles bonnes oeuvres, et patati et patata, invasive, gentille mais casse-couilles, incroyablement demandeuse d'attention. Et le chef est d'une patience d'ange, il la recadre sans la blesser, quelle subtilit&#233; dans la relation au patient ! Alors pourquoi suis-je toujours mal &#224; l'aise en pensant &#224; ce refus de tout &#224; l'heure, &#224; cette dame qu'on va scrupuleusement renvoyer au pays ? Et sa fille, tr&#232;s calme, tr&#232;s droite, la R&#233;signation incarn&#233;e, qui a fini par demander et obtenir &#224; la place du vrai-faux document un simple certificat attestant du suivi de sa m&#232;re, dans l'espoir que cela, joint au dossier de r&#233;gularisation, fasse pencher la balance en leur faveur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a raison mon chef de clinique. C'est moi qui d&#233;conne. Impossible d'engager sa signature sur un mensonge. &#171; On ne peut pas accueillir toute la mis&#232;re du monde &#187; a dit Rocard, et si le mot passait qu'un gentil m&#233;decin signait &#224; tour de bras, la moiti&#233; des sans-papiers de Paris se radinerait &#224; sa porte. Mais son chef l'a fait avant lui... Il y en a, des bricolages &#224; l'h&#244;pital. On en passe, du temps &#224; trafiquer pour que des patients d&#233;nu&#233;s de toute couverture sociale soient tout de m&#234;me pris en charge par l'assurance maladie. Evidemment qu'il fallait couper court, pour ne pas se laisser embarquer dans un truc incontr&#244;lable. Mais elle pleure, cette femme, c'est sa vie qu'on assassine, de quoi elle va vivre ? Pourquoi &#231;a me gonfle ? C'est moi qui d&#233;lire ? Qu'est-ce que je fous l&#224;, &#224; ressentir cette rage que la raison r&#233;prouve, alors que je sais pertinemment qu'il a fait ce qu'il fallait faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si elle va rester ici, cette dame. J'esp&#232;re qu'elle trouvera quelque chose pour s&#233;cher ses larmes. Est-ce qu'elle est l&#224;, la limite entre empathie et sympathie ? Oui, sans doute. Blinde-toi, Scarab&#233;e. Mais quand m&#234;me, &#231;a fait chier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Douleurs physiques, douleurs morales</title>
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		<dc:creator>Scarab&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il de pire dans la vie, la souffrance physique ou la souffrance morale ? L'angoisse qui vous &#233;touffe comme un boa s'enroulant autour de votre cage thoracique, qui vous &#233;treint jusqu'&#224; en crever, les attentes toujours d&#233;&#231;ues, l'espoir qui s'amenuit de jour en jour jusqu'&#224; ce que vous ne soyez plus qu'une mis&#233;rable loque ? Ou la douleur dans vos entrailles, vos membres, le crabe qui vous enserre progressivement les voies respiratoires et vous fait suffoquer au point de vous emp&#234;cher (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'y a-t-il de pire dans la vie, la souffrance physique ou la souffrance morale ? L'angoisse qui vous &#233;touffe comme un boa s'enroulant autour de votre cage thoracique, qui vous &#233;treint jusqu'&#224; en crever, les attentes toujours d&#233;&#231;ues, l'espoir qui s'amenuit de jour en jour jusqu'&#224; ce que vous ne soyez plus qu'une mis&#233;rable loque ? Ou la douleur dans vos entrailles, vos membres, le crabe qui vous enserre progressivement les voies respiratoires et vous fait suffoquer au point de vous emp&#234;cher de courir, puis de marcher, puis de faire votre toilette et de manger seul ? La honte, la culpabilit&#233;, le sentiment d'&#233;chec, le d&#233;go&#251;t de soi et des autres, l'envie d'en crever, ou la sensation terriblement concr&#232;te de vraiment crever, impuissant et r&#233;duit &#224; un l&#233;gume tout juste parlant, sans que vous puissiez rien faire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Niveau douleur morale, j'en connais un rayon. Mais &#233;trangement, je suis toujours pass&#233;e &#224; travers les mailles du filet des avanies physiques : m&#234;me pas une petite fracture ou une entorse de cheville. L'appendicite &#224; 10 ans, quelques migraines carabin&#233;es. C'est tout. La douleur, je la connais dans la t&#234;te et dans le coeur, mais pas ailleurs. C'est une chance, mais aussi un handicap dans le m&#233;tier qui nous occupe : comment coller au plus pr&#232;s aux attentes des patients sans jamais avoir connu ni accident ni maladie ? Qu'est-ce qui prime, au fond, chez eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis beaucoup pos&#233; la question ces derniers temps ; notamment parce que certaines personnes &#171; saines &#187; de mon entourage me soutiennent que ce qu'elles attendent d'un m&#233;decin, c'est de la comp&#233;tence technique et rien d'autre. La capacit&#233; &#224; les soigner, quoi. A r&#233;parer la machine. Comme vous l'avez compris depuis qu'on se fr&#233;quente, je penche naturellement vers le point de vue inverse : resserrer les boulons et faire les niveaux en sifflotant, est-ce que &#231;a suffit vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon. On peut se dire qu'il s'agit l&#224; de l'avis de gens sains, non hospitalis&#233;s, qui ne voient de la maladie que son aspect &#171; pratique &#187; : l'immobilisation, la douleur, la mort au bout. En psychologie, on apprend la pyramide de Maslow qui hi&#233;rarchise les besoins de l'Homme : d'abord les besoins physiologiques et s&#233;curitaires, puis seulement apr&#232;s l'appartenance, l'estime de soi, l'&#233;panouissement personnel. Ca semble rationnel, et pourtant... Quid des patients eux-m&#234;mes ? C'est difficile &#224; dire. La plupart cumulent sans doute la faiblesse de leur corps et les cons&#233;quences morales de cette d&#233;ch&#233;ance. La torture physique et l'incertitude du lendemain. La douleur et les id&#233;es noires. Comment survivre &#224; cette double n&#233;gation du corps et de l'esprit, comment supporter la maladie sans amour, sans r&#233;assurance, sans compassion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je relis Primo Levi dans la traduction de Martine Schruoffeneger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Primo Levi, Si c'est un homme, Julliard, Paris, 1987&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et voici la r&#233;ponse que j'y trouve : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D&#233;j&#224; mon corps n'est plus mon corps. J'ai le ventre enfl&#233;, les membres dess&#233;ch&#233;s, le visage bouffi le matin et creus&#233; le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d'autres, grise ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal &#224; nous reconna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions d&#233;cid&#233; de nous retrouver entre Italiens, tous les dimanches soir, dans un coin du Lager ; mais nous y avons bient&#244;t renonc&#233; parce que c'&#233;tait trop triste de se compter et de se retrouver &#224; chaque fois moins nombreux, plus hideux et plus sordides. Et puis c'&#233;tait si fatigant de faire ces quelques pas, et puis se retrouver, c'&#233;tait se rappeler et penser, et ce n'&#233;tait pas sage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques lignes me semblent apporter autant de questions que de r&#233;ponses. Quelle souffrance est la plus dure &#224; supporter ? Primo Levi &#233;voque longuement la faim, le froid, les efforts insurmontables, la pluie qui an&#233;antissent le corps. Mais en quelques mots tapis au coin d'une phrase, il sous-entend aussi que le plus dangereux, le plus douloureux, c'est la d&#233;shumanisation, corollaire de la d&#233;cr&#233;pitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patients ont besoin de diagnostics, de m&#233;dicaments, d'interventions chirurgicales, de r&#233;&#233;ducation. C'est certain. Mais n'ont-ils pas besoin aussi d'un soignant qui les aide &#224; redevenir des &#234;tres humains au lieu de &#171; malades &#187; ? Les quelques lettres de remerciements que certains patients ont la gentillesse d' envoyer aux services &#224; leur sortie mentionnent souvent la qualit&#233; du traitement qui leur a &#233;t&#233; prodigu&#233;, c'est vrai. Mais la quasi-totalit&#233; du texte est souvent consacr&#233;e &#224; louer la gentillesse des infirmi&#232;res, le respect et la dignit&#233; qu'on leur a apport&#233;s, la compassion et l'amour qu'ils ont re&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que je n'aime les gens que lorsqu'ils sont malades. J'ai longtemps attribu&#233; cela &#224; un d&#233;plorable besoin de toute-puissance et de sup&#233;riorit&#233;, partant du principe qu'il est toujours plus valorisant d'&#234;tre debout en blouse qu'allong&#233; en chemise de papier. Finalement, j'ai compris que ce n'&#233;tait pas cela. Le patient, pour moi, c'est l'Humain version 2.0 : une fois malade, m&#234;me le plus parfait des cons se retrouve &#224; poil, au propre comme au figur&#233;. Il n'a plus de barri&#232;res morales, plus de blindage affectif, plus rien &#224; perdre ; il met ses tripes sur la table, il s'ouvre, il n'a pas d'autre choix que d'avouer son besoin d'amour et d'attention. C'est l'Homme d&#233;barrass&#233; des conventions sociales, des vanit&#233;s de la vie &#171; civile &#187;. Celui qui a bris&#233; sa carapace. Et qui du m&#234;me coup, vous autorise &#224; briser la v&#244;tre. Quand je sors de l'H&#244;pital, et que je retrouve, impuissante, ceux dont l'armure tient toujours, je me dis que ces moments d'abandon sont pr&#233;cieux. Et je les ch&#233;ris chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Primo Levi, &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt;, Julliard, Paris, 1987&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Merci la vie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Scarab&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je vous fous les glandes, d'habitude, hein ? L'h&#244;pital froid et terne et moche, les patients au plus mal auxquels personne ne se soucie d'apporter la moindre petite &#233;tincelle de &#171; youpi &#187; ; le personnel m&#233;dical d&#233;sabus&#233;, fatigu&#233;, tendu, &#233;go&#239;ste, maladroit, m&#233;chant, ignorant, nombriliste ; les externes qui prennent le m&#234;me chemin que leurs a&#238;n&#233;s, par facilit&#233; ou par inclinaison naturelle... &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous en avez plein le dos de m'entendre geindre ? Moi aussi ! Alors aujourd'hui, quelques mots en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L144xH150/arton1019-e552f.jpg?1763139178' class='spip_logo spip_logo_right' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je vous fous les glandes, d'habitude, hein ? L'h&#244;pital froid et terne et moche, les patients au plus mal auxquels personne ne se soucie d'apporter la moindre petite &#233;tincelle de &#171; youpi &#187; ; le personnel m&#233;dical d&#233;sabus&#233;, fatigu&#233;, tendu, &#233;go&#239;ste, maladroit, m&#233;chant, ignorant, nombriliste ; les externes qui prennent le m&#234;me chemin que leurs a&#238;n&#233;s, par facilit&#233; ou par inclinaison naturelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous en avez plein le dos de m'entendre geindre ? Moi aussi ! Alors aujourd'hui, quelques mots en l'honneur de ceux qui m'ont fait marrer, qui m'ont aid&#233; &#224; porter le poids de la souffrance, &#224; tous ceux qui font qu'on n'abandonne pas le navire en se jetant par-dessus bord.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Merci au voisin d'un patient &#224; qui je venais faire un gaz du sang (un pr&#233;l&#232;vement sanguin dans une art&#232;re du poignet) et qui, me voyant tripatouiller d'une main tremblante, m'a chambr&#233;e d'un air rigolard : &#171; Ah ben vous, c'est hors de question que vous me fassiez le mien demain, vous avez pas l'air fine tiens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - &lt;i&gt;(sourire en coin)&lt;/i&gt; H&#233;ho, vous allez me causer meilleur d&#233;j&#224;, si vous m'emmerdez je vous raterai expr&#232;s ! C'est moi qui ai le pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ah, le proverbe se plante alors...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ben on peut &#234;tre blonde mais pas conne... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci au truculent Mr Z. qui venait de faire son premier infarctus et qui m'a dit : &#171; Bon. Dans ce que vous me dites, honn&#234;tement : la clope, je peux m'en passer. La picole, pareil, je veux encore bien. MAIS LA BOUFFE !!! Vous d&#233;connez, &#231;a c'est pas possible ! &#187;. Le m&#234;me qui, lorsque je suis all&#233;e lui dire au revoir apr&#232;s son passage des soins intensifs en salle de cardio, m'a demand&#233; : &#171; Alors, c'est quoi la suite pour vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ben, je vous l'ai dit, je poursuis mes &#233;tudes de m&#233;decine, je passe en deuxi&#232;me ann&#233;e, c'est loin encore la suite, on verra pour la sp&#233;cialit&#233; et tout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - &lt;i&gt;(impressionn&#233;)&lt;/i&gt; Ah mais alors, vous allez vraiment &#234;tre M&#233;decin un jour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - En g&#233;n&#233;ral &#231;a se passe comme &#231;a quand on fait des &#233;tudes de m&#233;decine, &#231;a finit bien par arriver...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Non mais je pensais que vous alliez faire infirmi&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Mais je vous ai dit : &#233;tudiante en m&#233;decine, pas &#233;l&#232;ve infirmi&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ben ouais mais je pensais que c'&#233;tait tout m&#233;lang&#233;. &#187; &lt;i&gt;(Ben ouais, une femme, c'est une infirmi&#232;re... J'ai pass&#233; les dix minutes suivantes &#224; le rassurer en rigolant, lui qui pensait m'avoir fait l'affront du si&#232;cle)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; un autre monsieur, octog&#233;naire celui-l&#224;, qui m'attendait sur le palier, en peignoir et robe de chambre, lorsque je sortis de la chambre de Mr Z., &#224; moiti&#233; vex&#233; car il pensait que je n'allais pas m'arr&#234;ter pour lui dire au revoir, &#224; lui... Mais si. Et je n'ai pas su lui dire &#224; quel point j'&#233;tais honor&#233;e que lui, pour qui je n'&#233;tais rien, veuille me saluer avant que je ne quitte le service. Mais j'ai compens&#233; en passant une heure avec lui, &#224; discuter de tout et de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; la dame hospitalis&#233;e qui n'a pas support&#233; que l'interne chuchote syst&#233;matiquement ses questions et observations &#224; la chef de clinique lors de la visite et qui l'a interrompu d'un : &#171; Vous savez, je suis une grande fille, vous pouvez parler &#224; voix haute, comme si j'existais dans cette pi&#232;ce ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; la famille d'une vieille dame qui vint la veille de son anniversaire gonfler des dizaines de ballons multicolores et coincer leurs ficelles entre les dalles du plafond de sa chambre. C'&#233;tait Disneyland en g&#233;riatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci au vieux monsieur parkinsonien que je promenais le long d'un couloir, prisonnier de sa posture &#171; en triple flexion &#187; typique : t&#234;te courb&#233;e, corps pench&#233; en avant, genoux pli&#233;s, pas facile de marcher... Et qui l&#226;che d'un air pince-sans-rire, accentu&#233; par la perte des expressions faciales et la voix monotone : &#171; Et dire qu'il y a 50 ans j'&#233;tais danseur &#224; Broadway... Voyez dans quel &#233;tat j'erre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; un m&#233;decin africain exploit&#233; d'un autre service, que tout le monde critique et engueule, qui est en permanence surcharg&#233;, qui gagne une mis&#232;re pour des horaires invraisemblables, qui encha&#238;ne les gardes pour mettre un peu de beurre dans les &#233;pinards de son salaire d'esclave, mais qui est aussi le meilleur Humain que je connaisse &#224; l'h&#244;pital... qui prend du temps avec les patients, avec les infirmi&#232;res, avec les &#233;tudiants fussent-ils en deuxi&#232;me ann&#233;e (la lie de la terre, je vous le rappelle), qui vous regarde dans les yeux en parlant, vous prend le bras, s'int&#233;resse &#224; ce que vous lui dites...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; un agent administratif r&#233;cemment retrait&#233; qui, en faisant l'admission pour laquelle j'&#233;tais descendue en urgence, et puis au cours des nombreuses discussions qui ont suivi, me parlait du docteur Knock et de tout un tas d'autres r&#233;f&#233;rences qui manquaient &#224; mon gruy&#232;re culturel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; l'interne que j'&#233;tais venue voir, plusieurs ann&#233;es avant mon entr&#233;e en m&#233;decine, pour des vaccinations avant un voyage, et que j'ai appel&#233; &#171; Professeur &#187; pensant que c'&#233;tait le titre qu'on donnait aux m&#233;decins &#224; l'h&#244;pital... et qui a trouv&#233; &#231;a tellement dr&#244;le qu'il a appel&#233; son pote en pleine consultation pour le lui raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; vous, rencontres d'une heure, d'une semaine ou d'une ann&#233;e, pour vos sourires, vos regards, votre humour ; merci de m'avoir rappel&#233;, sans le savoir, que la vie ne s'arr&#234;te pas aux Portes de l'H&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Il n'y a pas d'amour</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Il-n-y-a-pas-d-amour</link>
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		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il n'y a pas d'amour. Certains adultes y croient encore, surtout des femmes seules qui pensent pouvoir partager cette sensation avec un autre &#234;tre humain et finissent g&#233;n&#233;ralement par opter pour un chien de petite taille. Les autres se sont pris tellement de gamelles qu'ils songent s&#233;rieusement &#224; raccrocher les gants. Souvenez-vous, vos vies n'ont pas toujours &#233;t&#233; aussi moches. A l'adolescence par exemple, lorsque vous &#233;tiez na&#239;fs mais pas encore rances. &lt;br class='autobr' /&gt; L'adolescence est pour moi la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L148xH150/arton1018-69139.jpg?1763139178' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas d'amour. Certains adultes y croient encore, surtout des femmes seules qui pensent pouvoir partager cette sensation avec un autre &#234;tre humain et finissent g&#233;n&#233;ralement par opter pour un chien de petite taille. Les autres se sont pris tellement de gamelles qu'ils songent s&#233;rieusement &#224; raccrocher les gants. Souvenez-vous, vos vies n'ont pas toujours &#233;t&#233; aussi moches. A l'adolescence par exemple, lorsque vous &#233;tiez na&#239;fs mais pas encore rances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'adolescence est pour moi la p&#233;riode la plus lucide de la vie, celle o&#249; la l&#226;chet&#233; n'a pas encore pris le dessus. Souvenez-vous de l'euphorie de vos quinze ans : vous avez d&#233;couvert que vous disposiez d'un coeur non uniquement assimilable &#224; une pompe &#224; ketchup. Cette r&#233;v&#233;lation a m&#234;me suffi &#224; vous faire oublier que par la faute d'un v&#233;to parental d&#233;finitif, vous n'auriez pas les cheveux bleus pour votre rentr&#233;e en seconde. Pendant une parenth&#232;se enchant&#233;e de quelques ann&#233;es, vous avez os&#233; lever les yeux de votre nombril ; la souffrance ne vous effrayait pas, pourvu que vous puissiez go&#251;ter encore et encore &#224; ce fruit exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vos parents vous regardaient vous agiter dans tous les sens en faisant du bruit, d&#233;j&#224; blas&#233;s, n'osant pas vous dire que pass&#233;e cette br&#232;ve p&#233;riode o&#249; personne ne craint le ridicule, le rideau se referme, les quidams se renferment et les sentiments perdent leur incandescence. Les plus valeureux soufflent encore un peu sur les braises &#224; trente piges, et pour finir, il ne reste que de la cendre dans le coeur des quadra. L'adolescence, c'est le jardin de la Cr&#233;ation ; les jeunes Adam et Eve y d&#233;nudent all&#232;grement leurs coeurs, puis un jour le Serpent leur annonce qu'ils se sont mis &#224; poil. Alors tout le monde remballe, honteux, et file se construire une jolie petite carapace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A l'h&#244;pital comme &#224; l'ext&#233;rieur, il n'y a pas d'amour. D'abord, on n'est pas form&#233; pour, disent les pragmatiques. Est-ce que &#231;a s'apprend, l'amour ? Je ne pense pas. On peut apprendre &#224; le r&#233;v&#233;ler, &#224; le d&#233;gager des gangues dont il est prisonnier, mais pas le cr&#233;er de toutes pi&#232;ces. J'ai longtemps cru que le personnel m&#233;dical dans sa majorit&#233; ressentait bien quelque chose mais refoulait ses &#233;motions pour ne pas trop en souffrir ; l'histoire que je m'en vais vous conter m'incite plut&#244;t &#224; croire que plus personne n'&#233;prouve rien. Ou alors, c'est vraiment bien planqu&#233;, et y'a int&#233;r&#234;t &#224; trouver un putain de soufflet pour raviver tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un jour de visite comme les autres. Le chef de service, la chef de clinique, les internes, les externes passent de chambre en chambre. On arrive finalement &#224; la deux. Le client du jour est un monsieur de 50 ans et quelques, qui a pos&#233; son baluchon chez nous depuis une ou deux semaines. C'est un habitu&#233; : il souffre depuis 5 ans d'une de ces maladies d&#233;g&#233;n&#233;ratives absconses dont seule la neurologie sait nous r&#233;galer. Personne n'y comprend rien, et chaque fois que les rois du service se penchent sur son cas, la confusion r&#232;gne. Tout a commenc&#233; par une atteinte du cervelet, le &#171; petit cerveau &#187; qui m&#232;ne &#224; bien la coordination des mouvements. Puis il est devenu sourd. Ses implants auditifs ont fonctionn&#233; un certain temps, mais aujourd'hui ils ne servent plus qu'&#224; projeter deux grandes ombres genre oreilles de mickey sur son imagerie c&#233;r&#233;brale. Depuis quelque temps, on ne communique plus avec lui qu'au moyen d'une ardoise et d'un feutre Velleda. Sa voix a elle aussi subi des modifications d&#233;testables : on dirait un enfant de 13 ans qui mue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est coinc&#233; dans son lit, tremblotant, prisonnier de son corps, totalement d&#233;pendant de ses braves parents octog&#233;naires qui l'ont repris &#224; la maison, en province. Physiquement, c'est une ruine ; mentalement, tout est intact. C'est un spectacle d&#233;j&#224; dur &#224; voir en temps normal ; mais aujourd'hui, lorsque nous nous massons de chaque c&#244;t&#233; de son lit, je sens qu'il y a autre chose. Le patient se balance d'avant en arri&#232;re, genoux repli&#233;s, t&#234;te rejet&#233;e, rouge et soufflant comme s'il allait pleurer. Il m'&#233;voque aussit&#244;t les orphelins roumains que j'ai vu en convoi humanitaire se bercer de la sorte. Il en a gros, c'est manifeste. Mais pas suffisant pour que la visite s'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un terrible ping-pong m&#233;dical commence au-dessus de son lit, entre le chef de service et la chef de clinique, avec le patient pour filet :&lt;br class='autobr' /&gt;
Tic &#171; Qu'est-ce qu'on fait ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Toc &#171; Je ne sais pas trop, avec les implants sur l'IRM on voit que dalle en plus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tic &#171; Alors on lui enl&#232;ve ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toc &#171; Faut voir...et est-ce qu'on lui refait une ponction ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous, les externes, le public de cette rencontre au sommet, nous restons l&#224;, sans mot dire, comme toujours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Soudain le monsieur se redresse un peu sur son lit et crie de sa voix d'enfant, un feulement &#224; fendre l'&#226;me : &#171; C'est normal que j'entends plus rien du tout ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mal d'entendre cette voix, d'y entendre l'effarement d'un tout-petit qui ne ma&#238;trise rien, qui veut juste que &#231;a s'arr&#234;te, que quelqu'un l'aide, lui parle, le rassure &#224; la fin, quand tout ce qu'il voit ce sont ces blouses blanches qui ne s'arr&#234;tent pas de parler, de parler entre eux mais certainement pas &#224; lui qui n'entend rien... Mais la partie ne cesse pas, elle doit continuer, il faut un gagnant, les enjeux sont grands mesdames et messieurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Stupeur. Je jette un coup d'oeil &#224; droite, &#224; gauche, aux ramasseurs de balle et aux juges. Suis-je la seule &#224; avoir entendu son cri d'angoisse ? Ou alors, tout le monde s'en fout ? Est-ce plus important de faire le diagnostic d'une maladie pourrie qu'on ne pourra de toute fa&#231;on pas soigner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rage monte en moi. Ils ne peuvent pas n'avoir pas entendu. Ca ne les int&#233;resse pas. Je fais quelques pas pour attraper l'ardoise pos&#233;e sur la desserte et je viens me placer &#224; la t&#234;te du lit. Je griffonne &#171; C'est ce dont ils discutent justement &#187;. Je n'ai rien de plus rassurant. Moi aussi, je suis &#224; poil. Lorsque je reviens &#224; ma place, l'interne me demande aussit&#244;t ce que j'ai &#233;crit. La parano m&#233;dicale. Des fois que l'externe ait eu l'id&#233;e de dire au patient qu'il allait crever ; mieux vaut v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La partie finit par prendre fin. J'ai oubli&#233; les scores, le gagnant. Tout ce que je ressasse en sortant de la chambre, c'est que personne n'a rien fait. J'ai bien du essayer d'en parler &#224; mes co-externes de retour dans le bureau. Aucun n'avait entendu, si mes souvenirs sont bons. Il devrait y avoir dans les h&#244;pitaux un gueuloir, une petite pi&#232;ce compl&#232;tement insonoris&#233;e dans laquelle soignants et patients pourraient venir hurler leur rage, leur d&#233;sespoir, leur incompr&#233;hension. Mais il n'y en a pas. Il n'y a que des chambres petites et moches o&#249; ravaler ses larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Etres humains qui passez par ici, dites-moi que vos braises ne sont pas &#233;teintes, que sous les multiples couches de la carapace que vous avez du vous forger, quelque chose palpite encore, que votre coeur enfle encore parfois comme un nuage, comme un souffl&#233;. Que si je m'acharne &#224; la masse sur les armures de ceux qui comptent, j'ai une toute petite chance d'en lib&#233;rer des &#233;motions vraies. A l'h&#244;pital ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chroniques.carabines@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La grande garde</title>
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		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On dirait que tu pars en colo. En tout cas, ton paquetage a l'air pr&#233;vu pour : le pique-nique, la flotte, une trousse de toilette, des bouquins, une serviette, un paquet de clopes tout neuf. Sauf qu'en colonie de vacances, le plus souvent, on n'emm&#232;ne ni son st&#233;thoscope ni son marteau &#224; r&#233;flexes. D'ailleurs, tu ne pars pas en colo, mais en grande garde de neurochirurgie. De 8h &#224; 8h du matin. Tes premi&#232;res 24 heures au travail sans dormir ou presque. C'est excitant, et terriblement flippant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On dirait que tu pars en colo. En tout cas, ton paquetage a l'air pr&#233;vu pour : le pique-nique, la flotte, une trousse de toilette, des bouquins, une serviette, un paquet de clopes tout neuf. Sauf qu'en colonie de vacances, le plus souvent, on n'emm&#232;ne ni son st&#233;thoscope ni son marteau &#224; r&#233;flexes. D'ailleurs, tu ne pars pas en colo, mais en grande garde de neurochirurgie. De 8h &#224; 8h du matin. Tes premi&#232;res 24 heures au travail sans dormir ou presque. C'est excitant, et terriblement flippant aussi. Les m&#233;disants sifflent qu'il s'agit simplement de r&#233;pondre au t&#233;l&#233;phone, mais pour une fois tu vas vraiment servir &#224; quelque chose. En tout cas, tu veux voir par toi-m&#234;me. Et c'est pour cela que tu te retrouves assise sur ce muret, un samedi, &#224; l'heure o&#249; blanchit la campagne. Tu regardes autour de toi. A cette heure, sans &#226;me qui vive, l'h&#244;pital ressemble &#224; un d&#233;cor de studio, avec ses pelouses bien tondues, ses haies bien taill&#233;es, ses rues pav&#233;es. Une ambiance &#224; la Truman show. Tu t'attends presque &#224; ce qu'un projecteur s'&#233;crase &#224; tes pieds. Mais rien ne se passe. Alors tu balances ton m&#233;got, tu hisses ton sac sur ton &#233;paule, et tu descends la rampe d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le premier sous-sol du b&#226;timent de neurochirurgie est blanc, froid, vide. A quelques m&#232;tres de l'entr&#233;e, dans un tunnel de b&#233;ton, s'entasse un fatras de palettes, de vieux brancards, d'ordures accumul&#233;es l&#224; au fil des ans. Le cendrier d&#233;borde. A c&#244;t&#233;, une chaise hors d'usage. L'ensemble t'&#233;voque le parking &#171; d&#233;pose minute &#187; d'un a&#233;roport en d&#233;cr&#233;pitude. Tu rentres dans le sas. La secr&#233;taire t'ouvre la porte des urgences. A ta droite, un tout petit bureau, uniquement meubl&#233; de deux bureaux avec leurs chaises, deux ordinateurs et deux t&#233;l&#233;phones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mur, un n&#233;gatoscope, un grand poster, et un panneau de li&#232;ge sur lequel sont punais&#233;s les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone utiles.Voil&#224; ton domaine pour les 24 prochaines heures. Devant, une grande salle grise o&#249; stationnent quatre brancards, en face du bureau de l'infirmi&#232;re d'accueil. La secr&#233;taire pousse la porte du fond et te montre la chambre des externes, &#233;trangement propre. Tu es soulag&#233;e. Tu as entendu tellement d'histoires de chambres d&#233;gueulasses o&#249; rien ne tenait d'aplomb. Tu poses ton sac, tu y prends le n&#233;cessaire, et tu le fourres dans ta blouse. Il est huit heures, c'est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grande garde de neurochirurgie bonjour ! &#187; &#171; Bonjour, ici le docteur Z., je vous appelle pour un avis neurochirurgical. Il s'agit d'un patient de 52 ans, une suspicion d'h&#233;morragie m&#233;ning&#233;e non traumatique. Il n'est pas d&#233;ficitaire. Il n'a pas de syndrome m&#233;ning&#233; vrai. Cliniquement, il n'a eu que des c&#233;phal&#233;es d'apparition rapidement progressive. Il n'est pas anticoagul&#233;. Pas d'ant&#233;c&#233;dent notable. Je vous t&#233;l&#233;transmets les images. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les appels ressemblent &#224; peu pr&#232;s &#224; celui-l&#224;. Des interlocuteurs, il y en a des gentils, des m&#233;chants, des crev&#233;s, des marrants, des pas jouasses, des press&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton boulot, c'est de tirer d'eux assez d'informations pour remplir ta fiche. Tu dois &#234;tre pr&#233;cis, poser les questions qu'il faut, le tout sans les froisser, ces m&#233;decins souvent vex&#233;s d'&#234;tre filtr&#233;s par une simple externe. Puis tu raccroches, et tu pr&#233;sentes le patient &#224; ton interne. Selon la clinique et l'imagerie c&#233;r&#233;brale, elle d&#233;cide d'admettre ou non le patient aux urgences. Pour une fois, tu te sens vraiment utile. Tu es le premier maillon de la cha&#238;ne ; sans toi, ce syst&#232;me ne peut fonctionner. A force d'&#234;tre &#233;tudiant-secr&#233;taire-coursier-glandeur &#224; mi-temps, tu avais oubli&#233; cette sensation. Et &#231;a fait du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coeur de la nuit, apr&#232;s 15 heures de garde, tu enfiles un pyjama de bloc, une charlotte, des surchaussures. Tu mets ton masque chirurgical. Heureusement, il n'y a pas de miroir dans le couloir qui m&#232;ne au bloc op&#233;ratoire. Tu passes la main devant le d&#233;tecteur qui d&#233;clenche l'ouverture des portes. Tu te glisses dans la salle, et tu montes sur l'estrade &#224; quelques centim&#232;tres du chirurgien. Une seule pens&#233;e t'obs&#232;de, celle de ne pas tomber sur le champ ou la table du haut de ton perchoir. Tu regardes. Tu vois du bleu partout, et au milieu de ce bleu, une ouverture hexagonale de quinze centim&#232;tres de large retenue par deux fortes pinces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profonde, l'ouverture. Pendant plusieurs minutes, tu te demandes ce que peut bien &#234;tre le coeur de palmier tout blanc au fond du trou. De l'os ? Jusqu'&#224; ce que l'interne t'explique qu'il s'agit de la moelle &#233;pini&#232;re. Un coup de bistouri malencontreux, et c'est la paralysie. Le silence est assourdissant ; ce chirurgien-l&#224; ne supporte pas le bruit pendant ses op&#233;rations. D'autres n'op&#232;rent que sur un certain type de musique, et ils tiennent &#224; leurs habitudes. Au bout d'une demi-heure, l'ambiance en vase clos du bloc t'oppresse, et tu t'en vas, lass&#233;e de cette boucherie experte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures passent, au compte-gouttes car plus aucun appel ne vient troubler la tranquilit&#233; du sas. Tu fumes plus que de raison, tout contre la fen&#234;tre du couloir rest&#233;e ouverte, que tu pourrais enjamber en catastrophe en cas de sonnerie. Il n'y a plus de patients dans la salle-hall de gare. La garde est faiblarde cette nuit-l&#224; : 21 coups de fil seulement. De minuit &#224; 8h, il n'y aura plus rien...L'effervescence t&#233;l&#233;phonique de la journ&#233;e laisse place &#224; l'ambiance particuli&#232;re des gardes nocturnes. Puisqu'on est tous dans le m&#234;me bateau, coup&#233;s du monde et du temps, les barri&#232;res hi&#233;rarchiques s'effacent, une certaine complicit&#233; s'installe ; toi-m&#234;me, tu ne sais plus s'il faut tutoyer ou vouvoyer ta chef avec laquelle tu fumes une cigarette dans l'air ti&#232;de de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta co-externe rejoint la chambre que tu lui as laiss&#233;e ; tu pr&#233;f&#232;res lire dans le brancard, juste &#224; c&#244;t&#233; du t&#233;l&#233;phone. Tu sombres doucement, pour quelques minutes ou quelques heures, &#224; la fois euphorique et &#233;puis&#233;e d'&#234;tre l&#224;, dans la bulle du sas qui t'a si bien prot&#233;g&#233;e du monde r&#233;el. Quelques minutes avant huit heures, tu &#233;merges d'un sommeil sans r&#234;ve. Le bigo n'a pas sonn&#233;. Tu te d&#233;barbouilles, refais ton lit, ram&#232;nes le brancard dans la grande salle vide. Tu laisses un petit mot sur le n&#233;gatoscope pour dire &#224; l'&#233;quipe combien tu as aim&#233; ta garde. Et tu remontes la pente de la rampe d'acc&#232;s, d&#233;fonc&#233;e mais heureuse d'avoir vaincu la peur et la fatigue. Pour une fois, tu te sens &#224; ta place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Scarabee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pour &#233;crire &#224; Scarab&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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