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En souvenir d’André

"Chevaliers des touches" - un blog pour écrivants

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A/H1N1 : au Québec, un climat éthique inquiétant
par Daniel Weinstock, philosophe, directeur du Centre de Recherche en éthique de l’Université de Montréal
Article du 5 novembre 2009

Les gestes et messages émanant des autorités de la santé (du Québec) concernant la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 ont de quoi semer la confusion et soulever des questionnements légitimes dans la population.

On nous dit d’une part qu’il est essentiel de se faire vacciner, car cette grippe peut être mortelle. Mais pour les individus qui ne correspondent pas à une catégorie de risque identifiée, il faudra attendre la semaine du 7 décembre à Montréal. Or, selon certains spécialistes, il se pourrait que l’utilité de recevoir la vaccination à la deuxième semaine de décembre, sachant que l’immunité met du temps à se développer après l’administration du vaccin, soit limitée, le virus étant déjà sur notre territoire au moment où j’écris ces lignes.

Jeunes à risques ?

On nous dit par ailleurs que ce qu’il y a de particulier à propos de ce virus, c’est que contrairement à la grippe saisonnière, il attaque des personnes jeunes et en santé plutôt que les personnes habituellement à risque. Or, ce sont justement ces jeunes personnes en santé qui devront attendre le plus longtemps avant de recevoir le vaccin.

Mais les jeunes personnes sont-elles vraiment le plus à risque ? C’est ce que rapportait avec véhémence le docteur Gaétan Barrette [1] lors de son intervention à l’émission de Christiane Charette [2] la semaine dernière. Or, le document officiel du gouvernement du Québec identifie les catégories de personnes à risque comme étant les catégories « habituelles », soit les très jeunes enfants, les personnes très âgées, immunosupprimées, atteintes de maladies chroniques, etc.

Bref, il y a une certaine confusion. Et cette confusion, il faut le reconnaître, ne vient pas, comme certains officiels de notre système de santé voudraient le faire croire, de l’« extérieur » du système de santé, de cow-boys de l’opinion qui se servent d’Internet et des autres possibilités médiatiques qui leur sont offertes pour dire n’importe quoi. Elle provient des messages et gestes en apparence contradictoires émanant de l’intérieur du système lui-même.

Climat éthique

Il ne s’agit pas ici de condamner les officiels de notre système de santé pour cette confusion. Ils sont en situation de crise appréhendée et font du mieux qu’ils peuvent avec des ressources limitées, des pressions de temps, et des données dont il semble encore possible de tirer des conclusions contradictoires quant aux groupes le plus à risque. Je respecte et admire le dévouement et la ténacité avec lesquels ils tentent de protéger la population.

Je m’inquiète cependant du climat éthique et intellectuel que de nombreux porte-parole du système de santé québécois installent au sein de cette même population. Il est clair que devant les nombreux messages contradictoires qu’il reçoit, le citoyen ordinaire se doit d’être vigilant et critique pour pouvoir s’y retrouver. Et de manière générale, cela a toujours été un truisme de la santé publique de penser que nous ne sommes jamais mieux armés contre des problèmes de santé sociétaux que lorsque la la population est informée et lucide.

C’est par ailleurs une règle d’or de l’éthique biomédicale de penser qu’il en va de la responsabilité du corps médical d’aider la population à s’informer, même lorsque l’information qu’elle reçoit est incertaine, fragmentaire et ambivalente. L’éthique médicale exige que l’on traite les gens comme des adultes plutôt que comme des enfants. C’est la raison pour laquelle on exige des médecins qu’ils exposent le pour et le contre de différentes options thérapeutiques, plutôt que de tenter d’imposer leur point de vue par la peur ou l’intimidation.


Des énormités

Les stratégies argumentatives de certains porte-parole du système de santé québécois ne respectent à l’évidence pas toujours cette exigence dans la présente campagne de vaccination. Ceux qui remettent en question l’utilité d’une campagne de vaccination en utilisant des arguments qui à première vue méritent d’être discutés se font dire qu’ils seront responsables de morts si leurs propos devaient venir à convaincre quiconque de ne pas se faire vacciner. Il s’agit là d’une énormité qu’il convient de signaler.

On démonise ceux qui posent des questions. On préfère les assimiler faussement aux charlatans qui s’opposent à tout vaccin en toute circonstance plutôt que de répondre calmement, dans le respect mutuel, et au profit de la population québécoise dans son ensemble, à leurs arguments concernant cette campagne de vaccination. Et surtout, on fait comprendre à ceux qui voudraient poser des questions, qui voudraient y voir clair, comme il est du droit de tous de le faire dans une démocratie, qu’ils ont intérêt à garder le silence. Plutôt se taire et emboîter le pas que se faire dire qu’on sera responsable de morts.


Climat de peur

Que l’on me comprenne bien : je ne cherche pas à avaliser les propos de ceux qui doutent de la pertinence de faire vacciner la population. Je suis père de trois enfants, et je me soucie comme tout père de leur santé. Si nous n’avons pas été infectés lorsqu’arrivera notre tour en décembre, nous finirons probablement par faire la queue et retrousser nos manches.

Il est cependant essentiel que personne dans notre société ne cède devant la tentation de taire le débat public en installant un climat de peur. Nous avons à long terme plus à perdre de cette peur que de la grippe qui s’installe actuellement au sein de la population.

Daniel Weinstock

Montréal, le 4 novembre 2009


[1Président de la fédération des médecins spécialistes du Québec

[2Emission vedette du matin sur la 1ère chaîne de radio-Canada

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