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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

dimanche 30 octobre 2011

Bon, je vous recommande ce livre, qui est un bijou et reprend tout plein de textes de l’excellent Blog de Jaddo Et d’ailleurs j’ai écrit la préface, dont voici un extrait :

"(...) Quand on lit l’hôpital et l’apprentissage de la médecine dans le blog de Jaddo, on se dit qu’apprendre à devenir médecin, c’est pas seulement ardu, intellectuellement parlant, c’est aussi périlleux, émotionnellement. On court, chaque jour, le risque de péter un câble, de saisir le bassin (ce truc sur lequel on imposait autrefois aux patients alités d’uriner comme si c’était possible… Quoi ? Pas seulement autrefois ? Il y en a encore ?) et de le balancer à la gueule de celui ou de celle qui vient de dire une connerie, de lancer une ignominie, d’infliger sa maltraitance quotidienne.

En la lisant, on se dit que pour faire médecine, il faut avoir le cœur bien accroché. Il faut savoir se retenir de taper. Transformer les cris refoulés en paroles et en gestes de soin, vers celles et ceux qui en ont besoin. Et c’est dur. Comme d’essayer d’avoir l’âme en paix dans un pays en guerre.

La médecine, parfois, c’est la guerre.

(...)

Ça me fait mal de lire le blog de Jaddo, parce que j’ai l’impression de me retrouver trente-cinq ans en arrière. Apprendre la médecine, c’était la guerre. C’est toujours la guerre. Entre ceux qui ont envie de soigner et ceux qui ont l’air de s’en foutre. Et si seulement ça s’arrêtait quand on sort de l’hôpital… Mais non.
Après, il y a tout le reste. Il y a des patients qui rendent furieux. Il y a les visiteurs et les visiteuses médicaux qui veulent vous fourguer leur came. Il y a la fatigue des gardes continues sur lesquelles on enchaîne une journée de travail sans avoir dormi. Il y a les consultations à la chaîne. Il y a la peur de ne pas bien faire. Et l’angoisse de tuer quelqu’un.

La guerre, je vous dis…

Et pourtant, je le lis régulièrement, le blog de Jaddo. Pas par masochisme, non, mais parce que j’y retrouve ma colère. Et parce qu’il y a trente-cinq ans, je n’avais pas de blog. Je n’avais que mes carnets lignés, et personne à qui les faire lire. Alors, aujourd’hui, lire Jaddo, ça me fait du bien. La colère est toujours là, il y a des hommes et des femmes pour la dire, pour l’écrire, pour la partager avec tout le monde – et d’abord avec les premiers intéressés : les patient(e)s – et pour décrire en direct ce qui suscite cette colère saine, cette colère juste. Cette colère qui me dit, qui dit à toutes celles et ceux qui veulent soigner : « T’avais raison, t’as raison d’être en colère. »

Et puis je le lis parce que je ris. Jaddo me fait rire avec des choses terribles. Et me faire rire après m’avoir (re)mis en colère, je trouve ça fort. "

Qu’est-ce que vous attendez pour aller l’acheter ?

Mar(c)tin

PS : J’ai écrit aussi la préface d’un autre livre tout fraîchement sorti de médecin-qui-tient-son-blog, celui de Borée, qui est plus âgé que Jaddo mais plus jeune que moi. Le livre est un tirage limité, réservé aux amis, mais le blog est en ligne, et qui sait, si vous êtes suffisamment nombreux pour lui en commander un, il pourra peut-être en faire un tirage plus important...