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	<title>Winckler's Webzine</title>
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	<description>Site personnel de l'&#233;crivain et m&#233;decin Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)</description>
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		<title>&#034;Osez l'amour pendant la grossesse&#034; </title>
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		<dc:date>2010-04-10T16:44:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce que je vous transmets ici, c'est ma perception de cet ouvrage, quelque chose d'&#233;minemment subjectif donc... J'ai &#233;t&#233; terriblement d&#233;&#231;ue &#224; sa lecture. Je m'attendais &#224; un livre traitant sans tabou de la sexualit&#233; pendant la grossesse, un peu sulfureux et surtout, ax&#233; sur le plaisir et la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute du corps et des &#233;motions de chaque partenaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour avoir lu auparavant certains ouvrages de la m&#234;me collection &#233;crits par Coralie Trinh Thi, je pensais retrouver une approche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce que je vous transmets ici, c'est ma perception de cet ouvrage, quelque chose d'&#233;minemment subjectif donc... J'ai &#233;t&#233; terriblement d&#233;&#231;ue &#224; sa lecture. Je m'attendais &#224; un livre traitant sans tabou de la sexualit&#233; pendant la grossesse, un peu sulfureux et surtout, ax&#233; sur le plaisir et la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute du corps et des &#233;motions de chaque partenaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir lu auparavant certains ouvrages de la m&#234;me collection &#233;crits par Coralie Trinh Thi, je pensais retrouver une approche holistique de la sexualit&#233;, soucieuse de ce qui fait l'intime de chaque partenaire, un r&#233;cit g&#233;n&#233;reux, ludique, os&#233;, ouvert et tol&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ma grande stup&#233;faction, les femmes et les hommes y sont d&#233;crits avec des comportements st&#233;r&#233;otyp&#233;s, aucune attention et aucun respect n'est manifest&#233; envers la diversit&#233; des v&#233;cus et des ressentis. L'auteure ne sugg&#232;re pas plusieurs voies mais une seule, au sein de laquelle les femmes enceintes seraient toutes des &#034;Sex Godess&#034;, totalement &#233;panouies sur le plan sexuel durant cette p&#233;riode. Celles qui &#233;chapperaient &#224; cette description seraient hant&#233;es par le mythe de la m&#232;re et de la putain et les hommes qui n'auraient pas envie d'elles auraient forc&#233;ment un probl&#232;me avec la maternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien d'autres choses m'ont heurt&#233;e dans ce petit guide r&#233;dig&#233; par Ovidie (&#233;d. La Musardine). Je vous propose donc quelques extraits, entre guillemets, suivis de mes commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;La sexualit&#233; et la maternit&#233; sont justement les deux piliers fondateurs de la f&#233;minit&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence mal... C'est quoi cette &#034;f&#233;minit&#233; dont on parle&#034; ? Piliers fondateurs ? On est davantage &#034;femme&#034; quand on a accouch&#233; ? Meilleure femme ? Je rapproche ces mots de ceux qu'elle &#233;crit &#224; la fin de son ouvrage &#034;Les m&#232;res sont les meilleurs amantes&#034;, &#034;Maintenant que nous sommes m&#232;res, nous sommes r&#233;ellement femmes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour Ovidie, une femme n'ayant pas enfant peut &#034;g&#233;n&#233;ralement&#034; trouver d'autres voies pour &#233;panouir sa f&#233;minit&#233;, la grossesse et l'accouchement vous apportent inconditionnellement cette distinction, dont je vous avoue je ne sais pas trop ce qu'elle signifie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'aurait parl&#233; d'exploration d'une autre dimension de la f&#233;minit&#233;, j'aurais adh&#233;r&#233;. Mais l&#224;, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au fait qu'une femme ayant enfant&#233; soit forc&#233;ment une meilleure amante... Comment dire, j'hallucine. D'autant qu'Ovidie note que la maternit&#233; marque le temps de l'abandon &#034;des plaisirs immatures d'une sexualit&#233; adolescente&#034; pour un &#233;lan r&#233;ellement fusionnel ! Que nous sommes d&#232;s lors r&#233;ellement pr&#234;tes &#224; accueillir le sexe de notre partenaire dans notre vagin et d'accepter qu'il nous &#034;effracte&#034; (!) comme notre b&#233;b&#233; nous a &#034;effract&#233;e&#034; (!).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effraction, d&#233;finition : briser un syst&#232;me de fermeture pour commettre un d&#233;lit... Mes enfants ne m'ont pas &#034;effract&#233;e&#034;, je me suis ouverte pour permettre leur passage. Et jamais (sauf en cas de viol) je ne pourrais consid&#233;rer la p&#233;n&#233;tration d'un p&#233;nis dans mon vagin comme une effraction. C'est plut&#244;t un accueil, une aspiration avide, r&#233;sultant d'un appel et d'une ouverture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi une amante &#233;panouie est une femme qui prend du plaisir et qui aime en offrir, qui vibre de toute sa sensualit&#233;. On peut &#234;tre totalement inhib&#233;e sur le plan sexuel en &#233;tant m&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres qui f&#226;chent : &#034;80% de femmes subissent une &#233;pisiotomie lors de leur premier accouchement&#034;. Selon les chiffres dont nous disposons, datant de 2003, elles &#233;taient 68% (31% chez les multipares). Depuis, la tendance est &#224; la baisse. On en fait toujours trop, ok (d'ailleurs c'est un sujet qui me f&#226;che aussi). Mais c'est pas la peine d'en rajouter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fausses couches &#224; r&#233;p&#233;tition : &#034;Si vous ne trouvez pas d'explication physiologique &#224; ces fausses couches, peut-&#234;tre cela signifie t-il qu'inconsciemment vous ne vous sentez pas encore pr&#234;te &#224; &#234;tre m&#232;re&#034; J'ai cru que j'allais m'&#233;touffer... D&#233;j&#224;, je regarde le bouquin et je me dis que je r&#234;ve : c'est cens&#233; &#234;tre un guide sexuel ax&#233; sur la grossesse pas un recueil de psycho &#224; deux balles qui colle sur le psychisme des femmes tous les troubles non explicit&#233;s par la m&#233;decine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier trimestre : &#034;Au del&#224; de la crainte de la fausse couche, il se peut que vous soyez rebut&#233;e &#224; l'id&#233;e d'avoir un rapport sexuel avec votre compagnon. Le clivage de la maman et de la putain s'installe progressivement dans votre esprit. Ce passage &#224; l'&#233;tat de m&#232;re vous fait oublier votre d&#233;sir (elle aurait d&#251; &#233;crire &#034;devoir&#034;, &#231;'aurait &#233;t&#233; plus rigolo) de femme. Faites en sorte de ne pas laisser s'installer cette situation. L'absence de sexualit&#233; n'a jamais rien apport&#233; de bon au couple. Si vous commencez &#224; interrompre le contact sexuel avec le papa d&#232;s le premier trimestre, la difficult&#233; ne fera que s'accro&#238;tre durant la grossesse et apr&#232;s l'accouchement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca fait partie des trucs qui m'ont vachement &#233;nerv&#233;e. Le culte de la performance sexuelle qui s'infiltre partout, le besoin pour les femmes de combler sexuellement un mec pour qu'il n'aille pas voir ailleurs (passke c'est super grave, il a pas le droit). Jamais Ovidie n'envisage qu'une femme n'ayant pas envie de sexe pendant sa grossesse soit simplement sous l'effet de ses hormones (la progest&#233;rone a un effet inhibiteur sur la sexualit&#233;). Et puis m&#234;me si c'est juste qu'elle est centr&#233;e sur son nombril et sur la vie qui pousse en elle, m&#234;me si elle se sent plus m&#232;re que femme, o&#249; est le mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne peut-on pas &#234;tre simplement &#224; l'&#233;coute de ce que son corps nous dit ? Faut-il se forcer &#224; &#234;tre amante ? Ne peut-on pas s'accorder des parenth&#232;ses durant lesquelles le d&#233;sir sexuel se fait plus sourd ? Pourquoi forc&#233;ment l'envisager sous l'angle de la &#034;difficult&#233;&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais aim&#233; lire un bouquin o&#249; l'homme et la femme auraient &#233;t&#233; d&#233;crits dans tout ce qui peut faire leur diff&#233;rence. Un livre o&#249; on aurait pos&#233; le fait qu'il est probable que durant la grossesse, on ne soit pas en phase sur le plan sexuel mais que ce n'&#233;tait pas forc&#233;ment &#224; consid&#233;rer comme un probl&#232;me. J'aurais aim&#233; une approche plus sensuelle de la relation de couple dans ces cas o&#249; l'envie de sexe dispara&#238;t d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, voire des deux. Des caresses, des fous-rires, des massages... pour que la complicit&#233; &#233;rotique s'exprime sur un autre mode, sans qu'aucun ne culpabilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, certaines femmes du fait d'une impr&#233;gnation hormonale particuli&#232;re ou simplement parce quelles se sentent profond&#233;ment heureuses et &#233;panouies, pleines de vie, sont avides de sexe pendant leur grossesse. Mais pas toutes, loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les baisses de d&#233;sir sont tout &#224; fait possibles, sans qu'il n'y ait d'&#233;v&#233;nements traumatiques survenus avant ou pendant la grossesse. Parfois, on ne capte pas soi-m&#234;me pourquoi pour telle grossesse, on &#233;tait tr&#232;s r&#233;ceptive et en demande et pour telle autre, c'&#233;tait l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est pas envisag&#233; non plus que pour une femme (ou un homme), la nouvelle forme de sexualit&#233; du couple, plus soft, moins sauvage, moins vari&#233;e et spontan&#233;e pour ce qui est des positions, puisse para&#238;tre peu excitante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-on forc&#233;ment oblig&#233;e de trouver &#231;a &#233;clatant le sexe pendant la grossesse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet de la masturbation est &#224; peine survol&#233;. Exemple : &#034;Rien ne vous emp&#234;che de vous masturber durant toute la dur&#233;e de votre grossesse. Votre d&#233;sir insatiable (encore pr&#233;sent&#233; comme une &#233;vidence !), que le papa ne pourra pas toujours honorer, pourra parfois &#234;tre apais&#233; par l'utilisation de sextoys&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de franchement excitant sur le plan sexuel n'est sugg&#233;r&#233;. La masturbation, avec ou sans sextoys, est ici pr&#233;sent&#233;e tr&#232;s sommairement comme un simple moyen d'apaiser une tension sexuelle li&#233;e &#224; la frustration. Elle n'est pas abord&#233;e telle une mani&#232;re de d&#233;velopper son auto&#233;rotisme, de se red&#233;couvrir avec ses doigts, de caresser et d'explorer ce corps qui change ; pas davantage &#224; jeu &#224; pratiquer en couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masturbation avec ou sans sextoys, peut aussi, par exemple, permettre de d&#233;clencher un orgasme en s'abandonnant de fa&#231;on plus &#034;pulsionnelle&#034;, en donnant libre cours &#224; ses fantasmes (centr&#233;e sur le ressenti corporel en oubliant l'&#233;tat de gestation) pour sortir de la configuration &#034;papa-maman&#034; quand d'aventure elle nous perturbe un peu sur le plan sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tant de variantes possibles quand on touche &#224; un sujet si intime, bouleversant les sensibilit&#233;s respectives des femmes et des hommes ! Je ne comprends absolument pas le ton cat&#233;gorique d'Ovidie. L'absence de d&#233;sir devient sous sa plume soit inexistante soit r&#233;v&#233;latrice d'un probl&#232;me psy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, le tabou elle le pose sur la possibilit&#233; de devoir ponctuellement faire le deuil d'une sexualit&#233; que l'on trouvait &#233;panouissante, pour s'adapter &#224; une autre forme, qu'on pourra trouver g&#233;niale ou bof-bof ou nulle :-)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, si Ovidie avait commenc&#233; par &#233;crire &#034;Il est possible que vous ressentiez un d&#233;sir sexuel tr&#232;s fort durant votre grossesse&#034;, elle aurait logiquement pu encha&#238;ner sur &#034;Il est aussi possible que ce soit l'inverse&#034; et poursuivre avec des trucs du genre &#034;Voyons voir comment on peut entretenir l'&#233;rotisme du couple quand l'un ou l'autre ou les deux n'ont pas tr&#232;s envie de faire l'amour&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ouvrage devient d&#232;s lors tr&#232;s pauvre : celles et ceux qui vivent douloureusement les p&#233;riodes de baisse de libido s'y trouvent stigmatis&#233;s, sans qu'on leur dise que c'est courant, que ce n'est pas dramatique, sans qu'on leur donne des pistes pour d&#233;couvrir et partager du plaisir diff&#233;remment, de mani&#232;re ludique et d&#233;complex&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui vivent leur &#233;ventuelle baisse de libido tranquillement et qui reprendront une vie sexuelle plus active progressivement apr&#232;s l'accouchement n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme Ovidie ne con&#231;oit pas qu'une femme enceinte puisse voir son d&#233;sir s'&#233;mousser du fait de sa transformation physique, elle ne pr&#233;cise pas &#224; quel point il peut &#234;tre important qu'un homme dise &#224; sa femme combien il la trouve belle avec ses formes g&#233;n&#233;reuses (quand il le pense, of course, il ne s'agit pas de mentir...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Achtung, le conseil vestimentaire qui tue : &#034;Par piti&#233;, &#233;vitez le trop tentant recours au pantalon de jogging lors du dernier trimestre !&#034; Ben ouais, c'est pas sexy...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me trimestre : &#034;Vos variations hormonales commencent &#224; cr&#233;er un immense besoin de satisfaction sexuelle. Plus que jamais, vous d&#233;sirez faire l'amour avec le futur p&#232;re de votre enfant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, on y est : &#234;tre enceinte, c'est forc&#233;ment le pied et on se transforme en d&#233;esse du sexe : on a envie, envie, envie (du futur p&#232;re de notre enfant, il va de soit...). Ca semble presque magique ; en fait &#231;a sonne un peu comme les paroles d'un hypnoth&#233;rapeute. Et si on n'avait d&#233;j&#224; pas vraiment envie de lui avant d'&#234;tre enceinte, &#231;a marche quand m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune place pour celles qui ne se retrouvent pas dans cette description idyllique. C'est comme &#231;a, point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on apprend que la grossesse &#034;d&#233;cuple notre libido&#034;, qu'on fait des r&#234;ves &#233;rotiques d'une intensit&#233; incroyable (pas moi) et que, je cite, &#034;la grossesse est &#224; envisager comme une sorte de psychanalyse gratuite&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euh, non. C'est vraiment pas comme &#231;a que j'ai envie d'envisager une grossesse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est souvent interdit aux femmes d'avoir des rapports sexuels classiques&#034;. Souvent ? Ah oui, on apprend dans le bouquin que c'est le gynobs ou la sage-femme qui nous dit si on a le droit d'avoir des rapports selon la consistance et la longueur de notre col... Le toucher vaginal pour autoriser les rapports sexuels, arf... Et l'&#233;coute des sensations corporelles, &#231;a ne suffit pas pour une femme ? Moi qui pensais que si on n'avait pas de signes inqui&#233;tants genre contractions, douleurs ou saignements, on pouvait faire crac-crac aussi souvent qu'on le voulait et que les touchers vaginaux, outre qu'ils pr&#233;disposaient aux infections n'emp&#234;chaient pas les accouchements pr&#233;matur&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t que de ce fait (interdiction d'avoir des rapports sexuels), les femmes sont nombreuses &#224; se lancer dans l'aventure de la sodomie et que m&#234;me des fois, apr&#232;s la naissance, c'est niet, elles veulent plus. La sodomie devient dans ce contexte une, je cite, &#034;prescription m&#233;dicale non avou&#233;e&#034;... Arrrgh... La sodomie pr&#233;sent&#233;e comme substitution &#224; la p&#233;n&#233;tration vaginale sur &#034;prescription m&#233;dicale&#034;. Enonc&#233; comme &#231;a, c'est fou ce que &#231;a donne envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merde : et le plaisir, et la sensualit&#233; et les sensibilit&#233;s, tabous et inhibitions des unes et des autres ? O&#249; est la nuance dans ce bouquin ? Une fille franchement rebut&#233;e &#224; l'id&#233;e d'avoir un rapport anal ne va pas&lt;br class='autobr' /&gt;
subitement y trouver du plaisir. Et celle qui d&#233;couvre cette pratique et qui y prend du plaisir risque aussi de renouveler l'exp&#233;rience apr&#232;s la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, Ovidie ne donne aucune description d&#233;taill&#233;e concernant les caresses buccales langoureuses des zones g&#233;nitales ni m&#234;me de conseils pour apprivoiser l'orifice anal et permettre une ouverture propice au plaisir. Vous trouverez juste quelques croquis montrant des positions &#034;recommand&#233;es&#034; pendant la grossesse (mais pas trop comme ci pour ne pas comprimer la veine cave, pas trop fort si t'es comme &#231;a...). Bref, du tr&#232;s technique, fade, d&#233;pourvu de conseils coquins, d&#233;pourvu d'encouragements &#224; observer l'autre, &#224; cerner les signes qui indiquent qu'il aime ou qu'il n'aime pas (la respiration d'une femme,sa mani&#232;re de basculer son bassin, l'ouverture de ses cuisses, ses g&#233;missement). Rien non plus sur la pr&#233;sence du b&#233;b&#233; : ce tiers pr&#233;sent entre l'homme et la femme, entre papa et maman. Peut-on le caresser ce ventre distendu, et &#224; travers lui le b&#233;b&#233;, pendant qu'on fait l'amour ? Comment est-ce per&#231;u par les partenaires ? Est-ce que &#231;a peut &#234;tre g&#234;nant pour l'un, pour l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous en ressortirez avec une vision tronqu&#233;e de la maternit&#233; : &#231;a m'a fait penser &#224; un sketch de Florence Foresti. La &#034;brigade des nurses&#034; est pass&#233;e par l&#224; ! Tout est beau, tout est chaud, nos seins sont supers sensibles et on adoooore &#231;a qu'on nous les titille (d&#233;j&#224; en temps normal on n'est pas toutes pareilles sur le sujet : il y a celle &#224; qui &#231;a procure des sensations de plaisir intense, celle &#224; qui &#231;a ne fait rien et enfin celle pour qui c'est hyper d&#233;sagr&#233;able), on a envie de sexe tout le temps, si on est bonne au pieu, on va accoucher, je cite, &#034;dans la joie voire dans l'extase&#034;... Et l&#224;, je fais une pause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est possible que le fait d'&#234;tre tr&#232;s &#224; l'aise dans sa sexualit&#233; puisse favoriser un accouchement facile, rien n'est s&#251;r ! La plupart d'entre nous ne font d'ailleurs pas le lien entre accouchement et sexe. D&#232;s lors, des inhibitions pouvant affecter notre sexualit&#233; peuvent ne pas perturber un accouchement. Il y a des nanas pas franchement branch&#233;es sur la bagatelle qui accouchent comme on met une lettre &#224; la poste. D'autres hyper branch&#233;es sexe, tr&#232;s &#224; l'aise dans leur petite culotte, qui vont trouver leur accouchement horrible, atroce, &#224; mille lieues de ce qu'elles consid&#232;rent comme faisant partie de la sph&#232;re de la sexualit&#233; ! D'autres en effet, incluant l'accouchement dans le champ de leur sexualit&#233;, vont se trouver aussi &#224; l'aise quand elles font l'amour qu'en accouchant (et pas comme l'&#233;crit Ovidie &#034;sur une table d'accouchement&#034; : on peut accoucher ailleurs...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ovidie donne une indication fort utile aux futurs papas : ne surtout pas interroger leurs amis (ou membres de groupes de futurs papas) sur l'accouchement de leurs compagnes, non ! Il existerait une sorte de complaisance dans l'horreur (l'histoire de boucherie de Foresti). Vos amis risquent de vous raconter des bobards, juste pour vous faire flipper. La vision toute rose d'Ovidie est tellement plus adapt&#233;e &#224; vos besoins... Ah oui, un accouchement, &#231;a dure en moyenne 7 heures (ou des fois plus si l'accouchement &#034;n'avance plus en cours de route&#034;). Hum... No comment, ou bien si : Merde aux montres. Merde aux pr&#233;jug&#233;s sur l'accouchement &#034;normal&#034; qui devrait durer &#034;tant&#034; et o&#249; les &#034;pauses &#034; sont interpr&#233;t&#233;es comme pathologiques. Merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;paration du p&#233;rin&#233;e... L'assouplissement du p&#233;rin&#233;e par des massages &#224; l'huile. Bon, je croyais qu'on allait parler Q, moi... Ah ben on y vient, sauf que j'accroche pas du tout : lors des rapports sexuels, la meilleure technique de pr&#233;paration du p&#233;rin&#233;e selon Ovidie, c'est l'introduction de plusieurs doigts du futur papa, voire la main, avec utilisation d'huile v&#233;g&#233;tale. Et l&#224;, j'ai eu besoin d'air (encore...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit j'ai un rapport sexuel avec mon mec et je m'amuse avec un lubrifiant (c'est vachement plus fun que l'huile) &#224; accueillir ses doigts pour devenir dingue de plaisir, soit je fais de la pr&#233;paration p&#233;rin&#233;ale avec de l'huile. Je ne fais pas de &#034;pr&#233;paration p&#233;rin&#233;ale&#034; pendant un rapport sexuel. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire... Pour moi, c'est ce qui fait la diff&#233;rence entre un examen gyn&#233;co et un d&#233;lire sexuel. L'intention compte. D'un c&#244;t&#233; le plaisir et l'abandon pour la femme et l'excitation particuli&#232;re que peut &#233;prouver un homme lors de ces jeux, de l'autre une optique d'assouplissement des tissus o&#249; mon mec devient aussi excitant qu'une sage-femme ou un gynobs quand il glisse ses doigts dans mon vagin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle &#233;voque la p&#233;ridurale, qu'il vaut mieux &#233;viter car la m&#232;re en position gyn&#233;co &#034;emp&#234;che son b&#233;b&#233; de s'engager correctement&#034;. Les mots importent pour moi : ce n'est pas &#034;la m&#232;re&#034; qui emp&#234;che son b&#233;b&#233; de s'engager, c'est la position qui ne facilite pas l'engagement (et aussi le fait que sous p&#233;ri, les tissus deviennent mous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ovidie pr&#233;cise aussi le recours plus fr&#233;quent aux forceps et &#224; l'&#233;pisiotomie sous p&#233;ridurale et note que l'&#233;tat de notre p&#233;rin&#233;e a de l'importance dans notre vie sexuelle. Mais bon, j'aurais aim&#233; lire qu'un accouchement mal v&#233;cu par absence de p&#233;ridurale, o&#249; on accouche malgr&#233; soi en n'&#233;tant parfois plus que souffrance, sous les yeux d'un compagnon traumatis&#233; par ce qu'il voit, parfois aussi avec un forceps pour &#034;manque de coop&#233;ration maternelle&#034;, &#231;a peut aussi avoir des r&#233;percussions n&#233;gatives dans la sexualit&#233; du couple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;voque le d&#233;clenchement et affirme qu'un rapport sexuel d&#233;clenche l'accouchement si on est &#224; terme. C'est faux ! Cela peut &#233;ventuellement aider dans certains cas, mais celles qui paniqu&#233;es par leur d&#233;passement de terme ont tout tent&#233; : stimulation des mamelons, rapport sexuel... savent que parfois, rien n'y fait. De la m&#234;me mani&#232;re, les d&#233;clenchements en milieu hospitaliers usant de prostaglandines ou d'ocytocine ne marchent pas forc&#233;ment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ovidie n'aborde pas une question fondamentale : pourquoi vouloir d&#233;clencher un accouchement ? Est-ce souhaitable tant que maman et b&#233;b&#233; vont bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir des mecs. S'ils osent vous dire qu'ils vous trouvent moins bandante alors que vous ressemblez &#224; une baleine, pleine de cellulite, de vergetures, voire d'acn&#233; sur le dos, les fesses, le visage (ouais,&#231;a arrive &#224; certaines mais Ovidie n'en parle pas), c'est juste parce qu'ils &#034;expriment un refus de votre maternit&#233; et par extension de votre f&#233;minit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si on peut comprendre qu'un homme puisse trouver certains physiques non attirants sur le plan sexuel, il n'en va pas de m&#234;me pendant la grossesse. M&#234;me si vous devenez un peu moche et m&#234;me si vous vous trouvez vous-m&#234;me plut&#244;t baleine que panth&#232;re de l'amour, la sanction est implacable pour monsieur : il a probl&#232;me dans la t&#234;te et &#231;a, c'est pas acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Re-merde : on peut en rire de notre c&#244;t&#233; baleine. On peut amener son partenaire &#224; l'apprivoiser en d&#233;complexant. On peut s'amuser d'&#234;tre temporairement loin de la pr&#233;datrice sexuelle que nous &#233;tions auparavant. On ne va pas imposer une psychoth&#233;rapie &#224; notre mec s'il est perturb&#233; par notre physique imposant, ou disgracieux &#224; ses yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ceux qui vont se d&#233;lecter de nos formes g&#233;n&#233;reuses, qui vont &#234;tre fous de notre corps et l'honorer avec d&#233;lices. Il y a ceux que &#231;a n'inspire pas vraiment. Autant du c&#244;t&#233; des hommes que des femmes les sensibilit&#233;s sont vari&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces p&#232;res qui trompent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouhhh les vilains. Y a ceux qui sont surpris en train de regarder des films pornos, ceux qui tchattent sur des sites de rencontre, ceux qui draguent dans la rue, ceux qui osent se &#034;vautrer&#034; (sic) dans les bras d'une autre femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son statut de future m&#232;re, la femme est plus que jamais en droit de s'immiscer dans l'imaginaire &#233;rotique de son compagnon, de &#034;lui demander des explications&#034;, de &#034;lui faire comprendre son m&#233;contentement&#034;, d'exiger l'exclusivit&#233; affective et sexuelle. C'est comme &#231;a dans un couple respectable : on appartient &#224; l'autre, on n'est plus libre, ni de ses pens&#233;es, ni de ses paroles, ni de ses actes. Pour moi que cette vision horripile, c'est dur &#224; encaisser sous la plume d'une femme lib&#233;r&#233;e sexuellement. Ah oui, un mec &#034;honn&#234;te vous avoue avoir eu une liaison et n'attend pas qu'on le d&#233;couvre&#034; (&#224; force d'&#233;pier notre moiti&#233;, on va bien finir par trouver des trucs compromettants). Pire que la prison. On surveille tes communications t&#233;l&#233;phoniques, on lit ton courrier, on renifle tes v&#234;tements, on veut savoir o&#249; tu &#233;tais &#224; telle heure et avec qui. On est loin de l'adage &#034;ce qui ne se sait pas ne saurait nuire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces femmes qui trompent leur mari...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahhh, ben voil&#224;, la femme lib&#233;r&#233;e sexuellement s'exprime timidement, avec largement moins de s&#233;v&#233;rit&#233; qu'envers les hommes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nor-maaal : beaucoup de femmes trompent leur mec pendant la grossesse (un &#034;nombre consid&#233;rable&#034;, dixit Ovidie ; je d&#233;couvre &#231;a avec &#233;tonnement...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est soit parce qu'on avait d&#233;j&#224; un amant avant, soit &#224; cause de nos hormones de l'amouuuur et de la frustration n&#233;e d'un compagnon qui refuse de nous honorer. Nous, on a le droit au plaisir extra conjugal, m&#234;me s'il faut faire gaffe, hein. Pourquoi ? &#034;Vous ne vous en rendez peut-&#234;tre pas compte, mais vous aurez plus que jamais besoin de votre compagnon pendant les premiers mois de votre enfant. Etre maman solo n'a jamais &#233;t&#233; facile&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, il est donc entendu pour Ovidie que l'adult&#232;re signe la fin du couple, que c'est normal d'exercer un chantage affectif sur la personne avec laquelle on vit et que si on doit faire gaffe de notre c&#244;t&#233;, c'est juste parce qu'un mec, c'est bien utile &#034;pendant les premiers mois&#034; de notre b&#233;b&#233;. Apr&#232;s, on peut le jeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a une approche tr&#232;s conventionnelle du couple. Reconnaissant que des frustrations puissent na&#238;tre de part et d'autre elle n'envisage pas pour autant qu'il puisse &#234;tre normal et sain de combler ses besoins dans l'auto&#233;rotisme, l'imaginaire ou dans la liaison amoureuse extra conjugale. Plus g&#234;nant pour moi, elle trouve l&#233;gitime l'intrusion d'une femme dans le jardin secret d'un homme, normal qu'on exige des comptes. Moi, je comprends pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le baby-clash : le mythe du b&#233;b&#233; responsable de la s&#233;paration du couple... Des stats indiquent des pics de s&#233;paration au bout de 4 ans, quelles que soient les cultures, quelles que soient les &#233;poques, d&#232;s lors que la femme dispose d'une autonomie sur le plan &#233;conomique. Ces s&#233;parations pr&#233;coces interviennent davantage chez les jeunes sans enfants que chez les moins jeunes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usure du couple, &#231;a existe, m&#234;me sans enfants. L'arriv&#233;e de b&#233;b&#233;, m&#234;me si &#231;a peut &#234;tre source de fatigue et conflits, c'est aussi un ciment pour beaucoup de couples. Les enfants nous font comprendre qu'ils ont besoin de maman et papa...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ovidie parle de la d&#233;pression du post partum, &#224; diff&#233;rencier du &#034;classique baby blues hormonal du troisi&#232;me jour&#034;. J'ai eu trois gosses, je ne sais pas de quoi elle parle. C'est donc syst&#233;matique ce baby-blues hormonal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proto-regard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est extr&#234;mement important que l'&#233;quipe soignante veille &#224; ce qu'imm&#233;diatement apr&#232;s l'accouchement, la m&#232;re et son enfant puissent se plonger dans les yeux l'un de l'autre. Ce regard sera le ciment d'un amour maternel indestructible&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nan, l'&#233;quipe soignante doit foutre la paix &#224; la maman et &#224; son b&#233;b&#233;. Et on doit rassurer les femmes : si des circonstances font qu'elles ne plongent pas leur regard dans celui de leur b&#233;b&#233; imm&#233;diatement apr&#232;s l'accouchement, elles le feront plus tard. L'amour maternel n'est pas conditionn&#233; par nos hormones, ni par un &#034;proto- regard&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je vais m'arr&#234;ter l&#224;. J'ai trouv&#233; tout &#231;a trop nul. Ovidie mettant en avant le fait que l'accouchement faisait partie int&#233;grante de la sexualit&#233; f&#233;minine, je trouvais &#231;a trop bien. Mais elle manque profond&#233;ment de nuance, d'humilit&#233; face &#224; la grande diversit&#233; des ressentis humains, que ce soit en mati&#232;re d'accouchement ou de sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle finit par &#233;crire que l'accouchement n'est &#034;pas un acte physique mais uniquement psychologique&#034;, que &#034;tout se joue dans la t&#234;te de celle qui accouche&#034;, j'ai envie de hurler. Pourquoi dissocier le corps de l'esprit ? Comment nier la part &#233;norme de travail purement physique, d&#233;clench&#233; et entretenu de mani&#232;re involontaire ? Nos caract&#233;ristiques, nos forces et nos faiblesses corporelles ? Oui, le psychisme intervient : on accouche toute enti&#232;re, avec nos &#233;motions, nos ressentis, notre v&#233;cu, nos peurs, nos joies... mais aussi avec notre corps, qui va s'ouvrir, qui se contracte, qui transpire, qui a faim, qui a soif, qui a mal... Les deux sont en interaction. Il n'y a pas que le psychisme qui peut compliquer ou faciliter un accouchement sur le plan physique. Il y a aussi le physique qui peut compliquer ou faciliter un v&#233;cu psychique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Chaumont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : Je n'ai absolument aucun a priori n&#233;gatif vis &#224; vis des anciennes actrices de porno. On peut avoir exerc&#233; ce m&#233;tier et savoir faire preuve d'intelligence, de sensibilit&#233;, d'ouverture d'esprit, sans donner dans le st&#233;r&#233;otype... J'ai pu lire l'autobiographie (&#034;La Voie Humide&#034;) de Coralie Trinh Thi - elle aussi ancienne star du X - et j'ai &#233;t&#233; absolument boulevers&#233;e tant par son style que par la profondeur de son texte, &#233;mue jusqu'aux larmes &#224; la lecture de la derni&#232;re phrase de ce livre (qui cit&#233;e hors contexte n'a pas du tout la m&#234;me signification que lorsqu'on a lu les 700 pages qui pr&#233;c&#232;dent...). Cette femme-l&#224; a &#233;crit deux guides dans la collection &#034;Osez&#034; et on est &#224; mille lieues de ce qu'a produit Ovidie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;M&#232;re de trois enfants, Catherine Chaumont est membre de l'Alliance Francophone pour l'accouchement respect&#233; (AFAR) et du Collectif Interassociatif autour de la NaissancE (CIANE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle anime un site internet sur le sujet des Maisons de naissance : &lt;a href=&#034;http://chaumont.catherine.free.fr/mdn/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://chaumont.catherine.free.fr/mdn/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos de &#034;Le conflit, la femme et la m&#232;re&#034; d' E. Badinter</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/A-propos-de-Le-conflit-la-femme-et-la-mere-d-E-Badinter</link>
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		<dc:date>2010-04-01T19:01:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'ai lu le bouquin d'E. Badinter, &#034;Le Conflit, La femme et la m&#232;re&#034;. Pas du tout inint&#233;ressant, m&#234;me si elle a parfois des raccourcis un peu faciles... Genre &#034;c'est l'arriv&#233;e d'un enfant qui est souvent responsable de la s&#233;paration du couple&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des formules choc aussi : les femmes enfin &#034;d&#233;barrass&#233;es du patriarcat se retrouvent avec un nouveau ma&#238;tre &#224; la maison&#034; (le b&#233;b&#233;). &#034;C'est le b&#233;b&#233; qui est devenu le meilleur alli&#233; de la domination masculine&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'allaitement et le cododo ? : &#034;La m&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'ai lu le bouquin d'E. Badinter, &#034;Le Conflit, La femme et la m&#232;re&#034;. Pas du tout inint&#233;ressant, m&#234;me si elle a parfois des raccourcis un peu faciles... Genre &#034;c'est l'arriv&#233;e d'un enfant qui est souvent responsable de la s&#233;paration du couple&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des formules choc aussi : les femmes enfin &#034;d&#233;barrass&#233;es du patriarcat se retrouvent avec un nouveau ma&#238;tre &#224; la maison&#034; (le b&#233;b&#233;). &#034;C'est le b&#233;b&#233; qui est devenu le meilleur alli&#233; de la domination masculine&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'allaitement et le cododo ? : &#034;La m&#232;re efface alors l'amoureuse et met le coupe en danger&#034;. &#034;L'enfant n'est pas propice &#224; la vie amoureuse&#034; &#034;Les s&#233;parations dans les trois ans qui suivent une naissance sont bien connues&#034; (alors l&#224;, je pouffe apr&#232;s avoir lu &#034;L'histoire naturelle de l'amour&#034; d'Helen Fischer qui &#233;nonce les causes physiologiques du d&#233;clin amoureux et o&#249; on apprend que de tout temps, dans toutes les cultures o&#249; les femmes sont ind&#233;pendantes &#233;conomiquement, il y a un pic de divorce apr&#232;s 4 ans de mariage - il faut peut-&#234;tre chercher un autre &#034;coupable&#034; et se demander si c'est vraiment toujours regrettable...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est int&#233;ressant aussi de prendre en compte ce param&#232;tre : la disponibilit&#233; et la performance sexuelle qui est exig&#233;e des femmes. Comme si c'&#233;tait mal que le d&#233;sir soit parfois discret voire absent, comme si c'&#233;tait mal d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute de son corps, de s'accorder des pauses, d'&#234;tre dans &#034;autre chose&#034;, comme si c'&#233;tait impossible (ou triste) de devoir inventer une autre relation de couple, de se m&#233;nager des instants d'intimit&#233;, de se retrouver amants apr&#232;s une parenth&#232;se o&#249; on partage autre chose, comme s'il &#233;tait imp&#233;ratif, pour &#234;tre une femme lib&#233;r&#233;e digne de ce nom, d'&#234;tre sexuellement en demande tout au long de sa vie, de mani&#232;re soutenue et enthousiaste...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Selina Kyle est fondatrice du GRENN (Groupe Radical des Excit&#233;es de la Naissance Naturelle) et anime le site &#034;&lt;a href=&#034;http://dechainees.easy-hebergement.info/index.php?page=90f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dechainees.com&lt;/a&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me si son bouquin am&#232;ne des r&#233;flexions fort int&#233;ressantes, &#231;a sonne vraiment comme &#034;avoir des enfants c'est nul parce que &#231;a emp&#234;che les femmes de gagner autant que les mecs&#034; &#034;donner le sein, c'est revendiquer l'exclusivit&#233; dans les soins de l'enfant et &#231;a sert bien le machisme&#034; - ben oui, &#034;gr&#226;ce au biberon&#034;, ils s'&#233;taient enfin impliqu&#233;s dans les autres t&#226;ches d&#233;volues aux m&#232;res (je ne saisis pas o&#249; le fait de donner le sein emp&#234;che papa de donner le bain &#224; b&#233;b&#233;). Quand on a un m&#244;me et qu'on veut lui consacrer du temps en diminuant son temps de travail, on le fait pour ressembler au mod&#232;le de m&#232;re parfaite (pas parce que c'est plus cool) et on subit plut&#244;t qu'on ne choisit. On est dans le &#034;sacrifice&#034;, pas dans le don de soi g&#233;n&#233;rateur de gratifications. On est esclave de son gosse si on ne partage pas toutes les t&#226;ches &#224; fifty-fifty d&#232;s la sortie du ventre... Et alors quand on allaite, c'est pire de chez pire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, une vision du f&#233;minisme o&#249; la maternit&#233;, &#231;a plombe l'&#233;galit&#233; hommes-femmes (qui ne se mesure qu'en termes d'esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, elle reconna&#238;t quand m&#234;me que certaines font des gosses par choix, qu'elles ont le droit et que &#231;a peut les &#233;panouir... Mais elle d&#233;montre beaucoup plus de sympathie envers celles qui font le choix de ne pas avoir d'enfants je trouve (ce que j'estime comme &#233;tant un droit absolu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reconna&#238;t qu'il y a quelques p&#232;res au foyer... mais que &#231;a reste tr&#232;s tr&#232;s rare et que &#231;a ne va pas s'am&#233;liorer du c&#244;t&#233; du partage des t&#226;ches domestiques... Moi je dis qu'il faudrait pit&#234;tre apprendre &#224; nos petits gar&#231;ons comme &#224; nos petites filles &#224; s'occuper de ranger leur chambre, d&#233;barrasser la table, trier le linge, faire du repassage (en fonction de leur &#226;ge of course) pour ne plus offrir un mod&#232;le culturel o&#249; seules les filles sont &#233;duqu&#233;es &#224; ce genre de plaisirs. Moi, fille n&#233;e dans les ann&#233;es 70, comme mes frangines, nous avons &#233;t&#233; form&#233;es aux t&#226;ches m&#233;nag&#232;res par ma m&#232;re. Les gar&#231;ons ? Pourquoi ? Ben maintenant, c'est leur copine qui fait tout, m&#234;me s'ils bossent tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l'impression aussi que la seule chose qui p&#232;se sur les femmes, c'est un mod&#232;le de m&#232;re parfaite &#224; laquelle il faudrait se conformer (accoucher naturellement, allaiter, cesser de travailler pour s'occuper de son m&#244;me). Franchement, le mod&#232;le de working woman parfaite, qui ne refuse jamais un surplus de travail, toujours disponible, il est pas pesant, m&#234;me sans m&#244;mes ? Celui de la femme f&#233;line, toujours sexuellement attractive, toujours mince, au corps ferme et muscl&#233;, sexy m&#234;me quand elle est enceinte (Gis&#232;le Bunchen, Heidi Klum ont fait des photos de mode 2 mois apr&#232;s avoir accouch&#233; : la barre est haute !!!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je constate aussi que les femmes sont toujours pr&#234;tes &#224; se d&#233;nigrer entre elles :celle qui voit dans la maternit&#233; l'essence de la f&#233;minit&#233; et la &#034;Childless&#034; qui voit dans la maternit&#233; quelque chose de d&#233;sexualisant, donc une perte d'identit&#233; f&#233;minine. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, m&#234;me quand on veut nier l'appartenance &#224; un genre, on met en avant un mod&#232;le de femme parfaite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;conflit&#034; nait de la possibilit&#233; du choix, comme dans bien d'autres aspects de nos vies, et des r&#233;percussions autant sur notre &#233;quilibre que sur les gens qui nous entourent. Une saine interrogation, un balancement, une d&#233;cision, avec ses plus et ses moins... Le choix du mot &#034;conflit&#034; fait davantage penser &#224; une &#034;guerre&#034; qu'&#224; un processus d'introspection visant &#224; ce qu'on d&#233;termine ce qui nous convient le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, &#231;a me gonfle qu'on parle de domination masculine sans cesse, l&#224; o&#249; les hommes subissent aussi plein de choses, l&#224; o&#249; les femmes ont des influences fortes sur certaines sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; (et la sph&#232;re &#233;conomique n'est pas celle que je garderais comme ultime r&#233;f&#233;rence au degr&#233; de libert&#233; de l'individu...). L&#224; o&#249; ce qu'il faut pr&#233;server, c'est la libert&#233; de choix, la possibilit&#233; de faire ce qu'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle parle &#224; juste titre de certaines femmes qui d&#233;cideraient d'&#234;tre m&#232;res &#224; plein temps parce qu'elles sont d&#233;&#231;ues de leur maman f&#233;ministe qui ne s'est pas assez occup&#233;e d'elles quand elles &#233;taient petites. Ce qu'elle oublie, c'est que les enfants des m&#232;res &#224; temps plein d'aujourd'hui diront probablement l'inverse : &#034;je ne veux pas sacrifier ma vie &#224; mes enfants comme ma m&#232;re l'a fait&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois vraiment que la majeure partie d'entre nous a d'autres aspirations que d'&#234;tre juste &#034;maman&#034; ou juste &#034;travailleuse&#034;. La plupart des femmes veulent avoir un job int&#233;ressant et gagner du fric, avoir des loisirs, une vie amoureuse satisfaisante et parfois un ou des enfants. On ne va certainement pas toutes retourner toute notre vie au foyer &#224; pr&#233;parer des confitures pour l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie naturaliste, c'est une contre culture &#224; laquelle les gens sont libres d'adh&#233;rer ou pas, un ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; qui a ses raisons d'&#234;tre. Un mod&#232;le parfois culpabilisateur, comme tous les autres mod&#232;les. Mais on n'est pas des cruches non plus. On peut en prendre un peu et jeter ce qui ne nous convient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; je la rejoins, c'est qu'il faudrait f&#233;d&#233;rer les f&#233;ministes essentialistes et universalistes (et les femmes qui ne se retrouvent ni dans l'une tendance ni dans l'autre) pour mener certains combats de front (je pense aux solutions de garde pour les enfants par exemple). Que celles qui veulent pouponner &#224; temps plein soient solidaires de celles qui veulent reprendre le travail. Bref, f&#233;d&#233;rer les femmes autour de l'id&#233;e qu'il faut que tous les choix nous soient accessibles, ceux qui nous conviennent &#224; titre personnel et ceux qui conviennent &#224; d'autres, sans culpabiliser ni stigmatiser celles qui ne vivent pas comme nous, sans &#233;laborer de mod&#232;le de conduite &#224; adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une amie qui a entendu Badinter &#224; la radio belge et elle avait insist&#233; lourdement sur le fait que l'accouchement sans p&#233;ridurale, c'&#233;tait &#034;non&#034; pour elle ! Que &#231;a puisse &#234;tre lib&#233;rateur pour une femme de faire sans, &#231;a lui est impensable. Elle aussi, elle a son mod&#232;le bien fig&#233; de femme lib&#233;r&#233;e en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Badinter dit que l'&#233;galit&#233; des sexes se mesure &#224; l'&#233;cart entre les salaires (&#034;meilleur indicateur&#034; selon elle). Selon ce mod&#232;le &#233;galitaire, la seule mani&#232;re d'&#234;tre &#233;gale &#224; un homme, puisqu'elle exclut la possibilit&#233; que les hommes partagent les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et le temps de travail pour s'occuper de leurs enfants, c'est soit de ne pas en faire, soit de les confier &#224; une femme qu'on paiera pour s'en occuper (et qui elle-m&#234;me soit n'aura pas d'enfants, soit paiera quelqu'un d'autre pour s'en occuper).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on parler de lib&#233;ration f&#233;minine quand le mod&#232;le &#233;galitaire exclue celles qui se sentent bien dans un mode de vie &#034;traditionnel&#034; ? Faut-il souhaiter un tel mod&#232;le qui ne se fonde que sur la performance &#233;conomique des hommes ? Peut-on imaginer que ce mod&#232;le leur convienne &#224; eux ? Faut-il &#224; tout prix voir une oppression des femmes d&#232;s lors qu'elles ne gagnent pas &#034;autant&#034; que les hommes ? Et leur prise de pouvoir dans la sph&#232;re familiale et affective ? Combien de femmes exercent un chantage affectif pour garder leur conjoint aupr&#232;s d'elles gr&#226;ce aux enfants ? Combien r&#232;glent leurs comptes avec eux en cas de s&#233;paration pour ce qui est de l'attribution de la garde et du &#034;droit de visite&#034; (expression horrible &#224; entendre pour les hommes d&#233;chir&#233;s de ne plus pouvoir vivre aupr&#232;s de leurs enfants) ? Certaines les accusent m&#234;me d'attouchements sexuels pour les priver de tous contacts avec leurs petits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme E. Badinter d&#233;cr&#232;te qu'il n'y a aucune influence biologique poussant au maternage, que tout est culturel, elle voit forc&#233;ment le fait que les femmes bossent moins que les hommes comme le r&#233;sultat non pas d'un choix dict&#233; par un &#233;lan visc&#233;ral mais comme une contrainte d'ordre culturel, une sorte de conditionnement, point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perso, je ne crois pas en l'existence d'un instinct maternel ou amour maternel si on le d&#233;finit tel quelque chose qui se pose comme une &#233;vidence chez toutes. Les influences biologiques sont l&#224; mais le conditionnement culturel et le v&#233;cu peuvent l'inhiber plus facilement que chez les animaux (influence du n&#233;o cortex sur le cerveau reptilien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, je crois en l'existence d'un instinct si on le d&#233;finit comme le fait Helen Fischer dans son bouquin, c'est &#224; dire la pr&#233;sence de comportements inn&#233;s qui s'expriment majoritairement sur tout le globe, quelles que soient les &#233;poques et les cultures.Elle reconna&#238;t que ce n'est pas du 100% du fait que nous sommes aussi des &#234;tres de &#034;raison&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si les femmes gagnent moins, c'est aussi parce qu'elles sont plus nombreuses &#224; r&#233;clamer des temps partiels et &#224; refuser d'&#234;tre disponibles en permanence apr&#232;s les heures de travail. Evidemment, le conditionnement culturel joue.Mais il y a aussi chez beaucoup de femmes qui font ce choix une part d'inn&#233;, de sentiment profond d'un besoin de fusion avec son b&#233;b&#233;, plus ou moins long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Badinter n'envisage pas la pr&#233;sence d'un &#034;instinct&#034; tel que d&#233;fini par Helen Fischer, elle ne peut pas comprendre qu'il puisse &#234;tre important pour le bien-&#234;tre de certaines femmes aux prises avec cette envie visc&#233;rale de lever le pied, au moins pendant un moment, sur le plan professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil pour le partage des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res : elle constate que plus il y a d'enfants, plus la charge incombe aux femmes. Je dirais que quelque part, dans une certaine mesure, ce n'est pas &#233;tonnant : si les femmes, en faisant plus d'enfants, choisissent de bosser &#224; temps partiel ou d'arr&#234;ter de travailler, il est compr&#233;hensible qu'elles n'imposent pas &#224; leur conjoint qui rentre apr&#232;s une longue journ&#233;e de travail la moiti&#233; des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de sortir de sch&#233;mas comportementaux pr&#233;d&#233;finis ? Oui, mais &#231;a prend du temps. Moi, je trouve que les hommes &#233;voluent super bien pour la plupart et qu'ils d&#233;couvrent le bonheur de partager des choses avec leurs enfants, plus que mon grand-p&#232;re ne l'aurait fait. Ils souffrent parfois aussi beaucoup en cas de s&#233;paration, du fait de l'absence de leurs enfants (situation o&#249; les femmes sont nombreuses &#224; r&#233;clamer la garde, m&#234;me si &#231;a doit les p&#233;naliser sur le plan &#233;conomique et professionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#233;flexion : pour E. Badinter, il n'y a pas davantage d'instinct de reproduction, puisque les femmes sont de plus en plus nombreuses &#224; ne pas faire d'enfants par choix. Moi je dirais que si malgr&#233; les conditions &#233;conomiques, malgr&#233; les contraintes li&#233;es &#224; la venue d'un enfant, malgr&#233; la contraception et l'avortement, on fait encore autant d'enfants, c'est qu'il y a &#034;aussi&#034; une composante biologique au d&#233;sir d'enfant (le truc qui parfois me remue le ventre et qui fait que sans mon st&#233;rilet j'aurais probablement deux enfants de plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, E. Badinter penche du c&#244;t&#233; de l'acquis pr&#233;dominant o&#249; le biologique est source d'in&#233;galit&#233;s et dont l'influence est n&#233;gligeable ou inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je crois que c'est un &#034;mix&#034; des deux qui nous dirige, &#224; des degr&#233;s divers. Pour certaines la balance penche du c&#244;t&#233; biologique, pour d'autres du c&#244;t&#233; culturel, pour d'autres encore, une sorte d'harmonie entre les deux. Rien n'est &#224; condamner, tout doit &#234;tre possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, elle semble presque regretter qu'on ait d&#233;couvert que le b&#233;b&#233; &#233;tait une personne et qu'il avait des besoins... C'est &#224; peine si elle ne taxe pas ces &#034;besoins&#034; d'&#234;tre la cause de la &#034;servitude maternelle&#034;. On n'est pourtant pas oblig&#233; de renoncer &#224; son &#233;panouissement personnel et tout leur devoir, mais ce genre de d&#233;couverte me semble important, notamment pour ce qui est de la garde des enfants quand maman travaille ! Aujourd'hui, on a un gouvernement qui veut parquer les mioches dans des cr&#232;ches o&#249; le personnel serait en moindre nombre et moins form&#233;, un peu comme des sardines, &#224; chialer tous seuls dans leur coin ou &#234;tre attach&#233;s dans un transat tout la journ&#233;e... Juste pour que plus de femmes retournent au boulot, sans avoir &#224; d&#233;penser trop d'argent public, sans s'&#233;mouvoir du sort des petits :-/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, &#231;a nourrit ma r&#233;flexion et &#231;a, c'est bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fois, je me dis que d'une certaine fa&#231;on, elle fait comme Marie-Jos&#233;e Jaubert avec &#034;Les Bateleurs du Mal Joli&#034; (que j'ai ador&#233;), des fois, elle fait vraiment &#233;tat de ses n&#233;vroses et elle tend &#224; sa mani&#232;re &#224; imposer un mod&#232;le de femme parfaite :-)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie de le lire avec un peu de recul et assez d'ouverture d'esprit, convaincue que ce qu'elle &#233;crit porte aussi des &#233;l&#233;ments importants pour ce qui est de la lib&#233;ration f&#233;minine, c'est &#224; dire le droit d'une femme de s'affranchir de certains courants de pens&#233;e moralisateurs pour pouvoir exister pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selina Kyle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selina Kyle est fondatrice du GRENN (Groupe Radical des Excit&#233;es de la Naissance Naturelle) et anime le site &#034;&lt;a href=&#034;http://dechainees.easy-hebergement.info/index.php?page=90f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dechainees.com&lt;/a&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Commentaire de Emmanuelle M. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; (ou plut&#244;t en conversation avec) Selina Kyle sur le livre d'Elisabeth Badinter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard a fait que j'ai lu son livre (on me l'a pr&#234;t&#233;) et &#233;cout&#233; plusieurs de ses interventions &#224; la t&#233;l&#233; ainsi qu'une &#224; la radio. J'ai lu aussi ses interviews dans la presse &#233;crite, Le Point, T&#233;l&#233;rama et Elle, si je me souviens bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est une femme m&#232;re de famille, forc&#233;ment le titre &#171; Le conflit, la femme et la m&#232;re &#187; interpelle. On se dit : &#171; Tiens, on y parle de mes petites soucis &#187;, soucis bien partag&#233;s quand on parle avec ses belles-s&#339;urs, ses coll&#232;gues. Pas quand on parle par contre avec des amies lesbiennes (je d&#233;teste ce mot, mais homosexuelles, ce n'est pas mieux, alors faisons avec) qui ont des enfants. Mais &#231;a, dans le monde d'E Badinter, &#231;a n'existe pas ! C'est forc&#233;ment, dans le m&#234;me lieu de vie, la femme, l'homme et le ou les enfant(s). C'est d&#233;j&#224; un signe de sa vision de la soci&#233;t&#233; de ne pas en parler, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc beaucoup aim&#233; l'article de Selina Kyle, je me suis souvent retrouv&#233;e dans ce qu'elle dit, et dans sa mani&#232;re de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la relation entre l'homme et la femme, une fois que le b&#233;b&#233; est l&#224;, je peux me permettre d'en parler, car j'ai v&#233;cu deux cas de figure : une premi&#232;re fois, une s&#233;paration dans l'ann&#233;e qui a suivi la naissance de l'enfant, la seconde fois, un rapprochement, une relation meilleure ou am&#233;lior&#233;e on pourrait dire. J'&#233;tais pourtant la m&#234;me femme, certes &#224; sept ann&#233;es de diff&#233;rence. Mais c'est bien le comportement de l'homme, du papa, qui a chang&#233; la vie. Sans compter l'influence de la situation &#233;conomique du couple et du comportement de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je reproche &#224; E Badinter, c'est d'&#234;tre dogmatique sur ce qui se passe &#224; l'arriv&#233;e d'un enfant. Elle pense que le b&#233;b&#233; est un maitre &#224; la maison. Oui, parfois. Mais pas syst&#233;matiquement comme elle le laisse entendre. Si le b&#233;b&#233; est un maitre &#224; la maison, c'est parce que les parents veulent bien lui laisser cette place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis oh combien d'accord avec Selina Kyle sur l'exigence faite aux femmes sur la disponibilit&#233; sexuelle qui leur est demand&#233;e (plus que de la performance, l&#224;, je ne sais pas). A chaque fois que j'ai &#233;cout&#233; des &#233;missions sur le sexe, je fus choqu&#233;e par le fait que la personne qui donne des conseils trouve normal qu'une femme d&#233;sire toujours un homme &#224; partir du moment o&#249; il est acquis qu'elle l'aime. Et elle peut le d&#233;sirer sans l'aimer aussi bien s&#251;r. Mais l'aimer sans le d&#233;sirer, &#171; que le d&#233;sir soit parfois discret voire absent &#187; comme le dit si bien Selina Kyle, &#231;a c'est inconcevable pour ses &#171; conseill&#232;res &#187;. Comme si faire l'amour allait de soi, qu'il est toujours bon de s'envoyer l'air ! Ben non, il n'est pas toujours bon de s'envoyer en l'air, on peut aussi &#234;tre dans &#171; autre chose &#187;, comme si une relation de couple, c'&#233;tait avant tout du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord aussi quand Selina Kyle dit qu &#171; il faudrait pit&#234;tre apprendre &#224; nos petits gar&#231;ons comme &#224; nos petites filles &#224; s'occuper de ranger leur chambre, d&#233;barrasser la table ... &#187;, j'ai deux gar&#231;ons et je m'y emploie chaque jour. Et je vois bien autour de moi que peu le font. A r&#233;fl&#233;chir...&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, concernant la domination masculine, je serai plus nuanc&#233;e. Oui, les hommes aussi subissent plein de choses, mais subissent-ils le fait de se retrouver enceinte sans l'avoir voulu ? C'est tout de m&#234;me tr&#232;s violent cette chose-l&#224;, avoir quelque chose qui pousse dans son ventre, qui a deux responsables, mais dont seule la femme doit se d&#233;patouiller ? Avec la baisse constante des centres d'IVG, les IVG &#171; tardives &#187; dans des pays &#233;trangers, la femme subit beaucoup, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selina Kyle dit qu'il y a des sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; o&#249; les femmes ont une influence forte. Lesquelles ? La sph&#232;re &#233;conomique d&#233;termine toutes les autres sph&#232;res. Sans argent, sans moyen de subsistance, qu'est-ce que la vie ? D'ailleurs, au paragraphe suivant, ne dit-elle pas &#171; la plupart des femmes veulent avoir un job int&#233;ressant et gagner du fric &#187;. L'&#233;conomique donc, c'est ce dont Selina Kyle parle en premier, avant la vie amoureuse et les enfants. Est-ce un hasard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je retiens du discours de E Badinter, c'est &#171; Attention les femmes, depuis le d&#233;but de la crise, on veut vous enfermer dans le r&#244;le de la bonne m&#232;re, vous faire revenir &#224; la maison, vous inciter &#224; renoncer &#224; travailler. Mais non, il faut aussi que vous bossiez et ne soyez pas esclave du retour au naturel ou &#224; l'&#233;colo &#187;. L'allaitement, ringard, c'est un esclavage, les couches lavables, encore un esclavage. Les femmes seraient donc si b&#234;tes, en France, qu'elles ne sont pas capables de savoir ce qu'elles doivent faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais si vous aviez remarqu&#233; qu'E Badinter a eue toute une journ&#233;e d'antenne sur France Inter, jeudi 11 f&#233;vrier je crois ? Et le pire, ce qui m'&#233;nerve le plus avec E Badinter, c'est qu'elle a la double casquette d'&#233;crivain et philosophe (et non de biologiste, contrairement &#224; ce qu'on pourrait croire parfois lorsqu'elle parle d'instinct maternel et d'instinct de reproduction), mais aussi une troisi&#232;me, tr&#232;s importante, dont elle ne parle jamais ou presque, celle de fille et h&#233;riti&#232;re de Marcel Bleustein- Blanchet, fondateur de Publicis (multinationale publicitaire), dont elle est la deuxi&#232;me actionnaire et la pr&#233;sidente du conseil de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a donc du pouvoir (je n'irai pas jusqu'&#224; dire qu'elle &#171; r&#232;gne &#187; comme Daniel Schneidermann) sur beaucoup des pages publicitaires des magazines (on n'est pas oblig&#233; de les regarder) et des affiches des abribus (l&#224;, on est oblig&#233; de les voir). Or l'injonction faite aux femmes via ces publicit&#233;s d'&#234;tre mince, belle, cr&#233;m&#233;e, &#233;pil&#233;e, et j'en passe toutes ces photos porno-chic n'est-elle pas du terrorisme bien pire que l'incitation &#224; rentrer &#224; la maison et &#224; utiliser des couches lavables ? C'est bizarre, elle n'en parle pas de &#231;a, Madame Badinter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuelle M. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le calvaire des &#233;crivains (&#034;What writers go through&#034;)</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Le-calvaire-des-ecrivains-What-writers-go-through</link>
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		<dc:date>2008-11-09T22:28:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je publie ici ma traduction (r&#233;dig&#233;e pour ce site) d'un &#233;ditorial d'Isaac Asimov publi&#233; dans le num&#233;ro du 21 d&#233;cembre 1981 de l'Isaac Asimov's Science Fiction Magazine. &lt;br class='autobr' /&gt; Homme aux nombreux savoirs, Isaac Asimov est aussi, &#224; mes yeux, un mod&#232;le d'&#233;crivain professionnel. Scientifique de formation, il a touch&#233; &#224; tous les &#171; mauvais &#187; genres narratifs - de la SF au roman policier en passant par le limerick (po&#232;me &#171; coquin &#187;) - et a publi&#233; aussi bien des essais de vulgarisation scientifique que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L131xH150/arton938-549ec.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='131' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je publie ici ma traduction (r&#233;dig&#233;e pour ce site) d'un &#233;ditorial d'Isaac Asimov publi&#233; dans le num&#233;ro du 21 d&#233;cembre 1981 de l'&lt;/i&gt;Isaac Asimov's Science Fiction Magazine.&lt;i&gt; &lt;br&gt;
Homme aux nombreux savoirs, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Asimov&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Isaac Asimov&lt;/a&gt; est aussi, &#224; mes yeux, un mod&#232;le d'&#233;crivain professionnel. Scientifique de formation, il a touch&#233; &#224; tous les &#171; mauvais &#187; genres narratifs - de la SF au roman policier en passant par le limerick (po&#232;me &#171; coquin &#187;) - et a publi&#233; aussi bien des essais de vulgarisation scientifique que des commentaires historiques des &#339;uvres de Shakespeare ou de la Bible. Il passait son temps &#224; son clavier, voyageait peu et a publi&#233;, de son vivant, plus de 500 ouvrages (romans, essais ou recueils)... Le texte qui suit &#233;tait affich&#233; sur &lt;a href=&#034;http://sprott.physics.wisc.edu/pickover/writertips.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un site d'aide aux &#233;crivains&lt;/a&gt;. Je ne le connaissais pas et j'ai eu, apr&#232;s l'avoir lu, tr&#232;s envie de le traduire. J'esp&#232;re en avoir correctement rendu l'ironie et la malice. &lt;br&gt;
J'esp&#232;re aussi qu'il vous plaira. M.W.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De temps &#224; autre, je re&#231;ois une lettre qui touche un point sensible. Ainsi, Jeanne S. King de Marietta, Georgie, m'a sugg&#233;r&#233; d'&#233;crire un &#233;ditorial sur le calvaire que traversent les &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note du traducteur : Si j'ai gard&#233; le terme original, c'est parce que le mot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Son c&#339;ur saigne pour ces pauvres bougres, et je pense qu'elle a n'a pas tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, je vais clarifier ce que j'entends par le mot &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt;. Je ne veux pas limiter le mot &#224; ceux qui ont du succ&#232;s, qui ont publi&#233; des best-sellers ou qui produisent chaque ann&#233;e (ou chaque jour...) des rames de papier imprim&#233;, qui gagnent somptueusement leur vie gr&#226;ce &#224; leur stylo, leur machine &#224; &#233;crire ou leur machine &#224; traitement de texte, ou ont acquis c&#233;l&#233;brit&#233; et admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux parler aussi de ceux qui vendent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Aux Etats-Unis, &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;crit ce texte et comme aux d&#233;buts de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un texte de temps &#224; autre et en tirent des revenus qui ne font que compl&#233;ter ce qu'ils gagnent avec d'autres boulots, ceux dont le nom n'est pas une marque d&#233;pos&#233;e, ceux qu'on ne reconna&#238;t pas dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai m&#234;me plus loin en disant que je parle ici aussi de ceux qui ne vendent jamais rien, qui sont des &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt; du seul fait qu'ils s'acharnent &#224; &#233;crire, soumettant un texte apr&#232;s l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Asimov utilise le mot &#171; story &#187; qui peut aussi bien d&#233;signer une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , avec un espoir encore inexauc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas &#233;carter d'un revers de main cette derni&#232;re cat&#233;gorie de &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt; en les qualifiant de &#171; rat&#233;s &#187; et non de &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt; &#171; authentiques &#187;. D'abord parce qu'ils ne restent pas toujours &#233;ternellement des &#171; rat&#233;s &#187;. Pour presque tous les &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt;, avant qu'ils connaissent le succ&#232;s (fulgurant ou non) la p&#233;riode d'insucc&#232;s ou de &#171; ratage &#187; est en r&#233;alit&#233; une p&#233;riode d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quand bien m&#234;me un &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; serait-il destin&#233; &#224; rester un &#8220;rat&#233;&#8221;, quand bien m&#234;me ne vendrait- il jamais un seul texte, il n'en est pas moins un &#234;tre humain &#233;prouvant les difficult&#233;s et frustration d'une vie de &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; sans m&#234;me la consolation d'un petit succ&#232;s occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on passe d'un extr&#234;me &#224; l'autre pour consid&#233;rer le &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; apparemment assur&#233; de vendre chacun de ses textes, on peut constater que difficult&#233;s et frustrations ne lui sont pas &#233;pargn&#233;es pour autant. D'abord parce que, quel que soit la fr&#233;quence du succ&#232;s, quelle que soit l'ampleur de la reconnaissance, ni l'un ni l'autre ne semblent jamais avoir le poids n&#233;cessaire au moment attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois qu'un &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt;, f&#251;t-il le plus c&#233;l&#233;br&#233;, s'assied devant une feuille de papier blanc, il a toujours le sentiment qu'il recommence &#224; z&#233;ro, et que l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s du refus lui pend au nez. (&#192; ce propos, quand je dis &#171; il &#187;, je pr&#233;cise qu'il peut aussi bien s'agir d'une &#171; elle &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je peux me permettre de me prendre comme exemple, je suis toujours un peu r&#233;vuls&#233; lorsque quelqu'un, avec toute la sinc&#233;rit&#233; et l'honn&#234;tet&#233; du monde, pr&#233;suppose qu'on ne me refuse jamais un texte. J'admets que cela m'arrive rarement, mais entre &#171; rarement &#187; et &#171; jamais &#187; il y a un monde. M&#234;me si je ne travaille plus aujourd'hui sans une perspective de publication et si je n'&#233;cris qu'apr&#232;s un engagement ferme, le risque existe toujours. Il n'y a pas une ann&#233;e sans que j'essuie au moins un rejet. Il y a seulement deux mois, le magazine &lt;i&gt;Esquire&lt;/i&gt; m'a command&#233; un article bien pr&#233;cis. Je l'ai d&#251;ment remis en temps et en heure et on me l'a tout aussi d&#251;ment renvoy&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'une possibilit&#233; avec laquelle chaque &#233;crivain doit vivre en permanence. Il est assis seul &#224; marteler les mots, tandis que son c&#339;ur bat au m&#234;me rythme. Chaque phrase lui donne le sentiment que &#231;a ne va pas. Chaque page le pousse &#224; se demander s'il va dans la bonne direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand, pour une raison ou pour une autre, il a le sentiment d'&#234;tre sur la bonne voie, et que tout s'&#233;coule de mani&#232;re claire et fluide, il y revient le jour suivant et, &#224; la relecture, n'entend que les couacs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une vraie torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a la r&#233;&#233;criture et les finitions ; la correction des d&#233;fauts les plus &#233;vidents (du moins, ils semblent &#233;vidents, mais le sont-ils vraiment ?) et leur remplacement par des am&#233;liorations (&#224; moins que &#231;a n'aggrave les choses ?). Il n'y a aucun moyen de savoir si le texte s'am&#233;liore ou s'il s'enlise dans les sables mouvants au point qu'on doit finir par le d&#233;chirer en d&#233;sespoir de cause, ou se r&#233;soudre au risque d'un rejet en l'envoyant dans l'&#233;tat &#224; un &lt;i&gt;editor&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Le mot editor peut d&#233;signer le chef de rubrique d'un journal, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le texte envoy&#233;, on aura beau se blinder, on aura beau se dire encore et encore qu'il va &#234;tre refus&#233;, impossible de ne pas laisser briller en soi une flamm&#232;che d'espoir. Peut-&#234;tre... Peut-&#234;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente constitue, en soi, une torture raffin&#233;e. L'&lt;i&gt;editor&lt;/i&gt; a-t-il manqu&#233; de temps pour lire mon texte ? Ou bien, apr&#232;s l'avoir lu, reste-t-il dans l'incertitude sur la publication ? Va-t-il le relire et peut-&#234;tre d&#233;cider de le publier - &#224; moins qu'il n'ait &#233;t&#233; &#233;gar&#233; - ou bien l'a-t-il mis de c&#244;t&#233; pour me le renvoyer plus tard... en l'oubliant tout &#224; fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps faut-il attendre avant d'envoyer une lettre de relance ? Et une fois &#233;crite, est-elle assez servile ? Assez flagorneuse ? Assez obs&#233;quieuse ? Somme toute, vous ne voulez pas l'offenser, cet homme. Il est peut-&#234;tre sur le point de l'accepter, ce texte ; si vous lui envoyez une lettre insolente, il pourrait mal le prendre et vous renvoyer le manuscrit en deux morceaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque le jour arrive et l'enveloppe brune appara&#238;t dans le courrier, tous les grognements que vous avez pouss&#233;s auparavant en vous disant que ce jour-l&#224; viendrait ne vous seront d'aucune aide. Le soleil dispara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait quarante ans que j'ai travers&#233; cet enfer dans toute sa cruaut&#233;, mais je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me quand un texte est accept&#233;, il faut accepter les suggestions de l' &lt;i&gt;editor&lt;/i&gt;, ce qui veut dire au moins qu'il faut se replonger sur le manuscrit, le travailler de nouveau, ajouter, modifier, couper pour un r&#233;sultat final qui sera peut-&#234;tre pire que l'original, au point de vous faire perdre la publication que vous pensiez acquise. Au pire, les modifications demand&#233;es vous paraissent tellement malvenues qu'&#224; vos yeux, elles sabordent compl&#232;tement le texte ; et cependant, vous n'&#234;tes peut-&#234;tre pas en position d'oser refuser, alors vous devez vous r&#233;soudre &#224; mutiler votre enfant vous-m&#234;me plut&#244;t que de le laisser mourir. (Ou bien devriez-vous refuser avec hauteur et tenter votre chance aupr&#232;s d'un autre &lt;i&gt;editor&lt;/i&gt; ? En prenant le risque, peut-&#234;tre, de voir le premier vous inscrire sur une liste noire ? )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me quand le texte a &#233;t&#233; accept&#233;, achet&#233; et publi&#233;, le triomphe est rarement sans nuage. Car les catastrophes qui peuvent encore lui tomber dessus sont innombrables. La publication d'un livre peut &#234;tre b&#226;cl&#233;e, assortie d'une jaquette de couverture repoussante ou d'un texte de quatri&#232;me qui &#233;vente le contenu ou indique clairement que le r&#233;dacteur ne l'a pas lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre peut n'&#234;tre pas d&#233;fendu parce que l'&#233;diteur le traite avec indiff&#233;rence, et par cons&#233;quent &#234;tre introuvable en librairie, et ne se vendre qu'&#224; quelques centaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : ou dizaines...&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'exemplaires. M&#234;me s'il se vend bien, cet embryon de succ&#232;s peut avorter sous l'effet du papier glacial ou franchement m&#233;chant d'un critique d&#233;nu&#233; de talent ou de qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous vendez un texte &#224; un magazine, vous pouvez avoir le sentiment qu'il a &#233;t&#233; mal illustr&#233;, ou d&#233;tester la pr&#233;sentation, ou vous lamenter devant les coquilles. Vous &#234;tes m&#234;me susceptibles de subir de la part de certains lecteurs des commentaires n&#233;gatifs &#233;mis &#224; votre intention sur un ton joyeux, sardonique ou m&#233;prisant - mais de quel droit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : vous souffrirez. Je n'ai jamais rencontr&#233; de &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; qui ne souffre pas au moindre commentaire n&#233;gatif, et toutes les louanges ne parviendront pas &#224; effacer cette mauvaise note-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, m&#234;me un succ&#232;s complet porte son lot d'inconfort et d'inconv&#233;nients. Il y a, par exemple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui vous envoient les livres &#224; signer et &#224; leur retourner mais qui n'ont pas pris la peine d'y joindre l'affranchissement ou les enveloppes-retour et vous r&#233;duisent &#224; envoyer leur livre au pilon ou (si vous ne pouvez pas vous r&#233;soudre &#224; &#231;a), &#224; aller acheter des enveloppes, &#224; faire un paquet, &#224; acheter des timbres et m&#234;me parfois &#224; vous rendre &#224; la poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui vous envoient des manuscrits &#224; lire et &#224; critiquer (&#171; Oh, pas grand-chose, juste une analyse page par page, et si vous pensez que c'est bon, pourriez-vous me le faire publier avec un a-valoir confortable, s'il vous pla&#238;t ? Merci. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui vous ass&#232;nent deux douzaines de questions en commen&#231;ant par une &#171; toute simple &#187;, du style : &#171; Quelle est &#224; votre avis la fonction de la science-fiction et de quelle mani&#232;re contribue-t-elle au bonheur de l'humanit&#233; ? &#187; en vous demandant d'illustrer votre d&#233;monstration avec des citations d'&#339;uvres classiques de divers auteurs (&#171; N'h&#233;sitez pas &#224; ajouter des pages, si n&#233;cessaire. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui vous envoient une lettre-circulaire, &#224; laquelle ils ont ajout&#233; votre nom (mal orthographi&#233;) demandant une photo d&#233;dicac&#233;e, sans enveloppe ni affranchissement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants qui contraignent une classe de trente &#233;l&#232;ves &#224; vous envoyer chacun une lettre vous disant combien ils ont aim&#233; l'une de vos nouvelles, et qui y ajoutent un mot demandant de bien vouloir r&#233;pondre &lt;i&gt;personnellement&lt;/i&gt; &#224; chacun des tr&#232;s chers enfants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'en passe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, mais alors, pourquoi &#233;crire ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Dans cette phrase, il me semble qu'il y a bien autre chose que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chimiste allemand du 17e si&#232;cle, Johann Joachim Becher, &#233;crivit un jour : &#171; Les chimistes sont un &#233;trange groupe de mortels, mus par la pulsion presque insens&#233;e de chercher le plaisir dans la fum&#233;e et les vapeurs, la suie et les flammes, les poisons et la pauvret&#233; ; et cependant, ma vie est si douce parmi toutes ces malfaisances que je mourrais plut&#244;t que d'&#233;changer ma place avec le roi de Perse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, ce qui est vrai de la chimie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT L'exemple de la chimie n'est pas fortuit : de formation scientifique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'est aussi de l'&#233;criture. J'en subis tous les d&#233;sagr&#233;ments mais, malgr&#233; cela, j'y trouve du bonheur. Je ne pourrais pas expliquer facilement d'o&#249; il vient, ni m&#234;me en quoi il consiste, mais il est l&#224;. J'en connais les joies et je les ressens, et je ne cesserai pas d'&#233;crire tant que je vivrai - et plut&#244;t mourir que d'&#233;changer ma place avec le Pr&#233;sident des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Asimov&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Isaac Asimov&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduction : Marc Zaffran/Martin Winckler)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NB : La traduction n'est pas une science exacte. Je publie ici le texte original, afin que les lecteurs anglophones puissent me signaler d'&#233;ventuelles erreurs ou me faire des suggestions pour am&#233;liorer ma traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What writers go through&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;by Isaac Asimov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Every once in a while I get a letter that strikes a chord. Jeanne S. King of Marietta, Georgia, suggested that I write an editorial on what writers go through. Her tender heart bled for writers and I think she has a point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First, let me make it clear what I mean by &#034;writers.&#034; I don't want to confine the word only to those who are successful, who have published best-selling books, or who crank out reams of published material every year (if not every day), or who make a lavish living out of their pens, typewriter, or word-processors, or who have gained fame and adulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I also mean those writers who just sell an occasional item, who make only a bit of pin money to eke out incomes earned mainly in other fashions, whose names are not household words, and who are not recognized in the street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, let me go farther and say I even mean those writers who never sell anything, who are writers only in the sense that they work doggedly at it, sending out story after story, and living in a hope that is not yet fulfilled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We can't dismiss this last classification as &#034;failures&#034; and not &#034;real&#034; writers. For one thing, they are not necessarily failures forever. Almost every writer, before he becomes a success, even a runaway supernova success, goes through an apprentice period when he's a &#034;failure.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secondly, even if a writer is destined always to be a failure, and even if he is never going to sell, he remains a human being for whom all the difficulties and frustrations of a writer's life exist and, in fact, exist without the palliation of even an occasional and minor triumph.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we go to the other extreme and consider the writer whose every product is an apparently sure sale, we find that the difficulties and frustrations have not disappeared. For one thing, no number of triumphs, no amount of approval, seems to have any carrying power at the crucial moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When even the most successful writer sits down before a blank piece of paper, he is bound to feel that he is starting from scratch and, indeed, that the Damoclean sword of rejection hangs over him. (By the way, when I say &#034;he&#034; and &#034;him,&#034; I mean to ad' &#034;she&#034; and &#034;her&#034; every time.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If I may use myself as an example, I always wince a little when anyone, however sincerely and honestly, assumes that I am never rejected. I admit that I am rarely rejected, but between &#034;rarely&#034; and &#034;never&#034; is a vast gulf. Even though I no longer work on spec and write only when a particular item is requested, I still run the risk. The year doesn't pass without at least one failure. It was only a couple of months ago that Esquire ordered a specific article from me. I duly delivered it ; and they, just as duly, handed it back.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That is the possibility all of us live with. We sit there alone, pounding out the words, with our heart pounding in time. Each sentence brings with it a sickening sensation of not being right. Each page keeps us wondering if we are moving in the wrong direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even if, for some reason, we feel we are getting it right and that the whole thing is singing with operatic clarity, we are going to come back to it the next day and re-read it and hear only a duck's quacking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It's torture for every one of us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then comes the matter of re-writing and polishing ; of removing obvious flaws (at least, they seem obvious, but are they really ?) and replacing them with improvements (or are we just making things worse ?). There's simply no way of telling if the story is being made better or is just being pushed deeper into the muck until the time finally comes when we either tear it up as hopeless, or risk the humiliation of rejection by sending it off to an editor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Once the story is sent off, no amount of steeling one's self, no amount of telling one's self over and over that it is sure to be rejected, can prevent one from harboring that one wan little spark of hope. Maybe&#8212;Maybe-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The period of waiting is refined torture in itself. Is the editor simply not getting round to it, or has he read it and is he suspended in uncertainty ? Is he going to read it again and maybe decide to use it&#8212;or has it been lost&#8212;or has it been tossed aside to be mailed back at some convenient time and has it been forgotten ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How long do you wait before you write a query letter ? And if you do write a letter, is it subservient enough ? Sycophantic enough ? Grovelling enough ? After all, you don't want to offend him. He might be just on the point of accepting ; and if an offensive letter from you comes along, he may snarl and rip your manuscript in two, sending you the halves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And when the day comes that the manila envelope appears in the mail, all your mumbling to yourself that it is sure to come will not avail you. The sun will go into eclipse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It's been over forty years since I've gone through all this in its full hellishness, but I remember it with undiminished clarity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And then even if you make a sale, you have to withstand the editor's suggestions which, at the very least, mean you have to turn back to the manuscript, work again, add or change or subtract material, and perhaps produce a finished product that will be so much worse than what had gone before that you lose the sale you thought you had made. At the worst, the changes requested are so misbegotten from your standpoint that they ruin the whole story in your eyes ; and yet you may be in a position where you dare not refuse, so that you must maim your brainchild rather than see it die. (Or ought you to take back the story haughtily and try another editor ? And will the first editor then blacklist you ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even after the item is sold and paid for and published, the triumph is rarely unalloyed. The number of miseries that might still take place are countless. A book can be produced in a slipshod manner or it can have a repulsive bookjacket, or blurbs that give away the plot or clearly indicate that the blurb-writer didn't follow the plot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A book can be non-promoted, treated with indifference by the publisher and therefore found in no bookstores, and sell no more than a few hundred copies. Even if it begins to sell well, that can be aborted when it is reviewed unsympathetically or even viciously by someone with no particular talent or qualifications in criticism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If you sell a story to a magazine you may feel it is incompetently illustrated, or dislike the blurb, or worry about misprints. You are even liable to face the unsympathetic comments of individual readers who will wax merry, sardonic, or contemptuous at your expense&#8212;and what are their qualifications for doing so ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;You will bleed as a result. I never met a writer who didn't bleed at the slightest unfavorable comment, and no number of favorable or even ecstatic remarks will serve as a styptic pencil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, even total success has its discomforts and inconveniences. There are, for instance. . . :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;People who send you books to autograph and return, but don't bother sending postage or return envelopes, reducing you to impounding their books or (if you can't bring yourself to do that) getting envelopes, making the package, expending stamps, and possibly even going to the postoffice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;People who send you manuscripts to read and criticize (nothing much, just a page-by-page analysis, and if you think it's all right would you get it published with a generous advance, please ? Thank you.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;People who dash off two dozen questions, starting with a simple one like : What in your opinion is the function of science fiction and in what ways does it contribute to the welfare of the world, illustrating your thesis with citations from the classic works of various authors. (Please use additional pages, if necessary.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;People who send you a form letter, with your name filled in (misspelled), asking for an autographed photograph, and with no envelope or postage supplied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Teachers who flog a class of thirty into each sending you a letter telling you how they liked a story of yours, and sending you a sweet letter of her own asking you to send a nice answer to each one of the little dears.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And so on&#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Well, then, why write ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 17th-century German chemist, Johann Joachim Becher, once wrote : &#034;The chemists are a strange class of mortals, impelled by an almost insane impulse to seek their pleasure among smoke and vapor, soot and flame, poisons and poverty ; yet among all these evils I seem to live so sweetly, that may I die if I would change places with the Persian King.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Well, what goes for chemistry, goes for writing. I know all the miseries, but somewhere among them is happiness. I can't easily explain where it is or what it consists of, but it is there. I know the happiness and I experience it, and I will not stop writing while I live&#8212;and may I die if I would change places with the President of the United States.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From Isaac Asimov's Science Fiction Magazine, Dec 21, 1981.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Note du traducteur&lt;/strong&gt; : Si j'ai gard&#233; le terme original, c'est parce que le mot &#171; writer &#187;, utilis&#233; par Isaac Asimov, n'est pas superposable au mot fran&#231;ais &#171; &#233;crivain &#187;, qui est beaucoup plus connot&#233;, socialement et litt&#233;rairement, en France, qu'en Am&#233;rique du Nord ou en Angleterre. Dans l'id&#233;ologie culturelle fran&#231;aise, n'est &#233;crivain que quelqu'un qui &#233;crit de la litt&#233;rature - autrement dit, des romans. En anglais, et plus particuli&#232;rement en Am&#233;rique, pays d'Isaac Asimov, le mot &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; d&#233;signe quelqu'un qui, de mani&#232;re professionnelle ou non, &#233;crit - aussi bien des romans que des nouvelles, des essais ou des chansons, des sc&#233;narios ou des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, des slogans publicitaires, de la po&#233;sie ou des &lt;i&gt;comic-books&lt;/i&gt;. En r&#233;sum&#233;, le mot &#171; &#233;crivain &#187; d&#233;signe un &lt;strong&gt;statut &lt;/strong&gt;socio-culturel (souvent fantasmatique). Le mot &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; d&#233;signe une &lt;strong&gt;activit&#233;&lt;/strong&gt; (professionnelle ou non).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT&lt;/strong&gt; : Aux Etats-Unis, &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;crit ce texte et comme aux d&#233;buts de sa carri&#232;re, un &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt;, m&#234;me s'il se nomme Isaac Asimov, gagne sa vie en proposant des textes (nouvelles, articles) &#224; des revues ou des projets de textes (romans, essais) &#224; des &#233;diteurs. Le mot &#171; vendre &#187; est donc appropri&#233;. M&#234;me l'&#233;crivain le plus connu soumet ses id&#233;es (ou &lt;i&gt;pitch&lt;/i&gt;) d'articles ou de nouvelles &#224; un r&#233;dacteur en chef ou &#224; un &#233;diteur avant qu'on lui fasse un contrat en bonne et due forme. L'important n'est pas que le texte soit publi&#233; (cela reste &#224; la discr&#233;tion du r&#233;dacteur en chef ou de l'&#233;diteur), mais que le travail soit r&#233;mun&#233;r&#233;. Un &lt;i&gt;writer&lt;/i&gt; professionnel est, en Am&#233;rique, quelqu'un que l'on paie pour &#233;crire ou &#224; qui l'on ach&#232;te des textes, mais qui n'est jamais assur&#233; de publier - autre diff&#233;rence marquante avec l'imagerie fantasmatique qu'on se fait de l'&#233;crivain en France, et qui est souvent entretenue par les premiers int&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT&lt;/strong&gt; : Asimov utilise le mot &#171; story &#187; qui peut aussi bien d&#233;signer une nouvelle (c'&#233;tait un grand nouvelliste et beaucoup de ses livres sont des recueils de nouvelles, parfois r&#233;organis&#233;s en roman), qu'un article ou un r&#233;cit. J'ai choisi le mot &#171; texte &#187; pour rendre compte de cette diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT&lt;/strong&gt; : Le mot &lt;i&gt;editor&lt;/i&gt; peut d&#233;signer le chef de rubrique d'un journal, le r&#233;dacteur en chef d'une revue ou le directeur de collection/secr&#233;taire de r&#233;daction d'une maison d'&#233;dition, tous professionnels ayant pour mission, en Am&#233;rique, o&#249; les &lt;i&gt;writers&lt;/i&gt; ont beaucoup moins d'ego d'auteur qu'en France, de couper, de corriger, voire de proposer une r&#233;&#233;criture approfondie d'un texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT&lt;/strong&gt; : ou dizaines...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT :&lt;/strong&gt; Dans cette phrase, il me semble qu'il y a bien autre chose que la sempiternelle interrogation (typiquement fran&#231;aise) sur ce qui &#034;pousse&#034; les &#233;crivains &#224; &#233;crire, sur les forces profondes qui les animent, sur leurs motivations inconscientes accessibles seulement &#224; une interminable analyse lacanienne. Dans mon esprit, la question que pose Asimov est, plus modestement : &#034;Pourquoi est-ce que je fais ce foutu boulot ?&#034; et je reviendrai l&#224;-dessus dans un texte &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;NDT&lt;/strong&gt; L'exemple de la chimie n'est pas fortuit : de formation scientifique, Asimov &#233;tait biochimiste...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Les Mal-aimants &#034; le beau roman de Christophe Deshouli&#232;res </title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Les-Mal-aimants-le-beau-roman-de-Christophe-Deshoulieres</link>
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		<dc:date>2008-04-27T14:40:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Christophe Deshouli&#232;res et moi, nous sommes rencontr&#233;s il y a bient&#244;t vingt ans, en 1990, &#224; l'occasion du festival du Premier Romande Chamb&#233;ry, dont nous &#233;tions cette ann&#233;e-l&#224; deux des invit&#233;s. La &#171; promotion &#187; comptait &#233;galement dans ses rangs Bernard Fauconnier, &#233;crivain et critique et Victor Bouadjio, &#233;crivain et directeur de la revue Ecrire Aujourd'hui avec qui Christophe et moi sommes respectivement rest&#233;s amis depuis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'issus de milieux diff&#233;rents, form&#233;s par des itin&#233;raires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L96xH150/arton929-1b155.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Deshouli&#232;res et moi, nous sommes rencontr&#233;s il y a bient&#244;t vingt ans, en 1990, &#224; l'occasion du &lt;a href=&#034;http://www.festivalpremierroman.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;festival du Premier Roman&lt;/a&gt;de Chamb&#233;ry, dont nous &#233;tions cette ann&#233;e-l&#224; deux des invit&#233;s. La &#171; promotion &#187; comptait &#233;galement dans ses rangs &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/2003-07-03_Cultures_Bernard-Fauconnier-La-critique-et-le-masque&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bernard Fauconnier, &#233;crivain et critique&lt;/a&gt; et Victor Bouadjio, &#233;crivain et directeur de la revue &lt;a href=&#034;http://www.ecrire-aujourdhui.com/magazine.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ecrire Aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; avec qui Christophe et moi sommes respectivement rest&#233;s amis depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'issus de milieux diff&#233;rents, form&#233;s par des itin&#233;raires aussi dissemblables que possible (la rue d'Ulm pour lui, la facult&#233; de m&#233;decine de Tours pour moi), invit&#233;s pour des romans de forme et de contenus apparemment tr&#232;s oppos&#233;s - un formidable roman de 800 pages, &lt;i&gt;Madame Faust&lt;/i&gt; (Julliard, 1989), pour lui et le discret &lt;i&gt;La Vacation&lt;/i&gt;, (POL, 1989), pour moi - nous sommes devenus amis sur-le-champ. Et nous le sommes rest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit n'est donc pas l'article d'un critique, mais le texte d'un ami.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lundi 28 avril entre 12 et 13 heures sur France Musique, &#233;coutez Christophe Deshouli&#232;res pr&#233;senter la &#034;bande originale&#034; de son roman dans l'&#233;mission de Fran&#231;ois Castang &lt;a href=&#034;http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/portee_mots/emission.php?e_id=7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;A port&#233;e de mots&#034;.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Christophe Deshouli&#232;res est &#233;crivain, metteur en sc&#232;ne, journaliste, musicologue (et sp&#233;cialiste de Berlioz) - bref, c'est un artiste. Professeur d'universit&#233;, il a bien entendu beaucoup g&#233;n&#233; : les institutions n'aiment pas les artistes qu'elles n'arrivent pas &#224; st&#233;riliser en leur donnant des titres. Ce printemps, Christophe publie le troisi&#232;me volet du triptyque romanesque inaugur&#233; avec &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Madame-Faust-Christophe-Deshouli%C3%A8res/dp/2213605246/ref=sr_1_2?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1209306609&amp;sr=8-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Madame Faust&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et poursuivi en 1999 avec &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/M%C3%A9moires-dAramis-Lanti-journal-Christophe-Deshouli%C3%A8res/dp/2213605254/ref=sr_1_2?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1209306652&amp;sr=1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires d'Aramis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Cette fois-ci encore, il s'agit d'un roman volumineux (pr&#232;s de 1150 pages), &#224; la fois &#233;pique et litt&#233;raire, ironique et grave, dense et l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'intitule &lt;i&gt;Les Mal-aimants&lt;/i&gt; et nul ne peut en parler mieux que l'auteur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le texte de pr&#233;sentation de son roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;----------------------------&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dix beaux jeunes gens s'isolent en Toscane, sur les hauteurs de Florence, et se racontent des histoires(de sexe, bien entendu). S'agit-il du D&#233;cam&#233;ron, que Boccace situait pendant la grande peste de 1348 ?Non, nous sommes autour de l'an 2000 &#224; la Villa Mal&#236;n et nos amis, pensionnaires du hasard, orphelins priv&#233;s de catastrophe, jouissent du bel &#233;t&#233; italien sans rien faire... Mais ce &#171; rien &#187; est-il mati&#232;re &#224; &#233;crire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos petites histoires navrantes ont-elles un lien avec l'autre histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaisir simple du livre de l'&#233;t&#233; : la paresse de nos vacances s'y double d'un vrai roman d'aventures avec complots, masques, combats au sabre ou au pistolet, galopades et gaillardises bien trouss&#233;es. Au bordel sous Napol&#233;on 1er, un duo saphique, Coralie et Delphine, charme deux clients qui ont le m&#234;me nom : Fourier et Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L198xH259/Les_mal-Aimants-a4942.jpg?1763131185' width='198' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Charles et Joseph inventent la m&#234;me chose : des&#171; s&#233;ries &#187;. Des s&#233;ries math&#233;matiques pour Joseph, pionnier de la physique moderne et des statistiques ; des &#171; s&#233;ries passionn&#233;es &#187; pour Charles, l'utopiste de la libert&#233; sexuelle ; des s&#233;ries de s&#233;ries qui exaltent &#171; la propagation de la chaleur &#187;, sexes en rut, f&#251;ts de canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'amour &#224; la guerre, entre France et Italie, l'ironie cruelle de l'Histoire modifie les lois de l'attraction magn&#233;tique : les aimants se repoussent au lieu de s'attirer. De nos jours, les &#171; s&#233;ries &#187; ne sont que t&#233;l&#233;vis&#233;es. Fade ou grotesque, la com&#233;die du savoir et de l'art ne cultive plus que notre m&#233;lancolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, polaris&#233;s ensemble, Bien-pensants et Mal-aimants, en avance ou en retard d'un si&#232;cle oud'une g&#233;n&#233;ration sur le Grand Soir de l'amour libre, croient toujours au Paradis. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://editions-fayard.typepad.com/blog_des_editions_fayard/files/bookletcdeshoulieres.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;T&#233;l&#233;charger le livret de pr&#233;sentation et les &#171; bonnes feuilles &#187; du roman de Christophe Deshouli&#232;res&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Corneille-Moli&#232;re : itin&#233;raire d'un sceptique</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Corneille-Moliere-itineraire-d-un-sceptique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Corneille-Moliere-itineraire-d-un-sceptique</guid>
		<dc:date>2007-04-08T16:40:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'article qui suit a &#233;t&#233; &#233;crit pour et mis en ligne sur le site de l'Affaire Corneille-Moli&#232;re de l'Association Corn&#233;lienne de France. Si ce que je raconte ici vous int&#233;resse, je vous invite &#224; en apprendre plus en vous rendant sur ce site litt&#233;raire consacr&#233; &#224; l'une des mystifications les moins connues et les plus passionnantes de l'histoire de France. Ma premi&#232;re rencontre avec l'Affaire Corneille-Moli&#232;re date de fin 2002. J'&#233;tais alors chroniqueur &#224; France Inter et je cherchais des sujets (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L150xH138/arton882-00df1.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='138' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article qui suit a &#233;t&#233; &#233;crit pour et mis en ligne sur le &lt;a href=&#034;http://www.corneille-moliere.org/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de l'Affaire Corneille-Moli&#232;re&lt;/a&gt; de l'Association Corn&#233;lienne de France. Si ce que je raconte ici vous int&#233;resse, je vous invite &#224; en apprendre plus en vous rendant sur ce site litt&#233;raire consacr&#233; &#224; l'une des mystifications les moins connues et les plus passionnantes de l'histoire de France.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re rencontre avec l'Affaire Corneille-Moli&#232;re date de fin 2002. J'&#233;tais alors &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Odyssee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chroniqueur &#224; France Inter&lt;/a&gt; et je cherchais des sujets &#034;amusants et nouveaux&#034; &#224; aborder chaque matin pendant mes trois minutes d'antenne. Pour &#171; r&#233;veiller &#187; les auditeurs, puisque telle &#233;tait ma mission. A cet effet, je rendais r&#233;guli&#232;rement compte de livres ou d'articles provocateurs, dont le contenu &#233;branlait les id&#233;es re&#231;ues dans les domaines les plus divers : scientifiques, historiques mais aussi litt&#233;raires. Tr&#232;s int&#233;ress&#233; par les supercheries litt&#233;raires, je lis &#224; l'antenne, le 20 f&#233;vrier 2003, une chronique intitul&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=465&amp;var_recherche=auteur+suppos%E9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce qu'un auteur suppos&#233; ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans laquelle je parle de Vian, de Queneau, de Gary, et bien entendu de Pierre Lou&#255;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le lendemain, au d&#233;tour d'une chronique intitul&#233;e &#034;&lt;i&gt;Qui a &#233;crit la Bible ?&lt;/i&gt;&#034;, je mentionne la th&#233;orie selon laquelle Corneille serait l'auteur de certaines pi&#232;ces de Moli&#232;re. Et, deux mois plus tard, je consacre ma chronique aux travaux de Dominique Labb&#233;. Avec toutefois un fort pr&#233;jug&#233; &#171; moli&#233;riste &#187;, comme c'est pr&#233;visible de la part de quelqu'un qui a &#233;t&#233; (d&#233;)form&#233; par l'Education Nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est en 2003, j'appuie ma contre-argumentation du travail de Dominique Labb&#233; (dont je ne connais alors que &lt;a href=&#034;http://www.lesimpressionsnouvelles.com/moliere.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les textes mis en ligne&lt;/a&gt;) sur les articles, &#233;galement lus en ligne, du moli&#233;riste &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/atelier.php?Dossier_Corneille-Moli%26egrave%3Bre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Georges Forestier&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peeters et Labb&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, &#224; l'occasion d'un passage &#224; Bruxelles, je rencontre Beno&#238;t Peeters, qui me parle d'un des livres qu'il va publier aux Impressions Nouvelles, &lt;i&gt;Corneille dans l'ombre de Moli&#232;re&lt;/i&gt;, de Dominique Labb&#233;. Tr&#232;s amicalement, il me l'envoie et m'incite &#224; le lire attentivement. Ce que je fais volontiers, car j'ai tout de m&#234;me &#233;t&#233; troubl&#233; par &#171; l'Affaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;decin de formation, je suis toujours tr&#232;s sensible aux d&#233;marches scientifiques assum&#233;es et clairement expliqu&#233;es, et tr&#232;s soup&#231;onneux devant les arguments d'autorit&#233; ou les anath&#232;mes ex cathedra. Ce qui me touche imm&#233;diatement dans le livre est l'esprit m&#233;thodique, scientifique, dans lequel D. Labb&#233; a conduit ses recherches. En lisant son livre, je suis frapp&#233; par la modestie de l'auteur et par la rigueur de ses propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'ouvrage d&#233;ploie des arguments - historiques et litt&#233;raires - qui r&#233;pondent de mani&#232;re satisfaisante mais jamais autoritaire - &#224; certaines des questions que je me pose. Sa sympathie ouverte pour Moli&#232;re d&#233;fenseur du th&#233;&#226;tre de Corneille montre de plus qu'il ne s'agit pas pour lui de noircir l'un pour amener l'autre &#224; la lumi&#232;re, mais tout simplement de r&#233;tablir la r&#233;alit&#233; des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lecture, il m'appara&#238;t clairement que les th&#233;ories &#233;nonc&#233;es par Dominique Labb&#233; ne sont pas le produit d'un fantasme - il rend d'ailleurs largement hommage &#224; ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; dans la mise au jour de la collaboration Corneille-Moli&#232;re - mais le r&#233;sultat de recherches soigneuses men&#233;es par plusieurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de part et d'autre de la controverse, la diff&#233;rence de traitement saute aux yeux : alors que Dominique Labb&#233; expose sa th&#233;orie en avan&#231;ant chaque &#233;l&#233;ment avec mille pr&#233;cautions, G. Forestier affirme sans jamais faire partager le &#171; savoir &#187; et les recherches sur lesquels il a assis, depuis longtemps, ses affirmations et ses certitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recoupements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil internet aidant, je cherche d'autres sources qui, en recoupant celles que j'ai d&#233;j&#224; lues, m'aideront &#224; me faire une opinion personnelle. Et je suis frapp&#233; du fait que du c&#244;t&#233; des moli&#233;ristes il n'y a pas vraiment d'argumentation ou de discussion, seulement un rejet en masse - ce qui me rappelle la doxa m&#233;dicale, les dogmes auxquels il ne faut pas s'opposer, les affirmations des mandarins qu'il est impossible de remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois pr&#233;ciser ici que je ne suis pas sp&#233;cialiste de litt&#233;rature classique (je suis m&#234;me plut&#244;t ignorant &#224; ce sujet) ni m&#234;me f&#233;ru d'histoire, mais que j'accorde beaucoup de valeur aux argumentations construites, logiques, &#233;tay&#233;es, qui accordent leur place au doute et &#224; l'humour, sans jamais oublier de pr&#233;ciser au lecteur ce qui est av&#233;r&#233; et ce qui est de l'ordre de l'hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu tout r&#233;cemment (en 2005-2006) une magnifique biographie de Shakespeare, &lt;i&gt;Will in the World&lt;/i&gt;, sign&#233;e par Stephen Greenblatt, sp&#233;cialiste mondialement reconnu de l'&#339;uvre du Barde. L'auteur y fait la synth&#232;se de tout ce que l'on sait sur Shakespeare, y retrace l'itin&#233;raire probable du dramaturge en se fondant sur les traces laiss&#233;es par ses contemporains, resitue l'histoire du jeune Will dans le contexte historique, explique tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment les enjeux sociaux et religieux de sa carri&#232;re, analyse avec subtilit&#233; trag&#233;dies, farces et sonnets pour en &#233;lucider les sens cach&#233;s - le tout, sans omettre aucune zone d'ombre ni contourner les difficult&#233;s : quand on ne sait rien, il dit qu'on ne sait rien ; quand il existe plusieurs hypoth&#232;ses, il les cite toutes ; quand il adopte l'une d'elles, il explique pourquoi, et insiste sur le fait que d'autres peuvent ne pas &#234;tre d'accord...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'Affaire Moli&#232;re&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#233;thode que je reconnais dans l'essai &lt;i&gt;L'Affaire Moli&#232;re&lt;/i&gt; (2004), de Denis Boissier, lorsque j'ai enfin l'occasion de le lire. Sa d&#233;marche, compl&#233;mentaire de celle de D. Labb&#233;, r&#233;pond simplement et clairement aux questions de simple bon sens que se pose toute personne int&#233;ress&#233;e par l' &#171; Affaire &#187; - et souligne tout que les moli&#233;ristes, en revanche, balayent d'un revers de la main sans vouloir le prendre en consid&#233;ration. Quand on lit L'Affaire Moli&#232;re, il ressort clairement, pour le plus ignorant des lecteurs (dont je suis) que les relations entre Corneille et son metteur en sc&#232;ne ne peuvent se comprendre faute de bien conna&#238;tre les m&#339;urs de l'&#233;poque et d'avoir correctement examin&#233; les pi&#232;ces du dossier sous tous leurs angles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrit comme un roman policier, s'appuyant non seulement sur les faits historiques mais aussi sur des analyses de textes comparatives nombreuses et convaincantes (m&#234;me si j'ai parfois un peu de mal &#224; en comprendre les subtilit&#233;s stylistiques), l'ouvrage de Denis Boissier ach&#232;ve de me convaincre : Moli&#232;re n'a jamais &#233;t&#233; &#233;crivain. Il n'en avait ni les qualit&#233;s, ni le temps, ni m&#234;me la vocation. C'est un metteur en sc&#232;ne et un organisateur de spectacles, un J&#233;r&#244;me Savary avant l'heure, enti&#232;rement au service du Roi Soleil. Dans son ombre, tel Gary derri&#232;re Ajar, Corneille a entam&#233; une deuxi&#232;me carri&#232;re lorsque L'Illustre Th&#233;&#226;tre s'est install&#233; au Palais-Royal et s'est mis &#224; monter ses pi&#232;ces anciennes sous son nom et les nouvelles sous celui du chef de troupe, comme c'&#233;tait si souvent la coutume &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lutter contre les dogmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, une autre pr&#233;cision : je ne suis pas sceptique par nature, mais par formation. De mon enfance pass&#233;e aupr&#232;s d'un homme plein de bon sens, de mon ann&#233;e d'adolescence aux Etats-Unis, de ma collaboration durable &#224; une revue scientifique j'ai gard&#233; l'habitude de toujours poser la question g&#234;nante, de mettre le doigt sur la contradiction visible, de soulever l'hypoth&#232;se oubli&#233;e. Et s'il n'est pas toujours facile de conna&#238;tre la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; d'une &#233;nigme, il est en revanche toujours possible d'appr&#233;cier l'int&#233;grit&#233; intellectuelle et l'ouverture d'esprit des divers interlocuteurs, qu'ils avancent une th&#232;se &#171; farfelue &#187; ou d&#233;fendent un dogme depuis longtemps &#233;tabli. Des dogmes, en m&#233;decine, j'en ai bouff&#233; plus que je ne pouvais en dig&#233;rer, et j'ai d&#233;couvert qu'ils &#233;taient aussi faux qu'indigestes. Je n'ai, depuis, jamais eu de cesse de les d&#233;noncer - arguments scientifiques &#224; l'appui - et de lutter contre l'obscurantisme qu'ils contribuent &#224; entretenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;marche de Dominique Labb&#233;, de Denis Boissier et des autres auteurs corn&#233;liens face &#224; l'Universit&#233;, je reconnais ma propre contestation des institutions m&#233;dicales, telle que je l'ai mise en sc&#232;ne dans &lt;i&gt;Les Trois M&#233;decins&lt;/i&gt; (P.O.L, 2004). Ce n'est &#233;videmment pas la seule raison (ni m&#234;me la premi&#232;re) pour laquelle je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'Affaire Corneille-Moli&#232;re, mais elle compte pour beaucoup dans mon appr&#233;ciation des arguments des uns et des autres. D'un c&#244;t&#233;, une poign&#233;e de francs-tireurs arm&#233;s de patience, de bon sens et d'humour. De l'autre, des poussahs psychorigides install&#233;s dans une forteresse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais adh&#233;rer &#224; une th&#233;orie saine, solide et satisfaisante pour l'esprit ne me suffisait pas tout &#224; fait. J'avais envie, moi aussi, d'en d&#233;coudre avec l'institution - hors de l'enceinte des facult&#233;s de m&#233;decine, cette fois-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un projet romanesque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas historien de la litt&#233;rature, je ne pouvais pas &#233;crire d'article ou de livre savant sur un sujet pareil. Mais je pouvais envisager de synth&#233;tiser ce que j'avais appris sur la plus grande supercherie litt&#233;raire de l'Histoire de France dans un livre qui, &#224; son tour, &#233;clairerait d'autres lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mod&#232;le, en ce domaine, est &lt;i&gt;The Daughter of Time&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Fille du Temps&lt;/i&gt;), modeste mais puissante fiction de la romanci&#232;re britannique Josephine Tey (1896-1952). Publi&#233; en 1951, ce roman policier met en sc&#232;ne Alan Grant, enqu&#234;teur habituel de l'auteur, clou&#233; dans un lit d'h&#244;pital par une fracture de jambe. Intrigu&#233; par un portrait de Richard III, en qui il ne parvient pas &#224; voir un assassin, Grant se fait aider par des amis pour d&#233;couvrir, dans la litt&#233;rature historique, si le personnage perfide mis en sc&#232;ne par Shakespeare a, r&#233;ellement, fait assassiner les fils de son fr&#232;re Edward IV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il d&#233;couvre la v&#233;rit&#233;, Grant apprend que celle-ci est depuis longtemps connue des historiens... mais que la litt&#233;rature et la l&#233;gende ont un impact bien plus durable sur l'imaginaire collectif. &lt;i&gt;The Daughter of Time&lt;/i&gt; (&#171; la v&#233;rit&#233; est la fille du temps &#187;, dit un vieux proverbe anglais) est &#224; la fois un passionnant roman d'&#233;nigme, une lumineuse le&#231;on de recherche et d'analyse historique, et une &#171; contre-fiction &#187; visant &#224; la r&#233;habilitation d'un personnage m&#233;connu. Tr&#232;s connu et respect&#233; en Angleterre, l'ouvrage est constamment cit&#233; dans les articles historiques g&#233;n&#233;raux concernant Richard III et son r&#232;gne - ce qui, pour un roman de &#171; mauvais genre &#187;, n'est pas le moindre honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; Moli&#232;re Code &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon ambition avou&#233;e, &#224; l'heure o&#249; j'&#233;cris ceci, serait - avec la collaboration de Denis Boissier et de l'Association Corn&#233;lienne de France - d'&#233;crire un roman contemporain qui aurait la m&#234;me ambition que celui de Josephine Tey : raconter, sous une trame de roman policier, l'enqu&#234;te de quelques personnages autour de l'Affaire Corneille-Moli&#232;re. J'ai d'ores et d&#233;j&#224; trac&#233; les grandes lignes de ce projet, intitul&#233; &lt;i&gt;La Maison Moli&#232;re&lt;/i&gt;, dans une chronique radiophonique mise en ligne par ArteRadio.com. On peut l'entendre &lt;a href=&#034;http://www.arteradio.com/son.html?23763&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'adresse suivante&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transcription de cette chronique peut par ailleurs &#234;tre consult&#233;e &#224; &lt;a href=&#034;http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=824&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette adresse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition de ce roman, qui alternerait reconstitution historique et thriller serait ni plus ni moins d'&#233;branler les certitudes d'une France malheureusement beaucoup trop repli&#233;e sur ses archa&#239;smes. Avec le s&#233;rieux et l'humour du roman de Josephine Tey et - on peut r&#234;ver - le succ&#232;s populaire du &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais Corneille et Moli&#232;re valent largement la peine qu'on leur consacre un roman d'aventures !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Denis Boissier et &#224; l'Association Corn&#233;lienne de France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.corneille-moliere.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le site officiel de l'Affaire Corneille-Moli&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Changer de sexe</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Changer-de-sexe</link>
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		<dc:date>2006-10-10T22:08:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;Changer de sexe - Identit&#233;s transsexuelles&#034; est un livre &#233;crit par deux &#034;Trans&#034; (comme elles se d&#233;signent elles-m&#234;mes). Ce n'est pas du tout une autobiographie, mais un livre engag&#233;, politique : un &#233;tat des lieux de la mani&#232;re dont, en France, on traite un groupe particulier de la population comme s'il s'agissait de pestif&#233;r&#233;(e)s. Les deux auteures m'ont demand&#233; de le pr&#233;facer. Je l'ai fait avec enthousiasme, car leur livre est non seulement courageux, mais passionnant, et pulv&#233;rise toutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L84xH150/arton833-d6c29.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='84' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Changer de sexe - Identit&#233;s transsexuelles&#034; est un livre &#233;crit par deux &#034;Trans&#034; (comme elles se d&#233;signent elles-m&#234;mes). Ce n'est pas du tout une autobiographie, mais un livre engag&#233;, politique : un &#233;tat des lieux de la mani&#232;re dont, en France, on traite un groupe particulier de la population comme s'il s'agissait de pestif&#233;r&#233;(e)s. Les deux auteures m'ont demand&#233; de le pr&#233;facer. Je l'ai fait avec enthousiasme, car leur livre est non seulement courageux, mais passionnant, et pulv&#233;rise toutes les id&#233;es re&#231;ues que vous pouvez avoir sur le trans-sexualisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait mon genre !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Octobre 2005, sur l'invitation d'un enseignant de litt&#233;rature fran&#231;aise, je me trouvais &#224; Colby University, &#224; Waterville (Maine). Parmi d'autres rencontres passionnantes, mon h&#244;te m'avait convi&#233; &#224; l'atelier d'&#233;criture d'une de ses coll&#232;gues. Il m'expliqua que Jennifer Boylan, elle-m&#234;me &#233;crivain, enseignait &#224; Colby depuis fort longtemps. &#192; la caf&#233;t&#233;ria de l'universit&#233;, nous avons &#233;t&#233; rejoints par une femme de quarante-cinq ans, grande, blonde, pleine d'assurance et d'humour, avec qui nous avons d&#233;jeun&#233;. La conversation porta sur la litt&#233;rature, l'enseignement, la m&#233;decine. &#192; plusieurs reprises, alors que je soulignais les diff&#233;rences culturelles - en particulier en mati&#232;re de tol&#233;rance &#224; l'autre - entre la France et les Etats-Unis, Jennifer Boylan sourit en hochant la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec les &#233;tudiants - ils &#233;taient une douzaine - fut passionnante et je pus juger du respect et de la complicit&#233; qui existait entre eux et leur enseignante. J'avais tr&#232;s envie de continuer ensuite la conversation entam&#233;e pendant le repas, mais Jennifer Boylan dut nous quitter : elle partait en voyage et devait pr&#233;parer ses valises. Tandis qu'elle s'&#233;loignait, mon h&#244;te me fit des excuses. Je lui demandai pourquoi. Il avoua m'avoir cach&#233; une information importante concernant sa coll&#232;gue. &#171; Auparavant, elle publiait sous le nom de &lt;i&gt;James&lt;/i&gt; Boylan. Elle a chang&#233; de sexe en 2001. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il h&#233;sita puis poursuivit : &#171; Je n'&#233;tais pas s&#251;r de la mani&#232;re dont vous alliez r&#233;agir, voil&#224; pourquoi je ne vous l'ai pas dit. &#187; Il dut &#234;tre surpris de l'expression qui s'affichait sur mon visage (je souriais) car il me demanda : &#171; Vous ne vous &#234;tes dout&#233; de rien ? Vous n'&#234;tes pas... choqu&#233; ? &#187; J'ai r&#233;pondu : &#171; Non. Mais ce que vous me dites ne m'&#233;tonne pas et ne change en rien ce que j'ai ressenti &#224; son contact. &#192; mes yeux, c'est une femme. &#187; Quelques minutes plus tard, &#224; la librairie de l'Universit&#233;, je demandai &lt;a href=&#034;http://www.colby.edu/personal/j/jfboylan/not_there.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;She's Not There&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, r&#233;cit passionnant et remarquablement &#233;crit dans lequel Jennifer Boylan retrace sa transition difficile, mais assum&#233;e et r&#233;ussie. La libraire me r&#233;pondit, avec un sourire : &#171; Nous venons juste de recevoir l'&#233;dition de poche ! Quel livre merveilleux ! &#187; Tous les ouvrages de l'auteure &#233;taient en rayon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je n'ai pas &#233;t&#233; tr&#232;s surpris, r&#233;trospectivement, par le naturel avec lequel les &#233;tudiants et la libraire m'ont parl&#233; de Jennifer Boylan (la tol&#233;rance &#224; l'autre est tr&#232;s grande dans les pays anglo-saxons), je me suis demand&#233; pourquoi mon h&#244;te avait h&#233;sit&#233; &#224; m'en parler. J'ai cru comprendre qu'il redoutait ma r&#233;action parce qu'il me connaissait peu....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai r&#233;pondu que j'&#233;tais m&#233;decin, et que je suivais r&#233;guli&#232;rement deux patientes Transgenre. Il ajouta : &#171; Oui, mais vous voyez, ici, chacun admet que ce qu'une personne fait de sa vie ne regarde qu'elle, alors qu'en France... &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En France... ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que recouvrent les trois points de suspension, le livre de St&#233;phanie et Alexandra va vous l'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un r&#233;cit - c'est un &#233;tat des lieux. Il montre avec une grande acuit&#233; qu'en France, plus encore que dans d'autres pays, la transidentit&#233; est une question politique. L'enjeu central de la transidentit&#233; est en effet rien moins que &lt;i&gt;la libert&#233; d'&#234;tre soi-m&#234;me.&lt;/i&gt; Or, en France, cette libert&#233; n'est pas respect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est soumise aux dogmes et pr&#233;jug&#233;s absurdes des m&#233;decins - psychiatres et chirurgiens, en particulier - et aux d&#233;cisions arbitraires de l'administration et de la justice. Car alors m&#234;me que la loi (et la d&#233;claration des droits de l'homme) &#233;nonce que tous les citoyens sont &#233;gaux, la r&#233;alit&#233; est tout autre. Se sentir autre que son sexe apparent est, en France, consid&#233;r&#233; comme une maladie mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les personnes transgenre soient productives, paient des imp&#244;ts et votent pour &#233;lire les repr&#233;sentants du peuple semble sans valeur une fois qu'elles d&#233;cident de faire leur transition. &#192; d&#233;faut d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des d&#233;linquantes ou des criminelles, on les assimile &#224; des ali&#233;n&#233;es et, ce faisant, on leur impose des violences et des harc&#232;lements physiques et psychologiques indignes d'une nation qui se dit &#171; &#233;clair&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce livre, moi qui croyais en savoir beaucoup sur la transidentit&#233;, je me suis rendu compte que j'en savais tr&#232;s peu - et d'abord, que la transidentit&#233; n'est pas une situation st&#233;r&#233;otyp&#233;e mais aussi diverse que les personnes qu'elle concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res qualit&#233;s de ce livre est de nous montrer qu'il n'existe pas de normes (pas m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; Trans) mais seulement des individus. D&#233;marche indispensable, il met en pi&#232;ce, les uns apr&#232;s les autres, les mythes et id&#233;es re&#231;ues sur la transidentit&#233; : depuis la confusion entre travestis et trans, jusqu'&#224; l'id&#233;e selon laquelle la chirurgie est un objectif indispensable, en passant par les traitements m&#233;dicaux, les &#171; expertises &#187; judiciaires et la &#171; souffrance oblig&#233;e &#187; dans laquelle toutes les Trans se d&#233;m&#232;neraient en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le remarquent Alexandra et St&#233;phanie : &#171; Est-ce &#234;tre Trans qui fait souffrir, ou est-ce parce qu'on est Trans qu'on vous &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; souffrir ? &#187; La description pr&#233;cise des violences et humiliations qui sont impos&#233;es, sans rime ni raison, aux personnes transgenre - jusqu'&#224; les faire vivre comme des sans papiers dans leur propre pays ! - nous montre que la question n'est pas superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est passionnant, surprenant et sain car il n'est jamais complaisant avec les premi&#232;res int&#233;ress&#233;es. Formidablement document&#233;, tant sur le plan juridique que m&#233;dical, il soul&#232;ve les nombreuses incoh&#233;rences d'une soci&#233;t&#233; qui semblent ne reconna&#238;tre que trois cat&#233;gories de personnes : les hommes, les femmes et les &#171; anormaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souligne combien la transition (qui n'est pas, insistent les auteures, un &#171; changement de sexe &#187;) est une d&#233;marche d&#233;licate, longue, dont le but final n'est pas de produire un nouveau corps, mais de permettre &#224; une m&#234;me personne, de vivre dans la cit&#233; sous un autre pr&#233;nom et dans un autre &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt; clairement assum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise &#224; trop de m&#233;decins et de juges, les Trans existent et elles veulent vivre leur vie, librement, sans &#234;tre humili&#233;es. Leur transition est une affaire priv&#233;e qui ne regarde pas l'Etat. Ce sont des citoyennes. Elles ne demandent ni piti&#233; ni faveur, mais simplement, le respect d&#251; &#224; tout citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et leur lutte n'est pas &#171; communautaire &#187; ou &#233;go&#239;ste. Elle rappelle constamment l'in&#233;galit&#233; inique, sournoise, permanente qui existe encore entre les deux sexes. Ce que ce livre nous montre, c'est qu'on ne peut pas, en France, &lt;i&gt;choisir librement d'&#234;tre femme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin est encore long pour que, comme les Jennifer Boylan des Etats-Unis, d'Angleterre, de Hollande, du Canada, une personne puisse, en France apr&#232;s avoir assum&#233; sa transition, retourner sur son lieu de travail et reprendre ses activit&#233;s sans opprobre ni rejet de la part de ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin est encore long. Dans ce livre, St&#233;phanie et Alexandra nous en montrent les ronces, les obstacles et les pi&#232;ges. Elles nous montrent aussi que ces pi&#232;ges ne sont ni insurmontables, ni m&#234;me immuables, mais tiennent encore debout gr&#226;ce &#224; l'ignorance entretenue, aux pr&#233;jug&#233;s impos&#233;s, aux silences complices - des institutions plus que des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce livre formidable, destin&#233; d'abord &#224; ouvrir les yeux et l'esprit, incite aussi &#224; r&#233;examiner nos propres choix de vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comment s'en &#233;tonner ? C'est un manifeste de libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juillet 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour commander &lt;i&gt;Changer de sexe&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Changer-sexe-transsexuelles-St%e9phanie-Nicot/dp/2846701423/sr=8-1/qid=1160518068/ref=sr_1_1/403-8634914-0477212?ie=UTF8&amp;s=books&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cliquez ICI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Temp&#234;te sur l'hom&#233;opathie</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Tempete-sur-l-homeopathie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Tempete-sur-l-homeopathie</guid>
		<dc:date>2006-05-09T17:14:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Plusieurs textes de ce site sont consacr&#233;s &#224; l'hom&#233;opathie. Roland Cash et Elie Ari&#233; (d&#233;j&#224; auteur sur ce site d'un texte sur le succ&#232;s de l'hom&#233;opathie) viennent de consacrer &#224; l'hom&#233;opathie un livre remarquable, Temp&#234;te sur l'hom&#233;opathie &lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas un livre destin&#233; &#224; &#034;d&#233;molir&#034; l'hom&#233;opathie, mais &#224; ramener son utilisation &#224; sa juste mesure en rappelant comment elle est n&#233;e, quelles sont ses bases scientifiques - et pourquoi il est l&#233;gitime de les contester ; pourquoi elle est tr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L94xH150/arton790-b3d25.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Qu-est-ce-que-l-effet-placebo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Plusieurs textes de ce site&lt;/a&gt; sont consacr&#233;s &#224; l'hom&#233;opathie. Roland Cash et Elie Ari&#233; (d&#233;j&#224; auteur sur ce site d'un texte sur &lt;a href='https://www.martinwinckler.com/Comment-expliquer-le-succes-de-l-homeopathie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le succ&#232;s de l'hom&#233;opathie&lt;/a&gt;) viennent de consacrer &#224; l'hom&#233;opathie un livre remarquable, &lt;a href=&#034;http://www.asclepiades.com/homeopathie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Temp&#234;te sur l'hom&#233;opathie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas un livre destin&#233; &#224; &#034;d&#233;molir&#034; l'hom&#233;opathie, mais &#224; ramener son utilisation &#224; sa juste mesure en rappelant comment elle est n&#233;e, quelles sont ses bases scientifiques - et pourquoi il est l&#233;gitime de les contester ; pourquoi elle est tr&#232;s utilis&#233;e en France, mais beaucoup moins dans d'autres pays, et surtout pourquoi elle jouit d'un statut tr&#232;s particulier dans notre pays - et en particulier gr&#226;ce &#224; la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre passionnant n'est pas fait pour d&#233;nigrer les utilisateurs de l'hom&#233;opathie, il est fait pour les informer. Afin qu'ils utilisent cette m&#233;thode th&#233;rapeutique en toute connaissance de cause - et sans qu'on leur fasse prendre des vessies pour des lanternes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.asclepiades.com/homeopathie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour en savoir plus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Comment travailler chez soi&#034;, par JC Courte et Lukino</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Comment-travailler-chez-soi-par-JC-Courte-et-Lukino</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Comment-travailler-chez-soi-par-JC-Courte-et-Lukino</guid>
		<dc:date>2006-01-24T22:43:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Moi qui vous parle, je n'aurais jamais imagin&#233;, quand j'&#233;tais gamin, que je finirais par passer le plus clair de mon temps &#224; travailler chez moi. Ca s'est fait petit &#224; petit, notez bien. Je n'ai pas vraiment eu &#224; me forcer : je suis un paresseux oblig&#233; de travailler. Pour concilier les deux, il faut parfois d&#233;velopper beaucoup d'&#233;nergie, mais on peut y arriver aussi avec un ordinateur, un fax, un scanner, une connexion internet ,de l'imagination et quelques autres petits ou gros trucs... (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L106xH150/arton761-eeddd.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Moi qui vous parle, je n'aurais jamais imagin&#233;, quand j'&#233;tais gamin, que je finirais par passer le plus clair de mon temps &#224; travailler chez moi. Ca s'est fait petit &#224; petit, notez bien. Je n'ai pas vraiment eu &#224; me forcer : je suis un paresseux oblig&#233; de travailler. Pour concilier les deux, il faut parfois d&#233;velopper beaucoup d'&#233;nergie, mais on peut y arriver aussi avec un ordinateur, un fax, un scanner, une connexion internet ,de l'imagination et quelques autres petits ou gros trucs...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trucs, conseils, m&#233;thodes, solutions &#224; des probl&#232;mes apparemment &#233;pineux - c'est tout cela que contient le bouquin de J.C. Courte illustr&#233; par Lukino. J'y ai m&#234;me mis mon grain de sel en balayant quelque peu les id&#233;es re&#231;ues sur les &#034;dangers&#034; pour la sant&#233; du travail chez soi, devant un ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit bouquin qui vous aidera, vous aussi, &#224; travailler sans bouger de chez vous (faire la pause en regardant un DVD sans patron pour hurler, quel luxe !) est en vente bien entendu, en ligne, mais aussi en librairie pour ceux qui en ont une pas loin de chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi sortir dans le froid pour aller l'acheter ? POur que les librairies continuent &#224; exister, pardi ! Et que les scribes en chambre continuent &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.eyrolles.com/Accueil/Livre/9782708134171/?societe=macdigit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Comment travailler... chez soi&lt;/i&gt; par JC Courte et Lukino, Editions Eyrolles, 10&#8364;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Friends &#034; : une encyclop&#233;die exhaustive... et en fran&#231;ais</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Friends-une-encyclopedie-exhaustive-et-en-francais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Friends-une-encyclopedie-exhaustive-et-en-francais</guid>
		<dc:date>2005-06-01T12:59:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Winckler</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Franck Beul&#233;, pr&#233;sident du Fan Club fran&#231;ais de Friends vient de publier &#034;10 ans de Friends&#034;, une encyclop&#233;die de la com&#233;die la plus regard&#233;e au monde entre 1995 et 2004... &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lire et t&#233;l&#233;charger des extraits du livre &lt;br class='autobr' /&gt;
Commander le Coffret DVD &#034;Friends : l'int&#233;grale saison 1 &#224; 10 &lt;br class='autobr' /&gt; Personnellement, je n'ai qu'un reproche &#224; faire &#224; ce livre : sa maquette qui, en voulant &#234;tre tr&#232;s informative (renvois constants aux num&#233;ros d'&#233;pisodes), notes sur les acteurs, etc. est plut&#244;t fatigante &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Series-televisees" rel="tag"&gt;S&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.martinwinckler.com/local/cache-vignettes/L105xH150/arton597-1d6e8.jpg?1763131185' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Franck Beul&#233;, pr&#233;sident du Fan Club fran&#231;ais de &lt;i&gt;Friends&lt;/i&gt; vient de publier &#034;&lt;a href=&#034;http://www.fanfr.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;10 ans de Friends&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&#034;, une encyclop&#233;die de la com&#233;die la plus regard&#233;e au monde entre 1995 et 2004...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.10ansdefriends.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour lire et t&#233;l&#233;charger des extraits du livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B000AANBZ6/wincklerswebz-21/402-4613001-1496909&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commander le Coffret DVD &#034;Friends : l'int&#233;grale saison 1 &#224; 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Personnellement, je n'ai qu'un reproche &#224; faire &#224; ce livre : sa maquette qui, en voulant &#234;tre tr&#232;s informative (renvois constants aux num&#233;ros d'&#233;pisodes), notes sur les acteurs, etc. est plut&#244;t fatigante &#224; lire - quand elle ne rend pas les pages carr&#233;ment illisibles (les num&#233;ros d'&#233;pisodes en a-plats de gris sur le texte des synopsis sont vraiment r&#233;barbatifs et la pr&#233;sence de hordes de petits bonshommes &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du texte casse la lecture de mani&#232;re tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, il ne s'agit pas d'un livre qu'on lit d'un bout &#224; l'autre (encore qu'on aimerait bien pouvoir le faire), mais d'une mine d'informations, &#224; d&#233;guster, d&#233;vorer ou picorer. En tout cas, une somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cette raison, je ne saurais trop conseiller l'acquisition de ce bouquin &#233;patant &#224; ceux qui aiment &#034;&lt;i&gt;Friends&lt;/i&gt;&#034;, mais aussi &#224; ceux qui ne la connaissent pas et aimeraient savoir pourquoi tant de spectateurs (de tous &#226;ges) ont suivi fid&#232;lement cette s&#233;rie pendant 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bravo au(x) r&#233;dacteurs pour ce beau boulot de compilation. En esp&#233;rant qu'il se vendra suffisamment pour &#234;tre r&#233;imprim&#233;... avec une maquette plus l&#233;g&#232;re, plus lisible mais tout aussi informative comme les anglo-saxons savent en faire dans leurs nombreux livres sur les s&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.10ansdefriends.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour lire et t&#233;l&#233;charger des extraits du livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B000AANBZ6/wincklerswebz-21/402-4613001-1496909&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commander le Coffret DVD &#034;Friends : l'int&#233;grale saison 1 &#224; 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034; Sans Titre &#034;</title>
		<link>https://www.martinwinckler.com/Sans-Titre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.martinwinckler.com/Sans-Titre</guid>
		<dc:date>2005-05-21T17:22:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Je travaillais comme comptable dans une petite entreprise de b&#226;timent. J'habitais la m&#234;me ville depuis mon enfance, je vivais chez ma m&#232;re, avec ma fille Sarah. Le papa de Sarah &#233;tait mort, et ma m&#232;re et moi, nous avions bien du mal &#224; payer le loyer et &#224; nous nourrir toutes les trois. Maman ne travaillait plus, elle avait du mal &#224; marcher. Elle s'occupait tr&#232;s bien de Sarah et toutes les deux s'entendaient bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entreprise pour laquelle je travaillais fit faillite, et je pensais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.martinwinckler.com/Lectures" rel="directory"&gt;Lectures &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je travaillais comme comptable dans une petite entreprise de b&#226;timent. J'habitais la m&#234;me ville depuis mon enfance, je vivais chez ma m&#232;re, avec ma fille Sarah. Le papa de Sarah &#233;tait mort, et ma m&#232;re et moi, nous avions bien du mal &#224; payer le loyer et &#224; nous nourrir toutes les trois. Maman ne travaillait plus, elle avait du mal &#224; marcher. Elle s'occupait tr&#232;s bien de Sarah et toutes les deux s'entendaient bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise pour laquelle je travaillais fit faillite, et je pensais retrouver facilement du travail. J'avais tout de m&#234;me un petit dipl&#244;me et j'esp&#233;rais juste que nous puissions continuer &#224; vivre toutes les trois en n'ayant ni faim et ni trop froid. J'esp&#233;rais mal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sarah &#233;tait une jolie petite fille, jolie comme un c&#339;ur comme l'est toute petite fille pour sa maman. Parfois, j'avais juste l'impression qu'elle avait le regard vide de ceux qui n'attendent plus rien et &#231;a me pin&#231;ait le c&#339;ur. Dans quel pays vivions-nous ? Avais-je eu raison de mettre au monde un enfant dans cette laideur, cette froideur ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis rest&#233;e plus d'un mois sans travail, malgr&#233; mes recherches. J'allais me pr&#233;senter aux patrons, j'ai du en faire une trentaine au moins, mais aucun n'avait de travail pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;sespoir presque, oui par d&#233;sespoir, je suis all&#233;e me pr&#233;senter &#224; une usine d'armement. Je ne voulais pas travailler dans ce genre d'endroit, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas pour fabriquer des armes mais pour tenir une comptabilit&#233;. Je fus bien re&#231;ue, par un homme d'une cinquantaine d'ann&#233;es, qui me posa des questions sur mes qualit&#233;s professionnelles mais aussi sur ma vie. Etais-je mari&#233;e ? Avais-je des enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avais-je beaucoup d'amis ? A toutes les questions je r&#233;pondis &#171; non &#187;, sauf &#224; celle de l'enfant, je ne voulais pas mentir : &#171; Oui, j'avais une fille &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tr&#232;s bien, me dit-il, tout &#231;a est tr&#232;s bien. Je crois que je peux vous trouver du travail. Allez voir Hans Werner de ma part. Vous le trouverez &#224; cette adresse vendredi prochain entre 15h et 16h. Soyez pr&#233;cise. &#187; Je pris le papier qu'il me tendit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passais les jours qui me s&#233;paraient de ce rendez-vous dans une presque euphorie. Je sentais que les choses allaient s'arranger pour nous trois, que je n'aurais plus &#224; me r&#233;veiller la nuit en me demandant comment nous allions pouvoir vivre les prochains mois. J'avais surtout peur que le propri&#233;taire de notre appartement nous mette &#224; la porte. C'&#233;tait un gentil monsieur, mais lui aussi avait besoin d'argent pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais ce vendredi-l&#224; &#224; ce rendez-vous. Le num&#233;ro que le patron de l'usine d'armement m'avait indiqu&#233; correspondait &#224; un petit hangar, sale. La porte en &#233;tait ouverte et j'entrais. Sur la gauche, un homme &#233;tait assis &#224; une petite table. Il me dit : &#171; Ne soyez pas timide, approchez vous.
&lt;br&gt;- Je suis&#8230;
&lt;br&gt;- Je sais qui vous &#234;tes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il alla chercher une chaise, la posa de l'autre c&#244;t&#233; de la table, face &#224; lui, et me dit : &#171; Asseyez-vous &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je fis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me regarda un certain temps, je baissais un peu les yeux et regardait autour de moi. Je ne savais pas quoi dire, je ne me sentais ni mal ni bien, cet homme m'impressionnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il s'adressa &#224; nouveau &#224; moi, il me dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous gagniez peu &#224; votre ancien emploi ?
&lt;br&gt;- Assez pour vivre.
&lt;br&gt;- Je vous en offre dix fois plus, index&#233; sur l'inflation. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me disais qu'il s'&#233;tait tromp&#233;, ce n'&#233;tait pas possible, je ne valais pas &#231;a. Il devait se trompait de personne. Et pourtant il continua : &#171; Il y a des conditions. Ce travail exige, en contrepartie de sa r&#233;mun&#233;ration, des sacrifices de votre part. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tapota des doigts sur la table puis reprit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous devrez quitter votre famille pendant tout le temps de votre travail. Je connais votre famille, votre m&#232;re et votre fille. &lt;br&gt;- Combien de temps ?
&lt;br&gt;- Un an environ. Et vous serez dans un lieu tenu secret, que vous ne pourrez quitter tant que vous n'aurez pas accompli votre t&#226;che. Vous serez seule &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, je l'&#233;coutais &#224; peine. Je pensais &#224; tout ce que ma m&#232;re pourrait acheter &#224; Sarah : un manteau chaud pour l'hiver qui arrivait, elle portait le m&#234;me depuis trois ans et, &#224; son &#226;ge, on grandit vite. Maman pourrait s'acheter un gilet, et aussi de nouvelles casseroles, et plein d'autres choses encore. Elle pourrait surtout trouver de la viande, cela faisait au moins deux mois que nous n'en avions pas mang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme reprit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Chaque mois, j'irai voir votre m&#232;re pour lui donner l'argent.
&lt;br&gt;- Vous savez o&#249; habite ma m&#232;re ?
&lt;br&gt;- Bien s&#251;r, nous nous sommes renseign&#233;s avant que vous veniez.
&lt;br&gt;- Et qui m'emploie ?
&lt;br&gt;- L'Etat, madame. L'Etat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, tout &#233;tait dit. A l'&#233;poque je pensais qu'il ne pouvait y avoir de meilleur employeur que l'Etat. L'homme semblait tr&#232;s satisfait de sa r&#233;ponse. Il avait le menton relev&#233;, ses yeux sur moi. Comme je devais avoir l'air un peu surprise, il continua : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Rassurez-vous, nous ne sommes pas des monstres, nous savons le sacrifice que nous vous demandons. Pensez que vous travaillerez comme comptable et que vous ferez vivre votre famille. C'est moi qui vous fournirais tout ce qui sera n&#233;cessaire pour faire votre travail. N'est-ce pas ce que vous souhaitez, un travail ?
&lt;br&gt;- Oui. Bien s&#251;r, oui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes tus quelque temps, puis j'ai demand&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je peux commencer quand ? &lt;br&gt;- Ce soir. Tout de suite en fait. Je vais vous accompagner. Je serai votre unique interlocuteur pour votre travail. Ecrivez &#224; votre m&#232;re, sur ce papier, (il me tendit un petit bout de papier de la taille d'une carte postale) que vous avez trouv&#233; du travail et que vous reviendrez dans quelques mois, dites lui que quelqu'un viendra lui apporter de l'argent tous les mois, qu'elle n'a pas de soucis &#224; se faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fis ce qu'il dit. Il ferma la porte du hangar, me fit monter dans une voiture gar&#233;e dans la cour arri&#232;re, monta avec moi &#224; l'arri&#232;re. Une personne &#233;tait assise devant et conduisait la voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous sort&#238;mes de la ville, le on me mit un bandeau sur les yeux, et je ne r&#233;agis m&#234;me pas. Je ne savais pas o&#249; j'allais, je ne voulais pas le savoir, je me disais juste que ma m&#232;re et ma fille auraient de quoi vivre correctement. Je n'ai pas pens&#233; que cet homme puisse me mentir. J'ai pens&#233; aussi que je n'avais pas le choix. J'avais souvent pens&#233; dans ma vie que je n'avais pas le choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus install&#233;e dans une pi&#232;ce sombre, sans fen&#234;tre, avec juste un vasistas minuscule. S'y trouvaient un lit, avec un matelas correct, une table (assez grande pour y mettre tous les papiers qu'on m'apportait tous les jours), une chaise, un petit lavabo, et dans un recoin, un WC. Le vasistas &#233;tait trop haut pour que je puisse voir le dehors, m&#234;me mont&#233;e sur la chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme m'apportait &#224; manger tous les jours, du lait, du pain, un peu de viande, des pommes de terre. J'ai demand&#233; des v&#234;tements de rechange au bout de quinze jours, on m'en a donn&#233;. J'ai pu aussi avoir des petites serviettes pour mes d&#233;sordres mensuels, et du savon. Je me disais que j'&#233;tais mieux qu'en prison, parce que je n'&#233;tais pas maltrait&#233;e et que j'avais du travail. Oui, si je parle de prison, c'est parce que je ne pouvais pas sortir de la pi&#232;ce o&#249; je fus amen&#233;e. J'&#233;tais enferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'inqui&#233;tais pas. Ma m&#232;re m'&#233;crivait de temps &#224; autre. Dans ces lettres, elle me disait que tout allait bien, que Sarah grandissait bien, que depuis qu'elles mangeaient toutes les deux &#224; leur faim, le froid de l'hiver &#233;tait plus supportable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration me paraissait supportable aussi, sauf parfois le soir, lorsque je n'avais plus de travail. J'avais envie de parler &#224; quelqu'un et alors je pleurais. J'avais besoin de pleurer quand je ne me sentais pas bien, j'ai toujours &#233;t&#233; comme &#231;a. Comme le jour o&#249; j'ai appris que Fran&#231;ois &#233;tait mort. Sarah n'avait pas un an, Fran&#231;ois fut tu&#233; dans un restaurant o&#249; il se r&#233;unissait avec des amis et des personnes de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois &#233;tait juif, je ne l'ai su que lorsque qu'on s'est mari&#233;. Parce qu'il &#233;tait circoncis. J'ai cependant cru, la premi&#232;re fois que j'ai vu son sexe, qu'une maladie avait oblig&#233; les m&#233;decins &#224; lui en enlever une partie. J'&#233;tais na&#239;ve ! Je n'avais jamais vu de sexe d'homme. Nous ne nous sommes mari&#233;s qu'&#224; la mairie, maman n'est pas vraiment croyante, moi non plus, et Fran&#231;ois de m&#234;me. Il m'avait expliqu&#233; la religion juive, &#224; laquelle je n'ai pas compris grand-chose, et nous n'en avions plus jamais reparl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se sentait pas juif, sa s&#339;ur non plus. Etre juif ne voulait rien dire pour moi, c'&#233;tait comme &#234;tre blond, ou &#234;tre beau, on naissait avec ou pas, peu importait. On n'avait pas demand&#233; &#224; venir sur terre, on &#233;tait l&#224;, les autres &#233;taient l&#224;, il fallait vivre ensemble le mieux possible jusqu'&#224; notre mort. Sans obliger les autres &#224; croire ce qu'on croit vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la journ&#233;e, je faisais mon travail de comptable : j'additionnais, je compilais, je convertissais, je consolidais. J'ai toujours aim&#233; les chiffres, ils me rassuraient. Je ne savais pas vraiment &#224; quoi correspondaient ces chiffres, les tableaux &#233;taient cod&#233;s, mais j'ai toujours aim&#233; l'abstraction, je crois que j'aurais pu faire des &#233;tudes de math&#233;matiques si maman avait eu les moyens de me payer l'universit&#233;. Les documents que l'on me donnait &#233;taient nombreux, parfois peu lisibles, et j'aimais d&#233;chiffrer ces &#233;critures press&#233;es pour en faire des tableaux impeccables dont j'&#233;tais fi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, lorsque je voulais me lib&#233;rer l'esprit de tous ces chiffres, j'&#233;crivais des po&#232;mes. Des tout petits po&#232;mes qui parlaient d'attente, de mis&#232;re, de froid, de silence. Du sourire d'une petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais un tout petit miroir au dessus du lavabo, et je me voyais vieillir dedans. J'avais une petite crainte : que ma fille ne me reconnaisse plus. Je marchais autant que je pouvais dans la pi&#232;ce, pour me maintenir vivante, j'avais souvent envie de voir le soleil, mais je me disais : &#171; Plus tard, ce sera pour plus tard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des jours, la femme qui m'apportait la nourriture me semblait de plus en plus fatigu&#233;e. J'avais os&#233; des questions parfois, et jamais elle ne m'avait r&#233;pondu. Je me demandais si elle &#233;tait muette ou sourde, alors un jour je lui pris la main, elle se recula rapidement et dit : &#171; Non ! &#187;. Je sus qu'elle n'&#233;tait pas sourde et muette, mais elle ne r&#233;pondit jamais &#224; mes questions pour autant. En fait, je n'en avais qu'une de question : &#171; Que faisait-elle et o&#249; &#233;tions-nous ? &#187; Je la posais aussi &#224; l'homme qui m'apportait les documents, celui qui m'avait recrut&#233;e. Je n'eus jamais de r&#233;ponse non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un an, je m'inventai des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, et je tenais tous les r&#244;les. J'&#233;tais l'amoureuse, la presque-morte, ou le p&#232;re col&#233;rique. Je r&#233;citais Ph&#232;dre : &#171; Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne &#187; et &#171; Je sentis tout mon corps et transir et br&#251;ler &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au bout d'une bonne ann&#233;e que les choses chang&#232;rent : je n'additionnais plus des A, des B, des O, et toutes les lettres de l'alphabet, mais de l'or, de l'argent, du bronze, du coton, de la laine, du cuir, des pierres pr&#233;cieuses. Et les unit&#233;s de mesure n'ont pas chang&#233; : des grammes, parfois des kilos. Je devais tout convertir en kilos et demeurais tr&#232;s pr&#233;cise sur le poids en or, moins sur la laine, le coton et les fibres diverses et le crin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme me complimentait sur mon travail. Lorsque je lui demandais quand je pourrais renter chez moi, il me disait : &#171; Bient&#244;t. Bient&#244;t ce sera fini, nous aurons fait notre travail et vous aussi. Il n'en reste plus beaucoup. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles me r&#233;confort&#232;rent et je v&#233;cus quelques jours dans une douce euphorie, je r&#234;vais de maison &#224; la campagne, de fen&#234;tres ouvertes, de fleurs, de miaulements de chats, de piaillements d'oiseaux. J'aimais me coucher le soir, mes nuits &#233;taient plus belles que mes jours, je r&#234;vais de pl&#233;nitude et j'&#233;tais bien. Je voyais dans le petit miroir mes cernes sous mes yeux, mais elles &#233;taient moins importantes que celles de l'homme qui me faisait travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis arriver un deuxi&#232;me hiver et je commen&#231;ais &#224; faiblir un peu. Puis, pendant un jour entier, je ne vis personne. Un deuxi&#232;me jour aussi. J'ai patient&#233; mais je commen&#231;ais &#224; avoir tr&#232;s faim. J'ai tromp&#233; mon ennui en feuilletant les registres que j'avais remplis pendant des mois (j'en remplissais toujours deux, un que l'homme prenait et ramenait chaque jour, l'autre que je gardais avec moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tous ces mois s'&#233;taient additionn&#233;s, liste apr&#232;s liste, des milliers de kilos de mat&#233;riaux divers dont j'ignorais la provenance et la destination. Le troisi&#232;me jour, je n'y tins plus et frappai &#224; la porte. Je frappai une bonne heure jusqu'&#224; ce que la femme qui me donnait &#224; manger vienne m'ouvrir et disparaisse aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me retrouvai dans un couloir sombre, tr&#232;s long. J'avan&#231;ais prudemment, la pente &#233;tait douce et je montais sans effort. Un rai de lumi&#232;re gris&#226;tre filtra enfin sous une autre porte, tout au bout. Je l'ouvris, sans rencontrer de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, il faisait tr&#232;s froid. Je me rappelais la date : 18 janvier 1945. J'ai toujours not&#233; la date chaque jour. J'entendis des bruits de voix, au loin, des appels dans une langue que je ne connaissais pas, des ordres, des cris, le mart&#232;lement des bottes sur le sol glac&#233;, des cris, toujours des cris puis des coups de feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai avanc&#233; dans ce froid, on m'a bouscul&#233;e, j'&#233;tais &#233;tourdie par ce remue-m&#233;nage. J'&#233;tais rest&#233;e des mois au calme, je me sentais ivre. Personne ne m'a regard&#233;e, j'ai suivi les hommes qui couraient. Je me suis arr&#234;t&#233;e &#224; un moment au pied d'un immense portail, j'ai lev&#233; la t&#234;te et j'ai lu : &#171; Arbeit macht frei &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le travail rend libre &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai souri : &#171; Oui, j'ai bien travaill&#233;, je suis libre, je vais pouvoir vivre avec l'argent durement gagn&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, au milieu de la d&#233;b&#226;cle, je reconnais l'homme qui me donnait les registres, il a l'air anxieux, je l'attrape par la manche de son uniforme, et je lui dis : &#171; Ca y est, je peux rentrer chez moi, retrouver ma m&#232;re et ma fille ? Elles sont toujours vivantes, n'est-ce pas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme leva le bras, d&#233;signa &#233;vasivement le ciel brumeux : &#171; Elles sont l&#224;-haut. Le reste doit &#234;tre dans vos registres&#8230; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de s'&#233;loigner, sans me regarder, il m'a cri&#233; : &#171; Bienvenue &#224; Auschwitz, Madame Muller ! Nous vous laissons &#224; vos nouveaux ma&#238;tres ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assise par terre. Je ne sentais plus le froid. J'ai &#233;t&#233; secourue par une femme, une femme en blouse blanche avec un grand manteau noir. Depuis, je suis dans une sorte d'h&#244;pital. Je ne parle pas, je ne dors pas. Je veux mourir bient&#244;t. Je vais mourir bient&#244;t. Et c'est heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si tu savais, Fran&#231;ois, quelle abomination, ce fut &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Zimmermann, &lt;i&gt;L'anus du monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les d&#233;tenus explosent de joie &#224; l'annonce de l'arriv&#233;e imminente de nouveaux Juifs &#224; gazer. Les S.S. ne r&#233;priment pas cette sympathique manifestation, si spontan&#233;e. Pour eux aussi, la nouvelle est excellente. Grave question, le convoi sera-t-il pauvre ou opulent ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Zimmermann, &lt;i&gt;L'anus du monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le travail rend libre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Emmanuelle Sachs (il s'agit d'un pseudonyme...) est une lectrice fid&#232;le du Webzine. Elle m'a confi&#233; cette nouvelle. Je la remercie de l'avoir partag&#233;e avec nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
MW&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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