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	<title>Winckler's Webzine</title>
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	<description>Site personnel de l'&#233;crivain et m&#233;decin Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)</description>
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		<title> &#034;Soupe Froide&#034; </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Soupe-Froide</link>
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		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



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&lt;p&gt;Voici la pr&#233;face que j'ai &#233;crite pour un album de B.D. paru en Octobre chez Casterman. L'auteur, Charles Masson, est m&#233;decin. Il &#233;crit et dessine, et Soupe Froide est son premier album publi&#233;. Et quel album ! Il a re&#231;u le prix France Info 2004 ! &lt;br class='autobr' /&gt; -------- &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme sur le pont &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait l'hiver, il faisait nuit, il y avait de la neige partout, je rentrais en voiture apr&#232;s une longue journ&#233;e de visites et de consultations. La rivi&#232;re &#233;tait gel&#233;e. &#192; l'autre bout du pont, un homme marchait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Comics-B-D-et-Animation" rel="directory"&gt;Comics, B.D. et Animation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L104xH150/arton32-a7fd4.jpg?1763125272' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voici la pr&#233;face que j'ai &#233;crite pour un album de B.D. paru en Octobre chez Casterman. L'auteur, Charles Masson, est m&#233;decin. Il &#233;crit et dessine, et &lt;strong&gt;Soupe Froide&lt;/strong&gt; est son premier album publi&#233;. Et quel album !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Il a re&#231;u le prix France Info 2004 !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'homme sur le pont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver, il faisait nuit, il y avait de la neige partout, je rentrais en voiture apr&#232;s une longue journ&#233;e de visites et de consultations. La rivi&#232;re &#233;tait gel&#233;e. &#192; l'autre bout du pont, un homme marchait dans ma direction. Il titubait. Il &#233;tait en chemise, portait un m&#233;chant sac, m&#226;chouillait une clope. Je ne l'avais jamais vu mais je savais qu'il sortait du seul bistrot ouvert &#224; cette heure-l&#224;. Je l'ai crois&#233; puis, dans mon r&#233;troviseur, je l'ai vu s'engager sur le pont. J'ai pens&#233; : le parapet est trop bas. Et lui, il ne tient pas debout. S'il tr&#233;buche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait demi-tour, j'ai ouvert ma porti&#232;re, j'ai propos&#233; de le reconduire chez lui. Il est mont&#233;, il ne disait rien, il &#233;tait trop saoul. Il m'a guid&#233; de la main. Il m'a fallu vingt-cinq minutes au milieu des chemins enneig&#233;s pour trouver son logis, une cahute au milieu de nulle part. Un filet de fum&#233;e sortait d'un tuyau de po&#234;le. Il est entr&#233;, je suis reparti. Je ne lui ai pas demand&#233; son nom. Je ne lui ai pas donn&#233; le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai jamais revu. Je me suis longtemps demand&#233; ce qu'il &#233;tait devenu. Comment on pouvait vivre ainsi, seul, dans une bo&#238;te &#224; peine plus grande qu'un abri de jardin. Longtemps, je me suis imagin&#233; racontant la vie de cet homme, mais toutes mes tentatives &#233;chouaient. Je ne parvenais pas &#224; me glisser dans sa peau tann&#233;e par la crasse, &#224; donner une voix &#224; sa bouche silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tant de gens comme lui, que nous ne connaissons pas, que nous croisons sans les voir, sans vouloir les regarder, sans vouloir les entendre. Ils ont un corps, pourtant, fait pour manger et boire. Ils ont une voix. Ils ont une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai tenu pour la premi&#232;re fois les planches de cet album, j'ai tout de suite pens&#233; &#224; l'homme crois&#233; sur le pont, un soir de neige. &lt;i&gt;Soupe froide&lt;/i&gt; est l'histoire d'un homme comme celui-l&#224;. Le m&#234;me homme, plus tard dans sa vie de gal&#232;re. Ou bien un autre, mais qui lui ressemble comme un fr&#232;re. L'histoire d'un de nos fr&#232;res humains, de ceux que - sans le faire expr&#232;s... - nous traitons comme des chiens. Des hommes comme ceux-l&#224;, Charles Masson en rencontre souvent, car il est m&#233;decin. Vous allez me dire : des m&#233;decins qui racontent des histoires, il y en a beaucoup. On pourrait ajouter que trop de m&#233;decins nous racontent des histoires et que parfois, on aimerait bien qu'ils disent la v&#233;rit&#233;. Mais des m&#233;decins qui dessinent, qui racontent leurs histoires en images, je n'en connais pas beaucoup. Et avec ce talent, encore moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une histoire fausse : Charles Masson l'a invent&#233;e. C'est une histoire vraie : il l'a p&#233;trie de ce qu'il sait, de ce qu'il a vu. C'est en puisant dans la r&#233;alit&#233; qu'on construit les meilleures fictions. Et cette histoire, toute simple, d'un homme qui s'enfuit un endroit o&#249; il se sent maltrait&#233; pour en rejoindre un autre, il la raconte d'une mani&#232;re saisissante : en nous mettant dedans. Ce clochard qui s'en va parce qu'on lui a servi une soupe froide, pendant que nous lisons son histoire, nous raconte la n&#244;tre. L'histoire de nos errances, de nos col&#232;res, de nos amours, de nos &#233;checs, de nos regrets. De nos r&#233;voltes. De notre mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant cet album, j'ai pens&#233; &#224; Will Eisner, aux histoires simples et poignantes des habitants de son New York natal. Il y a dans ces pages la m&#234;me &#233;paisseur humaine, la m&#234;me obstination, le m&#234;me d&#233;sespoir, mais aussi la m&#234;me dignit&#233; que dans les livres du grand dessinateur. Vous avez du mal &#224; le croire ? Ouvrez les yeux et lisez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Lib&#233;rez Tex Avery ! </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Liberez-Tex-Avery</link>
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		<dc:date>2004-01-09T13:35:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les dessins anim&#233;s que le r&#233;alisateur Tex Avery produisit pour la Warner ont fait l'objet tout r&#233;cemment d'une &#233;dition en DVD. Cette &#233;dition a &#233;t&#233; censur&#233;e par Warner France. Lisez ci-dessous le d&#233;but de l'article publi&#233; sur le site petitiononline.com. &lt;br class='autobr' /&gt; Peu de personnes ont l'air au courant &#224; l'heure actuelle mais les coffrets DVD de Tex Avery sortis le 10 D&#233;cembre dernier ne proposent pas l'int&#233;gralit&#233; des cartoons du ma&#238;tre &#224; la M.G.M. !! Il manque tout d'abord 2 cartoons sur les 65 de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Comics-B-D-et-Animation" rel="directory"&gt;Comics, B.D. et Animation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Series-televisees" rel="tag"&gt;S&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les dessins anim&#233;s que le r&#233;alisateur Tex Avery produisit pour la Warner ont fait l'objet tout r&#233;cemment d'une &#233;dition en DVD. Cette &#233;dition a &#233;t&#233; censur&#233;e par Warner France. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lisez ci-dessous le d&#233;but de l'article publi&#233; sur le site petitiononline.com.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peu de personnes ont l'air au courant &#224; l'heure actuelle mais les coffrets DVD de Tex Avery sortis le 10 D&#233;cembre dernier ne proposent pas l'int&#233;gralit&#233; des cartoons du ma&#238;tre &#224; la M.G.M. !! Il manque tout d'abord 2 cartoons sur les 65 de la p&#233;riode : Half-Pint Pigmy et Uncle Tom's Cabana ne sont plus au programme des r&#233;jouissances parce que ces cartoons pr&#233;sentent des caricatures de noirs Africains comme personnages principaux !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non content de s'arr&#234;ter l&#224;, Warner Bros France nous &#034;gratifie&#034; en plus de coupes dans tous les autres cartoons aux gags offrant les m&#234;mes caract&#233;ristiques (exemple : une explosion rend un personnage tout noir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'est dout&#233; de l'entourloupe avant la sortie des coffrets &#233;tant donn&#233; que Warner Bros a sorti la carte Patrick Brion de sa manche (qui est LE sp&#233;cialiste mondial de Tex Avery, doit-on encore le rappeler) pour un documentaire bonus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, ce qu'on nous annonce comme des &#233;ditions collectors / limit&#233;es n'est que pure supercherie de la part de Warner France !! Tout le monde attendait une version int&#233;grale non censur&#233;e (comme nous avons tous vu et revu les cartoons d'Avery depuis plus de vingt ans &#224; la t&#233;l&#233;vision et en VHS) et voil&#224; que sous couvert d'une pseudo bonne morale on nous sert un produit coup&#233; de sc&#232;nes pouvant &#034;porter pr&#233;judice&#034; (noter bien les guillemets ici) aux noirs Africains !! Une telle infamie va d'ailleurs bien &#224; l'oppos&#233; de l'esprit averyen qui fait voler en &#233;clat les conventions et codes moraux !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.petitiononline.com/texavery/petition.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire la suite de l'article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;Maus&#034;, histoire de famille</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Maus-histoire-de-famille</link>
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		<dc:date>2003-11-09T17:14:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet article m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; par Didier Pasamonik, &#233;diteur et critique, en vue de l'ins&#233;rer dans son ouvrage critique collectif - La diaspora des bulles - consacr&#233; &#224; l'image des Juifs, mais aussi &#224; l'apport des &#233;crivains et artistes juifs &#224; la bande dessin&#233;e mondiale. Il devrait para&#238;tre fin 2004 aux &#233;ditions Gl&#233;nat. &lt;br class='autobr' /&gt; Fils de s&#233;pharades alg&#233;rois, je n'ai eu &#224; subir ni la r&#233;alit&#233; de la Shoah, ni son poids symbolique. Un de mes oncles maternels a &#233;t&#233; prisonnier, mais dans un camp militaire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Comics-B-D-et-Animation" rel="directory"&gt;Comics, B.D. et Animation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L104xH150/arton76-11b80.png?1763125272' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; par Didier Pasamonik, &#233;diteur et critique, en vue de l'ins&#233;rer dans son ouvrage critique collectif - &lt;a href=&#034;http://www.glenat.com/pageshtm/12vecu/124mag/41diaspora.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La diaspora des bulles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; - consacr&#233; &#224; l'image des Juifs, mais aussi &#224; l'apport des &#233;crivains et artistes juifs &#224; la bande dessin&#233;e mondiale. Il devrait para&#238;tre fin 2004 aux &#233;ditions Gl&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fils de s&#233;pharades alg&#233;rois, je n'ai eu &#224; subir ni la r&#233;alit&#233; de la Shoah, ni son poids symbolique. Un de mes oncles maternels a &#233;t&#233; prisonnier, mais dans un camp militaire, pas dans un camp de concentration. Et il en est revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, dont le p&#232;re avait &#233;t&#233; tu&#233; pendant la guerre de 14, est devenu m&#233;decin parce que sa m&#232;re pensait que &#231;a lui &#233;viterait la conscription. Elle avait tort. Il est parti pendant la dr&#244;le de guerre, a failli &#234;tre envoy&#233; quelque part au-dessus du cercle polaire, a &#233;t&#233; d&#233;mobilis&#233; avant, est rentr&#233; en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait fils de tu&#233;, l'abrogation des d&#233;crets Cr&#233;mieux (qui avaient autrefois donn&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise aux Juifs d'Alg&#233;rie) ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'exercer la m&#233;decine pendant les ann&#233;es d'Occupation. On m'a rapport&#233; qu'un jour, alors qu'il servait d'aide op&#233;ratoire, un chirurgien lui a demand&#233;, assez m&#233;chamment, comment il se faisait que lui, Juif, il puisse encore pratiquer. Mon p&#232;re a r&#233;pondu : &#034; Mon p&#232;re est mort au champ d'honneur en 1915. Quelle chance, hein ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma famille a &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;e de la Shoah par la mer M&#233;diterran&#233;e mais nous n'en sommes pas moins devenus, un temps, des Juifs errants. Mes parents, mon fr&#232;re, ma s ?ur et moi-m&#234;me avons quitt&#233; l'Alg&#233;rie fin 1961, transit&#233; moins d'un an en Isra&#235;l, puis sommes all&#233;s nous installer en France, o&#249; mes parents ont fini leur vie. L'ironie de l'histoire c'est que nous nous sommes install&#233;s &#224; Pithiviers, o&#249; entre 1942 et 1944, un camp de transit servit &#224; parquer des hommes, femmes et enfants juifs vou&#233;s &#224; l'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu longtemps avant que mes parents ne l'apprennent ; il en a fallu encore plus avant que cela ne devienne un fait historique reconnu, au d&#233;but des ann&#233;es 90, gr&#226;ce &#224; une poign&#233;e d'associations. Le silence de plomb, peut-&#234;tre coupable, qui r&#233;gnait sur la ville m'a permis, pendant mon enfance, de ne pas souffrir de l'antis&#233;mitisme. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; mon p&#232;re d'en souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'est pass&#233; encore une fois beaucoup de temps avant que je n'en prenne conscience. Comme tous les enfants, j'ai longtemps ignor&#233; beaucoup de choses sur mes parents mais je me suis toujours dout&#233; qu'ils avaient des choses &#224; raconter. Comme le fils de Vladek Spiegelman, j'ai tendu un micro &#224; mon p&#232;re. Il m'a racont&#233; beaucoup de choses, mais &#231;a ne m'a pas donn&#233; le fin mot de son (de ses) histoire(s). Pour les approcher d'un peu plus pr&#232;s, il a fallu que je me mette &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert la Shoah par les films (beaucoup), par les livres (un peu moins). Pratiquement pas par la B.D. Or, j'ai toujours lu des bandes dessin&#233;es. J'y ai toujours vu autre chose qu'une suite d'images fascinante. J'ai toujours su que les images n'&#233;taient pas &#224; prendre au pied de la lettre, m&#234;me si tout m'y invitait. J'ai toujours su que derri&#232;re l'image se cachait une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, pour &#233;crire cet article, j'ai ouvert le second volume de &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; (je l'ai achet&#233; quand il est paru, plusieurs ann&#233;es apr&#232;s le premier volume, il n'a pas le m&#234;me format et semble d&#233;pareill&#233;, ce que ne voient pas les lecteurs qui ont achet&#233; le coffret contenant la r&#233;&#233;dition du premier), j'ai vu que, sur le rabat de la derni&#232;re page de couverture, Art Spiegelman s'est repr&#233;sent&#233; en couleurs, de trois-quarts face, en plan am&#233;ricain, assis, la t&#234;te entre les mains, derri&#232;re sa table &#224; dessin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son visage humain est cach&#233; par un masque de souris. Derri&#232;re lui, sur le mur, une affiche de RAW, la revue dont il &#233;tait (est toujours ?) co-r&#233;dacteur en chef. Dessous, &#233;pingl&#233;e au mur, la couverture du premier volume de &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;. Dehors, par la fen&#234;tre, on voit des barbel&#233;s, un chat arm&#233; d'un fusil en haut d'un mirador, une haute chemin&#233;e de briques d'o&#249; s'&#233;chappe de la fum&#233;e noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la vignette biographique du premier volume, en noir et blanc et beaucoup plus sch&#233;matique celle-l&#224;, Spiegelman s'&#233;tait dessin&#233; de profil, d&#233;j&#224; sur un haut tabouret &#224; sa table &#224; dessin, mais sous la m&#234;me forme que ses personnages : celle d'un homme-souris. Entre les deux, il est (re)devenu humain mais s'est mis un masque sur le visage. Je ne crois pas que &#231;a soit faute d'avoir su faire son auto-portrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; - qui signifie &#034; souris &#034;, en allemand - les Juifs sont des souris, les Nazis sont des chats, les Polonais sont des cochons. Tout au long de son r&#233;cit, Art se repr&#233;sente aux c&#244;t&#233;s de son p&#232;re, Vladek, sous la forme d'une souris plus jeune. Au milieu de chacun des deux volumes [en les relisant et en me souvenant qu'il a fallu attendre plusieurs ann&#233;es entre la publication du premier et celle du second, je ne peux m'emp&#234;cher de penser &#224; &lt;i&gt;W ou le souvenir d'enfance&lt;/i&gt;, dans lequel Georges Perec parle de la Shoah de mani&#232;re tr&#232;s oblique, laisse constamment planer le doute sur l'identit&#233; de son (ses) narrateur(s), et compose deux parties &#224; la fois identiques et diff&#233;rentes, s&#233;par&#233;es par une page portant des points de suspension], Art se repr&#233;sente sous une forme humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le volume I, il ins&#232;re l'histoire en quatre pages, dessin&#233;e en 1972, o&#249; il se met en sc&#232;ne en costume ray&#233; de prisonnier juste apr&#232;s le suicide de sa m&#232;re. Dans le volume II, pendant 6 pages et demie, au d&#233;but du chapitre &#034; Auschwitz (le temps s'envole) &#034;, il porte un masque de souris devant sa table &#224; dessin, et aussi quand il se rend chez le psychanalyste - lui aussi, porteur d'un masque de souris ; lui aussi, comme Vladek, rescap&#233; des camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;(I et II) raconte deux histoires : la difficile relation entre l'auteur, Art Spiegelman, et son p&#232;re Vladek ; la vie de Vladek entre le moment o&#249; il rencontre Anja (la m&#232;re d'Art) et celui o&#249; il la retrouve, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e d'elle &#224; Auschwitz. Il parle aussi des camps de concentration. Mais, &#224; mes yeux, ce n'est pas un livre sur la Shoah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire que je n'y apprends rien d'autre &#224; ce sujet que ce que j'ai appris en lisant &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt; de Primo Levi ou &lt;i&gt;L'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; de Robert Antelme ; en voyant &lt;i&gt;Nuit et brouillard&lt;/i&gt; d'Alain Resnais ou &lt;i&gt;Shoah&lt;/i&gt; de Claude Lanzmann. Ce que nous pouvons apprendre sur les camps, nous le savons d&#233;j&#224; avant de lire ou de regarder. C'est d'ailleurs pour cela que nous lisons, que nous regardons. Ceux qui ne peuvent pas, ne veulent pas, s'arrangent pour lire autre chose, pour regarder ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas de &#231;a que &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; me parle, mais de la relation entre le fils et le p&#232;re, une relation qui me touche parce qu'elle me semble insupportable : une relation faite de non-dits et de rejets, de d&#233;ni et de haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladek, le p&#232;re dont Art transcrit les paroles pour en faire le r&#233;cit en images, est un personnage plus qu'antipathique. Il est d&#233;testable. Comme le dit son fils quelque part, il justifierait presque, &#224; lui seul, les pr&#233;jug&#233;s antis&#233;mites. Son r&#233;cit commence comme il finit : par le rejet d'une femme. Avant de rencontrer Anja, la m&#232;re d'Art, il fr&#233;quente Lucia, une jeune femme juive qu'il finit par trouver beaucoup trop collante et rejette de mani&#232;re assez ignoble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort d'Anja, en 1963, il &#233;pouse Mala, qu'il traite avec m&#233;pris et rend folle jusqu'au moment o&#249; elle le quitte. Lorsqu'elle s'en va, il l'accuse de l'avoir vol&#233;. Comme il est malade et ne veut pas rester seul, il l'appelle et l'implore de revenir vivre avec lui. Vladek est pingre, manipulateur, veule, &#233;gocentrique et insensible aux gestes que son fils fait vers lui. Il use de sa place de p&#232;re (et de son statut de survivant) pour lui dire &#224; son Art qu'il ne fera jamais rien aussi bien que lui. Il le culpabilise. Il l'humilie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;, et en le pr&#233;sentant comme je le fais dans le paragraphe pr&#233;c&#233;dent, je pense bien entendu &#224; &lt;i&gt;La vie est belle&lt;/i&gt; de Roberto Benigni. C'est aussi l'histoire d'un p&#232;re et d'un fils, et on dirait l'image en n&#233;gatif de ce que raconte Spiegelman. Dans le film, le p&#232;re prot&#232;ge son fils, tourne les nazis en d&#233;rision et meurt pour que son enfant survive. L'enfant survit et retrouve sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benigni et son co-sc&#233;nariste ont-ils lu &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; ? Je me souviens des r&#233;actions de certains devant le succ&#232;s du film. Certaines voix se sont &#233;lev&#233;es contre ce qu'elles consid&#233;raient comme une &#034; trop belle repr&#233;sentation de l'holocauste &#034;. Si &lt;i&gt;La vie est belle&lt;/i&gt; n'est pas cr&#233;dible, &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;l'est-il ? Qui a le droit de parler des camps ? Qui a le droit d'&#233;crire &#224; ce sujet ? Une fiction vaut-elle moins qu'un t&#233;moignage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233; un jour &#224; une lecture par Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann, qui &#233;taient depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224; mes parrains en &#233;criture, j'ai lu aux amis r&#233;unis dans leur appartement une nouvelle - encore in&#233;dite &#224; ce jour - intitul&#233;e &#034;Cent mille recettes d'Auschwitz&#034;. &#192; la fin de ma lecture, Daniel a violemment r&#233;agi en disant qu'on n'avait pas le droit d'&#233;crire une fiction sur ce sujet-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s, tourment&#233; par une histoire familiale dont mon texte avait brutalement remu&#233; les s&#233;diments, il s'est mis &#224; &#233;crire son plus beau roman, &lt;i&gt;L'anus du monde&lt;/i&gt; (Le Cherche Midi ; r&#233;&#233;dit&#233; sous le titre &lt;i&gt;Le dixi&#232;me cercle&lt;/i&gt; par Folio), l'histoire d'un jeune Juif fran&#231;ais dans les dix cercles de l'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;fils symbolique&#034; (c'est ainsi que Daniel me d&#233;signait) avait, sans le vouloir, inspir&#233; au p&#232;re sa propre r&#233;ponse romanesque &#224; un pass&#233; refoul&#233;. Certes, la fiction n'est pas la m&#233;moire. Mais une fiction, &#233;crite ou dessin&#233;e, ne cherche pas &#224; dire la &#034; v&#233;rit&#233; &#034; des faits, elle cherche &#224; dire celle des sentiments, des symboles. Le travail de la fiction est un travail analytique, un travail de deuil, dont on ne sait jamais exactement qui le fait : l'&#233;crivain, le lecteur - ou bien les deux, mon capitaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je feuillette &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;, je red&#233;couvre (cela &#233;chappe, &#224; la premi&#232;re lecture) que trois photos y sont reproduites. L'une d'elles, celle d'Anja, appara&#238;t au d&#233;but de &#034; Prisonnier de la plan&#232;te Enfer &#034;, la BD autobiographique qu'Art ins&#232;re &#224; l'int&#233;rieur du premier volume. La m&#232;re est en maillot de bains, au lac Trojan, en 1958. Elle sourit. Elle a une cigarette &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre, tout &#224; fait &#224; la fin du second volume, repr&#233;sente Vladek, portraitur&#233; par un photographe &#034; qui avait un uniforme des camps, un tout neuf. Pour faire des photos-souvenir &#034;. Et je ne peux pas m'emp&#234;cher de penser : Comment peut-on avoir envie de se faire prendre en photo dans un costume des camps ? Comment peut-on avoir envie de garder un tel souvenir - un souvenir, qui plus est, trafiqu&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me photo appara&#238;t au d&#233;but du second volume. C'est celle d'un petit gar&#231;on, Richieu, le fr&#232;re a&#238;n&#233; de Art, n&#233; juste avant la guerre et mort en d&#233;portation. Quand ce second volume para&#238;t, les trois personnes repr&#233;sent&#233;es sur les photos ont disparu - Vladek, le dernier, en 1982, plusieurs ann&#233;es avant la publication du premier volume. Art semble ne vouloir restituer leur vrai visage qu'aux morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; est, sans aucun doute, une ?uvre magnifique. Mais elle ne me para&#238;t en aucun cas &#234;tre un &#034; t&#233;moignage &#034; ou un &#034; travail de m&#233;moire &#034; comme le sont, par exemple, celles de Primo Levi ou de Claude Lanzmann. Ce n'est pas l'histoire d'un survivant (Vladek), ni m&#234;me - comme cela est &#233;crit sur la couverture du livre - l'histoire de celui qui &#034; survit au survivant &#034; (Art).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un enfant qui, en voulant honorer son p&#232;re et sa m&#232;re, au sens le plus biblique du terme, se retrouve confront&#233; &#224; une r&#233;alit&#233; insupportable : son p&#232;re et sa m&#232;re ne l'ont pas honor&#233;, lui. L'une, &#233;touffante, l'a abandonn&#233; en se suicidant. L'autre le rejette tout en lui interdisant d'exister. Les derni&#232;res paroles de Vladek, dans l'avant-derni&#232;re case du livre &#034; Je suis fatigu&#233; de parler, Richieu, et c'est assez d'histoires pour aujourd'hui &#034; ach&#232;vent de lui refuser son identit&#233; : Vladek croit que Art est son fils mort, l'enfant qu'on le voit prendre dans ses bras, au d&#233;but du premier volume. (Quand Vladek serre Art contre lui, c'est pour que son fils le console de la perte de sa femme...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est Art, dans tout &#231;a ? Tel un miroir bris&#233;, il fragmente et fait saigner l'histoire qu'il raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;prouve une grande sympathie pour Art Spiegelman. Et par sympathie, j'entends communaut&#233; de sentiments. En tentant de reconstituer l'histoire de ce p&#232;re ha&#239;ssable qui n'a aim&#233; qu'une seule personne dans sa vie (lui-m&#234;me), qui a eu la chance (ou l'entregent) de survivre aux camps et qui n'a cess&#233; de mettre cette exp&#233;rience en avant pour se faire plaindre ou justifier son autoritarisme et son insensibilit&#233;, le fils ne cesse de questionner sa propre d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non par un exc&#232;s de culpabilit&#233; que tout le monde pourrait trouver bien naturel en la circonstance mais bien, me semble-t-il, par int&#233;grit&#233; : &#224; la page 41 du volume II, pench&#233; sur sa table &#224; dessin, il &#233;num&#232;re les dates &#233;parpill&#233;es autour desquelles il tente de construire son r&#233;cit, explique que la publication du premier volume fut un grand succ&#232;s et qu'on lui en a propos&#233; &#224; plusieurs reprises l'adaptation sous forme de film ou de s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e (&#034; J'veux pas &#034;) et se cache le visage dans la derni&#232;re case - celle o&#249; sa table &#224; dessin est repr&#233;sent&#233;e surmontant un tas de cadavres nus. (Ce tas de cadavres - que nous voyons, mais qu'il refuse de regarder - me renvoie au film de Benigni et &#224; un tas de cadavre, presque identique, dont le cin&#233;aste ne nous montre que la silhouette brouill&#233;e, et dont le p&#232;re prot&#232;ge le petit gar&#231;on blotti sur son &#233;paule.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai de la sympathie pour Spiegelman parce que, dans son d&#233;sir de comprendre le pi&#232;ge dans lequel son p&#232;re (et sa m&#232;re, en se suicidant) l'ont enferm&#233;, il ne se m&#233;nage pas. Maus a d&#251; &#234;tre une ?uvre infernale &#224; concevoir, &#224; dessiner et &#224; assumer. La page 42 du second tome, qui le montre face aux journalistes et aux publicitaires de tout poil, en t&#233;moigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fils de Vladek se cache le visage une premi&#232;re fois en portant un masque, une seconde fois en l'enfouissant dans ses bras, serait-ce parce qu'il se sent couvert de honte ? Serait-ce parce qu'il ne peut pas se regarder en face ? Et cette honte, d'o&#249; vient-elle ? D'avoir surv&#233;cu, vraiment, ou d'avoir eu &#224; vivre avec un survivant ambigu, qu'il traite d'assassin lorsque celui-ci lui r&#233;v&#232;le qu'il a jet&#233; &#224; la poubelle les journaux intimes d'Anja ? Pour cet auto-da-f&#233; &#224; peine d&#233;guis&#233; des restes de sa m&#232;re, l'enfant ne serait-il pas en droit de traiter son propre p&#232;re de nazi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt; n'est pas &#034;une ?uvre de plus sur la Shoah&#034;. C'est une ?uvre (auto)biographique sur l'un des enfants de la Shoah. Un enfant dont le p&#232;re n'a pas la dignit&#233; qu'on attend des victimes. C'est une ?uvre sur l'humanit&#233; de tous les hommes, puisqu'elle dit qu'on peut &#234;tre Juif, rescap&#233; des camps et, n&#233;anmoins, comme tout le monde peut l'&#234;tre, un bonhomme assez d&#233;testable. Comme l'explique Pavel, le psychiatre, on croit que ceux qui survivent sont bons, et ceux qui sont morts, mauvais. En r&#233;alit&#233;, &#231;a n'a rien &#224; voir. Ce n'est pas la survie qui nous fait bon ou mauvais. C'est la vie, et ce que nous en faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En feuilletant le livre une nouvelle fois, je r&#233;alise que mon regard a &#233;t&#233; s&#233;lectif, scotomis&#233;. Anja, Vladek et Richieu ne sont pas les seuls humains dont nous voyons le visage dans les pages de Maus. Un quatri&#232;me personnage est visible, sur la m&#234;me photo qu'Anja. Un gar&#231;on d'une dizaine d'ann&#233;es, accroupi pr&#232;s d'elle. Anja pose sa main libre sur sa t&#234;te. Le gar&#231;on sourit. C'est son fils, certainement. Le visage d'Art Spiegelman est donc bien visible dans l'oeuvre, comme celui de sa m&#232;re, de son p&#232;re et de son fr&#232;re morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut peut-&#234;tre dire que le petit Art, &#226;g&#233; de dix ans, est mort, lui aussi. Il est peut-&#234;tre mort la semaine o&#249; il est sorti de l'h&#244;pital psychiatrique, la semaine o&#249; Anja s'est tu&#233;e. Depuis, un autre Spiegelman - usurpateur honteux - dessine. Les masques de souris dont il s'affuble semblent vouloir dire qu'il doit - de gr&#233; ou de force - porter sa jud&#233;it&#233; sur son visage. Mais - pas plus que ma jud&#233;it&#233; propre ne se lit dans le pseudonyme germanisant que j'ai, il y a douze ou quinze ans, emprunt&#233; au(x) h&#233;ros de Perec pour avancer masqu&#233; - la jud&#233;it&#233; d'Art Spiegelman n'est pas inscrite sur son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jud&#233;it&#233; d'un homme, je crois, se lit dans les mots (ou les dessins) qu'il trace, s'entend dans les premiers mots par lesquels il se pr&#233;sente tout enfant, autrement dit : dans le nom qu'il porte et qui, parfois, annonce ce qu'il est, ce qu'il sera. Pour &#034; Art &#034;, je n'ai pas vraiment besoin de vous faire un dessin. Quant &#224; &#034; Spiegelman &#034;... mon allemand est inexistant, mais est-ce que &#231;a ne signifierait pas &#034; homme du miroir &#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mar(c)tin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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