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En souvenir d’André

"Chevaliers des touches" - un blog pour écrivants

Un blog où l’on parle cuisine de l’écriture. Papiers, ciseaux, stylos, claviers. MW

Vous y trouverez : des textes de MW sur son métier d’écrivain, des propositions d’exercices d’écriture et les textes et commentaires des participants au blog.


Martin Winckler - P.O.L Editeur

Les ouvrages de Martin Winckler chez P.O.L : La Vacation, La Maladie de Sachs, Légendes, Plumes d’Ange, Les Trois Médecins, Histoires en l’air, Le Chœur des femmes, En souvenir d’André


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Je ne sais pas à quoi ça rime (Exercice d’écriture, 1)
par Nelly
Article du 2 janvier 2010

Je ne sais pas à quoi ça rime, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Ca vous est déjà arrivé à vous ?
Moi, je ne savais pas que ça pouvait arriver, je ne savais pas que les choses pouvaient prendre cette tournure. C’est sûr, c’était déjà pas simple avant mais on y trouvait notre compte, on passait de bons moments. Depuis quelques mois, on n’en passe plus. Je pense à ça tous les jours, la nuit surtout. Je me demande si on se retrouvera un jour. Certains jours, je comprends ou plutôt je crois comprendre et j’accepte parce que peut-être qu’il n’y a que ça à faire. Mais souvent, je m’interroge, je ne sais pas ce qu’il faut penser de cette situation. Parfois, je suis même presque en colère. La colère, ça vient facilement quand on a mal. Je me sens en quarantaine, vous comprenez. Comme un individu qu’on tient à l’écart et auquel on vient donner à manger avec des gants et un masque parce qu’il est potentiellement dangereux.


J’ai cette impression vous comprenez. Je me sens comme cet individu. On me parle, je parle mais on ne se parle pas. On ne se parle plus. Plus comme avant. Oui on se dit des choses fortes mais rien de ce qui nous concerne. Je suis heureuse de ses mots mais me sont-ils adressés personnellement ? Ne suis-je qu’une adresse, un destinataire à qui l’on peut écrire ? Et moi ? On ne me dit plus « tu ». Je suis heureuse de ses mots parce qu’ils me prouvent que j’existe encore. Mais quelle place j’occupe aujourd’hui ? J’ai dû trop parler et maintenant je dois me taire. Non, je ne dois pas me taire, on ne me parle plus.

Je vous raconte tout ça parce qu’il faut que je le dise parce que quand je le dis, on ne me répond pas. Je ne voudrais qu’une seule chose, qu’on m’explique, qu’on me dise. Je veux bien entendre, je veux bien comprendre, je veux bien obéir mais de grâce qu’il me soit dit quelque chose, qu’un dialogue puisse être entamé même s’il doit rester écrit. Se parler, c’est ça, non ? Je dis une chose, vous me répondez, je vous réponds à mon tour et ainsi de suite... j’en ai tendu des perches... si vous saviez mais j’ai l’impression que ce que je dis dérange ou n’est pas bon à dire et je n’obtiens jamais de réaction à ce que moi, je dis.

Je voudrais continuer d’exister comme j’existais avant. Je voudrais que nous existions, même à distance, parce que ça me manque, ça me manque vraiment, plus que vous l’imaginez.
La vérité, c’est que nous sommes tombés amoureux.
Nous avons joué tant que ce n’était pas dangereux et puis le poison nous a gagnés, lui et moi. Le poison de l’adultère, de la tromperie, des pensées honteuses... Tout ça, c’est tellement bon mais ça fait tellement peur. Vous imaginez ? Vous avez déjà vécu ça vous ? Se coucher avec quelqu’un et penser à un autre. Passer des journées avec l’un des soirées avec l’autre. Rêver de lui, même pas grand-chose et c’est déjà trop parce qu’au réveil, c’est l’horreur tant le corps a rêvé. On jurerait qu’il nous a touchée, vous en êtes chavirée et vous tentez de cacher votre trouble. C’est dur de cacher, c’est dur de tricher mais on ne peut pas y renoncer. Vous vous surprenez à ne plus attendre que les moments de se voir. Il les attend autant que vous, vous le savez. Quand il arrive, quand vos arrivez, vous entendez les deux cœurs. Vous voyez presque ce qu’il se passerait si on ne se retenait pas. Ça hurle, ça saute aux yeux mais on fait comme si. Salut ! Ça va ? Bien et toi ? Quoi de neuf ?

Rien si ce n’est que je rêve de toi presque toutes les nuits, que tu me manques, que je vis pour cet instant-là où tes yeux se posent sur moi avec cette douceur que je ne connais à personne d’autre. Rien de neuf à part ce je ne sais quoi dans le ventre dès que tu me surprends dans mes pensées, ce léger tremblement dans la lèvre inférieure lorsque je suis avec toi et que je ne parviens pas à taire. Non, vraiment, rien de neuf... je suis seulement coupable de rêver de toi et d’aimer regarder à quel point je t’attire. Rien d’autre que l’envie irrésistible que tu craques, que tu renonces à tes principes et que tu me serres contre toi. Au moins ça. Tu sais que tu es le seul garant de notre retenue. Je n’attends que toi. Non, rien de neuf.
Mais cela, je ne te le dis pas. Depuis ce jour où tu m’as avoué à mots couverts que nous étions dans de beaux draps, c’est drôle pour des amants platoniques, parce qu’il fallait bien se rendre à l’évidence... blablabla.... Attirance.... Blablabla.... Intégrité.... Blablabla.... Impossible...blabla... fidèle....blablabla, nous nous sommes éloignés. Vous comprenez ça vous ?
Les mots nous ont tués parce qu’après eux, plus rien ne pouvait être prétexté. Il s’est appliqué depuis à me repousser et moi à lui en vouloir de tant de lâcheté.
C’est ainsi, c’est comme ça. On ne se retrouvera pas.
Certains jours, je l’ai oublié. D’autres, il ressurgit avec la même force d’alors... pour quelques heures seulement.
Nous avons été amoureux, je peux le dire maintenant. Il ne me fera plus le taire.

Nelly


Le texte qui précède a été écrit pour répondre à l’exercice suivant :



Lisez bien ceci jusqu’au bout avant de commencer.
Prenez une feuille de papier et/ou un crayon/un ordinateur.
Mettez la feuille sur une table/dans une imprimante.
Écrivez/tapez la première chose qui vous vient à l’esprit.
Si possible sur toute la page, recto verso. Ne réfléchissez pas. Ne vous arrêtez pas pour regarder si c’est bien ou pas. Écrivez.
Défoncez-vous. Écrivez ce que vous voulez depuis toujours, ce que vous ne voulez plus ; ce que (ceux que) vous désirez, ce que (ceux que) vous haïssez ; racontez une histoire que vous n’avez jamais racontée à personne, un rêve que vous ne referiez pour rien au monde. Écrivez une lettre d’amour, de rupture, d’insultes ou de réconciliation. Ecrivez le début d’une nouvelle, d’un roman, d’un scénario, d’un livre sur les bouchons de liège dans le bordelais. Ce que vous voulez, mais écrivez. Défoncez-vous.
Une fois que vous avez rempli/imprimé la feuille, déchirez-la, brûlez-la ou jetez-la au vide ordure et éteignez l’ordinateur sans cliquer sur « Sauvegarder ».
C’est fait ?
Vraiment ?
Si vous l’avez fait, comment vous sentez-vous à présent ?
Si vous ne l’avez pas fait, pourquoi ?

Si vous voulez participer à d’autres exercices d’écriture, rendez-vous sur le blog "Chevaliers des touches"

MW

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