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	<title>Winckler's Webzine</title>
	<link>https://www.martinwinckler.com/</link>
	<description>Site personnel de l'&#233;crivain et m&#233;decin Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)</description>
	<language>fr</language>
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<item xml:lang="fr">
		<title>Touche pas &#224; mon pr&#233;puce !!!</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Touche-pas-a-mon-prepuce</link>
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		<dc:date>2014-01-20T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Beaucoup de jeunes mamans sont tr&#232;s inqui&#232;tes parce qu'on (leur m&#232;re, leur belle-m&#232;re, leur m&#233;decin) leur dit qu'il faut &#171; nettoyer &#187; le gland (l'extr&#234;mit&#233;) du sexe de leur petit gar&#231;on, et que pour le faire, il faut le d&#233;calotter, c'est &#224; dire remonter le pr&#233;puce (la peau qui recouvre le gland) comme un col roul&#233;. Or, il n'en est rien. Cette pratique n'a que des inconv&#233;nients et aucun avantage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la feuille de l'association &#171; L'Arbre &#224; b&#233;b&#233;s &#187;, j'ai r&#233;pondu &#224; quelques questions sur ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/La-medecine-les-patients-les-soignants" rel="directory"&gt;La m&#233;decine, les patients, les soignants&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L150xH129/arton697-1f986.jpg?1763118581' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Beaucoup de jeunes mamans sont tr&#232;s inqui&#232;tes parce qu'on (leur m&#232;re, leur belle-m&#232;re, leur m&#233;decin) leur dit qu'il faut &#171; nettoyer &#187; le gland (l'extr&#234;mit&#233;) du sexe de leur petit gar&#231;on, et que pour le faire, il faut le d&#233;calotter, c'est &#224; dire remonter le pr&#233;puce (la peau qui recouvre le gland) comme un col roul&#233;. Or, il n'en est rien. Cette pratique n'a que des inconv&#233;nients et aucun avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la feuille de l'association &#171; L'Arbre &#224; b&#233;b&#233;s &#187;, j'ai r&#233;pondu &#224; quelques questions sur ce sujet p&#233;nien &#233;pineux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/Comment vous situez-vous par rapport &#224; la pratique du d&#233;calottage, en tant que m&#233;decin et parent ? Le faites-vous sur vos petits patients et l'avez-vous fait ou fait faire sur vos enfants ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais d&#233;calott&#233; le pr&#233;puce d'un petit gar&#231;on, ni celui d'un de mes patients, ni celui de mes cinq gar&#231;ons. (Et je pense que si je leur demandais ce qu'ils en pensent, ils me regarderaient de travers, en se disant que j'ai de dr&#244;les d'id&#233;es...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu tr&#232;s t&#244;t (au d&#233;but des ann&#233;es 80, quand je me suis install&#233;, et en lisant en particulier le p&#233;diatre Aldo Naouri, qui n'a pas toujours dit ou &#233;crit des b&#234;tises...), la notion que cette pratique &#233;tait non seulement inutile, mais agressive pour tout le monde, &#224; commencer par les premiers int&#233;ress&#233;s, mais aussi les m&#232;res. C'est agressif parce que, d&#232;s qu'on touche au p&#233;nis des petits gar&#231;ons, on provoque une &#233;rection, bien entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, toutes les m&#232;res ne sont pas &#224; l'aise avec &#231;a... Et on les comprend. Et si les petits gar&#231;ons rigolent parfois qu'on leur chatouille le p&#233;nis quand ils sont nourrissons, tr&#232;s vite, ils pr&#233;f&#232;rent qu'on laisse cette zone-l&#224; tranquille (comme les filles...) pour s'en occuper tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/Que pensez-vous des arguments habituellement utilis&#233;s par les tenants du d&#233;calottage (adh&#233;rences, possible phimosis) ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;phimosis&lt;/strong&gt;, c'est le fait que l'orifice du pr&#233;puce est trop serr&#233; pour permettre au gland de sortir quand le gar&#231;on est en &#233;rection. Donc, &#231;a ne peut g&#234;ner les gar&#231;ons qu'&#224; l'&#226;ge o&#249; ils sont susceptibles d'avoir des rapports sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la plupart des &#233;tudes qui ont &#233;t&#233; faites sur le sujet montrent que le d&#233;calottage n'a aucune fonction, ni hygi&#233;nique, ni pour emp&#234;cher le phimosis, qui est un ph&#233;nom&#232;ne spontan&#233;ment rare. On disait dans le temps que c'&#233;tait pour lutter contre les adh&#233;rences, pour &#171; nettoyer &#187; ce qu'il y avait dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;cr&#233;tions pr&#233;putiales sont aussi normales que les s&#233;cr&#233;tions vulvaires chez la petite fille, et on n'a jamais pr&#244;n&#233; le &#171; nettoyage &#187; des vulves de petite fille au coton-tige - mais j'ai vu des m&#232;res essayer de passer un coton-tige sous le pr&#233;puce de leur fils parce qu'un m&#233;decin leur avait dit de le faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;puce est &#171; auto-nettoyant &#187;. L'orifice du pr&#233;puce est serr&#233; &#224; la naissance pour justement &#233;viter que des poussi&#232;res s'introduisent dedans. Le d&#233;calotter (donc, le dilater de force), c'est anti-naturel. Et &#231;a fait mal. &lt;i&gt;Et &#231;a peut entra&#238;ner des d&#233;chirures et un para-phimosis qui, lui, est une urgence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;para-phimosis&lt;/strong&gt; (provoqu&#233;) est beaucoup plus fr&#233;quent que le phimosis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous d&#233;cris le tableau : une maman a voulu d&#233;calotter un petit gar&#231;on (en g&#233;n&#233;ral dans son bain). Le tripotage a entra&#238;n&#233; une &#233;rection apr&#232;s le d&#233;calottage. Du coup, le pr&#233;puce en &#171; col roul&#233; &#187; serre le gland, qui gonfle et devient violet. Le gamin hurle. Comme il est dans un bain ti&#232;de, &#231;a s'aggrave...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, on appelle le m&#233;decin, et l&#224;, de deux choses l'une. Ou bien il panique et envoie le gamin &#224; l'h&#244;pital, ou bien il conna&#238;t le probl&#232;me et le r&#233;sout tr&#232;s simplement : il ne faut pas tirer sur le pr&#233;puce pour le recalotter (&#231;a ne marche pas), il faut d'abord vider la baignoire, ensuite lui verser de l'eau un peu plus froide (pas glac&#233;e) sur le p&#233;nis, en comprimant tout doucement le gland gonfl&#233;. Le froid d&#233;gonfle la verge, et le gland rentre tout seul dans le pr&#233;puce...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu une douzaine de situations comme &#231;a au d&#233;but de ma carri&#232;re. C'&#233;tait toujours chez des gar&#231;ons dont les m&#232;res avaient une conception un peu obsessionnelle de la &#171; propret&#233; &#187;, ou qui avaient &#233;t&#233; consciencieusement culpabilis&#233;es par une (belle-)m&#232;re ou un m&#233;decin tr&#232;s interventionniste, et qui d&#233;calottaient leur petit gar&#231;on trois fois par semaine, &#224; tel point que le gamin voyait avec une certaine angoisse sa m&#232;re s'approcher de lui et lui baisser son pantalon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, plus elle y touchait, plus il &#233;tait irrit&#233;, et plus il avait mal et plus le d&#233;calottage &#233;tait un supplice, jusqu'au jour o&#249; il faisait un paraphimosis carabin&#233; et o&#249; elle m'appelait au secours. Bref, c'&#233;tait un cercle vicieux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s rapidement, j'ai fait passer aux jeunes mamans le message qu'il ne fallait pas toucher au pr&#233;puce. Au fil des ann&#233;es, j'ai vu de moins en moins de paraphimosis, de plus en plus de petits gar&#231;ons joyeux qui se tiraient tout seul sur le zizi en rigolant, et de plus en plus de m&#232;res ravies de ne pas avoir &#224; s'occuper de &#231;a &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai fait op&#233;rer aucun petit gar&#231;on pendant ma carri&#232;re de g&#233;n&#233;raliste de campagne, et j'ai d'ailleurs vu tr&#232;s peu de gar&#231;ons se faire op&#233;rer, car dans mon canton, aucun m&#233;decin n'&#233;tait &#171; fan &#187; du d&#233;calottage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/A partir de quel &#226;ge faut-il s'inqui&#233;ter et envisager une op&#233;ration chez un petit gar&#231;on dont le p&#233;nis ne se d&#233;calotte pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est simple : il ne faut &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; s'inqui&#233;ter, car il n'y a aucune raison de s'inqui&#233;ter. &lt;strong&gt;Le d&#233;calottage est une pratique culturelle en France, pas du tout dans d'autres pays.&lt;/strong&gt; Pourtant, il n'y a pas plus de phimosis ailleurs qu'en France. Ca veut bien dire que d&#233;calotter le pr&#233;puce ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les parents qui ont eu des petits gar&#231;ons peuvent t&#233;moigner que tripotage et masturbation sont tr&#232;s fr&#233;quents chez les tout petits (je vous rassure, ils ne sont pas &#034;anormaux&#034; chez l'adulte...), mais ne provoquent pour autant aucun probl&#232;me. Le pr&#233;puce du nourrisson n'est pas fait pour &#234;tre d&#233;calott&#233; par quelqu'un d'autre que par son propri&#233;taire : il sert de fourreau au gland, qu'il prot&#232;ge. Il s'allonge et s'assouplit au fil du temps, &#224; mesure que l'enfant grandit... et dilate l'orifice du pr&#233;puce lui-m&#234;me en se masturbant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la croissance, le pr&#233;puce s'allonge en m&#234;me temps que le p&#233;nis, ce qui permet des &#233;rections sans souci. A la pubert&#233;, dans l'immense majorit&#233; des cas, les gar&#231;ons se sont d&#233;j&#224; d&#233;calott&#233;s et ont assoupli l'orifice pr&#233;putial tout seuls et ils n'ont pas de phimosis... Ils ne connaissent m&#234;me pas le mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gar&#231;ons ont des probl&#232;mes, c'est &#224; la pubert&#233;, pas avant. (Ou alors, le probl&#232;me est un paraphimosis, parce qu'on les d&#233;calotte sans arr&#234;t... - voir plus haut). &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#251; faire circoncire, dans toute ma carri&#232;re de g&#233;n&#233;raliste (douze ann&#233;es &#224; la campagne), un seul homme, &#226;g&#233; de...22 ans, qui avait un phimosis... &lt;i&gt;parce qu'il avait eu un d&#233;calottage trop brutal tout petit et en avait gard&#233; un pr&#233;puce cicatriciel, et donc serr&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; &#224; le g&#234;ner &#224; la pubert&#233;, mais pas avant. &lt;i&gt;De fait, c'est le d&#233;calottage r&#233;p&#233;t&#233;, en provoquant des inflammations qui est la cause de son phimosis ! ! ! &lt;/i&gt; - la d&#233;chirure r&#233;p&#233;t&#233;e du pr&#233;puce &#224; un &#226;ge o&#249; le gar&#231;on n'avait rien demand&#233; a provoqu&#233; des cicatrices, qui ont resserr&#233; l'orifice...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/Que conseillez-vous &#224; une m&#232;re qui ne sait pas comment se positionne son p&#233;diatre ? Ou alors si le m&#233;decin est pour ? (ou l'art de ne pas se laisser culpabiliser...)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un probl&#232;me est purement affaire d'opinion et non de pr&#233;vention ou de sant&#233; (et, encore une fois, rien ne montre que le d&#233;calottage a le moindre int&#233;r&#234;t, mais ses inconv&#233;nients sont manifestes), peu importe la &#171; position &#187; du m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins ne sont pas l&#224; pour dicter leurs opinions aux m&#232;res et il n'y a certainement pas de quoi &#171; culpabiliser &#187; les femmes qui d&#233;cident de ne pas tripoter le p&#233;nis de leur nourrisson (pour ma part, je les trouve plut&#244;t saines...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'une m&#232;re ferait circoncire son fils pour &#171; faire plaisir &#187; &#224; un m&#233;decin qui pr&#244;ne la circoncision &#171; hygi&#233;nique &#187; ? Non, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(NB : La question de la circoncision m&#233;rite une r&#233;flexion &#224; elle seule. J'expose la mienne dans &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/spip.php?article701&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour le d&#233;calottage. Si un m&#233;decin vous en parle, r&#233;pondez-lui que vous laissez &#224; votre enfant le soin de r&#233;gler ce probl&#232;me-l&#224;, &lt;i&gt;et surtout ne laissez pas le m&#233;decin vous faire une d&#233;monstration !&lt;/i&gt; Il n'est pas justifi&#233; de d&#233;calotter un nourrisson ou un petit gar&#231;on qui n'a rien, pas plus que de faire un examen vaginal &#224; une petite fille qui va bien ! ! !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul moment o&#249; un m&#233;decin est en droit de toucher (doucement) le p&#233;nis d'un petit gar&#231;on, c'est si le p&#233;nis en question pr&#233;sente une anomalie visible. Et avec des gants. Et sans d&#233;calotter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces situations rares, bas les pattes ! ! !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin W.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour info :&lt;/strong&gt; voici ce qu'on peut lire sur les sites de sant&#233; d'enfants dans les pays anglo saxons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.netdoctor.co.uk/ate/childrenshealth/200107.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En Angleterre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.kidshealth.org.nz/foreskin-care&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En Nouvelle-Z&#233;lande&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.huffingtonpost.com/christiane-northrup/circumcision_b_3443415.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et un article du Huffington Post qui montre que la pratique a tout de m&#234;me lieu en Am&#233;rique, et doit &#234;tre d&#233;nonc&#233;e&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin &lt;a href=&#034;https://destinationsante.com/faut-il-decalotter-le-penis-des-petits-garcons.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article r&#233;cent donnant l'opinion (synth&#233;tique) des p&#233;diatres en France&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&#034;http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0929693X05002757&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;sum&#233; de l'article des annales&lt;/a&gt; de p&#233;diatrie mentionn&#233; dans ce m&#234;me article.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne les laissez pas toucher &#224; son pr&#233;puce !!! Il n'y pas de raison (hygi&#233;nique ou scientifique) de d&#233;calotter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La caste hospitalo-universitaire fran&#231;aise est l'ennemie du syst&#232;me de sant&#233;</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/La-caste-hospitalo-universitaire-francaise-est-l-ennemie-du-systeme-de-sante</link>
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		<dc:date>2013-09-28T22:59:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler, Martin WInckler/Dr Marc Zaffran</dc:creator>


		<dc:subject>Politique sanitaire fran&#231;aise</dc:subject>
		<dc:subject>Industrie pharmaceutique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Monde a publi&#233; le 14 f&#233;vrier 2009, dans le cadre d'un ensemble sur la r&#233;forme du syst&#232;me de sant&#233;, un texte de mon cru. Il n'est plus accessible aux non-abonn&#233;s. En voici la version originelle, l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. MW Le projet de loi 1210 sur l'h&#244;pital, et &#171; relatif aux patients, &#224; la sant&#233;, au territoire &#187; passe compl&#232;tement sous silence une contradiction majeure, principal obstacle &#224; une d&#233;livrance rationnelle et &#233;quitable des soins : Alors que la s&#233;curit&#233; sociale est un syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Soignants-en-formation-soignants-en-souffrance" rel="directory"&gt;Soignants en formation, soignants en souffrance &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Politique-sanitaire-francaise" rel="tag"&gt;Politique sanitaire fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Industrie-pharmaceutique" rel="tag"&gt;Industrie pharmaceutique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Monde a publi&#233; le 14 f&#233;vrier 2009, dans le cadre d'un ensemble sur la r&#233;forme du syst&#232;me de sant&#233;, un texte de mon cru. Il n'est plus accessible aux non-abonn&#233;s. En voici la version originelle, l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. &lt;br class='manualbr' /&gt;MW&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le projet de loi 1210 sur l'h&#244;pital, et &#171; relatif aux patients, &#224; la sant&#233;, au territoire &#187; passe compl&#232;tement sous silence une contradiction majeure, principal obstacle &#224; une d&#233;livrance rationnelle et &#233;quitable des soins : &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la s&#233;curit&#233; sociale est un syst&#232;me solidaire, les facult&#233;s de m&#233;decine poussent les professionnels &#224; penser en lib&#233;raux individualistes, loin de tout souci du bien commun. &lt;br&gt;
Et, de fait, la caste hospitalo-universitaire interdit toute &#233;volution du syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
1&#176; La formation m&#233;dicale fran&#231;aise est &#233;litiste, violente et antiscientifique.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs de mes livres , de nombreux t&#233;moignages d'&#233;tudiants et d'enseignants publi&#233;s sur mon site ainsi que L'&#233;cole de m&#233;decine, documentaire en 10 &#233;pisodes de Marie Agostini (Arte, 2007) attestent qu'aujourd'hui encore la formation m&#233;dicale est violente, culpabilisante et humiliante pour les &#233;tudiants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le recrutement des &#233;tudiants en m&#233;decine ne repose pas sur les aptitudes &#224; soigner - qui peuvent &#234;tre identifi&#233;es - mais sur des crit&#232;res de s&#233;lection datant du 19e si&#232;cle. Par sa forme, son contenu et le traitement qu'il impose aux &#233;tudiant(e)s, le concours de premi&#232;re ann&#233;e est contraire &#224; l'&#233;thique et &#224; la raison. Il &#233;limine, de fait, des soignants potentiels de grande valeur et favorise les &#233;tudiants les plus susceptibles de se soumettre &#224; l'autorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment peut-on pr&#233;tendre enseigner le soin &#224; des jeunes gens que l'on maltraite ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le recrutement archa&#239;que (par cooptation !) des professeurs de facult&#233;, leur inamovibilit&#233;, le cumul de leurs fonctions (enseignement + soins + recherche) et leur hypersp&#233;cialisation, par nature &#233;loign&#233;e des r&#233;alit&#233;s de terrain, favorisent l'autarcie intellectuelle et l'obscurantisme. Faute de s'accorder sur des consensus scientifiques valid&#233;s et r&#233;guli&#232;rement mis &#224; jour, les enseignements varient au gr&#233; des lubies des Professeurs de facult&#233; : nombreux sont ceux qui s'obstinent ainsi &#224; enseigner des notions obsol&#232;tes ou simplement inadapt&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; m&#233;dicale de terrain. Faute d'avoir re&#231;u une formation initiale rigoureuse les m&#233;decins sont ensuite incapables d'exercer le moindre esprit critique face &#224; une &#171; formation continue &#187; presque enti&#232;rement financ&#233;e par l'industrie. La seule revue m&#233;dicale notoirement ind&#233;pendante, Prescrire, n'est m&#234;me pas syst&#233;matiquement recommand&#233;e par les enseignants, tandis que l'examen national classant (ancien &#171; internat &#187;) contenait encore en 2008 des contre-v&#233;rit&#233;s scientifiques r&#233;voltantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment pr&#233;tendre d&#233;livrer &#233;quitablement les soins quand les soignants ne sont pas tous form&#233;s de mani&#232;re scientifique et critique &#224; l'&#233;gard des int&#233;r&#234;ts commerciaux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#176; Beaucoup d'hospitalo-universitaires poussent ouvertement leurs &#233;tudiants &#224; devenir sp&#233;cialistes hypertechniciens et manifestent le plus profond m&#233;pris &#224; l'&#233;gard de la m&#233;decine et de la chirurgie g&#233;n&#233;rale, dont la population a le plus besoin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Une fois connus les r&#233;sultats de l'examen national classant, nombre d'&#233;tudiants refusent d'opter pour les postes de m&#233;decine et de chirurgie g&#233;n&#233;rale, qui restent alors sans titulaires. Comment s'en &#233;tonner ? Nombre de doyens et d'enseignants leur d&#233;conseillent, ouvertement, de s'orienter dans ces directions ! Quand ils ont malgr&#233; tout choisi cette voie, les m&#233;decins et chirurgiens g&#233;n&#233;ralistes ne sont pas seulement sous-pay&#233;s et m&#233;pris&#233;s - ils ne sont m&#234;me pas associ&#233;s de mani&#232;re &#233;quitable &#224; la formation des futurs praticiens. En CHU, l'enseignement est, de fait, confisqu&#233; par des hypersp&#233;cialistes qui d&#233;nigrent ou d&#233;valorisent souvent la formation en &#171; hopitaux de r&#233;gion &#187;. Accepterions-nous aujourd'hui que la formation des instituteurs soit confisqu&#233;e par des professeurs de facult&#233; ignorants des r&#233;alit&#233;s d'une classe de CP ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
3&#176; Objectivement, les hospitalo-universitaires les plus influents n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que les choses changent.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
En effet, beaucoup tirent leurs revenus de trois sources : des salaires publics ; des actes de m&#233;decine lib&#233;rale ; des honoraires vers&#233;s par des tiers (compagnies d'assurances, industrie pharmaceutique, agences de sant&#233; publique ou institutions d'&#233;tat). Cette confusion des revenus cr&#233;e in&#233;vitablement des conflits d'int&#233;r&#234;t majeurs. Les m&#233;dias fran&#231;ais ont d&#233;nonc&#233; (&#224; juste titre) le fait que les laboratoires Eli-Lilly aient financ&#233; la campagne 2004 de George W. Bush mais ignorent (ou feignent d'ignorer) que l'immense majorit&#233; des &#171; experts ind&#233;pendants &#187; consult&#233;s par les agences de sant&#233; nationales ont travaill&#233; ou travaillent pour l'industrie et occupent des postes de chercheurs ou d'enseignants ! &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Comment les soignants pourraient-ils exercer de mani&#232;re conforme &#224; l'&#233;thique ou utiliser les ressources de mani&#232;re appropri&#233;e alors que leur formation est profond&#233;ment influenc&#233;e par des &#171; enseignants &#187; dont les revenus et les int&#233;r&#234;ts sont radicalement &#233;loign&#233;s du bien commun ?&lt;/i&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
4&#176; En France, toute critique de la caste hospitalo-universitaire et de son influence d&#233;l&#233;t&#232;re est condamn&#233;e au silence.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Pour sortir de cette contradiction il faudrait prendre des mesures radicales : supprimer les nominations de Professeurs &#224; vie ; interdire le cumul des fonctions d'enseignement, de recherche, de soin et de d&#233;cision ; r&#233;glementer le partage des t&#226;ches entre fonction publique et exercice priv&#233; ; surveiller strictement les relations avec l'industrie ; int&#233;grer des praticiens de terrain en exercice &#224; l'&#233;laboration des programmes et &#224; l'enseignement, au m&#234;me niveau de responsabilit&#233; que les sp&#233;cialistes hypertechniciens ; associer les associations de patients au contenu des enseignements ; favoriser les enseignements crois&#233;s : les m&#233;decins apprendraient beaucoup des infirmier(e)s, des kin&#233;sith&#233;rapeutes, des orthophonistes, des sage-femmes. &#192; commencer par l'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Il faudrait &#233;galement repenser enti&#232;rement le mode de s&#233;lection, en ayant pour objectifs de favoriser l'engagement des individus les plus soucieux du bien commun et de prot&#233;ger leur exercice professionnel des influences id&#233;ologiques, industrielles et commerciales. &lt;br&gt;
Mais pareille r&#233;volution est impensable : les hospitalo-universitaires ne tiennent pas &#224; ce qu'on remette en cause leur pouvoir et leurs privil&#232;ges. Ils ne tiennent pas &#224; ce qu'on pi&#233;tine leurs pr&#233;s carr&#233;s ou &#224; ce qu'on conteste leur autorit&#233; suppos&#233;e - morale, intellectuelle ou scientifique. Sur tous ces points, les silences du projet de loi refl&#232;tent le poids des hospitalo-universitaires - qui si&#232;gent &#224; l'Assembl&#233;e, ont leurs entr&#233;es aux minist&#232;res, re&#231;oivent les ministres et leurs familles dans leur cabinet ou leur clinique - et leur sugg&#232;rent ce qui est pensable et dicible et ce qui ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, j'assurais une chronique scientifique matinale sur France Inter. Quelques interventions sur la collusion entre l'industrie pharmaceutique, le monde m&#233;dical et les m&#233;dias ont provoqu&#233; mon exclusion d&#233;finitive de la premi&#232;re cha&#238;ne de radio publique. Depuis, mes livres n'y sont m&#234;me plus mentionn&#233;s. Par crainte qu'ils ne contaminent les auditeurs, j'imagine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, j'assurais de modestes mais passionnants enseignements dirig&#233;s &#224; la facult&#233; de m&#233;decine Paris V. &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/spip.php?article892&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une d&#233;nonciation de l'archa&#239;sme hospitalo-universitaire parue dans la revue &#171; La Vie Universitaire &#187; m'a valu d'&#234;tre remerci&#233; par le d&#233;partement de m&#233;decine g&#233;n&#233;rale.&lt;/a&gt; De peur que je n'infecte l'esprit des &#233;tudiants, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inventer de nouvelles mani&#232;res de former les soignants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, personne n'interdit aux soignants de premi&#232;re ligne - g&#233;n&#233;ralistes, sages-femmes, infirmi&#232;res, kin&#233;sith&#233;rapeutes, dentistes - et aux professionnels de sant&#233; hospitaliers qui voudraient se joindre &#224; eux d'imaginer une &#171; &#233;cole de soignants &#187; qui travaillerait hors du cadre archa&#239;que et r&#233;actionnaire des institutions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, un article sur ce th&#232;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvent, soigner c'est facile</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Souvent-soigner-c-est-facile</link>
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		<dc:date>2013-09-20T20:26:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Vincent Berville (qui le raconte sur une autre page), j'ai ouvert ce site en 2003. Tr&#232;s vite, je l'ai aliment&#233; en articles consacr&#233;s &#224; la contraception. Pendant cinq ans, j'ai re&#231;u beaucoup de messages &#224; ce sujet. Des messages qui parlaient du cycle et de ses &#171; anomalies &#187;, de la sexualit&#233;, des craintes et questions de leurs auteurs. Plus de dix mille, si mes calculs sont exacts. Je me suis inspir&#233; d'un grand nombre de ces messages pour le chapitre &#171; Polyphonie &#187; du Ch&#339;ur des femmes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Les-medecins-les-patients-et-tout-ce-qui-s-ensuit" rel="directory"&gt;Les m&#233;decins, les patients, et tout ce qui s'ensuit... &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Vincent Berville &lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/spip.php?article1072&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;(qui le raconte sur une autre page)&lt;/a&gt;, j'ai ouvert ce site en 2003. Tr&#232;s vite, je l'ai aliment&#233; en articles consacr&#233;s &#224; la contraception. Pendant cinq ans, j'ai re&#231;u beaucoup de messages &#224; ce sujet. Des messages qui parlaient du cycle et de ses &#171; anomalies &#187;, de la sexualit&#233;, des craintes et questions de leurs auteurs. Plus de dix mille, si mes calculs sont exacts. Je me suis inspir&#233; d'un grand nombre de ces messages pour le chapitre &#171; Polyphonie &#187; du &lt;i&gt;Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es, j'ai r&#233;pondu &#224; un grand nombre de ces messages. Pr&#232;s de 95%, je pense. Il est arriv&#233; un moment o&#249; je n'ai plus pu r&#233;pondre, et o&#249; je me suis rendu compte que beaucoup de questions se r&#233;p&#233;taient. C'est bien naturel : tous les jours, des femmes se posent des questions qu'elles ne s'&#233;taient pas pos&#233;es auparavant, et dont personne &#8211; pas m&#234;me les femmes qui les entourent &#8211; ne leur a parl&#233;. Elles surfent, elles tombent sur des sites qui abordent plus ou moins ces questions, et certaines trouvent mon site, les articles, l'adresse courriel. Et m'&#233;crivent sans avoir pris le temps de chercher les r&#233;ponses sur le site ou, l'ayant pris, sans avoir trouv&#233; de r&#233;ponse &#224; celle qui les tracasse le plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors je n'ai pas &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233; de voir les m&#234;mes questions r&#233;appara&#238;tre p&#233;riodiquement. Penser que si l'on r&#233;pond une fois, on r&#233;pond &#224; tout le monde, c'est idiot ou vaniteux. J'ai essay&#233; de r&#233;pondre &#224; un grand nombre en colligeant les questions et les r&#233;ponses, en les anonymisant, &lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/spip.php?rubrique36&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et en les publiant dans une rubrique sp&#233;ciale&lt;/a&gt;. Mais m&#234;me &#231;a n'a pas suffi. Et &#231;a ne peut jamais suffire. D'abord, parce qu'une seule personne ne peut pas r&#233;pondre &#224; toutes les questions (je sais beaucoup de choses, mais mon ignorance est bien sup&#233;rieure &#224; mes connaissances) ; ensuite parce qu'il est parfois difficile de trouver &#171; LA &#187; r&#233;ponse qui convient &#224; une question personnelle. Tout simplement parce que la mani&#232;re dont la question est formul&#233;e ne recouvre pas toujours la complexit&#233; des interrogations sous-jacentes. &lt;i&gt;&#171; Pour poser une bonne question &#187;,&lt;/i&gt; ai-je lu il y a longtemps dans une nouvelle de SF, d'Isaac Asimov ou de Robert Sheckley, &lt;i&gt;&#171; il faut conna&#238;tre une bonne partie de la r&#233;ponse &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : il m'est arriv&#233; plus d'une fois, en toute bonne foi, de r&#233;pondre &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; parce que je n'avais pas compris la question. Souvent, la personne qui s'adresse &#224; moi (et c'&#233;tait vrai aussi en consultation) s'avance avec un pr&#233;-texte. Litt&#233;ralement. Une question-test, destin&#233;e tout &#224; la fois &#8211; et, souvent, de mani&#232;re non d&#233;lib&#233;r&#233;e &#8211; &#224; tester sa propre formulation, ma compr&#233;hension et surtout ma r&#233;action. &#171; Je vous pose cette question, sans savoir si je pose une bonne question et si &#231;a va vous int&#233;resser d'y r&#233;pondre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais jeune m&#233;decin, je prenais les questions au premier degr&#233;. J'&#233;tais bienveillant mais un peu b&#234;te. Je pensais que les patients parlaient le m&#234;me langage que moi. Non, pas le langage des m&#233;decins, que je m'effor&#231;ais de bannir de mon vocabulaire, mais le m&#234;me langage humain. Je ne savais pas que communiquer est un miracle : nous utilisons les m&#234;mes mots, mais ils ne veulent pas dire la m&#234;me chose pour chacun(e). Il m'a fallu beaucoup d'erreurs avant de me mettre &#224; dire que je n'&#233;tais pas s&#251;r de comprendre (je craignais d'avoir l'air b&#234;te ou offensant), et de m'engager dans ce processus d'abord un peu long puis de plus en plus rapide, qui consiste &#224; recevoir une question, &#224; la reformuler pour &#234;tre s&#251;r qu'on parle de la m&#234;me chose, et de travailler avec mon interlocuteur/trice &#224; un v&#233;ritable accord sur la nature du probl&#232;me soulev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier motif de consultation c'est la peur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps et beaucoup de s&#233;ances de &lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/spip.php?article346&amp;var_recherche=groupes%20balint&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;groupe Balint&lt;/a&gt;, j'ai fini par subodorer que derri&#232;re les questions/rationalisations de convenance se cachent, avant tout, des sentiments. &#171; Est-ce qu'il est normal que je ressente ceci ou cela &#187; veut aussi souvent dire &#171; SUIS-je normal(e) &#187; que &#171; Suis-je malade ? &#187;. Le principal motif de consultation (et donc, de question) est avant tout la peur et tous ses degr&#233;s - de l'inqui&#233;tude passag&#232;re &#224; la grande bouff&#233;e d'angoisse. Et la peur na&#238;t, avant tout, de l'ignorance. Attention, quand j'utilise le mot &#171; ignorance &#187;, je ne lui associe aucune &#233;tiquette morale. Ignorer, c'est ne pas savoir. Un point, c'est tout. Nous sommes tous des ignorants, jusqu'&#224; ce que nous sachions un peu ou beaucoup de choses dans les innombrables domaines du savoir. Et l'ignorance n'est pas, en soi, r&#233;pr&#233;hensible, risible ou criminelle. Ce qui peut l'&#234;tre, c'est la volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de rester ignorant(e). C'est pour cette raison que j'aime souvent dire : &#171; Il n'y a pas de question stupide. &#187; Une question, c'est fait pour obtenir une r&#233;ponse. Donc, pour ne pas rester ignorant. (Oui, il y a des questions m&#233;chantes, des questions-pi&#232;ge, des questions tordues, mais on va laisser celles-l&#224; de c&#244;t&#233; pour le moment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un homme ou une femme me posent une question, la premi&#232;re chose qui me vient &#224; l'esprit est souvent : &#171; Voil&#224; quelqu'un qui cherche &#224; savoir. Donc, &#224; s'affranchir de la peur. &#187; Je ne trouve &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; &#231;a stupide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, par exemple, j'ai re&#231;u un message d'une internaute me posant la question suivante : &#171; J'&#233;tais enceinte. Tard dans son &#233;volution, ma grossesse s'est interrompue. Quand je suis sortie de l'h&#244;pital, on m'a prescrit un traitement pour &#171; faire revenir mes r&#232;gles &#187;. Deux mois ont pass&#233; et elles ne sont toujours pas revenues. Est-ce normal ? Que dois-je faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette femme, c'est une situation compliqu&#233;e : elle a perdu sa grossesse, ce qui est d&#233;j&#224; un traumatisme important ; on lui prescrit un traitement pour tout ramener &#224; la normale, et &#231;a ne marche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, cela sugg&#232;re que quelque chose d'inqui&#233;tant succ&#232;de &#224; l'&#233;v&#233;nement, d&#233;j&#224; tr&#232;s p&#233;nible, d'une grossesse qui s'interrompt. Cela lui donne &#224; craindre que cette exp&#233;rience l'a &lt;i&gt;chang&#233;e&lt;/i&gt; de mani&#232;re peut-&#234;tre irr&#233;m&#233;diable. Si ses r&#232;gles ne reviennent pas, cela signifie-t-il qu'elle ne sera plus jamais enceinte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233;, en lisant son r&#233;cit, je peux puiser dans ce que je sais pour lui r&#233;pondre tr&#232;s vite : lorsqu'une grossesse a pris fin, que ce soit tr&#232;s t&#244;t (fausse couche spontan&#233;e du premier trimestre) ou tard (accouchement &#224; terme), il peut se passer plusieurs semaines ou plusieurs mois avant que le cycle habituel de la femme concern&#233;e reprenne. Et cela, en l'absence de toute anomalie. Tout simplement parce que le corps prend du temps pour retrouver son &#233;quilibre. Et il attend aussi souvent que le cerveau l'ait retrouv&#233;. Le temps travaille pour nous. Beaucoup de m&#233;decins ont tendance &#224; l'oublier et &#224; vouloir tout acc&#233;l&#233;rer. Ils ont tort. Ils aggravent les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soignant qui conna&#238;t son m&#233;tier &lt;i&gt;pr&#233;vient&lt;/i&gt; les femmes enceintes que leur &#171; retour de couches &#187; peut prendre un certain temps, surtout si elles allaitent, sont fatigu&#233;es, ont d'autres enfants &#224; la maison, sont angoiss&#233;es par la reprise du travail ou les soucis de sant&#233; de leurs parents ou les difficult&#233;s professionnelles de leur conjoint, etc. Et une fois qu'il les a pr&#233;venues, il &#233;vite de leur prescrire le moindre traitement, car d'une part c'est inutile, d'autre part, si le traitement a la moindre action pharmacologique, il risque d'interf&#233;rer avec la reprise spontan&#233;e du cycle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expliquer, c'est soigner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai expliqu&#233; &#231;a &#224; cette internaute en lui disant qu'il n'y avait pas de danger pour elle &#224; cesser le traitement et &#224; s'armer de patience. Elle m'a r&#233;pondu tr&#232;s vite qu'elle se sentait d&#233;j&#224; mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soigner, c'est simple : &#231;a commence par &#233;couter les questions et leur donner une r&#233;ponse sens&#233;e, une r&#233;ponse vraie, une r&#233;ponse pr&#233;cise &#8211; car ce genre de r&#233;ponse rassure. Et, le plus souvent, soigner &#231;a commence par rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de professionnels ne le font pas. Ils ont tort. Ils peuvent se trouver toutes les explications du monde, ils ont tort. On a toujours tort de ne pas rassurer. Rassurer, ce n'est pas mentir. Ce n'est pas cacher. Ce n'est pas minimiser, c'est dire : &#034;Vous n'&#234;tes pas seul.&#034; C'est dire : &#034;Vous n'&#234;tes pas d&#233;sarm&#233;, et je vais vous soutenir.&#034; C'est dire : &#034;Dans les situations les plus graves, il y a toujours quelque chose &#224; faire.&#034; Et, contre la peur, il y a TOUJOURS quelque chose &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains diront : &#171; Oui mais on ne peut pas toujours rassurer, il y a quand m&#234;me des gens qui ont des choses graves et fatales ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; l'immense majorit&#233; des personnes qui posent des questions aux m&#233;decins ne sont pas menac&#233;es de mort, ni de souffrir d'une maladie grave. On peut d&#233;j&#224; rassurer celles-l&#224;, ce qui contribuera aussi &#224; faire baisser l'angoisse de leur entourage. Le principal ennemi des soignants, &#224; l'heure actuelle, c'est le terrorisme ambiant - politique, commercial, professionnel - consistant &#224; faire croire &#224; tout bien portant qu'il est un malade qui s'ignore (comme le faisait tr&#232;s efficacement Knock dans la &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Knock_ou_le_Triomphe_de_la_m%C3%A9decine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pi&#232;ce de Jules Romains&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; on ne soigne pas les gens en partant du principe que tout est toujours grave. Ce n'est pas une attitude scientifique, c'est une attitude d'obscurantisme. Et c'est du terrorisme. On soigne en partant du principe que la peur doit &#234;tre combattue par le savoir &lt;i&gt;y compris la peur du soignant&lt;/i&gt;, car la peur compromet toute d&#233;cision sens&#233;e. O, soigne en affirmant que lorsqu'on prend la peur en compte, on comprend mieux ce qui se passe ; quand on r&#233;pond aux questions, on aide le premier int&#233;ress&#233; &#224; comprendre et &#224; ne plus subir cette peur ; et lorsque la peur s'estompe, tout le monde peut prendre des d&#233;cisions raisonnables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; m&#234;me quand quelqu'un a une maladie grave, il y a que de bonnes raisons de lutter contre les angoisses parasites - il y en a toujours - qui rendent sa situation encore plus intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peur est une douleur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un homme entre dans un h&#244;pital avec une douleur intense et inconnue, il faut analyser cette douleur pour en comprendre l'origine. Mais on n'analyse pas une douleur sans l'avoir d'abord apais&#233;e, tout simplement parce qu'une personne qui souffre intens&#233;ment est dans l'incapacit&#233; de donner des indications sur qui le fait souffrir. La d&#233;marche rationnelle est donc, d'apaiser la douleur et de chercher sa cause simultan&#233;ment. Donner un antalgique (un m&#233;dicament contre la douleur) est, en soi, une d&#233;marche diagnostique : toutes les douleurs ne sont pas soulag&#233;es par tous les antalgiques. Donc, la r&#233;action de l'individu &#224; l'antalgique est d&#233;j&#224; une indication. Soulager, m&#234;me sans savoir tout de suite ce qu'on soulage, c'est d&#233;j&#224; soigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, j'ai fini par conclure que la peur devrait &#234;tre trait&#233;e comme une douleur. Car la peur est toujours pr&#233;sente, que l'on souffre physiquement ou non, elle accentue le malaise g&#233;n&#233;ral de la personne malade.Elle compromet la r&#233;flexion et la prise de d&#233;cision. Pourquoi croyez vous que les gens vont consulter un m&#233;decin, un gu&#233;risseur ou une tireuse de cartes ? Parce qu'ils ont peur, pardi ! Ceux qu'ils consultent ont deux attitudes possibles : profiter de leur peur (en les faisant payer le plus possible) ou l'apaiser. Deux attitudes incompatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas de question stupide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que je re&#231;ois une question, m&#234;me si je pense que le probl&#232;me n'est pas grave en soi, je ne n&#233;glige jamais de prendre en compte la peur qui l'accompagne. Quand je ne comprends vraiment pas ce qui se passe (et oui, &#231;a m'arrive r&#233;guli&#232;rement), j'en reviens toujours &#224; une question simple : &#171; Qu'est-ce que vous redoutez ? Qu'est-ce qui vous inqui&#232;te ? &#187; Et, croyez-le ou non, la r&#233;ponse vient tr&#232;s vite. Quand on sait d'o&#249; vient la peur, elle est beaucoup plus facile &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser des questions, c'est s'efforcer de sortir de la nuit. S'efforcer d'y r&#233;pondre, c'est partager la lumi&#232;re. Il ne peut pas y avoir de question stupide. Il ne peut y avoir que des mani&#232;res stupides ou m&#233;prisantes ou malveillantes de les entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le savoir est un antalgique ; le partager est une obligation morale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un antalgique paradoxal : &#171; Qui accro&#238;t sa science accro&#238;t sa douleur &#187;, disait L'Eccl&#233;siaste. Et c'est vrai : plus on sait de choses, plus on se sent &#233;cras&#233; par son ignorance et sa futilit&#233;. Mais c'est une question de perspective. Je ne sais pas assez de choses pour changer le monde, mais j'en sais assez pour aider mon voisin, ma voisine (mon &#171; prochain &#187;, dirait la bible) &#224; d&#233;rouiller un peu moins. Tout le savoir qui figure sur ce site a seulement cet objectif : &#233;clairer les zones d'ombre, balayer les pr&#233;jug&#233;s et les dogmes qui pourrissent la vie, faciliter les choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soignants devraient mettre leur savoir &#224; la disposition des souffrants pour les aider &#224; comprendre eux-m&#234;mes ce qui se passe et &#224; prendre des d&#233;cisions en cons&#233;quence, au lieu de leur balancer des explications exp&#233;ditives et des traitements inutiles en disant &#171; Ce n'est rien, prenez &#231;a et &#231;a va passer &#187; et en laissant entendre au patient que, si &#231;a ne passe pas, c'est parce qu'il y met vraiment de la mauvaise volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soignants devraient avant tout s'occuper de la peur des souffrants, de leurs inqui&#233;tudes pas toujours li&#233;es &#224; leur &#233;tat. (Beaucoup de malades s'inqui&#232;tent d'abord pour leur entourage et ne sont pas pris au s&#233;rieux, ce qui accentue leur anxi&#233;t&#233; et leur souffrance.) Et commencer par traiter cette peur par le respect, et non par le m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre la peur en compte, beaucoup de professionnels de sant&#233; le font du mieux qu'ils peuvent, mais ceux qui ne le font jamais, h&#233;las, sont beaucoup plus nombreux. Les premiers sont des soignants. Les autres, non. Et ils n'ont aucune excuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont aucune excuse, car leur savoir ne leur appartient pas. Le savoir appartient &#224; tout le monde, et celui qui dispose d'un savoir susceptible d'aider les autres &#224; mieux vivre a l'obligation morale de le partager. Garder le savoir pour soi, c'est se comporter en privil&#233;gi&#233;. C'est c'est en faire un instrument de pouvoir et de domination. Pour un dictateur, c'est logique. Pour un professionnel de sant&#233;, form&#233; pour soigner et non pour excercer un pouvoir, c'est contraire &#224; l'&#233;thique. C'est m&#234;me crapuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont aucune excuse m&#234;me et surtout quand ils ne savent pas : &#234;tre un professionnel de sant&#233;, c'est avoir acc&#232;s aux outils du savoir, &#224; ses sources, aux personnes qui permettent de le comprendre. Quand on est un professionnel de sant&#233;, on a les moyens de poser les bonnes questions et d'obtenir les r&#233;ponses. Et ne pas savoir n'est jamais une excuse pour refuser d'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont aucune excuse car soigner, souvent, c'est facile ; il suffit de deviner ce qui soulagerait l'autre et lui ferait du bien : l'&#233;couter, l'aider &#224; comprendre, r&#233;pondre &#224; ses questions (ou chercher les r&#233;ponses pour lui), le rassurer, le soutenir. Et il n'y a pas grand effort &#224; faire pour deviner de quoi les autres ont peur : leurs peurs sont les m&#234;mes que les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Zaffran/Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La circoncision : rituel ou mutilation ? </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/La-circoncision-rituel-ou-mutilation</link>
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		<dc:date>2013-05-28T19:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



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&lt;p&gt;A la lecture de l'article sur le d&#233;calottage (Touche pas &#224; mon pr&#233;puce !), une lectrice fid&#232;le du site m'interpelle sur un sujet tr&#232;s pol&#233;mique : &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il de la circoncision ? Que le motif soit religieux ou hygi&#233;nique (au passage, est-ce vrai qu'aux USA la majorit&#233; des hommes sont circoncis &#224; la naissance pour des raisons d'hygi&#232;ne), peut on consid&#233;rer qu'il s'agit d'une mutilation ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes, quels en sont les effets ? Y-a-t-il une perte de sensibilit&#233; du p&#233;nis qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Questions-d-ethique" rel="directory"&gt;Questions d'&#233;thique &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A la lecture de l'article sur le d&#233;calottage &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Touche-pas-a-mon-prepuce' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(Touche pas &#224; mon pr&#233;puce !&lt;/a&gt;), une lectrice fid&#232;le du site m'interpelle sur un sujet tr&#232;s pol&#233;mique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'en est-il de la circoncision ? Que le motif soit religieux ou hygi&#233;nique (au passage, est-ce vrai qu'aux USA la majorit&#233; des hommes sont circoncis &#224; la naissance pour des raisons d'hygi&#232;ne), peut on consid&#233;rer qu'il s'agit d'une mutilation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, quels en sont les effets ? Y-a-t-il une perte de sensibilit&#233; du p&#233;nis qui diminuerait le plaisir ? Certaines personnes disent que c'est comparable &#224; une excision ; a priori, l'amalgame me semble exag&#233;r&#233;, mais je m'interroge...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si vous vous posez des questions sur la circoncision, lisez aussi le site &lt;a href=&#034;http://www.droitaucorps.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Droit au corps - Mouvement contre la circoncision infantile&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La circoncision syst&#233;matique de l'enfant n'a pas d'avantage m&#233;dical d&#233;montr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circoncision &#171; hygi&#233;nique &#187; date des m&#233;decins de l'Angleterre victorienne, qui l'avaient sugg&#233;r&#233;e pour lutter contre... la masturbation. A la fin du XIXe si&#232;cle, Mr Kellogg, pharmacien inventeur des corn flakes, pr&#244;nait la circoncision sans anesth&#233;sie des petits gar&#231;ons pour lutter contre la masturbation masculine. Pour les filles, il conseillait de br&#251;ler le clitoris &#224; l'acide...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circoncision syst&#233;matique a &#233;t&#233; abandonn&#233;e par l'Angleterre, mais a continu&#233; &#224; &#234;tre pratiqu&#233;e aux USA : 85 % des gar&#231;ons &#233;taient circoncis aux USA en 1980 et encore 60% le sont &#224; l'heure actuelle. Elle &#233;tait si ancr&#233;e dans les habitudes d' &#171; hygi&#232;ne &#187; qu'elle &#233;tait prise en charge par les mutuelles de sant&#233; et les organismes de s&#233;curit&#233; sociale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la circoncision syst&#233;matique est, &#224; juste titre, combattue par un grand nombre d'associations. Un nombre croissant d'&#233;tats nord-am&#233;ricains ont d&#233;cid&#233; de ne plus inclure ce geste m&#233;dical dans leur couverture sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'y a &#224; l'heure actuelle aucune raison m&#233;dicalede circoncire les gar&#231;ons &#224; la naissance. &lt;/i&gt; Aucune soci&#233;t&#233; m&#233;dicale au monde ne le recommande et dans les pays anglophones, toutes le d&#233;conseillent, comme en t&#233;moigne &lt;a href=&#034;http://www.circumcision.org/position.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce lien&lt;/a&gt;. En Su&#232;de, la circoncision est rarissime, m&#234;me dans la communaut&#233; juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun m&#233;decin ne devrait donc imposer la circoncision d'un nourrisson, ni m&#234;me la recommander (en dehors de l'exceptionnel phimosis dont on a parl&#233; dans &lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/spip.php?article697&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Touche pas &#224; mon pr&#233;puce &#187;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bon sens, les connaissances scientifiques actuelles et l'&#233;thique devraient donc dicter &#224; tout m&#233;decin de &lt;i&gt;refuser de pratiquer la circoncision &#034;prophylactique&#034; d'un nourrisson&lt;/i&gt; lorsqu'elle est demand&#233;e par les parents.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De m&#234;me, il n'y a aucune raison pour des parents dont l'enfant va bien de se plier aux &#034;recommandations&#034; de circoncision prophylactique donn&#233;es par un m&#233;decin.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; Le probl&#232;me existe surtout aux Etats-Unis, mais il n'est pas exclu qu'il existe aussi en Europe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chez l'adulte, la circoncision aurait (&#231;a reste &#224; d&#233;montrer) un effet protecteur face au sida !&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.who.int/hiv/topics/malecircumcision/en/#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un programme de l'OMS est d'ailleurs consacr&#233; depuis plusieurs ann&#233;es &#224; l'&#233;tude de cette question.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais en tout &#233;tat de cause, il s'agit d'une d&#233;marche *&lt;i&gt;volontaire&lt;/i&gt;* et non d'une intervention impos&#233;e, dans un contexte tr&#232;s pr&#233;cis : celui de la pr&#233;vention d'une maladie tr&#232;s grave. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de rapports h&#233;t&#233;rosexuels, les hommes circoncis pourraient &#234;tre moins susceptibles de contracter le VIH que les hommes non circoncis. C'est ce que semblait indiquer une &#233;tude fran&#231;aise et sud-africaine dont on peut lire &lt;a href=&#034;http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/4371384.stm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le r&#233;sum&#233; ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que l'&#233;tude a port&#233; sur des volontaires sains qui avaient accept&#233; d'&#234;tre (ou non) circoncis apr&#232;s tirage au sort. Lorsque le nombre d'hommes s&#233;ropositifs s'est r&#233;v&#233;l&#233; sup&#233;rieur dans le groupe des hommes non circoncis, l'&#233;tude a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, et la circoncision a &#233;t&#233; propos&#233;e &#224; tous les hommes, car continuer l'&#233;tude dans les m&#234;mes conditions aurait &#233;t&#233; non &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par quel ph&#233;nom&#232;ne la circoncision serait-elle protectrice ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'homme non circoncis, l'extr&#234;mit&#233; du p&#233;nis et la face interne du pr&#233;puce sont des muqueuses : des tissus similaires &#224; l'int&#233;rieur de la bouche ou du vagin, tr&#232;s perm&#233;ables au virus. Chez l'homme circoncis, la muqueuse du pr&#233;puce a &#233;t&#233; retir&#233;e, et la surface du gland se k&#233;ratinise, autrement dit : elle devient plus &#233;paisse, similaire &#224; la peau - qui est imperm&#233;able au virus. La surface fragile expos&#233;e au virus est donc moins grande chez l'homme circoncis que chez l'homme qui a un pr&#233;puce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude n'est jamais concluante &#224; elle seule. Elle doit &#234;tre refaite par des chercheurs ind&#233;pendants, pour que ses r&#233;sultats soient confirm&#233;s. Pour l'heure, on ne peut donc pas affirmer d&#233;finitiviement que les hommes circoncis sont moins expos&#233;s &#224; la contamination par le VIH que les hommes non circoncis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la circoncision se r&#233;v&#233;lait &#234;tre une protection suppl&#233;mentaire contre le VIH, &#231;a ne serait vrai que pour les hommes h&#233;t&#233;rosexuels. Et de toute mani&#232;re &lt;strong&gt;&#231;a ne dispenserait &#233;videmment pas d'utiliser des pr&#233;servatifs&lt;/strong&gt;, et &#231;a ne justifierait pas non plus de circoncire syst&#233;matiquement les petits gar&#231;ons &#224; la naissance. Cette protection suppl&#233;mentaire, si elle &#233;tait confirm&#233;e, pourrait tout au plus inciter des jeunes adultes &#224; se faire circoncire volontairement, s'ils le d&#233;sirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La circoncision est-elle une mutilation ? Retentit-elle sur la sexualit&#233; du gar&#231;on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de r&#233;pondre &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Psychologiquement, la circoncision peut tout &#224; fait &#234;tre une mutilation si elle est impos&#233;e par la violence et si elle n'a aucun sens pour l'homme circoncis - ou s'il refuse le sens religieux que ses parents ont voulu donner &#224; la circoncision, par exemple. Par ailleurs, lorsqu'un gar&#231;on est circoncis &#224; 7 ans ou &#224; 13 ans, son &#226;ge et son environnement peuvent aussi influer de mani&#232;re importante sur sa perception (positive ou n&#233;gative) de la circoncision. Dans tous les cas, la perception de la personne concern&#233;e est toujours valide, personne n'a le droit de la r&#233;futer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, parce que la douleur ou l'absence de douleur sont des perceptions &lt;i&gt;individuelles&lt;/i&gt;, ce que ressent une personne n'est &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; extrapolable &#224; d'autres. Ce qui rend la question tr&#232;s complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutilation ou rite de passage ? R&#233;futer la valeur d'un rite de passage, c'est toujours d&#233;licat, et &#231;a n'a pas le m&#234;me poids selon qu'on le fait de l'int&#233;rieur de l'ethnie ou de l'ext&#233;rieur... Qui sommes-nous, nous qui avons pratiqu&#233; l'esclavage pendant des si&#232;cles (y compris apr&#232;s la R&#233;volution) et aboli la peine de mort il y a un peu plus de vingt ans seulement, pour porter des jugements d&#233;finitifs sur les rituels des autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physiquement, la circoncision peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une mutilation si l'homme en souffre. La perte de la sensibilit&#233;, souvent invoqu&#233;e, est une &#233;ventualit&#233; plausible en raison de la k&#233;ratinisation du gland, dont je parle plus haut, et du fait que le pr&#233;puce contient des terminaisons sensitives, qui sont donc enlev&#233;es par la circoncision. Il est cependant difficile de d&#233;montrer que la perte du pr&#233;puce est nocive pour la sexualit&#233;, car on n'a pas d'&#233;l&#233;ment de comparaison - et, en fait, on n'a jamais &#233;tudi&#233; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence de sensibilit&#233; peut &#224; la rigueur &#234;tre appr&#233;ci&#233;e lorsque la circoncision a eu lieu chez un adulte (qui peut comparer l'avant et l'apr&#232;s) ; elle est tr&#232;s difficile &#224; appr&#233;cier quand l'individu a &#233;t&#233; circoncis &#224; la naissance ou dans l'enfance. On ne peut pas avoir grandi &#224; la fois avec et sans son pr&#233;puce et comparer les deux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, &#224; l'&#226;ge de 8 jours, la maturation du syst&#232;me nerveux (et donc, de sa sensibilit&#233;, et des perceptions de la douleur par le cerveau) est loin d'&#234;tre termin&#233;e ; la sensibilit&#233; du p&#233;nis &#233;volue avec la croissance (et les exp&#233;riences), et comme la sensibilit&#233; est quelque chose qui se d&#233;veloppe, il me para&#238;t difficile d'affirmer quoi que ce soit, dans un sens ou dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la sensibilit&#233; &#233;rotique de la femme ne se limite pas &#224; son vagin, au contraire (il a fallu des si&#232;cles aux m&#233;decins pour admettre que le clitoris avait un int&#233;r&#234;t), le bon sens nous permet de penser que la sensibilit&#233; &#233;rotique de l'homme ne se limite pas &#224; son pr&#233;puce...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de la &#171; sensibilit&#233; p&#233;nienne &#187; est donc trop limit&#233; pour &#234;tre d&#233;terminant. On est en droit de penser qu'il n'est pas bon, a priori, d'enlever leur pr&#233;puce au gar&#231;ons. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; pour autant que ce soit toujours nocif pour leur sexualit&#233; future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sait, en revanche, c'est que TOUTE intervention chirurgicale peut &#234;tre suivie, parfois PLUSIEURS ANNEES APRES par l'apparition de douleurs de m&#233;canisme neuropathique. Ces douleurs ne sont pas dues &#224; la cicatrice, mais &#224; un dysfonctionnement (encore mal compris) du syst&#232;me nerveux lui m&#234;me. Et elles sont impr&#233;visibles. A elles seules, elles justifient qu'on n'op&#232;re pas quiconque sans raison. A fortiori quand il s'agit d'op&#233;rer une des zones les plus sensibles du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs d&#233;clarent que cette &#171; moins grande sensibilit&#233; &#187; du gland chez les hommes circoncis aurait l'avantage &lt;i&gt;de diminuer la fr&#233;quence des &#233;jaculations pr&#233;coces &lt;/i&gt;, car c'est sa stimulation qui d&#233;clenche l'&#233;jaculation. D'autres affirment qu'au contraire, la circoncision &lt;i&gt;aggrave&lt;/i&gt; l'&#233;jaculation pr&#233;coce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bon nombre de femmes disent avoir mis beaucoup de temps &#224; parvenir &#224; un &#171; orgasme complet &#187; (ph&#233;nom&#232;ne l&#224; aussi tr&#232;s subjectif) au d&#233;but de leur vie sexuelle et y &#234;tre arriv&#233;es beaucoup plus rapidement quand elles ont trouv&#233; le bon partenaire. De m&#234;me, l'immense majorit&#233; des hommes (ou presque) sont &#233;jaculateurs pr&#233;coces en d&#233;but d'activit&#233; sexuelle, et &#233;jaculent de moins en moins vite &#224; mesure qu'ils vieillissent (et acqui&#232;rent leur exp&#233;rience sexuelle). Avec, ou sans pr&#233;puce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l&#224; encore, impossible d'affirmer quoi que ce soit de d&#233;finitif car on se trouve dans le domaine de la subjectivit&#233; la plus grande qui soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment prouver que la circoncision est (ou non) une mutilation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour affirmer que la circoncision a des effets sur la sexualit&#233; de l'homme, il faudrait disposer d'&#233;tudes pr&#233;cises comparant, par exemple, la fr&#233;quence des douleurs, de l'&#233;jaculation pr&#233;matur&#233;e ou de l'impuissance, ou de l'anorgasmie (absence d'orgasme) parmi des hommes circoncis et parmi des hommes qui ne le sont pas... Apr&#232;s une recherche sur les sites de bibliographie m&#233;dicale, je peux affirmer qu'il n'en existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;tude possible pourrait par exemple comparer (par questionnaire) la satisfaction sexuelle (le d&#233;lai d'&#233;jaculation ne constituant qu'un &#233;l&#233;ment parmi d'autres) des hommes circoncis &#224; celle des hommes qui ne le sont pas... Cela, en supposant que cette satisfaction ne repose que sur la sensibilit&#233; (subjective) du p&#233;nis. Or, il me semble (corrigez-moi si je me trompe...) qu'il entre dans la satisfaction sexuelle bien d'autres &#233;l&#233;ments que la seule pr&#233;sence/absence du pr&#233;puce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus, &lt;i&gt;stricto sensu,&lt;/i&gt; pour que les groupes soient strictement comparable, il faudrait que les hommes circoncis et non circoncis aient des relations sexuelles dans des conditions strictement identiques - et, en particulier, avec la m&#234;me femme ! Comme on le voit, pareille &#233;tude rencontrerait beaucoup d'obstacles &#233;thiques et pratiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, si je peux me permettre cette image, la question n'est pas pr&#232;s d'&#234;tre... tranch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La circoncision, est-ce (tr&#232;s) douloureux ? Les circoncisions religieuses, au moins chez les Musulmans, se font sans anesth&#233;sie, vers 7 ans dans les pays du Magreb et &#224; la pubert&#233; en Afrique noire. Par exemple, la pratique traditionnelle, au Maroc, est qu'un membre de la famille (oncle ou tante, souvent) trouve un pr&#233;texte pour &#034;enlever&#034; l'enfant &#224; ses parents et le ramener circoncis &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale ; une f&#234;te est alors organis&#233;e. On est en droit de se demander comment l'enfant vit cela. A votre avis, est-ce moins douloureux &#224; 8 jours que vers 7 ans ou &#224; la pubert&#233; ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; (Question d'un internaute.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lectrice, ayant lu cette question, m'&#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Mari&#233;e &#224; un marocain, vivant au Maroc, ayant assist&#233; &#224; de nombreuses circoncisions, cette affirmation est totalement fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire... l'enfant est normalement circoncis &#224; l'&#226;ge de sept jours,au cours de la c&#233;r&#233;monie du nom, qui est un peu l'&#233;quivalent du bapt&#234;me et qui est tr&#232;s belle, et surtout qui se passe en famille. C'est sa m&#232;re qui&lt;br class='autobr' /&gt;
l'apporte au milieu des hommes, avant de se retirer, et de recevoir &#224; nouveau son enfant une fois l'op&#233;ration faite. Priver le p&#232;re de son privil&#232;ge serait une offense...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que, de plus en plus, dans les villes, la circoncision est m&#233;dicalis&#233;e, en h&#244;pital, et donc d&#233;tach&#233;e de cette c&#233;r&#233;monie. Elle peut&lt;br class='autobr' /&gt;
avoir lieu plus tard, et dans ce cas donne lieu &#224; une f&#234;te o&#249; l'enfant est&lt;br class='autobr' /&gt;
couvert de cadeaux, pour lui faire oublier son op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf dans des cas de famille mixte, avec des conflits o&#249; un des parents ne souhaite pas faire circoncire l'enfant, je n'ai jamais entendu parler de la pratique &#233;voqu&#233;e dans cette question.&#034;&lt;/i&gt; (M.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commentaire de MW&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, les usages de la circoncision varient d'une communaut&#233; &#224; une autre, et il n'est pas question de critiquer (&#224; tort, le plus souvent, quand on ne les conna&#238;t pas) certaines coutumes en tant que telles, mais de s'interroger de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale sur la question de la douleur li&#233;e &#224; la circoncision. Sachant que celle-ci est pratiqu&#233;e &#224; des &#226;ges diff&#233;rents selon le milieu, on pourrait penser (mais on n'en a pas la preuve) qu'il est plus traumatisant (physiquement et psychologiquement) d'&#234;tre circoncis &#224; 7 ans ou &#224; la pubert&#233; que &#231;a ne l'est &#224; 8 jours. Mais comparer des nouveaux-n&#233;s et des adolescents, c'est tr&#232;s probl&#233;matique - puisque la douleur, encore une fois, est une exp&#233;rience subjective, et qu'une douleur de m&#233;canisme neuropathique peut appara&#238;tre longtemps apr&#232;s une intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, des &#233;tudes ont montr&#233; que les nourrissons circoncis, quand ils sont vaccin&#233;s par la suite, ont des r&#233;actions &#224; la douleur plus intenses que les nourrissons non circoncis. &lt;i&gt;Ce qui semble indiquer que la circoncision les a sensibilis&#233;s &#224; la douleur.&lt;/i&gt; M&#234;me s'ils n'en ont pas le souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e objective (ou s'en approcher) il faudrait interroger des hommes qui ont &#233;t&#233; circoncis &#224; diff&#233;rents &#226;ges (donc, dans diff&#233;rentes ethnies), leur demander quel souvenir ils ont de leur circoncision, &#224; &#233;valuer la g&#234;ne sexuelle (ou l'absence de g&#234;ne), et les comparer. Comme on peut le penser, ce serait tr&#232;s discutable : si on ne se fonde que sur le souvenir de la douleur on pourrait en tirer comme conclusion que la circoncision &#224; 8 jours (qui ne laisse pas de souvenir) est moins traumatisante que la circoncision &#224; 7 ou &#224; 15 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les sentiments personnels comptent aussi : un ath&#233;e circoncis &#224; l'&#226;ge de 8 jours par sa famille juive peut tr&#232;s bien consid&#233;rer cette circoncision (sans souvenir douloureux) comme une mutilation symbolique parce qu'impos&#233;e, et un &lt;a href=&#034;http://senegaltraditions.free.fr/traditions_rituelles/circoncision.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jeune S&#233;n&#233;galais circoncis au cours d'un rituel propre &#224; son environnement familial et culturel&lt;/a&gt; peut garder de son rite de passage un souvenir de fiert&#233; et d'appartenance, m&#234;me s'il a &#233;t&#233; douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la subjectivit&#233;, qui n'est pas d&#233;nu&#233;e d'importance. n'est pas mesurable. Or, on ne peut pas purement et simplement la passer sous silence en arguant qu'un rituel serait (pour ceux qui ne le pratiquent pas) &#171; archa&#239;que &#187; ou &#171; barbare &#187;. Utiliser de tels qualificatifs est une attitude ethnocentrique et paternaliste, et on sait ce que &#231;a peut donner...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on circoncit un gar&#231;on, peut-on lui &#233;viter de souffrir ?&lt;/strong&gt; (Question d'une internaute)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, mais pas forc&#233;ment en l'endormant : il ne faut pas oublier que l'anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale n'est pas une proc&#233;dure sans danger. Quel que soit l'&#226;ge de l'enfant, on pourrait au moins utiliser un anesth&#233;sique local (xyloca&#239;ne, cr&#232;me Emla), comme pour n'importe quel geste de petite chirurgie (suture, retrait d'un grain de beaut&#233;, retrait d'un implant, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il que cette anesth&#233;sie locale ait &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e - en comparant la r&#233;action, les pleurs, etc. d'enfants circoncis avec anesth&#233;sie locale &#224; celle d'enfants &#233;t&#233; circoncis sans anesth&#233;sie locale, les uns et les autres avec l'accord des parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on d&#233;montrait que l'anesth&#233;sie locale sert &#224; quelque chose (ce qui n'est pas prouv&#233;, car pour un geste si court, l'effet anesth&#233;sique d'un placebo - la goutte de vin donn&#233;e par les mohels juifs, ou un biberon sucr&#233; - est peut-&#234;tre tout aussi efficace), il faudrait ensuite que l'anesth&#233;sie locale soit &lt;i&gt;incluse&lt;/i&gt; dans le rituel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, les rituels religieux (et leurs ex&#233;cutants) sont souvent r&#233;tifs aux intrusions m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Circoncision des gar&#231;ons et excision des petites filles : m&#234;me combat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on raisonnablement comparer la circoncision &#224; l'excision des petites filles ? Les complications imm&#233;diates (h&#233;morragie) et &#224; long terme (douleurs, troubles sexuels) de l'excision sont tr&#232;s nombreuses et tr&#232;s graves : l'excision consiste &#224; amputer la femme de son clitoris, zone tr&#232;s sensible, tr&#232;s riche en terminaisons nerveuses et laisse le plus souvent des douleurs permanentes. L'&#233;quivalent chez l'homme consisterait &#224; couper le gland avec le pr&#233;puce ! Ca n'est donc pas du tout pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs pensent que circoncision et excision devraient &#234;tre toutes deux interdites, puisqu'elles sont impos&#233;es &#224; des enfants qui n'ont rien demand&#233;. D'un point de vue &#233;thique, &#231;a se tient. En pratique, &#231;a complique beaucoup les choses de lier les deux probl&#232;me car ils ne concernent pas les m&#234;mes populations : les Juifs et les Musulmans du pourtour m&#233;diterran&#233;en ne pratiquent pas l'excision. Certains Musulmans africains ont appel&#233; &#224; la faire cesser l'excision. Confondre les deux gestes dans la m&#234;me attitude de rejet, c'est confondre des ethnies et des attitudes tr&#232;s diff&#233;rentes, ce qui n'est pas tr&#232;s &#233;thique. Bref, c'est compliqu&#233;... L&#224; encore, il faudrait que les premiers concern&#233;s envisagent la question au sein de chaque groupe ethnique l'un apr&#232;s l'autre. Les r&#233;ponses ne peuvent pas venir purement et simplement de regards ext&#233;rieurs, si &#034;bienveillants&#034; soient-ils. (Paternalisme et bienveillance ont en effet la f&#226;cheuse tendance de se m&#233;langer les pinceaux.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;sum&#233; &lt;/strong&gt; : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la circoncision syst&#233;matique pour motif m&#233;dical n'a aucune raison d'&#234;tre ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la circoncision m&#233;dicale chez l'adulte pourrait &#234;tre une protection suppl&#233;mentaire (&lt;strong&gt;en plus&lt;/strong&gt; du pr&#233;servatif, mais pas &#171; &#224; la place &#187; du pr&#233;servatif) contre la contamination par le VIH ; des &#233;tudes sont en cours pour le d&#233;montrer ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; alors que l'excision rituelle des petites filles est &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; une mutilation ayant le plus souvent - c'est d&#233;montr&#233; par de nombreuses enqu&#234;tes - des cons&#233;quences lourdes, imm&#233;diates ou &#224; long terme pour la vie et la sexualit&#233;, la circoncision rituelle des gar&#231;ons, pratiqu&#233;e de mani&#232;re diff&#233;rente d'une ethnie &#224; une autre ne semble pas, &lt;i&gt;faute d'&#233;tudes sur le sujet,&lt;/i&gt; avoir des cons&#233;quences aussi lourdes et aussi r&#233;pandues. &lt;br class='autobr' /&gt;
On est en droit de penser qu'un certain nombre d'hommes circoncis n'en souffrent pas &#224; l'&#226;ge adulte. Mais &#231;a ne prouve en aucune fa&#231;on qu'aucun n'en souffre. Seulement, avant d'affirmer tout ou son contraire, il faudrait leur demander leur avis, et le consigner, et &#233;tudier les r&#233;ponses &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, on ne peut pas faire l'&#233;conomie d'&#233;tudes tr&#232;s pouss&#233;es, ethnie par ethnie. &#199;a n'est &#233;videmment possible qu'avec le concours de chaque groupe ethnique, de mani&#232;re ind&#233;pendante. &#199;a ne peut en aucune mani&#232;re &#234;tre impos&#233; de mani&#232;re autoritaire. Et d'ailleurs, par qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La richesse des symboles sans la violence des rituels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les humains ont besoin de symboles. De tout temps, ils ont pratiqu&#233;s des rituels violents pour faire symboliquement barrage &#224; la violence des &#233;l&#233;ments ou des ph&#233;nom&#232;nes qui les mena&#231;aient. Il est impossible de faire dispara&#238;tre du jour au lendemain une pratique symbolique quand elle est profond&#233;ment ancr&#233;e dans une croyance ancienne. Mais si cette pratique est nocive pour l'individu, on peut essayer de la remplacer, par une autre qui puisse &#234;tre porteuse des symboles de cette croyance sans atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de l'individu. On peut conserver les symboles sans la violence des rituels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Polyn&#233;sie, pendant des milliers d'ann&#233;es, nombre de tribus v&#233;n&#233;rant le Dieu Requin lui offraient des humains en sacrifice. Aujourd'hui, elles lui offrent des fruits ou les entrailles d'un cochon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rituels des populations &#233;voluent avec le temps. On peut r&#234;ver qu'un jour la circoncision et l'excision soient remplac&#233;es par le port d'un bijou...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au vingt-et-uni&#232;me si&#232;cle, un trop grand nombre de m&#233;decins fran&#231;ais continuent &#224; maltraiter les femmes </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Au-vingt-et-unieme-siecle-un-trop-grand-nombre-de-medecins-francais-continuent</link>
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		<dc:date>2013-05-26T13:15:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

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&lt;p&gt;Faisant suite &#224; l'article de Snana que vous avez partag&#233; sur Facebook et aux commentaires qui ont suivi je peux vous assurer que les &#233;tudiants en m&#233;decine francais sont form&#233;s sur des patientes sans leur consentement puisque j'en ai moi-m&#234;me fait les frais. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2007, dans un h&#244;pital public parisien, on m'a fait subir une aspiration suite &#224; une fausse couche. J'insiste sur le mot subir car je pense (et ma gyn&#233;cologue aussi) que cette intervention n'&#233;tait pas justifi&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a tr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/La-medecine-les-patients-les-soignants" rel="directory"&gt;La m&#233;decine, les patients, les soignants&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Faisant suite &#224; &lt;a href=&#034;http://snana.canalblog.com/archives/2013/05/16/27168579.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article de Snana&lt;/a&gt; que vous avez partag&#233; sur Facebook et aux commentaires qui ont suivi je peux vous assurer que les &#233;tudiants en m&#233;decine francais sont form&#233;s sur des patientes sans leur consentement puisque j'en ai moi-m&#234;me fait les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, dans un h&#244;pital public parisien, on m'a fait subir une aspiration suite &#224; une fausse couche. J'insiste sur le mot subir car je pense (et ma gyn&#233;cologue aussi) que cette intervention n'&#233;tait pas justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a tr&#232;s fortement incit&#233;e &#224; subir cette intervention sous anesth&#233;sie locale. Ma faiblesse psychologique du moment m'a fait c&#233;der. Ils voulaient &#233;conomiser un lit sans doute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le jour de l'intervention on ne m'a pas administr&#233; de calmant comme il &#233;tait pr&#233;vu. Une fois install&#233;e dans la salle et attach&#233;e (sans avoir &#233;t&#233; pr&#233;venue au pr&#233;alable) les &#233;tudiants sont entr&#233;s et la gyn&#233;cologue en a choisi une et lui a dit (je cite) &#034;videz-moi cet ut&#233;rus&#034;. Je n'&#233;tais donc &#224; leur yeux qu'un ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il m'avait &#233;t&#233; demande d'apporter un lecteur mp3 pour &#034;ne pas entendre&#034; j'ai absolument tout entendu de l'intervention. Le bruit de la machine, les conseils aux &#233;tudiants. Ils ont m&#234;me &#233;t&#233; jusqu'&#224; poser l'embryon &#224; c&#244;t&#233; de ma t&#234;te, jugeant certainement que l'ut&#233;rus n'avait pas d'yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du &#034;cours&#034; une aide soignante n'a cess&#233; de me r&#233;p&#233;ter &#034;vous oublierez&#034;. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Apr&#232;s on m'a f&#233;licit&#233;e d'avoir &#233;t&#233; si docile contrairement &#224; nombre de mes cong&#233;n&#232;res qui se &#034;plaignent des qu'on les touche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois retourn&#233;e dans ma chambre je me suis en plus fait passablement engueuler parce que je n'avais pas de carte de groupe sanguin. Je leur avais pourtant pr&#233;cis&#233; la veille. Ma grossesse s'&#233;tant arr&#234;t&#233;e trop t&#244;t je n'avais pas eu le temps de faire la seconde prise de sang &#224; apposer &#224; la carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en est suivi une infection. Ils ont tent&#233; de m'imposer une deuxi&#232;me aspiration deux semaines plus tard (ma docilit&#233; sans doute...). Cette fois-ci j'ai refus&#233; et ils m'ont litt&#233;ralement jet&#233; une plaquette de cytotec &#224; la figure et ont refus&#233; de m'accorder un arr&#234;t de travail, que j'avais demande pour le temps de la prise seulement (48h).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me punir sans doute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas contre le monde m&#233;dical. C'est lui qui a sauv&#233; ma fille et moi lorsque j'ai fait une pre eclampsie quelques mois apr&#232;s l'intervention que j'explique ci-dessus. Je suis pour le choix. Pour la p&#233;ridurale comme pour l'accouchement naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette exp&#233;rience a chang&#233; ma vision des choses. Je ne suis plus &#034;docile&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste un long chemin &#224; parcourir. Et il est essentiel que les femmes comprennent qu'elles ne sont pas que des ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S., 21 mai 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Qu'est-ce qu'un patient &#034;responsable&#034; ? Qu'est-ce qu'un soignant respectueux ? </title>
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		<dc:date>2013-01-11T20:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relations m&#233;decins-patients</dc:subject>
		<dc:subject>Droits des citoyens</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pol&#233;mique actuelle sur les pilules de 3e g&#233;n&#233;ration (et les incomp&#233;tences d'un grand nombre de m&#233;decins fran&#231;ais en mati&#232;re de contraception) me conduit &#224; remettre &#224; la une un article datant de septembre 2011. Il n'y est pas question de contraception mais des relations entre une patiente diab&#233;tique, sa maladie chronique et les m&#233;decins qui l'entourent. Pour autant, les questions soulev&#233;es sont parfaitement pertinentes pour le d&#233;bat actuel : une relation de soin ne se r&#233;duit pas &#224; ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Questions-d-ethique" rel="directory"&gt;Questions d'&#233;thique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pol&#233;mique actuelle sur les pilules de 3e g&#233;n&#233;ration (et les incomp&#233;tences d'un grand nombre de m&#233;decins fran&#231;ais en mati&#232;re de contraception) me conduit &#224; remettre &#224; la une un article datant de septembre 2011. Il n'y est pas question de contraception mais des relations entre une patiente diab&#233;tique, sa maladie chronique et les m&#233;decins qui l'entourent. Pour autant, les questions soulev&#233;es sont parfaitement pertinentes pour le d&#233;bat actuel : une relation de soin ne se r&#233;duit pas &#224; ce que l'un(e) &#034;suive les instruction/prescriptions&#034; de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La &#171; responsabilit&#233; &#187; du patient face aux questions qui le concernent est une tarte &#224; la cr&#232;me des discours de sant&#233;. Elle soul&#232;ve des interrogations multiples, dont j'aimerais aborder certaines ici. Il n'est pas question d'&#233;puiser le sujet, mais de l'aborder d'une mani&#232;re (j'esp&#232;re) un peu plus fra&#238;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question qui se pose est : que signifie l'expression &#171; patient responsable &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens r&#233;pondront probablement quelque chose comme : &#171; un patient qui prend sa sant&#233; en charge et suit les instructions du m&#233;decin et/ou les recommandations g&#233;n&#233;ralement &#233;nonc&#233;es au sujet du probl&#232;me de sant&#233; sp&#233;cifique. Exemple : un ob&#232;se &#171; responsable &#187; suit son r&#233;gime comme il faut pour perdre du poids ; un diab&#233;tique &#171; responsable &#187; fait ses dosages de glyc&#233;mie au rythme prescrit et r&#233;gule son alimentation selon les r&#232;gles qui lui ont &#233;t&#233; indiqu&#233;es/enseign&#233;es ; une femme enceinte &#171; responsable &#187; se rend &#224; tous les rendez-vous de suivi de sa grossesse. (On pourrait ajouter : &#034;Une utilisatrice de contraception &#034;responsable&#034; s'en remet sans discuter &#224; ce que lui a prescrit son gyn&#233;cologue&#034;....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, d'apr&#232;s cette d&#233;finition, un patient (et, a fortiori, un malade) qui ne suit pas les instructions ne saurait &#234;tre &#171; responsable &#187;. Ainsi, le diab&#233;tique qui ne fait pas ses dosages de glyc&#233;mie ne peut pas pr&#233;senter &#224; son m&#233;decin un carnet de suivi &#224; jour ; ce qui complique la t&#226;che du vaillant praticien lors de la consultation de contr&#244;le. Remplacez &#171; diab&#233;tique &#187; par &#171; canc&#233;reux &#187;, &#171; rhumatisant &#187;, &#171; femme enceinte &#187; ou &#171; patient souffrant d'hypertension &#187; et &#171; dosages de glyc&#233;mie &#187; par &#171; chimios &#187;, &#171; s&#233;ances de kin&#233; &#187;, &#171; &#233;chographies &#187; ou &#171; r&#233;gime sans sel &#187; et vous verrez que la phrase est st&#233;r&#233;otyp&#233;e et peut d&#233;signer n'importe quelle situation de m&#233;decine courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la femme qui discute ou refuse une prescription de pilule de 3e g&#233;n&#233;ration de son gyn&#233;cologue serait donc non seulement &#034;irresponsable&#034; mais EN PLUS, manquerait consid&#233;rablement de respect envers le gyn&#233;cologue dipl&#244;m&#233; dont elle a pay&#233; la consultation au prix fort. Quelle impudente !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision des choses est, en soi, biais&#233;e et malsaine. Pourquoi ? Parce qu'elle pr&#233;suppose, pour commencer, que les patients ne sont pas spontan&#233;ment &#171; responsables &#187; et qu'ils ne le sont qu'&#224; la stricte condition d'ob&#233;ir scrupuleusement aux instructions qui leur ont &#233;t&#233; donn&#233;es, et ensuite que ces instructions repr&#233;sentent la seule option possible (et/ou souhaitable) pour eux. Autrement dit : tous ces gens qui votent, qui ont le permis de conduire, un carnet de ch&#232;ques, une famille et un emprunt de vingt-cinq ans pour payer la maison qu'ils ont fait construire cesseraient d'&#234;tre &#034;responsables&#034; quand ils d&#233;cident de ne pas aller voir leur m&#233;decin, ou de ne plus se plier &#224; ses instructions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Or, rien n'est moins vrai, pour une raison simple : il n'y a pas de &#171; diab&#233;tique &#187; ou de &#171; femme enceinte &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;. Il y a des patient(e)s atteint(e)s de diab&#232;te et des femmes enceintes ; la vie, unique pour chacun(e), influe sur/est influenc&#233;e par leur &#171; condition &#187; (une maladie, un ph&#233;nom&#232;ne naturel). On peut m&#234;me cumuler : &#234;tre une femme diab&#233;tique ET enceinte. Le fait est que la grossesse devient alors &#171; pathologique &#187; (pourquoi ?) et semble justifier de la part des m&#233;decins des interventions encore plus muscl&#233;es que sur la diab&#233;tique non enceinte et la femme enceinte non diab&#233;tique. Si l'on ajoute que les m&#233;decins redoutent toujours (et interdisent souvent) une grossesse chez une femme diab&#233;tique en &#226;ge d'&#234;tre enceinte et qu'ils recherchent toujours un diab&#232;te chez une femme enceinte (m&#234;me si elle n'&#233;tait ni l'une ni l'autre auparavant), on mesure &#224; quel point les choses semblent compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, elles sont plus simples que &#231;a, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Irresponsable&#034; et &#034;responsable&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il serait int&#233;ressant de d&#233;finir ce qu'est un &#171; malade non responsable &#187; ou &#034;irresponsable&#034;. Dans la pens&#233;e m&#233;dicale dominante, c'est un malade qui &#171; fait n'importe quoi &#187; - traduire : qui ne fait rien de ce que le m&#233;decin lui a ordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait donc deux cat&#233;gories de patients : ceux qui suivent &#171; responsablement &#187; les ordonnances des m&#233;decins ; et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alternative n'est ni op&#233;rante ni acceptable, tant sur le plan scientifique que sur le plan &#233;thique. Car elle sous-entend que la responsabilit&#233; (le s&#233;rieux, la fiabilit&#233;, appelez &#231;a comme vous voudrez) d'un patient ou d'un malade &lt;i&gt;ne se d&#233;finit que selon des crit&#232;res &#233;tablis par les m&#233;decins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;e de &#171; responsabilit&#233; &#187;, il y a implicitement l'id&#233;e que la volont&#233; des patients (qui ne savent pas ce qui est bon et mauvais pour eux) doit se plier &#224; celle des m&#233;decins (qui, eux, savent ce qui est bon pour les autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une vision paternaliste, manich&#233;enne et qui (en France, au moins), renvoie &#224; une conception archa&#239;que, f&#233;odale, des r&#244;les sociaux et de la libert&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, comme chacun le sait, en m&#233;decine (et en sciences plus g&#233;n&#233;ralement) tr&#232;s peu de notions sont d&#233;finitives ou absolues. C'est pour cela qu'on ne cesse, en permanence, de tout red&#233;finir et que la saign&#233;e, geste th&#233;rapeutique introduit par Hippocrate, ou la th&#233;orie des humeurs, qui faisait autorit&#233; &#224; l'&#233;poque de Moli&#232;re, ne sont plus utilis&#233;s au 21e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que beaucoup de &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; m&#233;dicales d'aujourd'hui auront &#233;t&#233; remplac&#233;es par d'autres d'ici dix ans (et peut-&#234;tre m&#234;me avant). D&#233;finir la &#171; responsabilit&#233; &#187; des patients en fonction de leur ob&#233;issance aux ordres me semble donc aussi discutable (et idiot) que d'affirmer qu'un &#234;tre humain qui na&#238;t est toujours d'un sexe ou d'un autre, sans exception : on sait aujourd'hui que sexe anatomique, sexe g&#233;n&#233;tique, identit&#233; sexuelle et orientation sexuelle sont quatre notions distinctes qui peuvent &#234;tre diff&#233;rentes chez une m&#234;me personne. Mettons que j'aie un aspect physique &#171; typiquement &#187; f&#233;minin, une personnalit&#233; plut&#244;t autoritaire et que je sois sexuellement attir&#233;e par les femmes. Si l'on d&#233;couvre que mes chromosomes sexuels sont XY est-ce que &#231;a (re)fait de moi un homme h&#233;t&#233;ro ou est-ce que je reste une femme homosexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de r&#233;ponse &#224; cette question sinon celle-ci : je n'ai rien &#224; faire de la mani&#232;re dont les autres (famille, m&#233;decins, soci&#233;t&#233;s) me d&#233;finissent, me jugent ou cherchent &#224; me &#171; normaliser &#187;. Ce qui compte, POUR MOI, c'est ce que je fais de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, je propose de partir d'un autre pied, de changer de perspective, d'adopter un autre paradigme en posant ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque personne est responsable d'elle-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne na&#238;t pas &#171; enti&#232;rement responsable &#187; de soi, on le devient - ou plut&#244;t, on aspire &#224; &#234;tre de plus en plus autonome par rapport aux autres. Et ce, d&#232;s la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, tout indique qu'un nouveau-n&#233; prend sa survie tr&#232;s au s&#233;rieux en hurlant quand il a faim, quand il a froid quand il a mal. Ses cris sont donc, sans aucun doute l'attitude &#171; responsable &#187; - ils visent &#224; attirer l'attention et l'aide de ceux qui peuvent pallier &#224; ses incapacit&#233;s de manger, se couvrir et se soigner seul. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est encore plus net quand un b&#233;b&#233; est mis au lit et se met &#224; hurler parce qu'il ne veut pas qu'on le laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que les cris d'un b&#233;b&#233; sont instinctifs et non volontaires n'est pas d&#233;fendable, puisque beaucoup de b&#233;b&#233;s cessent de crier d&#232;s qu'ils voient un visage humain et reprennent quand le visage s'en va ; si ce n'est pas un comportement volontaire (et efficace sur les parents qui finissent par c&#233;der), j'aimerais qu'on m'explique ce que c'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un nouveau-n&#233; dispose d'une volont&#233;, qu'il exerce en fonction de ses capacit&#233;s, il est &#171; responsable &#187; de ses actes. Il n'en mesure peut &#234;tre pas exactement la port&#233;e (mais c'est vrai aussi des adultes...) mais en tout cas, il sait quoi faire pour parvenir &#224; ses fins, si &#233;l&#233;mentaires soient-elles. S'il a des fins, c'est qu'il a des intentions. Le b&#233;b&#233; qui tanne son p&#232;re ou sa m&#232;re tant qu'ils ne l'ont pas sorti du lit &#224; barreaux a des intentions pr&#233;cises. Est-ce &#171; responsable &#187; ? Il me semble que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre responsable de ses actes, dans mon esprit, &#231;a ne veut pas dire que l'on est &lt;i&gt;coupable&lt;/i&gt; de (et donc, implicitement susceptible d'&#234;tre jug&#233; et puni) toutes leurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : un b&#233;b&#233; se met &#224; hurler dans son si&#232;ge de voiture, ce qui provoque une faute d'inattention de la m&#232;re et entra&#238;ne un accident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui est responsable ? L'enfant ou la m&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse : la coexistence parfois incompatible de comportements inn&#233;s et de situations impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le b&#233;b&#233; est programm&#233; pour survivre &#224; la faim &#224; tout prix ; le cerveau des parents (pas seulement des m&#232;res) est modifi&#233; par la grossesse pour se focaliser sur la survie de l'enfant. Le choix de regarder l'enfant plut&#244;t que la route est bien plus rapide que la pens&#233;e ou la d&#233;cision. Si la femme vit dans la savane et, se retournant vers son enfant, ne voit pas le trou dans lequel elle va tomber, c'est pareil. L'&#234;tre humain n'est pas capable de contr&#244;ler en m&#234;me temps ses r&#233;flexes de survie, son souci pour les siens et tout ce qui se passe dans son environnement. Les accidents arrivent, un point c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez me dire : &#171; Vous vous &#233;loignez du sujet &#187;. Mais non, et vous allez comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis &#171; chaque personne est responsable de ses actes &#187;, je veux dire que nous sommes tous amen&#233;s &#224; nous comporter de mani&#232;re &#224; la fois r&#233;flexe, intuitive et r&#233;fl&#233;chie, pour r&#233;pondre &#224; des pulsions &#233;l&#233;mentaires, telles que le d&#233;sir de survivre (ou de vivre) au mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons &#224; la jeune femme diab&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sait ce qu'est son diab&#232;te : on le lui a expliqu&#233; trois mille fois, tout le monde le lui rappelle sans arr&#234;t, elle surfe sur l'internet et lit les blogs de patients diab&#233;tiques et discute dans la salle d'attente du service d'endocrinologie p&#233;diatrique avec les autres filles. Elle sait qu'une grossesse chez une diab&#233;tique est une situation qui peut &#234;tre complexe : le diab&#232;te peut se r&#233;v&#233;ler difficile &#224; &#233;quilibrer, le f&#339;tus peut souffrir, elle et lui peuvent mourir d'une complication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons que cette femme a dix-sept ans. Pile l'&#226;ge o&#249; tout le monde est mal &#224; l'aise parce qu'elle a d&#233;j&#224; des rapports sexuels, une prescription de pilule, un petit ami, et beaucoup moins envie de lui faire mettre des capotes depuis qu'ils ont fait des galipettes un soir o&#249; il avait oubli&#233; d'en acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme entre un matin chez son m&#233;decin habituel en disant : &#171; Je crois que je suis enceinte. &#187; Ce n'&#233;tait pas pr&#233;vu (en tout cas, elle n'en avait pas &#233;voqu&#233; le d&#233;sir auparavant). Elle vient de le d&#233;couvrir. Elle ne manifeste rien de pr&#233;cis au moment o&#249; elle le dit. Elle le dit comme &#231;a, comme une information. Ce n'est pas une personne tr&#232;s expansive sauf avec son cher et tendre, et jamais en pr&#233;sence d'un tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans semblable situation, chez les adeptes de la pens&#233;e m&#233;dicale dominante, la r&#233;action (dite ou non dite) pourrait s'&#233;noncer ainsi (cette liste n'est pas exhaustive, mais tout ou plusieurs de ces phrases peuvent coexister dans la bouche ou les pens&#233;es d'un m&#234;me m&#233;decin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quoi ? Vous &#234;tes folle ? Qu'est-ce qui vous est pass&#233; par la t&#234;te ? Vous avez oubli&#233; votre pilule, c'est &#231;a ? Vous vous rendez compte de la catastrophe ? Une grossesse &#224; votre &#226;ge et dans votre &#233;tat c'est insens&#233;, c'est dangereux, vous risquez votre vie ! Ca va pas la t&#234;te ? Vous &#234;tes s&#251;re ? Vous n'avez pas fait d'erreur ? O&#249; avez vous mis le test ? Venez qu'on le refasse ! Et votre diab&#232;te il en est o&#249; ? Vous avez pris rendez-vous avec le centre d'IVG ? Vos parents sont au courant ? Vous ne comptez tout de m&#234;me pas sur moi pour leur annoncer cette tuile ! Vraiment, &#231;a m'&#233;tonne de vous, vous me d&#233;cevez profond&#233;ment, apr&#232;s tout ce que j'ai fait pour vous aider &#224; surmonter &#231;a ! C'est comme &#231;a que vous me remerciez ? Mais qu'est-ce que vous allez faire ? Vous n'allez pas le garder, tout de m&#234;me ? Qui est le p&#232;re ? Il est pas diab&#233;tique, lui, au moins, il ne manquerait plus que &#231;a ! C'est vraiment ir-res-pon-sable !!!! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;actions peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de r&#233;actionnaires, paternalistes ou m&#233;prisantes. Mais ce que je vois, surtout, c'est qu'elles ne sont ni scientifiques ni rationnelles mais exclusivement &#233;motionnelles. Et, finalement, tr&#232;s peu pr&#233;occup&#233;es des valeurs de la personne &#224; qui elles s'adressent. Donc, tr&#232;s peu respectueuses de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quoi, exactement, une &#034;bonne&#034; d&#233;cision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude respectueuse qu'un m&#233;decin devrait avoir quand une femme (diab&#233;tique ou non) entre chez lui et dit &#171; Je suis enceinte &#187; serait de lui r&#233;pondre : &#171; Merci de me confier cette information. En quoi puis-je vous aider ? &#187; Si elle souriait en entrant, il peut lui sourire en retour. Si elle faisait une t&#234;te de dix pieds de long, il peut dire : &#171; J'ai le sentiment que cela vous soucie. &#187; Et ensuite, l'&#233;couter. Afin de l'accompagner dans les r&#233;flexions qui la guideront vers la d&#233;cision &lt;i&gt;qu'elle&lt;/i&gt; prendra !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car le r&#244;le des m&#233;decins ne consiste pas &#224; porter des jugements sur les &#233;v&#233;nements que vivent les patients.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'ils n'ont aucune id&#233;e des circonstances dans lesquelles ces &#233;v&#233;nements sont survenus ni des d&#233;cisions inconscientes ou d&#233;lib&#233;r&#233;es, des circonstances, des accidents ou des erreurs qui ont pu entrer en jeu dans la survenue de ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'ils ne sont ni juges professionnels, ni directeurs de conscience, ni - et c'est le plus important - les personnes les mieux plac&#233;es pour d&#233;cider &#224; la place des autres. Personne n'est capable de d&#233;cider &#224; la place des autres sans jamais se tromper. Les parents font des erreurs en d&#233;cidant pour leurs enfants et chacun fait des erreurs en prenant des d&#233;cisions pour soi. &lt;i&gt;Alors comment les m&#233;decins peuvent-ils s'imaginer infaillibles quand il s'agit de d&#233;cider pour des &#233;trangers ???&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un patient entre chez un m&#233;decin, la position &#171; standard &#187; du m&#233;decin devrait &#234;tre : &#171; Cette personne est responsable d'elle-m&#234;me. &#187; Certes, il est possible qu'elle ait pris de mauvaises d&#233;cisions, ou qu'elle ne sache pas laquelle prendre, et qu'elle veuille demander au m&#233;decin son avis, mais il est tout aussi possible qu'elle n'ait pas besoin de cet avis, et qu'elle sache exactement quelle d&#233;cision elle va prendre, avec ou sans l'autorisation du m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est d'ailleurs pas de savoir si la personne va prendre une &#171; bonne &#187; ou une &#171; mauvaise &#187; d&#233;cision, mais si elle peut prendre SA d&#233;cision. Une d&#233;cision d&#233;lib&#233;r&#233;e, r&#233;fl&#233;chie, inform&#233;e au mieux, et qui tienne compte de ses valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Information et valeurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Steve Woloshin au tout d&#233;but d' une &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=45kexAoLGAQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentation tr&#232;s claire des enjeux de l'information sur les m&#233;dicaments,&lt;/a&gt;, pour prendre des d&#233;cisions bonnes (pour eux), les personnes doivent disposer 1&#176; d'informations fiables ; 2&#176;d'une hi&#233;rarchie de valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je raconte souvent l'histoire suivante, qui m'avait &#233;t&#233; rapport&#233;e par un de mes enseignants, Yves Lanson. Un patient atteint de cancer de la vessie (un cancer difficile &#224; soigner et de mauvais pronostic) lui demande quelles sont les options th&#233;rapeutiques. Lanson r&#233;pond (c'&#233;tait au milieu des ann&#233;es 70) &#171; Il y en a deux ; la chirurgie - On vous enl&#232;ve la vessie et votre urine s'&#233;coule dans une poche fix&#233;e &#224; la paroi de votre abdomen - ou la radioth&#233;rapie - On irradie le cancer, mais s'il r&#233;cidive, comme on a irradi&#233; tout autour, la chirurgie est impossible. Le pronostic est un tout petit peu meilleur avec la chirurgie, mais pas beaucoup. &#187; Le patient r&#233;pond : &#171; Je veux continuer &#224; pisser normalement, je choisis la radioth&#233;rapie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette anecdote illustre de mani&#232;re simple, mais parfaitement compr&#233;hensible, ce que j'entends par &#171; d&#233;cision inform&#233;e &#187;. M&#234;me si, pour le m&#233;decin, la survie peut-&#234;tre l'&#233;l&#233;ment le plus important, pour le patient, la hi&#233;rarchie de valeurs peut &#234;tre sensiblement diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que qualifier les comportements des patients comme &#171; responsables &#187; ou &#171; irresponsables &#187; est &#224; tout coup une erreur de perception - et une faute &#233;thique, qui consiste &#224; attendre des patients qu'ils adoptent les valeurs des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon humble avis, il n'y a pas de patients &#171; responsables &#187; ou &#171; irresponsables &#187;. Il n'y a que des &#234;tres humains, qui prennent des d&#233;cisions &#224; chaque moment de leur vie. Parfois, elles sont &#171; bonnes &#187; (de &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; point de vue), parfois elles ne le sont pas. Parfois, une &#171; mauvaise d&#233;cision &#187; leur semble, longtemps apr&#232;s, avoir &#233;t&#233; la bonne. Et inversement. On ne sait jamais. On fait du mieux qu'on peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un patient diab&#233;tique peut &#234;tre fatigu&#233; de faire ses analyses de sang tous les jours, quatre fois par jour. S'il n'a pas la chance d'avoir un m&#233;decin qui le respecte, il mentira pour avoir la paix. S'il a la chance d'avoir un m&#233;decin qui ne le juge pas, lorsqu'il lui dira : &#171; Je suis fatigu&#233; &#187;, le m&#233;decin essaiera, avec lui, d'am&#233;nager sa surveillance de diab&#232;te pour qu'elle lui p&#232;se moins. Parce que ce qui compte pour les soignants respectueux, ce n'est pas leur propre confort intellectuel ou professionnel mais le confort physique et moral des personnes dont ils s'occupent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le patient &#034;socialement responsable&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de la soci&#233;t&#233;, le patient est irresponsable quand il co&#251;te cher. Soit parce qu'il consomme trop de soins ou de consultations prises en charge par la collectivit&#233; (comme s'il &#233;tait le seul &#224; d&#233;cider...) ; soit parce qu'il met sa vie en danger par son comportement (&#224; cet &#233;gard, on pourrait convenir que les fumeurs, futurs canc&#233;reux ou insuffisants cardiaques, sont dr&#244;lement responsabilis&#233;s, avec toutes les taxes qu'ils payent et l'exclusion dont ils font l'objet...) ; soit parce qu'il ne se soigne pas &#034;correctement&#034; (comme le m&#233;decin le lui a indiqu&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend qu'ici, il s'agit moins de donner aux citoyens la possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; des soins &#233;quitables (ce qui devrait &#234;tre la principale pr&#233;occupation des pouvoirs publics) que de s'assurer que tout le monde marche bien en rang, que personne n'escroque la s&#233;cu (les escroqueries perp&#233;tr&#233;es par les m&#233;decins, beaucoup plus importantes et nombreuses, sont le plus souvent pass&#233;es sous silence) et que les d&#233;penses de sant&#233; sont utilis&#233;es &#034;&#224; bon escient&#034;, &#224; savoir : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour renvoyer les gens au boulot le plus vite possible (la maladie est source de manque &#224; gagner) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour &#034;&#233;viter les d&#233;penses injustifi&#233;es et abusives&#034; (autrement dit : celles qui sont imputables aux &#034;profiteurs&#034; que sont les migrants, les immigrants, les SDF, les titulaires de la CMU et autres &#034;parasites&#034;...) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;pour produire de la richesse, et non pour d&#233;penser l'argent public &#034; (ce qui permet de faire oublier qu'une politique de sant&#233; n'est pas faite pour produire de la richesse, elle est faite pour SOIGNER LA POPULATION ce qui, en soit, contribue positivement &#224; la &#034;richesse&#034; d'un pays via le mieux-&#234;tre de ses citoyens...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;responsabilit&#233; sociale&#034; du patient (vue par les m&#233;decins), c'est donc, tout bonnement, une mani&#232;re de culpabiliser ceux qui font appel au syst&#232;me de sant&#233; en leur disant &#034;Votre comportement est suspect&#034; et de les renvoyer &#224; la production. Comme si on allait consulter un m&#233;decin, subir une chimioth&#233;rapie, passer une colonoscopie ou se faire op&#233;rer exclusivement pour le plaisir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suspicion syst&#233;matique &#224; l'&#233;gard des patients est non seulement indigne d'un pays d&#233;velopp&#233; et soit-disant &#034;&#233;clair&#233;&#034;, elle est contre-productive. Le temps qu'on passe &#224; surveiller les gens pour en prendre en faute quelques-uns, on pourrait le passer beaucoup mieux &#224; faire de l'information m&#233;dicale pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envoyez des jeunes parents dans une banlieue loin de leurs a&#238;n&#233;s, ils paniqueront chaque fois que leur petit a de la fi&#232;vre et iront consulter &#224; tout bout de champ (quand ils n'iront pas encombrer les urgences). Organisez des r&#233;unions d'information dans les cabinets des m&#233;decins de famille pour expliquer qu'un rhume ne n&#233;cessite ni consultation ni antibiotiques, et la consommation m&#233;dicale diminuera. Encore faudrait-il trouver des m&#233;decins pr&#234;ts &#224; le faire (dans le contexte actuel de surcharge de travail des g&#233;n&#233;ralistes, c'est impossible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca co&#251;terait pourtant moins cher, et &#231;a aurait des effets &#224; long terme, car il n'y a pas que les rumeurs qui se r&#233;pandent dans la population, il y a aussi les informations utiles lorsqu'elles sont expliqu&#233;es correctement et appuy&#233;es par des outils (articles, d&#233;pliants, spots d'information) bien faits. (Suivez mon regard vers les pilules de 3e g&#233;n&#233;ration...) Mais pour &#231;a, il faudrait vouloir lib&#233;rer la population de ses peurs, de ses fantasmes et de ceux qui s'appuient l&#224;-dessus pour vendre leurs produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans oublier le commerce...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'am&#232;ne &#224; parler (bri&#232;vement) d'un autre aspect de la &#171; responsabilit&#233; &#187; des patients : l'aspect commercial. La notion d' &#171; observance &#187; qu'on peut voir fleurir dans certaines revues m&#233;dicales, et qui d&#233;signe la capacit&#233; qu'ont ou non les patients de suivre (traduire : se plier ind&#233;finiment &#224;) un traitement r&#233;gulier semble, &#224; premi&#232;re vue, destin&#233;e &#224; am&#233;liorer le sort des personnes malades. En r&#233;alit&#233;, l'observance (via les m&#233;thodes invent&#233;es pour la consolider, c'est &#224; dire pour s'assurer qu'un patient prend son traitement chaque jour sans exception), est une notion qui sert surtout d'autres int&#233;r&#234;ts que la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun patient n'est un robot ; tout le monde a le droit de rater un comprim&#233; ou une injection de temps &#224; autre. &#199;a n'est pas n&#233;cessairement une r&#233;volte ou un acte manqu&#233;. La vie est impr&#233;visible et n'est pas une science exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, bon nombre de patients souffrant de maladies chroniques ou de syndromes trait&#233;s peuvent parfaitement &#171; rater &#187; un ou plusieurs jours de leur traitement quotidien. Ils iront moins bien pendant quelques jours, mais dans l'immense majorit&#233; des cas, les cons&#233;quences ne seront pas dramatiques et ces oublis ne mettent pas leur vie en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, beaucoup de traitements pris pendant plusieurs ann&#233;es par un tr&#232;s grand nombre de personnes ne sont pas prescrits pour traiter une maladie mais pour r&#233;duire ce qu'on appelle un &#171; facteur de risque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de ces facteurs de risque (une hypertension art&#233;rielle, par exemple) sont r&#233;els ; on a d&#233;montr&#233; que leur traitement r&#233;duit le risque d'un accident vasculaire mortel ou invalidant. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres facteurs de risque (le cholest&#233;rol, dont les m&#233;dicaments sont prescrits &#224; un nombre de patients infiniment sup&#233;rieur &#224; celui des personnes qui en b&#233;n&#233;ficieraient r&#233;ellement) sont hautement douteux et leur traitement, dans 99% des cas, ne sert qu'&#224; enrichir les industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours sur l'observance et &#171; les patients responsables &#187; sont donc aussi tr&#232;s suspects quand il s'agit de mettre des millions de gens au m&#234;me r&#233;gime (m&#233;dicamenteux) sans profit, ni confort, ni b&#233;n&#233;fice imm&#233;diat ou &#224; long terme. Le patient &#034;responsable&#034;, du point de vue commercial, c'est celui qui prend ses m&#233;dicaments sans discuter et qui n'en omet pas un comprim&#233;, ce qui permet donc d'&#233;viter au fabriquant un manque &#224; gagner f&#226;cheux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, les m&#233;decins qui prescrivent ou font la promotion (dans des associations de patients, par exemple) de m&#233;dicaments (de TOUS les m&#233;dicaments) sont au minimum - &#224; mon humble avis - des dealers ; si le m&#233;dicament n'a pas d'int&#233;r&#234;t d&#233;montr&#233; ils sont au pire complices d'une entreprise d'escroquerie de grande envergure ; au minimum, des ignorants... irresponsables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'utilise le mot &#224; dessein : leur ignorance et leur complicit&#233; ont de lourdes cons&#233;quences pour la communaut&#233; qu'ils sont cens&#233;s prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour enfoncer le clou...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le d'un m&#233;decin ne consiste pas &#224; faire prendre de &#171; bonnes &#187; ou de &#171; mauvaises &#187; d&#233;cisions aux patients ou de les convaincre d'&#234;tre plus &#171; responsables &#187;, mais &#224; leur donner tous les &#233;l&#233;ments dont ils pourraient avoir besoin (surtout ceux dont ils n'ont aucune id&#233;e) pour prendre LEUR d&#233;cision. Y compris si cette d&#233;cision n'est pas politiquement ou socialement &#034;correcte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans manipulation (pas de r&#233;tention de l'information, pas de mensonge), sans pression (ni culpabilisation, ni terrorisme, ni humiliation, ni chantage), sans ultimatum ni impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le patient a pris sa d&#233;cision, &lt;i&gt;le m&#233;decin reste li&#233; par l'obligation &#233;thique de le soigner, y compris s'ils souffre des cons&#233;quences pr&#233;visibles de sa d&#233;cision,&lt;/i&gt; quelles qu'elles puissent &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, encore une fois, un m&#233;decin n'est pas l&#224; pour juger, a priori ou a posteriori. Et il n'a pas pour fonction de v&#233;hiculer ou valoriser un discours totalitaire ou des int&#233;r&#234;ts commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;decin est l&#224; pour &#233;couter, informer, encourager, consoler, soulager et soutenir. Il a pour fonction, dans le respect de l'&#233;thique et de la loi (mais d'abord de l'&#233;thique...) d'&#234;tre l'alli&#233; du patient et aussi son &#034;&lt;i&gt;avocat&lt;/i&gt;&#034; - quelqu'un qui donne de la voix en son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que r&#233;side sa responsabilit&#233; de soignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous remercie de votre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Zaffran/Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Euthanasie, suicide assist&#233; : le rapport Sicard </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Euthanasie-suicide-assiste-le-rapport-Sicard</link>
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		<dc:date>2012-12-19T16:48:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsque j'ai entendu dire que le Pr&#233;sident Hollande avait confi&#233; &#224; Didier Sicard une commission de r&#233;flexion sur la fin de vie (apr&#232;s s'y &#234;tre engag&#233; comme candidat alors qu'on ne lui avait rien demand&#233;) j'ai repens&#233; &#224; l'engagement de Mitterrand sur la peine de mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis dit : &#034;Tous les hommes d'&#233;tat veulent laisser la marque de leur passage, par des lois, des d&#233;cisions, des monuments. Hollande a fait de l'euthanasie une question personnelle. S'il demande un rapport, c'est qu'il a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Questions-d-ethique" rel="directory"&gt;Questions d'&#233;thique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L102xH150/arton1113-6843c.jpg?1763125356' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque j'ai entendu dire que le Pr&#233;sident Hollande avait confi&#233; &#224; Didier Sicard une commission de r&#233;flexion sur la fin de vie (apr&#232;s s'y &#234;tre engag&#233; comme candidat alors qu'on ne lui avait rien demand&#233;) j'ai repens&#233; &#224; l'engagement de Mitterrand sur la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis dit : &#034;Tous les hommes d'&#233;tat veulent laisser la marque de leur passage, par des lois, des d&#233;cisions, des monuments. Hollande a fait de l'euthanasie une question personnelle. S'il demande un rapport, c'est qu'il a une id&#233;e derri&#232;re la t&#234;te. Et s'il a choisi Sicard (pr&#233;sident de la Commission Nationale d'Ethique, ce qui en impose &#224; tout le monde), ce n'est probablement pas par hasard. Ils en ont d&#233;j&#224; parl&#233;... C'est comme &#231;a que &#231;a se passe, en France. On en parle &#034;entre membres de l'&#233;lite&#034; et ensuite on fait comme si on avait d&#233;cid&#233; de se pencher sur la question. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; vrai dire, jusqu'&#224; hier, je n'y croyais qu'&#224; moiti&#233;. A cause de la mentalit&#233; r&#233;trograde du monde m&#233;dical fran&#231;ais (que je d&#233;non&#231;ais dans &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=55&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article-ci&lt;/a&gt;) en 2003 puis &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans cet autre article&lt;/a&gt; en 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'euthanasie, j'y suis revenu plusieurs fois sur ce site (voyez aussi &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=875&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article-ci&lt;/a&gt;) et puis j'ai fini par &#233;crire un roman, &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=1111&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;En souvenir d'Andr&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, dont la r&#233;daction a &#233;t&#233; termin&#233;e avant la cr&#233;ation de la commission Sicard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, mardi 18 d&#233;cembre 2012, le rapport Sicard a &#233;t&#233; rendu public. On peut &lt;a href=&#034;http://www.elysee.fr/assets/pdf/Rapport-de-la-commission-de-reflexion-sur-la-fin-de-vie-en-France.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le t&#233;l&#233;charger en int&#233;gralit&#233; ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/12/18/le-rapport-sicard-propose-de-respecter-les-malades-jusqu-a-donner-la-mort_1807770_1651302.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un article paru dans &#034;Le Monde&#034; du 18 d&#233;cembre 2012&lt;/a&gt; explique en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'IN&#201;GALIT&#201; DES FRAN&#199;AIS FACE &#192; LA PRISE EN CHARGE DE LA FIN DE VIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport, le professeur Sicard porte un regard s&#233;v&#232;re sur une m&#233;decine sourde aux attentes des patients. &#034;Chaque jour voit cro&#238;tre dans notre soci&#233;t&#233; une revendication tr&#232;s largement majoritaire (entre 80 % et 90 % selon les sondages d'opinion) de personnes r&#233;pondant positivement &#224; une demande de l&#233;galisation d'euthanasie, lit-on dans le rapport. Il ne s'agit pas de revendications simplistes ou na&#239;ves de personnes qui n'auraient pas compris la question. Il s'agit d'une demande profonde des personnes interrog&#233;es, de ne pas &#234;tre soumises dans cette p&#233;riode d'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; de la fin de vie &#224; une m&#233;decine sans &#226;me.&#034; Des d&#233;bats organis&#233;s dans plusieurs villes de France, la mission a ainsi retenu &#034;le malaise, voire la col&#232;re&#034; et surtout &#034;la hantise [des Fran&#231;ais] de basculer dans une situation de fin de vie insupportable, de souffrir ou de voir souffrir leurs proches&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est gla&#231;ant. La mission, compos&#233;e de neuf membres (m&#233;decins, philosophe, juriste...), qui a men&#233; pr&#232;s de 80 auditions, d&#233;nonce une in&#233;galit&#233; des Fran&#231;ais face &#224; la prise en charge de la fin de vie, notamment dans l'acc&#232;s aux soins palliatifs. Le monde soignant en prend pour son grade. Tout d'abord la m&#233;decine, qui privil&#233;gie la performance technique et peine &#224; entendre que les malades puissent vouloir cesser de vivre. Puis les diff&#233;rentes structures (h&#244;pital, maisons de retraite, hospitalisation &#224; domicile) et institutions, tr&#232;s cloisonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'h&#244;pital, o&#249; meurt la majorit&#233; des Fran&#231;ais, qui est particuli&#232;rement vis&#233;. Consid&#233;rant la mort comme un &#233;chec, il l'a abandonn&#233;e aux soins palliatifs. Une s&#233;paration qui emp&#234;che la diffusion de la culture de la prise en charge de la douleur. En cause, aussi, les soins palliatifs eux-m&#234;mes qui ne pourront &#034;jamais r&#233;soudre la totalit&#233; des situations, m&#234;me si ces structures devaient &#234;tre en nombre plus important&#034;. Entre les lignes, on lit une critique s&#233;v&#232;re envers leurs d&#233;fenseurs, qui ont laiss&#233; croire, dans un certain ang&#233;lisme, qu'ils pouvaient &#224; eux seuls r&#233;gler la question des bonnes conditions de la fin de vie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux r&#233;sumer la situation : obscurantisme et fantasme de toute-puissance conduisent &#224; l'injustice. Il est temps que cela cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le raconte r&#233;trospectivement Emmanuel Zacks dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=1111&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En souvenir d'Andr&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, les temps changent et les personnes de bonne volont&#233; vont de l'avant. Je sais depuis longtemps que je ne suis pas le seul &#224; le penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis heureux que des voix bien plus respect&#233;es que la mienne le disent haut et fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peut-on l&#233;gif&#233;rer sur l'euthanasie en France ? </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Peut-on-legiferer-sur-l-euthanasie-en-France</link>
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		<dc:date>2012-12-19T12:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le rapport de la commission Sicard publi&#233; fin 2012 vient de rappeler que le monde m&#233;dical et institutionnel fran&#231;ais est encore extr&#234;mement ferm&#233; &#224; toute r&#233;flexion sur les questions de la fin de vie quand il s'agit de donner la parole aux premiers int&#233;ress&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 19 d&#233;cembre 2002, sur France Inter, je lisais la chronique suivante : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Comment avez-vous choisi de mourir ? &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question me traverse l'esprit de temps en temps, et particuli&#232;rement depuis que j'entends parler de Vincent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Questions-d-ethique" rel="directory"&gt;Questions d'&#233;thique &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=1113&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le rapport de la commission Sicard&lt;/a&gt; publi&#233; fin 2012 vient de rappeler que le monde m&#233;dical et institutionnel fran&#231;ais est encore extr&#234;mement ferm&#233; &#224; toute r&#233;flexion sur les questions de la fin de vie quand il s'agit de donner la parole aux premiers int&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 d&#233;cembre 2002, sur France Inter, je lisais la chronique suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Comment avez-vous choisi de mourir ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question me traverse l'esprit de temps en temps, et particuli&#232;rement depuis que j'entends parler de Vincent Humbert, ce jeune homme t&#233;trapl&#233;gique &#224; la suite d'un accident de voiture, qui vient d'&#233;crire au pr&#233;sident de la R&#233;publique pour lui dire qu'il voulait mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me dis que si la question de l'euthanasie suscite des r&#233;actions aussi fortes c'est parce que, tr&#232;s souvent, et de mani&#232;re assez absurde, on demande aux m&#233;decins de r&#233;soudre le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les m&#233;decins ne deviennent pas soignants pour tuer des gens. L'id&#233;e qu'on vote une loi qui puisse implicitement ou explicitement faire d'eux des donneurs de mort les scandalise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et comment ne pas le comprendre ? De plus la demande d'euthanasie est souvent le fruit d'une situation qui n'est pas insoluble : beaucoup de personnes atteintes de maladies graves demandent &#224; mourir parce qu'elles n'en peuvent plus de souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'utilisation de la morphine a longtemps &#233;t&#233; assimil&#233;e &#224; un p&#233;ch&#233;. De ce fait, d'innombrables malades ont souffert et souffrent encore le martyre alors qu'on aurait pu, qu'on pourrait les soulager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es 80, lorsque j'&#233;tudiais les modalit&#233;s du traitement de la douleur chez le canc&#233;reux tels que le pronaient les Britanniques, je suis tomb&#233; sur la phrase suivante : &lt;i&gt;Un canc&#233;reux qui ne souffre ni physiquement ni moralement ne demande pas &#224; mourir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile d'en d&#233;duire que le traitement appropri&#233; de la douleur permettrait d&#233;j&#224; de faire dispara&#238;tre beaucoup de demandes d'euthanasie qui n'en sont pas vraiment. Bref, dans ce genre de situation, il ne peut pas y avoir de r&#232;gles, mais seulement des cas de figure, autant qu'il y a d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le d&#233;sir de mourir n'est pas propre aux malades incurables. Chaque jour, des individus tentent de mettre fin &#224; leur vie. Pour certains, il s'agit d'un appel au secours. Pour d'autres, c'est l'effet d'une d&#233;pression grave, dont ils sont la victime. Dans ces deux cas, il serait &#233;videmment criminel de laisser les gens mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le suicide peut avoir d'autres motifs : des artistes allemands ont choisi de mourir parce qu'ils ne supportaient pas la mont&#233;e du nazisme ; des r&#233;sistants ont choisi de mourir pour ne pas risquer de parler sous la torture. Ces gestes-l&#224; sont habituellement consid&#233;r&#233;s comme admirables. Il n'est donc pas inconcevable que certaines personnes d&#233;cident, apr&#232;s avoir m&#251;rement r&#233;fl&#233;chi, de quitter la vie lorsque leur vie leur para&#238;t achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce fut clairement le cas de la m&#232;re de l'ancien premier ministre, Madame Mireille Jospin, membre du comit&#233; de parrainage de l'Association pour le droit &#224; mourir dans la dignit&#233; (ADMD), dont le faire-part de d&#233;c&#232;s publi&#233; par Le Monde, indiquait ces jours-ci qu'elle avait, &#224; l'&#226;ge de 92 ans, d&#233;cid&#233; &lt;i&gt;dans la s&#233;r&#233;nit&#233; de quitter la vie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Jospin avait d&#233;cid&#233; de choisir sa fin, elle a choisi aussi de le faire savoir et, &#224; son sujet, Jean-Fran&#231;ois Matt&#233;i a d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;Le suicide est une libert&#233;. Je respecte compl&#232;tement son choix et je ne porte pas de jugement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;f&#233;rerions tous avoir une vie longue et remplie et choisir notre mort - comme Madame Jospin ; mais nous pourrions tous nous retrouver dans la situation de Vincent Humbert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, m&#234;me s'il n'y a pas de r&#233;ponse toute faite, il me semble que la question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e, en utilisant les mots appropri&#233;s et sans tourner autour du pot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Humbert, &lt;i&gt;parce qu'il est est t&#233;trapl&#233;gique&lt;/i&gt;, veut se suicider. Mais parce qu'il est t&#233;trapl&#233;gique, Vincent Humbert &lt;i&gt;ne peut pas se suicider&lt;/i&gt;. Si le suicide est une libert&#233;, &lt;i&gt;ne devrions-nous pas l'aider &#224; exercer cette libert&#233;-l&#224;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(France Inter, &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/rubrique.php3?id_rubrique=9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 19 d&#233;cembre 2002)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*************&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Quatre ans et demi plus tard... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 8 mars 2007, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; publiait un &lt;a href=&#034;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20070308.OBS5855/2.000_soignants_lancent_un_manifesteen_faveur_de_leutha.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appel &#224; la d&#233;p&#233;nalisation de l'Euthanasie.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par l'hebdomadaire, j'ai &#233;crit un texte, reproduit en partie sur le site du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici la version int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on l&#233;gif&#233;rer l'euthanasie en France ? Avec les m&#233;decins que nous avons, non !!! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier obstacle &#224; une l&#233;gislation sur &#171; l'euthanasie &#187; r&#233;side d'abord dans ce terme fourre-tout qui recouvre des situations radicalement diff&#233;rentes : ainsi, l'arr&#234;t volontaire de r&#233;animation d'un patient dans le coma, l'arr&#234;t des th&#233;rapeutiques actives chez un patient en phase terminale ou le suicide assist&#233; d'un patient qui ne veut plus vivre n'ont rien de commun. Les pays ayant l&#233;gif&#233;r&#233; distinguent les diff&#233;rentes situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la plupart des pays d&#233;velopp&#233;s, tout patient est enti&#232;rement libre de cesser de (ou de ne pas) se soigner ; l'arr&#234;t de la r&#233;animation peut avoir &#233;t&#233; choisi par le patient avant son coma et les m&#233;decins doivent se plier &#224; ces d&#233;cision, qu'elle leur plaise ou non ; quant au suicide assist&#233; il ne concerne que des personnes lucides, tandis que toute euthanasie active - mise &#224; mort d&#233;cid&#233;e par le m&#233;decin avec ou sans l'accord de la famille - reste interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, on continue &#224; m&#233;langer toutes les situations existantes, ce qui interdit la moindre r&#233;flexion utile. Comment s'en &#233;tonner ? Ce d&#233;bat est confisqu&#233; depuis toujours par le corps m&#233;dical qui, &#224; travers ses &#171; comit&#233;s d'&#233;thique &#187;, laisse entendre que toute d&#233;cision m&#233;dicale rel&#232;ve des professionnels et seulement d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la loi Kouchner de 2002 sur stipule qu'aucun soin ne peut &#234;tre donn&#233; sans l'accord du patient. Tout patient peut, en France comme dans d'autres pays, r&#233;diger des &#171; directives anticip&#233;es &#187; - par exemple le refus d'&#234;tre r&#233;anim&#233; en cas de coma - et d&#233;signer une personne de confiance qui d&#233;cide ou non de poursuivre les soins en son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de m&#233;decins fran&#231;ais persistent &#224; ne pas respecter ces dispositifs parce que nombre d'entre eux, pour commencer, ne respectent pas les droits les plus &#233;l&#233;mentaires des patients qu'ils soignent : le droit de donner ou refuser son consentement &#224; un traitement ou &#224; un examen ; le droit de demander plusieurs avis ; le droit de recevoir une information aussi compl&#232;te que possible, d'avoir acc&#232;s &#224; leur dossier et de conna&#238;tre tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment leur &#233;tat de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, l'attitude g&#233;n&#233;rale du corps m&#233;dical fran&#231;ais &#224; l'&#233;gard des patients n'est toujours pas, en effet, celle de soignants au service de citoyens adultes mais celles d'une &#171; &#233;lite &#187; qui entend d&#233;cider seule de ce qui est &#171; bon &#187; ou &#171; mauvais &#187; pour ceux qui lui confient leur vie. Dans le sud-ouest, des chirurgiens ont st&#233;rilis&#233; ill&#233;galement des personnes handicap&#233;es en guise de condition d'acc&#232;s &#224; des centres sp&#233;cialis&#233;s. Dans ce m&#234;me pays, certains r&#233;animateurs n&#233;onatologistes d&#233;cident unilat&#233;ralement - sans concertation avec la famille - d'interrompre la r&#233;animation (quand ce n'est pas de h&#226;ter la fin) des nouveaux-n&#233;s dont ils jugent les dommages c&#233;r&#233;braux ou neurologiques irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que beaucoup de m&#233;decins fran&#231;ais ne veuillent pas d'une loi qui indiquerait pr&#233;cis&#233;ment que la vie et la mort des citoyens ne d&#233;pend que des premiers int&#233;resss&#233;s, m&#234;me lorsqu'ils sont malades... Cette loi les obligerait &#224; reconsid&#233;rer des pratiques qui, jusqu'ici, restent totalement inconnues du grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule approche &#233;thique au probl&#232;me de l'arr&#234;t des soins en cas de coma consisterait &#224; envisager ces situations du point de vue du patient, et non du point de vue du m&#233;decin. D'apr&#232;s la loi de 2002, tout patient peut, par &#233;crit, ou via une personne de confiance d&#233;sign&#233;e par elle, indiquer son refus de r&#233;animation en cas de coma ou de maladie terminale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le respect de ces directives r&#232;glerait un tr&#232;s grand nombre de situations douloureuses. Encore faudrait-il que la volont&#233; du patient soit respect&#233;e. Le paternalisme est si profond&#233;ment ancr&#233; dans la culture des m&#233;decins hospitaliers fran&#231;ais et les violations des droits les plus &#233;l&#233;mentaires sont si nombreuses &#224; l'&#233;gard des patients conscients qu'on peut douter de voir suivre &#224; la lettre la volont&#233; de patients dans le coma !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'objection la plus fr&#233;quemment oppos&#233;e par les m&#233;decins aux directives anticip&#233;es est que &#171; Le patient a pris cette d&#233;cision alors qu'il &#233;tait en bonne sant&#233;. S'il &#233;tait lucide aujourd'hui, il en prendrait peut-&#234;tre une autre. &#187; Curieusement, on n'entend jamais invoquer cet argument lorsque le patient est porteur d'une carte de donneur d'organe ! Pourtant, le pr&#233;l&#232;vement h&#226;te le d&#233;c&#232;s de la personne concern&#233;e... Mais selon le patient, tous les d&#233;sirs &#233;nonc&#233;s n'ont pas la m&#234;me valeur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du suicide assist&#233;, qui n'est pas pr&#232;s d'&#234;tre seulement envisag&#233;e dans un pays encore fortement impr&#233;gn&#233; de catholicisme. Le suicide assist&#233; n'est autoris&#233; que dans un petit nombre d'&#233;tats de culture protestante (Pays-Bas, Suisse, Or&#233;gon). L'exp&#233;rience de ces &#233;tats montre que peu de demandes sont effectivement suivies d'un passage &#224; l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le plus important lorsque quelqu'un demande &#224; mourir, est de soulager ce qui le fait souffrir au point de vouloir en finir. Les Britanniques, champions des soins palliatifs, le disent tr&#232;s bien : quelqu'un qui ne souffre ni physiquement ni moralement ne demande pas &#224; mourir. Si les m&#233;decins fran&#231;ais, encore tr&#232;s r&#233;tifs - ou tr&#232;s mal form&#233;s, ce qui revient au m&#234;me - &#224; l'usage des antalgiques majeurs, &#233;taient plus soucieux de soulager vraiment les patients, ils les entendraient moins souvent demander &#224; mourir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Fin 2012, &lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=1113&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le rapport de la commission Sicard&lt;/a&gt; ouvre la possibilit&#233; d'une r&#233;appropriation de la fin de vie par ceux qu'elle concerne. Raison de plus pour ne plus laisser la parole &#224; ceux qui, jusqu'ici, l'avaient confisqu&#233;e. Parlons de la mort, de celle dont nous ne voulons pas pour nous et pour nos proches, et des conditions dans lesquelles nous aimerions clore notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons-en entre nous, parlons-en aux m&#233;decins, aux croyants et aux incroyants, &#224; nos proches et &#224; nos amis, et ne laissons personne nous faire de le&#231;on de morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnons &#224; ceux qui en ont besoin une le&#231;on de vie et de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Imposer la nudit&#233; int&#233;grale &#224; un(e) patient(e), est-ce une maltraitance ? </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Imposer-la-nudite-integrale-a-un-e-patient-e-est-ce-une-maltraitance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Imposer-la-nudite-integrale-a-un-e-patient-e-est-ce-une-maltraitance</guid>
		<dc:date>2012-09-04T19:18:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>Relations m&#233;decins-patients</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a quelques mois d&#233;j&#224;, G., une internaute m'&#233;crivait au sujet de l'habitude qu'ont certains gyn&#233;cologues d'exiger la nudit&#233; int&#233;grale de leurs patientes pour les examiner. Je n'ai pas pu donner suite &#224; cet &#233;change par manque de temps, mais l'heure est venue. Plut&#244;t que d'&#233;crire un texte synth&#233;tique, comme j'en avais l'intention, j'ai retravaill&#233; cet &#233;change et je le retranscris ici sous la forme d'un dialogue. Il me semble qu'il restituera plus fid&#232;lement les interrogations de beaucoup (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Questions-d-ethique" rel="directory"&gt;Questions d'&#233;thique &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Relations-medecins-patients" rel="tag"&gt;Relations m&#233;decins-patients&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques mois d&#233;j&#224;, G., une internaute m'&#233;crivait au sujet de l'habitude qu'ont certains gyn&#233;cologues d'exiger la nudit&#233; int&#233;grale de leurs patientes pour les examiner. Je n'ai pas pu donner suite &#224; cet &#233;change par manque de temps, mais l'heure est venue. Plut&#244;t que d'&#233;crire un texte synth&#233;tique, comme j'en avais l'intention, j'ai retravaill&#233; cet &#233;change et je le retranscris ici sous la forme d'un dialogue. Il me semble qu'il restituera plus fid&#232;lement les interrogations de beaucoup de femmes et ma position &#224; l'&#233;gard de ces questions. &lt;br class='autobr' /&gt;
MW&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il semblerait que certains gyn&#233;cos, plus particuli&#232;rement les femmes gyn&#233;cos demandent, pour ne pas dire exigent, que la patiente soit enti&#232;rement nue pour toute la dur&#233;e de l'examen gyn&#233;cologique complet, soit donc avec palpation des seins &#233;galement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce vraiment fr&#233;quent ? Les femmes gyn&#233;co sont-elles, &#224; votre connaissance, vraiment plus &#171; radicales &#187; que les hommes &#224; ce niveau ou est-ce une &#171; id&#233;e re&#231;ue &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la patiente refuse cette nudit&#233; int&#233;grale, le m&#233;decin est-il en droit de refuser de pratiquer l'examen ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si oui, que faire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment faire pour ne pas c&#233;der &#224; cette exigence (peur de paraitre pu&#233;rile, pudibonde, timidit&#233;, etc.) ? Bon nombre parlent de refuser (bor&#233;e par exemple), mais est-ce si simple, compte tenu de l'ascendant et/ou autorit&#233; pr&#233;t&#233;e au m&#233;decin, ou, tout simplement, de son statut de &#171; m&#233;decin qui ne s'aper&#231;oit m&#234;me plus de la nudit&#233; des patient(e)s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me ne se pose pas aux Etats-Unis ou en Angleterre, pourquoi en est-il ainsi en France ? Les anglo-saxons parlent de la pr&#233;servation de la dignit&#233;, il ne s'agit pas seulement de pudeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense que la r&#233;ponse &#224; ces questions peut int&#233;resser bon nombre de femmes qui n'osent pas s'opposer &#224; l'exigence du m&#233;decin &#224; ce niveau, en arrivant peut-&#234;tre m&#234;me &#224; se faire &#171; une raison &#187; tout en subissant quitte &#224; s'en rendre malade des semaines &#224; l'avance, voire m&#234;me peut-&#234;tre en finissant par renoncer &#224; aller consulter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;ponse de Martin Winckler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si c'est &#034;habituel&#034; ou non en France. Le fait est que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; l'examen clinique n'est pas obligatoire pour recevoir une contraception, par exemple Il n'est m&#234;me pas utile. Il n'a de raison d'&#234;tre que quand une femme a des sympt&#244;mes, ou si le frottis cervical est souhaitable (tous les 3 ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; toute personne (homme ou femme) a le droit de refuser les examens cliniques, et tout examen, quels qu'ils soient. Un m&#233;decin ne peut pas refuser une contraception &#224; une femme en bonne sant&#233; qui refuse d'&#234;tre examin&#233;e. Il ne peut pas non plus refuser de soigner quelqu'un qui ne veut pas se d&#233;shabiller !!!! La partie la plus importante de la consultation m&#233;dicale, c'est tout de m&#234;me la conversation, l'entretien. Il m'est arriv&#233; plus d'une fois de recevoir des patient(e)s qui ne voulaient pas se montrer nu, et &#231;a ne m'a pas emp&#234;ch&#233; de les examiner ; on peut examiner l'abdomen ou les seins &#224; travers une chemise de nuit et s'il est certes difficile de faire un examen gyn&#233;cologique sans que la patiente retire son sous-v&#234;tement, il n'est nullement indispensable de la faire d&#233;shabiller enti&#232;rement. Beaucoup de patientes (quand elles demandent &#224; ce qu'on les examine enti&#232;rement) retirent &#034;d'abord le bas&#034;, puis se rhabillent et ensuite retirent leur chemisier et leur soutien-gorge. Ca ne prend pas plus de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que la question de la &lt;a href=&#034;http://lci.tf1.fr/france/societe/petition-contre-la-chemise-d-hopital-qui-met-les-fesses-des-patients-7443401.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chemise d'h&#244;pital est aujourd'hui une question soulev&#233;e par beaucoup de patient(e)s&lt;/a&gt; et qu'elle va dans le sens de l'exigence de respect l&#233;gitime que tout(e) patient(e) est en droit d'attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; bien s&#251;r qu'il est difficile, pour une patiente, la premi&#232;re fois, de refuser de se d&#233;shabiller enti&#232;rement quand on n'y est pas pr&#234;te ; le secret consiste &#224; se pr&#233;parer &#224; refuser bien avant d'y aller, et &#224; le dire d'embl&#233;e au m&#233;decin, en &#233;tant pr&#234;te &#224; se lever et &#224; sortir s'il se braque. S'il n'y a ni examen, ni prescription, il n'y a pas non plus d'honoraires &#224; r&#233;gler. Tout comme on peut entrer dans un magasin, choisir un produit et finalement le laisser parce qu'on n'en est pas satisfait. Ca ne peut pas &#234;tre moins vrai pour un professionnel de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison, dans d'autres pays (en Grande-Bretagne, en Am&#233;rique du Nord) on n'impose jamais &#224; un(e) patient(e) de se d&#233;shabiller enti&#232;rement. Comme on le voit dans les films, les patients portent des chemises d'examen, ce qui rend le corps accessible sans le d&#233;nuder. Mais ils ont le temps de se d&#233;shabiller, ce que les gyn&#233;cologues fran&#231;ais exer&#231;ant en priv&#233; n'accordent pas toujours aux femmes. En Angleterre et aux Etats-Unis, aucun m&#233;decin n'examine une patiente seul : il est toujours accompagn&#233; par une infirmi&#232;re qui sert de t&#233;moin... pour &#233;viter les comportements abusifs, justement. Car dans les pays anglo-saxons, on ne plaisante pas avec les abus de pouvoir des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mes questions ne portent pas n&#233;cessairement sur le fait de refuser d'&#234;tre examin&#233;e, mais plut&#244;t sur la possibilit&#233; d'&#234;tre examin&#233;e sans &#234;tre oblig&#233;e de se d&#233;nuder int&#233;gralement pour toute la dur&#233;e de l'examen, et de savoir ce qu'il y a lieu de faire pour &#034;contrer&#034; le m&#233;decin. Ce dernier est-il en droit de refuser l'examen ? Si oui, encourt-il des sanctions ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un refus d'examen est une chose grave, et oui &#231;a peut entra&#238;ner des sanctions si ce refus d'examen a des cons&#233;quences n&#233;gatives (il n'a pas voulu examiner alors que la patiente avait des sympt&#244;mes et n&#233;cessitait un traitement). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le fait d'imposer un examen est tout aussi grave. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans tous les cas, le seul moyen de faire changer les attitudes, c'est de les d&#233;crire aux premiers int&#233;ress&#233;s : l'ordre des m&#233;decins, les syndicats, les patients, la s&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai personnellement eu &#224; subir un examen gyn&#233;cologique o&#249; le gyn&#233;co a exig&#233; que je sois int&#233;gralement nue d&#232;s le d&#233;part ; j'avais 16 ans &#224; l'&#233;poque, je n'ai pas su m'opposer, et je l'ai tr&#232;s tr&#232;s mal v&#233;cu, comme vous pouvez l'imaginer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le comprends, et c'est d'autant plus inadmissible qu'&#224; l'adolescence, le respect de l'intimit&#233; est encore plus crucial : une jeune fille n'est pas aussi arm&#233;e qu'une femme adulte pour discuter, et l'examen gyn&#233;cologique impos&#233; peut tout &#224; fait &#234;tre v&#233;cu comme une violence - pas seulement symbolique puisqu'elle s'accompagne d'un geste intrusif, l'examen gyn&#233;cologique ou l'examen des seins. Quand on sait (&lt;a href=&#034;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=307&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit sur ce site&lt;/a&gt;) que la communaut&#233; scientifique consid&#232;re l'un et l'autre comme &#233;tant tr&#232;s rarement utiles chez les jeunes femmes en bonne sant&#233;, &#231;a n'en est que plus insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Refuser n'est pas si simple face &#224; l'autorit&#233; pr&#233;sum&#233;e du m&#233;decin, et, encore une fois, que faire s'il ou si elle refuse &#224; ce moment-l&#224; de pratiquer l'examen ? Ca voudrait dire qu'on aura attendu pour rien, qu'il faudra &#224; nouveau s'exposer &#224; cette situation, etc. Bon nombre de femmes ne finissent-elles pas par c&#233;der &#224; l'exigence du m&#233;decin, ou par peur de passer pour pu&#233;rile, pudibonde, coinc&#233;e, ou tout simplement pour se &#034;d&#233;barrasser&#034; du probl&#232;me ? Ce ne remet pas en cause la comp&#233;tence &#034;technique&#034; du ou de la gyn&#233;co mais c'est p&#233;nible de devoir se &#034;battre&#034; pour se faire &#034;respecter&#034;. La relation m&#233;decin-patient ne peut pas ne pas s'en ressentir. La France se veut le pays des droits de l'Homme, comment peut-on se sentir aussi d&#233;munie face au pouvoir m&#233;dical ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout le probl&#232;me de l'abus de pouvoir. Il fait partie des choses que l'on enseigne (insensiblement) en France : la soumission &#224; l'autorit&#233;. L'abus de pouvoir est alors &#034;tout naturellement&#034; impos&#233; par l'un, subi par les autres, et on ne peut malheureusement pas compter sur les personnes qui ont le pouvoir pour l'abandonnner. Ce que je peux dire c'est qu'en l'&#233;tat actuel des choses, aucun praticien s&#233;rieux n'exigerait d'un patient qu'il se mette nu en consultation. Ce n'est jamais n&#233;cessaire. Si on a besoin d'&#234;tre examin&#233; des pieds &#224; la t&#234;te, on peut toujours au moins rester en sous-v&#234;tements et se rhabiller partiellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la part du patient (de la patiente), il n'y a pas &#224; refuser quoi que ce soit, mais &#224; mettre le m&#233;decin devant le fait accompli : si vous acceptez l'examen gyn&#233;cologique, vous pouvez retirer vos v&#234;tements du bas, seulement, puis les remettre et enlever le haut s'il vous propose (et si vous acceptez) un examen des seins. Il n'a pas &#224; vous l'imposer, pas plus qu'il ne pourrait vous imposer un examen dont vous ne voulez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de femmes proc&#232;dent spontan&#233;ment ainsi, et personne ne peut leur imposer une autre mani&#232;re de faire : un m&#233;decin ne peut pas examiner EN MEME TEMPS le haut et le bas. Alors...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Certaines femmes en arrivent &#224; trouver &#034;normal&#034; d'&#234;tre examin&#233;es enti&#232;rement nues... n'est-ce pas un comble ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne crois pas. Certaines femmes ont besoin d'&#234;tre rassur&#233;es. Si le praticien ne les rassure pas autrement qu'en les examinant, alors elles vont trouver &#231;a normal. &#199;a m'est arriv&#233; souvent d'expliquer aux femmes qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de les examiner, et elles s'en passaient tr&#232;s bien ; je ne les examinais qu'&#224; leur demande (elles savaient qu'elles pouvaient me le demander &#224; tout moment). En tout cas, je ne jetterais pas la pierre &#224; une femme qui accepte &#231;a (elle a peut-&#234;tre ses raisons). Il est difficile de se soustraire &#224; une autorit&#233; &#224; laquelle on fait confiance. Je pense que la personne responsable est le/la professionnel(le) qui l'impose ou n'explique pas que &#231;a n'est pas n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tout &#224; fait d'accord, la personne responsable est celle qui l'impose, non pas celle qui subit. Mon propos n'&#233;tait pas de jeter la pierre &#224; ces femmes acceptant bon an mal an la nudit&#233; totale tout au long de l'examen (ou uniquement au moment de l'examen des seins une fois l'examen du bas termin&#233;), mais dans le mot &#034;normal&#034;, il y a norme. Si la norme est &#034;examiner la femme enti&#232;rement nue&#034;, ou encore &#034;c'est le m&#233;decin qui le d&#233;cide de mani&#232;re unilat&#233;rale, &#231;a d&#233;pend exclusivement de lui ou elle, il faut s'y soumettre si c'est son bon vouloir&#034; ; si les femmes reconnaissent comme norme d'&#234;tre enti&#232;rement nues pour ce genre de consultation, comment ne pas &#233;mettre un jugement de valeur n&#233;gatif sur soi-m&#234;me d&#232;s lors qu'on refuse cette nudit&#233; int&#233;grale ? Je vais voir un ou une gyn&#233;co, il ou elle me dit, en substance, &#034;d&#233;shabillez-vous enti&#232;rement, mettez-vous toute nue, et installez-vous, avec moi c'est comme &#231;a, toutes les autres le font sans probl&#232;me&#034;, vais-je oser m'opposer, refuser, au risque de paraitre &#034;anormale&#034;, pu&#233;rile, pudibonde, coinc&#233;e peut-&#234;tre, etc. ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la mani&#232;re dont vous voyez les choses est significative de l'&#233;tat d'esprit des Fran&#231;ais(es) face aux m&#233;decins, &#233;tat d'esprit entretenu par ce que j'appelle le &#034;terrorisme&#034; m&#233;dical, et que les nord-am&#233;ricains (et les Qu&#233;becois, en particulier) nomment le paternalisme. Le m&#233;decin n'est pas, par vocation, une personne qui donne des ordres ; c'est un professionnel qui a &lt;i&gt;l'obligation&lt;/i&gt; de d&#233;livrer ses soins. La premi&#232;re r&#232;gle c'est &#034;D'abord ne pas nuire&#034;. Ce qui sous-entend que toute contrainte lui est interdite (en dehors de circonstances pr&#233;cises et peu fr&#233;quentes, comme le patient agit&#233; en raison d'un trouble mental ou d'un trouble neurologique, par exemple - et m&#234;me dans ces cas-l&#224;, ce n'est pas toujours autoris&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : &lt;i&gt;vous n'avez pas &#224; vous plier &#224; la contrainte, qui est par d&#233;finition incompatible avec le soin.&lt;/i&gt; Si ce praticien vous contraint, alors non seulement il faut le fuir, mais le d&#233;noncer. Il ne peut pas vous soigner par la force. L'id&#233;e selon laquelle on est &#034;oblig&#233; de plier&#034; doit &#234;tre bannie. On n'accepte pas des enseignants, des pr&#234;tres ou des membres des forces de l'ordre qu'ils soumettent les citoyens &#224; des d&#233;cisions arbitraires ; on ne doit pas l'accepter des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour la petite histoire, le gyn&#233;co qui m'a oblig&#233;e &#224; me mettre enti&#232;rement nue pour toute la dur&#233;e de l'examen quand j'avais 16 ans &#233;tait celui de ma m&#232;re ; quand je lui en ai parl&#233;, cette derni&#232;re m'a dit qu'il ne lui avait jamais demand&#233; &#231;a, qu'elle n'&#233;tait jamais enti&#232;rement nue...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors (pardonnez moi ma franchise) cela signifie bien que ce praticien vous a fait d&#233;shabiller pour vous voir enti&#232;rement nue, et non pour pratiquer un examen m&#233;dical. C'est insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une femme sur Internet rapporte avoir eu &#224; subir un examen gyn&#233;cologique en Australie. Pensant que cela se d&#233;roulait comme avec son ou sa gyn&#233;co, elle s'est install&#233;e toute nue sur la table d'examen. Le praticien, en la d&#233;couvrant ainsi, est devenu rouge, est ressorti de la pi&#232;ce en lui demandant de se couvrir, visiblement tr&#232;s choqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la norme dans les pays anglo-saxons est de ne pas examiner un(e) patient(e) enti&#232;rement nu(e), pourquoi n'en serait-il pas de m&#234;me en France, le pays dit des droits de l'Homme de surcro&#238;t ? A l'h&#244;pital, il existe la charte du patient prend en compte le respect de la personne et de son intimit&#233;. Le 04/03/2011 a &#233;t&#233; lanc&#233; le programme &#034;l'ann&#233;e des patients et de leurs droits&#034;. Pour ce qui est du respect de la pudeur dans le cadre d'une hospitalisation, il y a encore sans doute beaucoup &#224; faire, mais on sent une volont&#233; politique ferme d'aboutir &#224; une relation soignant-soign&#233; dans le cadre d'une &#034;bientraitance&#034;. Pourquoi n'en serait-il pas de m&#234;me pour la m&#233;decine lib&#233;rale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que ce soit la m&#234;me chose. Il ne peut pas y avoir deux &#034;normes&#034; de comportement selon qu'on exerce &#224; l'h&#244;pital ou en lib&#233;ral. Les obligations des soignants sont les m&#234;mes. La plus grande arme des m&#233;decins, c'est la soumission &#224; l'autorit&#233; qu'adoptent la plupart des patients face &#224; eux. Si un professionnel n'est pas capable de r&#233;viser lui-m&#234;me son attitude, il ne faut certainement pas que ses patient(e)s le laissent faire. Et le fait d'&#234;tre autoritaire n'a jamais &#233;t&#233; synonyme de comp&#233;tence. La comp&#233;tence, &#231;a n'est pas seulement le savoir technique. La comp&#233;tence c'est le savoir ET l'aptitude &#224; &#233;tablir une relation d'&#233;gal &#224; &#233;gal(e) avec les patients. Si l'un des deux manque, le praticien n'est pas comp&#233;tent. Point final.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que m&#233;decin, comment expliquez-vous ces freins ? Pouvoir m&#233;dical, m&#233;decine trop &#034;paternaliste&#034;, peur de toujours devoir se justifier, de perdre du temps (plus de temps pour une consultation, moins de &#034;clients&#034; vus en une journ&#233;e donc moins de revenus), de proc&#232;s &#233;ventuels, etc. ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a tout &#231;a. Et parfois, simplement, de mauvaises habitudes adopt&#233;es &#224; l'h&#244;pital parce qu'on leur a appris &#224; faire comme &#231;a. Le poids de l'apprentissage m&#233;dical, extr&#234;mement autoritaire, extr&#234;mement paternaliste et culpabilisant, est fort et durable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qui peut &#234;tre fait pour que la personne qui consulte puisse tout naturellement refuser d'&#234;tre examin&#233;e enti&#232;rement nue sans avoir peur d'indisposer le m&#233;decin ? Mieux encore, ne pas avoir &#224; refuser, le probl&#232;me ne devant m&#234;me pas se poser ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord le d&#233;noncer haut et fort. Ensuite, exiger &#224; chaque moment, &#224; chaque rencontre avec un soignant, que vous soyez respect&#233;(e). L'id&#233;e selon laquelle on peut &#234;tre bien soign&#233; par quelqu'un qui nous maltraite est fausse. Si un professionnel n'a pas d'&#233;gards pour votre pudeur, il n'en aura pas pour votre libre choix le jour o&#249; vous devrez prendre une d&#233;cision de traitement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si je refuse de me mettre nue, vais-je &#234;tre tax&#233;e de &#034;pudibonderie&#034;, de &#034;faire des chichis&#034; ou autres remarques d&#233;sobligeantes qui feraient que je pourrais me sentir contrainte d'acc&#233;der &#224; sa demande ? Au vu de t&#233;moignages sur Internet, m&#234;me s'il ne faut pas croire tout ce qu'on peut y trouver, j'ai l'impression que la gyn&#233;co ne laisse pas vraiment le choix. Ou peut-&#234;tre est-ce que la femme n'ose pas s'opposer et &#034;ob&#233;it&#034; malgr&#233; elle &#224; une telle &#034;injonction&#034; ? Croyez-moi, ce n'est pas facile de s'opposer &#224; un m&#233;decin, pour une femme en tout cas, il faut prendre son courage &#224; deux mains...&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines personnes vont m&#234;me jusqu'&#224; dire que refuser la nudit&#233; int&#233;grale serait m&#234;me &#034;insulter&#034; le m&#233;decin dans la mesure o&#249; ce serait lui faire penser que ses intentions sont &#034;autres&#034; ! Qu'en pensez-vous personnellement, en tant que m&#233;decin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous l'avez &#233;crit, la nudit&#233; int&#233;grale est &#034;humiliante et inutile&#034;. Que penser d'un m&#233;decin qui vous la demande ? Fait-il partie des m&#233;decins &#034;maltraitants&#034;, m&#234;me &#034;involontairement&#034; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, oui. Tr&#232;s clairement. Et sans &#233;quivoque. Imposer la nudit&#233; int&#233;grale est une maltraitance dans tous les cas et, dans le cas d'une personne particuli&#232;rement vuln&#233;rable (une mineure, mais pas seulement), c'est une violence ; c'est donc (toujours) une faute professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup trop de m&#233;decins fran&#231;ais sont encore incapables d'entendre cette v&#233;rit&#233;, pourtant bien comprise dans de nombreux pays : en Scandinavie et dans les pays anglo-saxons, en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une professionnelle de sant&#233; qui continue &#224; maltraiter alors m&#234;me que la personne soign&#233;e le lui dit n'est pas juste maladroite, elle est volontairement maltraitante : la premi&#232;re r&#232;gle du soin est &#034;D'abord, ne pas nuire&#034;. Or, la seule personne qui peut dire si on nuit &#224; la personne soign&#233;e, c'est elle-m&#234;me. Elle est peut &#234;tre hypersensible, mais &#231;a ne disqualifie pas ce qu'elle ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il appartient aux professionnelles de sant&#233; d'&#234;tre guid&#233;es par ce que ressent la personne soign&#233;e, non l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les mauvais prescripteurs et les m&#233;decins qui &#171; exp&#233;rimentent &#187; </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Les-mauvais-prescripteurs-et-les-medecins-qui-experimentent</link>
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		<dc:date>2011-11-09T21:02:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>Relations m&#233;decins-patients</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; des &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents Un m&#233;decin est une personne comme une autre mais certains m&#233;decins ont syst&#233;matiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non) &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les m&#233;decins ne sont pas maltraitants, loin de l&#224;. Mais ces m&#233;decins l&#224; trahissent l'id&#233;al qu'ils sont cens&#233;s incarner, ils font du mal non seulement aux patients, mais aux soignants authentiques, nombreux mais silencieux, qui font leur travail de leur mieux. Ils compromettent la bonne d&#233;livrance des soins par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Les-medecins-les-patients-et-tout-ce-qui-s-ensuit" rel="directory"&gt;Les m&#233;decins, les patients, et tout ce qui s'ensuit... &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Relations-medecins-patients" rel="tag"&gt;Relations m&#233;decins-patients&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/A-la-Une" rel="tag"&gt;A la Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; des &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents&lt;br class='autobr' /&gt;
Un m&#233;decin est une personne comme une autre mais certains m&#233;decins ont syst&#233;matiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les m&#233;decins ne sont pas maltraitants, loin de l&#224;. Mais ces m&#233;decins l&#224; trahissent l'id&#233;al qu'ils sont cens&#233;s incarner, ils font du mal non seulement aux patients, mais aux soignants authentiques, nombreux mais silencieux, qui font leur travail de leur mieux. Ils compromettent la bonne d&#233;livrance des soins par les professionnels respectables et d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc important de les identifier, afin que les patients sachent que leur comportement n'a rien de &#034;naturel&#034;, ni m&#234;me de &#034;normal&#034; dans le cadre professionnel. Dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s (et dans beaucoup de pays en d&#233;veloppement) les m&#233;decins sont assujettis &#224; des codes de conduite : lois et r&#233;glementations, codes de d&#233;ontologie, rep&#232;res &#233;thiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins maltraitants ne respectent pas tout ou partie de ces codes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors des situations de stress, le fait qu'un m&#233;decin se comporte de mani&#232;re d&#233;sagr&#233;able, brutale, autoritaire, intrusive ou insultante n'est pas acceptable. Les gestes et attitudes maltraitants pratiqu&#233;s syst&#233;matiquement ne doivent pas &#234;tre tol&#233;r&#233;s. Un m&#234;me m&#233;decin peut cumuler plusieurs types d'attitude maltraitante. Si vous connaissez d'autres arch&#233;types de m&#233;decins maltraitants, vos t&#233;moignages sont les bienvenus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Les-medecins-maltraitants-Comment-les-reconnaitre-Que-faire-quand-on-les-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La maltraitance est un abus de pouvoir&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecin-phobique-et-medecin-en-burn-out' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decin phobique, m&#233;decin en &lt;i&gt;burn-out&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecin-distant-medecin-egocentrique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decin distant, m&#233;decin &#233;gocentrique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecin-terroriste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decin terroriste&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 5. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecin-etouffant-medecin-meprisant' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decin m&#233;prisant, m&#233;decin &#233;touffant&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 6. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecin-pervers-medecin-manipulateur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decin manipulateur, m&#233;decin pervers&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 7. &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Medecins-et-manipulations-morales-suite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;decins et manipulations morales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;A quoi reconna&#238;t-on un m&#233;decin ? Au fait qu'il est habilit&#233; &#224; prescrire un traitement. Ce traitement peut &#234;tre simple (un comprim&#233;) ou complexe (une chimioth&#233;rapie anticanc&#233;reuse). C'est dans le domaine de la prescription que les m&#233;decins maltraitants sont potentiellement les plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore (et il vaut mieux le r&#233;p&#233;ter pour qu'il n'y ait pas d'ambigu&#239;t&#233;), tous les m&#233;decins (ni m&#234;me leur majorit&#233;) ne sont pas maltraitants. Beaucoup de praticiens font leur travail avec d&#233;vouement et souci des autres. Mais certains, trop nombreux, le font au contraire, tr&#232;s mal - et ils font du mal. Il s'agit, tout simplement, d'apprendre &#224; distinguer les uns des autres, sans se voiler la face. Et comment le faire sinon en d&#233;crivant les pratiques inacceptables ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LES MAUVAIS PRESCRIPTEURS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des m&#233;decins qui prescrivent de mani&#232;re inconsid&#233;r&#233;e, inad&#233;quate et potentiellement dangereuse. Ils sont malheureusement nombreux, et ce pour une raison tr&#232;s simple : la pharmacologie (le comportement des mol&#233;cules dans l'organisme humain) et la th&#233;rapeutique sont les mati&#232;res les plus mal enseign&#233;es en facult&#233; de m&#233;decine. Ce n'est pas la faute des pharmacologues qui sont, le plus souvent, des gens tr&#232;s s&#233;rieux. C'est surtout le fait des enseignants sp&#233;cialistes, dont la rigueur pharmacologique laisse souvent &#224; d&#233;sirer, et qui transmettent &#224; leurs &#233;tudiants leurs mauvaises habitudes plut&#244;t que des comportements rationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pharmacologie est une science difficile, qui demande une grande rigueur intellectuelle, qui fait l'objet d'un enseignement assez t&#244;t pendant les &#233;tudes de m&#233;decine - &#224; un moment o&#249; les &#233;tudiants n'en voient pas encore l'int&#233;r&#234;t - et qui devrait faire l'objet de rappels r&#233;guliers &#224; mesure que les cours abordent des maladies pr&#233;cises et des situations particuli&#232;res. Il n'en va pas ainsi partout, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Grande-Bretagne, le &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://bnf.org/bnf/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;British Medical Formulary&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; qui sert de r&#233;f&#233;rence sur le m&#233;dicament est produit par une commission qui regroupe les agences de sant&#233; britanniques, les r&#233;dacteurs du &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bmj.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;British Medical Journal&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (la revue m&#233;dicale la plus respect&#233;e au monde), des experts ind&#233;pendants - mais aucun membre de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule revue fran&#231;aise ind&#233;pendante consacr&#233;e au m&#233;dicament, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.prescrire.org/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La revue Prescrire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, qui existe depuis 1980, devrait, en toute bonne logique, &#234;tre financ&#233;e par le Minist&#232;re de la Sant&#233; et envoy&#233;e &#224; tous les m&#233;decins de France. Il n'en est rien. De fait, l'immense majorit&#233; des publications m&#233;dicales fran&#231;aises sont financ&#233;es par l'industrie, ce qui compromet leur ind&#233;pendance. Et l'ouvrage de pharmacologie &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187; des m&#233;decins fran&#231;ais est le &lt;i&gt;dictionnaire Vidal&lt;/i&gt;, publi&#233; (et distribu&#233; gratuitement) par les industriels du m&#233;dicament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour couronner le tout, les m&#233;decins fran&#231;ais ont &#233;t&#233; longtemps imperm&#233;ables au savoir produit en dehors de l'Hexagone. Ils ont en revanche toujours &#233;t&#233; tr&#232;s influenc&#233;s par le discours mandarinal, et du fait de la structure pyramidale de l'enseignement m&#233;dical, ce n'est pas pr&#232;s de s'arranger. C'est ainsi qu'on continue &#224; refuser des DIU &#224; des femmes sans enfants (alors que cette &#171; r&#232;gle &#187; n'existe nulle part ailleurs dans le monde) et que la France est le seul pays o&#249; l'on interdit aux utilisatrices de DIU de prendre des anti-inflammatoires... pour des motifs qui ont &#233;t&#233; invent&#233;s (et jamais prouv&#233;s) par des mandarins fran&#231;ais. Et s'il n'y avait que &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de (non, non, pas tous, mais beaucoup...) m&#233;decins fran&#231;ais sont de mauvais prescripteurs pour une seconde raison : ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Il faut dire qu'on ne leur apprend pas &#224; regarder plus loin. Leur myopie est g&#233;n&#233;rale et elle semble, pour certains praticiens, inaccessible &#224; la discussion. Car elle est le plus souvent fond&#233;e non sur des apprentissages rationnels, mais sur des dogmes. J'ai cit&#233; les exemples du &#171; pas de DIU aux femmes sans enfants &#187; et du &#171; pas d'anti-inflammatoires aux femmes portant un DIU &#187; ; dans le seul domaine de la gyn&#233;cologie et de la contraception, il y en a des douzaines d'autres, comme en t&#233;moignent nombre des &#171; questions r&#233;ponses &#187; lisibles ailleurs sur ce m&#234;me site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement le plus grave r&#233;side dans le fait que, pour beaucoup de m&#233;decins fran&#231;ais, les patients n'existent pas hors du moment o&#249; ils les ont devant eux. Je n'en veux pour preuve que l'anecdote suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977, j'&#233;tais &#233;tudiant hospitalier en psychiatrie. Je m'occupais d'une patiente hospitalis&#233;e pour un syndrome d&#233;pressif &#224; la suite d'une suite de mauvaises nouvelles : on lui avait trouv&#233; une tuberculose, on l'avait trait&#233;e par un m&#233;dicament sp&#233;cifique et comme on avait omis de lui demander si elle avait une contraception, on avait d&#233;couvert qu'elle &#233;tait enceinte apr&#232;s plusieurs semaines de traitement. Or, l'antituberculeux &#233;tait t&#233;ratog&#232;ne (il provoquait des malformations). Elle avait donc d&#251; subir une IVG. Quand elle sortit du service de psychiatrie, elle retourna voir le sp&#233;cialiste de la tuberculose qui l'avait vue la premi&#232;re fois. Il lui prescrivit un autre m&#233;dicament antituberculeux. Il ne lui demanda pas plus la seconde fois si elle prenait une contraception. Elle prenait la pilule. Il ne lui dit pas que l'antituberculeux qu'il lui prescrivait, la rifampicine, inhibe les effets de la pilule. Elle se retrouva enceinte une deuxi&#232;me fois, par la faute de l'incurie des m&#233;decins. Cette incurie, et cette ignorance, &#224; l'&#233;poque, me paraissaient insupportable. Pourquoi ? Parce que, bien que n'&#233;tant qu'&#233;tudiant en m&#233;decine, je connaissais l'interaction entre la rifampicine et les pilules contraceptives : elle nous &#233;tait donn&#233;e en exemple par les pharmacologues. Aucun m&#233;decin n'aurait d&#251; l'ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez me dire : &#171; Bon, &#231;a se passait en 1977. &#187; Oui. Malheureusement, ce genre de malfaisance se poursuit. Tout au long de ma pratique au centre de planification du Mans, j'ai eu &#224; croiser &#224; de nombreuses reprises des patientes jeunes trait&#233;es pour &#233;pilepsie. Les m&#233;dicaments anti-&#233;pileptiques sont eux aussi, NOTOIREMENT, incompatibles avec les contraceptions hormonales, sauf le DIU hormonal Mirena. Je ne compte pas les m&#233;decins (gyn&#233;cologues, g&#233;n&#233;ralistes, neurologues) qui ont renouvel&#233; sans sourciller la prescription de pilule sans tenir compte du traitement anti-&#233;pileptique, ou l'inverse... et les femmes qui sont arriv&#233;s, enceintes, au centre d'IVG. (Je ne compte pas non plus le nombre de gyn&#233;cologues qui ont refus&#233; des DIU, hormonaux ou au cuivre, &#224; ces m&#234;mes femmes, qui prenaient un traitement anti-&#233;pileptique de longue dur&#233;e, en leur disant de se d&#233;brouiller avec des pr&#233;servatifs...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui m&#234;me, 23 octobre 2011, 34 ans apr&#232;s la malheureuse aventure de la patiente tuberculeuse, je re&#231;ois le message suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai 39 ans. Je prends la pilule depuis plusieurs ann&#233;es. A la suite d'une infection, on m'a prescrit de la rifampicine. J'ai des saignements gyn&#233;cologiques inhabituels. S'agit-il d'un probl&#232;me gyn&#233;cologique ? Dois-je m'inqui&#233;ter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai r&#233;pondu imm&#233;diatement d'aller demander une autre contraception et d'utiliser des pr&#233;servatifs d'ici &#224; ce qu'on lui pose un DIU, car elle n'est plus prot&#233;g&#233;e. Qu'un m&#233;decin fran&#231;ais, aujourd'hui encore, prescrive un m&#233;dicament notoirement connu pour son incompatibilit&#233; sans demander &#224; la patiente si elle prend la pilule (&#231;a fait pourtant partie des choses qu'on demande, PUISQUE LES INTERACTIONS SONT POSSIBLES !!!!), &#231;a montre bien &#224; quel point les choses ne changent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de maltraitance larv&#233;e, difficile &#224; identifier par les patients eux-m&#234;mes, est encore fr&#233;quent, et il est entretenu par la mauvaise qualit&#233; de la formation en pharmacologie dans les facult&#233;s de m&#233;decine fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais aussi parler de la surconsommation des hypnotiques et des autres psychotropes, m&#233;dicaments addictifs que les m&#233;decins fran&#231;ais prescrivent, cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;, beaucoup plus que les autres m&#233;decins europ&#233;ens ; je pourrais parler des antibiotiques, utilis&#233;s en d&#233;pit du bon sens ; je pourrais parler de beaucoup de cat&#233;gories de m&#233;dicaments...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES MEDECINS QUI &#171; EXPERIMENTENT &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les m&#233;decins sortent de facult&#233;, leur impr&#233;paration aux bonnes pratiques de prescription les rend encore plus vuln&#233;rables aux pressions de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Essayez-le, vous verrez ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;decin re&#231;oit un visiteur m&#233;dical qui lui vante un nouveau produit dont il ignorait l'existence. Il lui dit : &#171; Essayez-le, vous verrez &#187;. Le m&#233;decin le prescrit &#224; la premi&#232;re occasion - autrement dit : au premier patient qui entre dans les cat&#233;gories d&#233;finies par la notice du m&#233;dicament (et dans les recommandations &#171; hors r&#233;glementation &#187; qu'a sussur&#233;es le visiteur m&#233;dical). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette attitude n'est pas une attitude acceptable. Pourquoi ? D'abord parce qu'elle bafoue l'ind&#233;pendance intellectuelle et professionnelle que les m&#233;decins fran&#231;ais revendiquent haut et fort. En effet, prescrire sur la suggestion d'un agent commercial, &#231;a n'a rien de m&#233;dicalement l&#233;gitime. Et &#231;a n'a rien d'&#233;thique : le m&#233;decin est cens&#233; servir les int&#233;r&#234;ts du patient, pas ceux d'un fabricant et il a toutes les bonnes raisons scientifiques de ne pas croire le repr&#233;sentant du fabricant sur parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en effet savoir qu'un &#171; nouveau &#187; m&#233;dicament, en France, est rarement nouveau. Dans leur immense majorit&#233;, les m&#233;dicaments &#171; nouveaux &#187; sont ce qu'on appelle des &#171; me-too &#187; (moi aussi), des variantes de m&#233;dicaments existants - lesquelles sont bien moins co&#251;teuses &#224; fabriquer que des m&#233;dicaments vraiment novateurs. D'autre part, quand bien m&#234;me ce &#171; me-too &#187; aurait-il un int&#233;r&#234;t par rapport aux m&#233;dicaments existants, il n'est pas raisonnable de la part du m&#233;decin de base (g&#233;n&#233;raliste ou sp&#233;cialiste de ville) de le prescrire juste parce que le repr&#233;sentant du fabricant l'a conseill&#233; ! La prescription d'un m&#233;dicament, &#231;a ob&#233;it &#224; des r&#232;gles, &#224; des directives, &#224; des guides de bonne pratique, et non &#224; l'incitation du fabricant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin qui prescrit des m&#233;dicaments &#171; sous influence &#187;, &#171; pour voir &#187; (et bien s&#251;r, en pensant que &#231;a &#171; sera mieux &#187; pour ses patients) n'est pas seulement manipul&#233;, il fait de l'exp&#233;rimentation sauvage. Pourquoi ? Parce que c'est pr&#233;cis&#233;ment en multipliant les prescriptions &#171; pour voir &#187; qu'on provoque des effets secondaires ind&#233;sirables. Les exemples de catastrophes (si je cite le Distilb&#232;ne, le Vioxx, le M&#233;diator je n'aurai pas &#233;num&#233;r&#233; le dixi&#232;me de celles-ci) provoqu&#233;es par un m&#233;dicament &#171; &#224; la mode &#187; - car il s'agit bien de &#231;a - sont suffisamment nombreux pour que la prudence soit toujours de mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi le m&#233;decin qui prescrit &#171; le dernier m&#233;dicament en date &#187; est-il &#171; maltraitant &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois raisons au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; il ne prescrit pas de mani&#232;re professionnelle, ni en toute ind&#233;pendance puisque ce qui l'incite &#224; prescrire le m&#233;dicament en question, c'est le fabricant et non l'&#233;tat des connaissances (qu'il lui faudrait avoir r&#233;vis&#233;e ind&#233;pendamment de la visite du repr&#233;sentant pharmaceutique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; il omet de pr&#233;venir le patient qu'il n'a aucune exp&#233;rience du m&#233;dicament qu'il lui prescrit ; ce faisant, il enfreint ses obligations d&#233;ontologiques (le patient a droit &#224; une information compl&#232;te et &#224; un traitement de qualit&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - corollaire de ce qui pr&#233;c&#232;de - il fait courir au patient un risque impossible &#224; anticiper ou &#224; mesurer, en lui prescrivant un m&#233;dicament encore mal connu, au lieu de choisir un traitement plus ancien, dont les effets secondaires sont connus et pr&#233;visibles (et qu'il peut annoncer au patient)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; pseudo-essais scientifiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; certains sp&#233;cialistes se voyaient confier par un laboratoire un &#171; essai de phase IV &#187; - autrement dit : la prescription d'un m&#233;dicament nouveau, tout juste mis sur le march&#233;, &#224; des patients recrut&#233;s sp&#233;cialement pour l'occasion, afin d'en &#233;tudier les effets secondaires. Les m&#233;decins recevaient une r&#233;mun&#233;ration pour chaque dossier de patient compl&#233;t&#233; (ils suivaient la prescription pendant quelques semaines ou quelques mois). Cela, bien s&#251;r, incitait les m&#233;decins &#224; prescrire ce nouveau produit. Ce qui n'&#233;tait pas dit c'est que pour tout m&#233;decin, il est tr&#232;s difficile de changer ses habitudes. Une fois que le praticien a pris celle de prescrire un m&#233;dicament, s'il n'en a pas de retours n&#233;gatifs de la part des patients, et s'il est convaincu de son int&#233;r&#234;t, il continue &#224; le prescrire - et il a tendance &#224; &#233;tendre sa prescription &#224; des patients qui n'&#233;taient pas originellement inclus dans l' &#171; essai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il est difficile de changer le traitement d'un patient qui tol&#232;re bien celui qu'il prend depuis longtemps. Il est plus facile de prescrire un nouveau m&#233;dicament en guise de premier traitement. L'apparition d'un m&#233;dicament nouveau a donc pour cons&#233;quence que les m&#233;decins vont chercher de nouveaux patients &#224; qui les prescrire. C'est particuli&#232;rement vrai pour les m&#233;dicaments cens&#233;s avoir un effet &#171; pr&#233;ventif &#187;. Citons en particulier les anti-hypertenseurs (contre l'hypertension art&#233;rielle), les statines et autres hypocholest&#233;rol&#233;miants (pour faire baisser le cholest&#233;rol), les m&#233;dicaments destin&#233;s &#224; pr&#233;venir l'ost&#233;oporose chez les femmes m&#233;nopaus&#233;es, les anti-inflammatoires (contre les rhumatismes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les antihypertenseurs ont d&#233;montr&#233; leur utilit&#233;, il n'en va pas de m&#234;me pour les autres cat&#233;gories de m&#233;dicaments cit&#233;es plus haut. Dans le cas du cholest&#233;rol, l'effet &#171; pr&#233;ventif &#187; des produits aujourd'hui prescrits &#224; des millions de patients est hautement douteux. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend donc que sous pr&#233;texte de &#171; faire tester &#187; un m&#233;dicament par un m&#233;decin sur ses patients, l'industriel n'a pas d'autre objectif que celui d'&#233;tendre son march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, &#224; premi&#232;re vue, il ne s'agit pas d'une maltraitance volontaire de la part du m&#233;decin. Mais dans la mesure o&#249; celui-ci sert de relais &#224; un tiers en prescrivant un m&#233;dicament d'int&#233;r&#234;t douteux &#224; ses patients, il s'agit bien d'un abus de pouvoir et de confiance. Dans ce type de situation, le m&#233;decin est, ni plus ni moins, assimilable &#224; un &#171; dealer &#187;. Le fait qu'il ne s'en rende pas compte n'en est que plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les exp&#233;rimentations sauvages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe, dans les pays d&#233;velopp&#233;s comme la France, les exp&#233;rimentations de m&#233;dicaments sur l'&#234;tre humain sont strictement r&#233;glement&#233;es. On ne peut faire entrer un patient dans ce qu'on appelle un &#171; essai clinique &#187; qu'apr&#232;s avoir pris de tr&#232;s nombreuses pr&#233;cautions. Il faut en principe faire agr&#233;er le protocole exp&#233;rimental par une commission sp&#233;ciale. Il faut aussi avoir d&#233;crit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment aux patients les conditions de l'exp&#233;rimentation - et, en particulier, s'il s'agit d'un essai &#171; randomis&#233; en double aveugle &#187; - ce qui signifie que le patient peut &#234;tre affect&#233;, par tirage au sort, &#224; un groupe qui ne re&#231;oit pas le m&#233;dicament test&#233;, mais un placebo, ou un m&#233;dicament de r&#233;f&#233;rence auquel on le compare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : quand on soumet un patient &#224; un traitement exp&#233;rimental, il faut non seulement qu'il le sache, mais qu'il ait consenti librement (apr&#232;s avoir &#233;t&#233; compl&#232;tement inform&#233;) &#224; cette exp&#233;rimentation. Et son consentement reste total : il peut d&#233;cider de quitter l'exp&#233;rimentation &#224; tout moment - autrement dit : cesser de prendre le m&#233;dicament qu'on lui administre dans ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, il n'est pas rare en France que des patients fassent l'objet d'une exp&#233;rimentation sans en avoir &#233;t&#233; avertis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; une femme de soixante-dix ans souffre d'une maladie s&#233;rieuse, annonciatrice d'une leuc&#233;mie. Un canc&#233;rologue, appel&#233; &#224; son chevet, demande &#224; parler au fils de cette femme, lui-m&#234;me m&#233;decin. Il lui explique qu'il y a deux options : dans un premier centre, r&#233;put&#233; mais peu interventionniste, on va traiter la patiente de mani&#232;re non agressive, en la laissant le plus tranquille possible ; dans un second centre (auquel le canc&#233;rologue est associ&#233;) on la soumettra &lt;br class='autobr' /&gt;
(les mots soulign&#233;s sont ceux qu'il a utilis&#233;s) &#224; un protocole agressif, encore exp&#233;rimental, mais tr&#232;s prometteur. &#171; Seulement, ajoute-t-il, &#224; son &#226;ge, &#231;a passe ou &#231;a casse. &#187; Le fils m&#233;decin r&#233;pond : &#171; Eh bien allons lui demander son avis. &#187; Le canc&#233;rologue r&#233;plique : &#171; Non, si je lui demande, elle va me dire de la laisser tranquille. &#187; Autrement dit : &#171; Vous, qui &#234;tes son fils, allez la convaincre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le fils ait &#233;t&#233; m&#233;decin ne change pas grand-chose &#224; l'histoire, sinon que le sp&#233;cialiste pensait que ce fils-l&#224; se rangerait &#224; son avis. Par confraternit&#233;, sans doute. Mais il s'agissait, ni plus ni moins, de convaincre une patiente d'un &#226;ge d&#233;j&#224; respectable de se soumettre (litt&#233;ralement) &#224; un protocole exp&#233;rimental sans aucune garantie d'am&#233;liorer son &#233;tat, et avec un risque &#233;lev&#233; de mortalit&#233;. Autrement dit : de devenir un cobaye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier exemple remonte &#224; une quinzaine d'ann&#233;es, mais des incidents survenus il y a deux ou trois ans me donnent &#224; penser que le canc&#233;rologue en question s&#233;vit toujours. Manifestement, personne n'est all&#233; lui dire explicitement que son attitude n'est pas conforme &#224; l'&#233;thique et ni favorable au bien-&#234;tre des patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es souffre de troubles du comportement importants qui s'accompagnent d'une parano&#239;a intense. Il souffre &#233;videmment beaucoup. Son m&#233;decin lui propose de le faire hospitaliser pour qu'il se &#171; repose &#187;. Lorsqu'il arrive dans la clinique, on lui installe (sans l'avoir pr&#233;venu) en perfusion un m&#233;dicament dans une poche num&#233;rot&#233;e, ne portant aucun nom. Il demande de quoi il s'agit. On lui explique qu'il vient d'&#234;tre inclus dans l'essai d'un traitement des troubles dont il souffre, mais qu'on ne sait pas s'il est dans le groupe qui re&#231;oit le traitement actif, ou dans celui qui re&#231;oit le placebo. Le tout sans l'avoir consult&#233;, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce second incident se d&#233;roulait il y a six ou sept ans (milieu des ann&#233;es 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais pouvoir &#234;tre s&#251;r que ce genre d'exp&#233;rimentation n'a plus jamais lieu, nulle part en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; vrai dire, j'aimerais que les lecteurs ou lectrices de cet article qui ont &#233;t&#233; les t&#233;moins ou les participants d'exp&#233;rimentations m&#233;dicales volontairement et dans le cadre de la loi ou, au contraire, hors de tout respect de leur personne, &#224; m'&#233;crire pour m'en faire part. A la fin de ce cycle d'article, je publierai toutes les contributions qui m'auront &#233;t&#233; envoy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;decins qui nient les effets secondaires des m&#233;dicaments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUT m&#233;dicament est susceptible d'avoir des effets ind&#233;sirable. S'il n'en a pas, c'est qu'il n'est pas pharmacologiquement actif. Mais qu'est-ce qui n'est pas pharmacologiquement actif ? L'eau, si on en boit trop, le sucre, le sel on des effets sur l'organisme. Donc TOUTE SUBSTANCE INGEREE en a, potentiellement. C'est une question de quantit&#233;, mais aussi de susceptibilit&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples concernant la contraception (mais qui peuvent se retrouver dans toutes les classes de m&#233;dicaments)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la perte de la libido sous contraception hormonale (pilules, implant, DIU hormonal, patch ou anneau vaginal) ; cette baisse de libido est d&#233;crite par un certain nombre de femmes ; elle ne touche pas toutes les femmes qui prennent une contraception, mais elle est logique, car elle s'observe aussi chez certaines femmes enceintes. Or, la contraception reproduit l'&#233;tat hormonal d'une grossesse... Lorsqu'une femme dit &#171; Je n'ai plus de libido depuis que je prends cette pilule (ou que je porte un implant ou un DIU hormonal) &#187;, lui r&#233;pondre &#171; C'est dans la t&#234;te &#187; est inacceptable. Cette baisse de la libido n'est pas un effet psychosomatique (pas plus que pendant la grossesse ou pendant une maladie, par exemple) et m&#234;me si la baisse de libido &#233;tait &#171; psychologique &#187;, elle devrait inciter les m&#233;decins &#224; changer la contraception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un effet plus grave, rare, mais r&#233;el sous m&#233;dicament contenant une mol&#233;cule ayant des effets hormonaux marqu&#233;s, par exemple la drospir&#233;none, un anti-androg&#232;ne &#233;galement diur&#233;tique, qui constitue l'un des composants de pilules type Jasmine ou Jasminelle (ou Yasmin). Elle peut, chez certaines utilisatrices, entra&#238;ner un amaigrissement, une fatigue li&#233;e &#224; une perte de potassium et des troubles hormonaux (hyperaldost&#233;ronisme). Ces effets sont rares, mais d&#233;crits, et doivent absolument &#234;tre pris au s&#233;rieux chez les femmes qui pr&#233;sentent des troubles pendant la prise de Jasmine/Yasmin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas o&#249; un patient incrimine un traitement comme &#233;tant responsable de sympt&#244;mes nouveaux ou g&#234;nants, un m&#233;decin doit envisager les choses au moins de la mani&#232;re suivante : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quand les sympt&#244;mes ont-ils commenc&#233; par rapport au d&#233;but de prise du m&#233;dicament (plus les deux &#233;v&#233;nements sont proches, plus la responsabilit&#233; est probable, mais il arrive que des sympt&#244;mes n'apparaissent qu'apr&#232;s plusieurs semaines ou mois de traitement) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; est-ce que les effets connus de la mol&#233;cule sont compatibles avec les sympt&#244;mes &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; y a-t-il une autre raison pouvant expliquer les sympt&#244;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le traitement n'est pas indispensable (s'il peut &#234;tre remplac&#233; ou arr&#234;t&#233; temporairement) et s'il existe un doute, il est toujours l&#233;gitime de l'interrompre pour voir si les sympt&#244;mes disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre attitude - celle qui consiste, en particulier, &#224; r&#233;futer la responsabilit&#233; du m&#233;dicament sans avoir examin&#233; tr&#232;s soigneusement son profil pharmacologique - est professionnellement ind&#233;fendable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en concluera assez simplement, encore une fois, que le meilleur moyen d'&#234;tre un m&#233;decin maltraitant, c'est de ne pas &#233;couter ce que les patients ont &#224; dire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)&lt;br class='autobr' /&gt;
(martinwinckler/at/gmail.com)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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