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Mais, bon sang, d’où viennent les vampires ?
20 novembre 2002
Article du 3 octobre 2004

Bonjour à tous les assoiffés... de savoir
La figure du vampire renvoie à des domaines très différents : l’histoire, la zoologie, la littérature, les arts, la religion, et même la médecine. Je vais essayer de vous en dresser un panorama sinon exhaustif, du moins diversifié, le tout en trois minutes - si ça dure plus, les techniciens de Radio-France vont se faire du mauvais sang.

L’histoire, tout d’abord ! À l’origine du vampire, il y a probablement la peur ancestrale de la mort. Vous savez combien la définition de la mort reste difficile encore aujourd’hui, eh bien, pensez à ce que c’était avant la médecine moderne !

Le sang a toujours fait figure de substance sacrée. Les épidémies et leur lot de malades comateux qui semblent revenir à la vie ont ainsi donné naissance au mythe des non-morts qui reviennent boire le sang de leurs victimes.
Evidemment, la religion ne s’est pas privée de mettre son grain de sel. Ainsi, au milieu du quinzième siècle, deux théologiens, Kramer et Sprenger, écrivent un manuel du chasseur de sorcières dans lequel ils décrivent la destruction des vampires. Au fil des siècles, des personnages historiques particulièrement cruels sont associés à la figure du vampire ou de l’ogre. En France, c’est Gilles de Rais qui, dit-on, dévorait les enfants.
En Hongrie, c’est la princesse Bathory, qui tuait les jeunes filles pour se baigner dans leur sang. En Transylvanie, c’est Vlad l’empaleur, dont le surnom, Dracula signifiait simplement « fils du dragon ».

De la religion à l’histoire, en passant par la mythologie populaire, le vampire est entré sans effort dans la littérature et les arts. Goethe évoque les vampires dès 1797. Byron et son ami Polidori leur consacrent des poèmes au début du XIXe siècle et Baudelaire en 1866.
En 1871 paraît en Irlande le premier roman consacré à un vampire, Carmilla, écrit par Joseph Sheridan Le Fanu ; l’écrivain Bram Stoker s’inspirera de Carmilla pour écrire son Dracula , publié en 1897 et adapté par Murnau au cinéma en 1922 dans son Nosferatu, puis par Tod Browning avec son Dracula en 1931 - tandis qu’en 1932, Carl Dreyer, tourne Vampyr, d’après Sheridan Le Fanu.

Depuis, le mythe du vampire n’a cessé de se renouveler, non seulement au cinéma mais dans la littérature - par exemple, dans les années cinquante avec Je suis une légende, le beau roman de Richard Matheson ; puis à la fin des années 70 sous les traits de Lestat, le vampire sensuel inventé par Anne Rice et, tout récemment à la télévision, où la jeune et jolie Buffy du scénariste Joss Whedon combat les vampires et en tombe aussi, parfois, amoureuse - Ah ! Angel...

Il y a quelques années, un chimiste du nom de David Dolphin a voulu donner au vampirisme une explication médicale en lui attribuant les symptômes d’une maladie rare du sang, la porphyrie. Pas de veine, sa démonstration était un peu trop tirée par les globules pour être convaincante, et elle avait l’énorme défaut de stigmatiser des malades qui n’avaient pas besoin de ça.
Mais tout récemment, la science s’est intéressée à un vampire ayant une existence réelle : j’ai nommé Desmodus rotondus, une variété de chauve-souris vivant en Amérique du sud.
Ces petits mammifères volants et nocturnes se nourrissent du sang de gros animaux. Les substances anticoagulantes que contient leur salive sont étudiées de près par les chercheurs car elles pourraient permettre de dissoudre les caillots qui provoquent, par exemple, les infarctus ou les attaques cérébrales. Si l’on y parvenait, le vampire, par un curieux tour du destin, deviendrait - avec la sangsue et l’asticot - un bienfaiteur de l’humanité.

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