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Courriers et contributions >


Premières réactions à l’éditorial : " Qui se voile (la face) ? "
reçues entre le 8 et le 10 décembre 2003.
Article du 10 décembre 2003

Note :

A l’exception du dernier texte (le plus long), les réactions à cet éditorial sont reproduites dans l’ordre d’arrivée dans ma boîte électronique. Elles sont suivies du prénom de l’auteur. Exceptionnellement, certains éléments ont été omis afin de respecter la vie privée des auteurs. Les envois contenant des insultes ou des attaques personnelles n’ont pas été repris : je n’ai aucunement l’obligation ou le désir de publier les textes qui mettent en cause mon droit à m’exprimer ou me font des procès d’intention. Tout élément de réflexion est recevable, mais les attaques personnelles ne font pas partie des éléments de réflexion.

MW.


" A côté de la plaque ? "

Ça ne cessera jamais de m’étonner. Hier soir j’ai un peu fait déraper un repas de famille (les repas de famille, quand ça ne dégénère pas, c’est souvent que quelqu’un est malade, fatigué ou absent... moi, la plupart du temps) en évoquant ce sujet, et un autre, un peu différent, qui se passe ailleurs, mais tout aussi dérangeant à mes yeux, celui-ci : American Civil Liberties Union : Louisiana School Punishes 7-Year-Old Boy for Talking About His Lesbian Mom

Et après avoir passé la soirée à entendre toutes sortes d’arguments plus ou moins défendables contre le port du voile dans l’enceinte d’un établissement scolaire, j’en étais arrivée à me demander si je n’étais pas complètement à côté de la plaque. Il y a toujours quelque chose de profondément réconfortant dans le fait de se rendre compte que quelqu’un pour qui on a beaucoup d’estime partage vos idées. Merci. Louise

* * * * * * *

" Le pays idéal en matière de droit et de liberté
n’existe probablement pas... "

Bon, j’ai été pendant un certain temps assez indécis sur ce sujet, partageant à la fois nombre de vos convictions et nombre de celles des partisans de l’interdiction. Pusieurs récits, articles et témoignages sur l’état des relations entre garçons et filles dans les collèges et lycées de certains quartiers, ainsi que le témoignage (entendu à la radio) de Chahdortt Djavann (auteur de " Bas les voiles ! ") m’ont convaincu de la nécessité de l’interdiction du foulard. Mais je suis peut-être mal informé puisque je n’ai pas la télévision...

" Si une jeune femme porte le voile contrainte et forcée, n’est-ce pas à elle, d’abord, de le dire, et non à d’autres de le deviner ou de le décider à sa place ? "
C’est un argument bien formel, hélas : les adolescents ne sont pas forcément en situation de penser librement, ni surtout de dire librement ce qu’ils pensent et de le mettre librement en acte. J’ai cru comprendre qu’aujourd’hui il y a des jeunes filles qui ne peuvent publiquement affirmer leur refus du voile, mais qui disent (par exemple à des membres d’associations pour les droits des femmes) qu’elles espèrent que ce voile sera explicitement interdit, comme ça elle ne seront pas obligées de le porter. Car s’il est un jour explicitement autorisé, il y aura forcément des intégristes sexistes qui insulteront ou violenteront les filles musulmanes qu’ils connaissent et qui ne le porteront pas (car pour eux elles n’auront plus aucune excuse pour ne pas le porter). La violence misogyne se porte bien, hélas. Le foulard en est un symbole apparemment innocent, mais je crains qu’il n’en devienne un prétexte généralisé s’il n’est pas interdit.

" Nul n’a le droit de décider arbitrairement qui est "aliéné" et qui ne l’est pas. " D’accord, mais on peut rendre certaines aliénations difficiles voire impossibles. La loi est là pour ça, pour protéger les faibles contre les forts. Vous semblez oublier qu’à chaque fois qu’il y a un rapport de force, la liberté opprime alors que le droit émancipe.

" La véritable tolérance consiste à ne jamais résumer un individu à ses signes distinctifs. " Ceux qui veulent que les femmes portent le foulard veulent précisément faire disparaître les femmes comme individus, comme êtres humains. Autoriser le port du foulard à l’école c’est autoriser cette négation publique. En interdisant les signes distinctifs, au contraire, on libère l’être humain qui est caché derrière. Je crains que vous n’ignoriez la volonté de nuire des intolérants religieux, et notamment des parents - il y en a de toutes les religions et dans tous les milieux - qui souhaitent que leurs enfants ne parlent pas à ceux qui n’ont pas un comportement religieux correct. C’est pour ça aussi que certains préfèrent les écoles privées religieuses - on est entre soi.
" Le foulard ne représente pas l’intolérance, la peur irrationnelle et les refoulements de celles qui le portent, mais de ceux qui veulent le faire disparaître ! " Pas d’accord : il représente l’intolérance, la peur irrationnelle et les refoulements de ceux qui veulent qu’il soit porté par les femmes, c’est plus qu’une nuance.
" Je refuse que l’école républicaine empêche qui que ce soit d’exprimer ce qu’il est. " Moi je souhaite qu’elle interdise par exemple aux racistes et aux sexistes de s’exprimer publiquement. Au contraire il faut dialoguer ? Je ne pense pas qu’autoriser le port du foulard islamique ou d’un signe d’appartenance à un mouvement raciste soit de nature à poser les bases saines d’un dialogue constructif. Le débat équitable, ce n’est pas " 10 mn pour Hitler, 10 mn pour les juifs ".
" Stigmatiser des adolescentes en leur interdisant de porter un foulard sur la tête " Non, on ne les stigmatise pas, on souhaite protéger toutes celles qui n’ont pas la force mentale et surtout physique pour pouvoir le refuser toute seules !
" Après le foulard, ce sera le tour des comportements qu’il ne faut pas avoir, des convictions qu’il ne faut pas exprimer, des blessures qu’on ne doit pas montrer, des mots qu’il ne faut pas dire, et surtout des critiques qu’on ne doit pas formuler. " Oui, je pense qu’on ne doit pas dire, par exemple, que l’esclavage a été une très bonne chose parce que ça a appris quelques éléments de civilisation aux nègres, ni que les femmes sont mauvaises de nature et ne méritent que d’être les esclaves des hommes.
" Alors, la République n’est pas la même partout ? C’est bizarre, ne trouvez-vous pas ? Pourquoi ce qui est valable en Alsace-Moselle ne serait-il pas valable ailleurs ? Quelle est la particularité de l’Alsace-Moselle ? Je suis d’accord avec vous, cette particularité devrait disparaître pour que la France soit véritablement un état laïc ou tous sont égaux en droit.
" Ah, oui, j’oubliais : en Angleterre, les droits des citoyens (inscrits dans le Bill of Rights) ont précédé de 100 ans la Révolution française... Mais ce n’est qu’un détail, sans doute." Ce n’est pas un argument, ça, Martin ! Ca n’a pas empêché les Anglais de pratiquer de très féroces massacres coloniaux, tout comme les Français sous la République (et je n’essaierai pas de décerner un premier prix en la matière), ou par exemple de déporter en Australie les enfants des familles anglaises les plus pauvres après la 2de guerre mondiale, ni d’héberger et de refuser d’extrader des terroristes islamistes.
Le pays idéal en matière de droit et de liberté n’existe probablement pas...
Très cordialement,
Alexis

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" Nous ne sommes pas dans la tête des jeunes filles "

L’important dans cette polémique, n’est pas ce qu’on en pense, puisque comme vous ledites très justement, nous ne sommes pas dans la tête des jeunes filles concernées. Libre à chacun de croire qu’il a raison. Ce que je pense, moi, du foulard et des signes religieux, n’a aucune importance. Ce qui est crucial, à mon sens, c’est la signification, intrinsèque, de cette interdiction des signes religieux. Parce qu’à bien y regarder, dans signes religieux, il y a d’abord SIGNE. Interdire les signes religieux, c’est interdire, petit à petit les signes. Tenez, à ce propos ? Qui connaît la religion symbolisée par trois bandes parallèles ? De nombreux adolescent en sont adeptes visiblement. Je croyais qu’une école républicaine était une école pour tout le monde. Là, on est en train de nous mener vers son exact contraire. Une école pour un seul : L’élève type, formaté, bien pensant, non remuant, jamais revendiquant, asexué, normal enfin...blanc ? Autant le dire tout de suite : Bannir tout signe religieux de l’école est chose impossible. N’importe qui trouverait le moyen de contourner l’interdit d’une manière ou d’une autre. " Ce n’est pas le foulard islamique, j’ai mal aux oreilles ? " " Ce n’est pas la croix catholique, je suis fan de Madonna ? " Et puis, être adolescent, ce n’est pas seulement être musulman ou catholique ou juif ou que sais-je ?. On peut être une jeune fille musulmane, porter le voile ET AUSSI être bonne au volley-ball, être secrètement amoureuse de Robby Williams, avoir deux meilleures copines Mélissa et Wahiba, détester les équations, avoir honte de dire " The " la langue entre les dents, collectionner les poupées russes, être allergique aux chats, écrire à l’encre violette, parler en dormant... Interdire les signes religieux équivaudraient à les pointer du doigt donc à exacerber les haines. Interdire les signes, serait faire de chaque être humain et des foules de détails qui font qu’il est lui-même et pas quelqu’un d’autre un numéro de matricule. Ce serait tuer dans l’’uf toute forme de révolution dans le futur (James Cameron y avait bien déjà pensé ?) Faire en sorte que les gens se haïssent, c’est diviser pour mieux régner. Ceci est l’avis d’une personne qui a la perpétuelle et désagréable impression d’être manipulée par le pouvoir et les médias. Sophie

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" J’aimerais être d’accord avec toi, en particulier pour être fier de l’égalité républicaine et laïque existant dans le pays dans lequel nous vivons, mais : "

- l’expérience personnelle de la consultation médicale depuis une quinzaine d’années me permet de vivre une très nette évolution de ce qui s’y déroule : le voile y est quelque chose de particulièrement courant et la venue en couple constante. Mais pendant que Mme est voilée, Mr lui est le plus souvent habillé à la dernière mode, si le temps s’y prête, porte un jean et une chemise largement ouverte sur un torse velu avec chaine en or, avec une attitude contrastant totalement avec la réserve de son épouse. Celle-ci reste silencieuse, refuse la plupart du temps de se déshabiller (tu imagines faire un électro par dessus les habits...), je ne te parle même pas de faire enlever le soutien-gorge ! Je ne pense pas que tu puisses mettre sur le même pied d’égalité les jupes plissées et autres serre-tête ! Même si le voile peut marquer une révolte adolescente, nombres de femmes sont bien plus âgées et leur tenue s’apparente à ce que l’on voit dans "les cigares du pharaon" ou dans Coke en Stock" et n’est nullement un signe d’indépendance !!! - les insultes de cour de récré se sont transformés, ma fille se fait effectivement traiter de "salope", ou de "soumise", (...) un de leurs camarades se revendique ouvertement pro Ben Laden... - quant à la négation de la Shoah et la difficulté d’aborder ce thème en classe, elle est monnaie courante à l’école... Bien sur, je ne suis pas certain qu’une loi y change quoi que ce soit, mais je crois qu’il ne faut pas sous-estimer le changement intervenu dans notre monde post 11 septembre - certains faisaient la fête dans [notre ville] ce jour là... En tout cas, la défense de l’absolue liberté de la femme, de toutes les femmes, me semble cruciale car c’est par elles et leur pacifisme, et non par les mâles, que les situations pourraient évoluer....

Bruno

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" Inepte, injuste, contre-productif "

Ce projet de loi est d’autant plus inepte qu’il serait profondément injuste et contre productif en termes d’acceptation de l’autre avec ses différences. En effet, sous couvert de laïcité, il faudrait, nous dit-on, interdire les signes d’appartenance religieuse. Or si le voile et la kippa ne peuvent se dissimuler, demandera-t-on à tous les élèves de se déshabiller pour vérifier qu’ils ne cachent pas une croix sous le pull ou le t-shirt ? L’argument de laïcité devient dès lors fallacieux et exprime clairement le désir de retour à un ordre moral chrétien (mais bien peu charitable) qui n’a plus peur de s’exprimer au sein de ce gouvernement dont la ligne de conduite, dans nombre de domaines, consiste à dresser les gens les uns contre les autres.

Carole

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" Ah si ce point de vue (sur le voile) pouvait passer en boucle sur France Inter ! "
J.P.

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" Vu de Belgique "

Moi j’habite à Bruxelles, chez les Belges, et ces gens-là ils sont gentils comme tout, sympathiques et bon vivants, et accueillants... Et bien sûr, c’est comme partout, il y a plein d’Arabes, un peu comme à Marseille, ou certains quartiers de Paris, et ici les femmes elles sont beaucoup plus voilées qu’en France, et on en fait beaucoup moins un fromage, et on en parle jamais dans les journaux... D’un autre côté, ils sont un peu plus catholique que les Français, à l’université catholique de Louvain il y a un crucifix dans chaque salle, donc il serait un peu difficile d’aller interdire le voile si on tolère les crucifix...

J’ai un peu l’impression qu’à force de parler de ça à longueur de journaux, on rentre dans une réthorique du bien et du mal, du pour ou du contre, alors que la majeure partie des gens n’en on rien à foutre du foulard... Moi tant que je continue à pouvoir voir leur yeux et leurs sourires, je n’y vois point d’inconvénients...

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" J’ai l’impression que cette foi que j’ai découverte il y a six ans ne fait pas de moi un citoyen comme les autres, mais un intégriste qui serait en train de détruire la République. "

Je suis très content en lisant votre contribution sur l’affaire des signes religieux : Qui se voile (la face) ?

Je constate que des gens sensés sont capables de réfléchir du sceau de la logique même. Vous exprimez bien mieux ce que je pense que je ne pourrais le faire moi-même. De plus, étant moi-même converti, avec une femme portant le voile (de son propre chef), tout ce que je pourrais dire serait considéré comme un point de vue partisan et serait complètement négligé, décrédibilisé, dénaturé et ne serait pas entendu.

En fait, depuis six mois (c’est-à-dire depuis l’explusion des soeurs Lévy), je me sens très mal. J’ai l’impression que cette foi que j’ai découvert il y a six ans ne fait pas de moi un citoyen comme les autres, mais un intégriste qui serait en train de détruire la République.

Je commençais à perdre foi en la France, pays des libertés et des droits de l’homme (ce qu’on m’avait enseigné pendant des années) pour trouver un pays gagné par la lepenisation (en marche depuis le 21 avril 2002 : les partis politiques se sont lancés dans une surenchère face au Front National). C’est alors que je lis votre prose, et je la trouve tout à fait rafraîchissante.

J’espère que vous serez entendu et écouté. Ce qui me semble compromis du fait de ce que j’ai lu par ailleurs sur votre site.

Adam

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" Tous décérébrés ? "

(...) Je viens de lire à l’instant votre excellent edito sur le foulard, qui reflète bien ce que je pensais ce matin en prenant mon métro. L’humanité entière se nourrit de symboles, investit dans le symbole, sacrifie aux symboles (je souligne, car il s’agit ici de sacrifices humains). Le voile islamique est un symbole parmi d’autres, qui n’a ni plus ni moins de sens véritable que les autres. Vous écrivez : " Une adolescente (ou une femme adulte) qui choisit de porter le voile n’est pas nécessairement (comme on le sous-entend facilement) une décérébrée ou une victime de lavage de cerveau - ou alors, tous les individus qui portent un signe d’appartenance le sont..." Peut-être oui, en quelque sorte, sommes-nous tous décérébrés, tous des cerveaux lavés, tous avec nos signes d’appartenance, incapable de vivre sans le langage vestimentaire propre à notre tribu. Notre présente tenue d’occidentaux "normaux" pourrait tout à fait passer pour une provocation, en certains lieux de la planète, en certaines circonstances. Tout cela n’est que bêtise et manipulation de la bêtise, c’est très tendance en ce moment, et je trouve que cela sent de plus en plus mauvais. Au cas où celà vous aurait échappé, vous pouvez devenir maintenant "citoyen-relais" pour l’instant, seulement si vous êtes habitant de la bonne ville de Douai, mais bientôt dans votre ville :
Merci à vous
Bernard

* * * * * * *

" Sinistres conséquences "

Merci de poser de poser enfin le problème dans l’intégralité de ses sinistres conséquences ! J’ai les mêmes souvenirs que vous en ce qui concerne ma propre scolarité, (j’ai 41 ans), et jamais le port de la croix, de la kippa, ni même de l’écharpe fédayine, n’a entaché nos rapports entre nous. Bien au contraire, de ces différences, naissaient la curiosité, le questionnement. Bref, cette confrontation pacifique était propice à la découverte, au dialogue, à l’échange qui font le terreau de la tolérance et de la compréhension. Je croyais devoir toute ces belles rencontres, ces amitiés interculturelles à la laïcité républicaine. Mais si cette laïcité devient elle-même une religion qui sélectionne ses membres pour en rejeter d’autres, où se situe le prosélytisme nouveau ?
Bien @ vous et laïquement votre,
Stef

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"Mauvaise conscience"

Bravo, je suis plutot d’accord avec vous et suis content qu’enfin quelqu’un de "connu" ose avoir un autre son de cloche que le sempiternel voile = femme soumise, humilié etc....

Toute ces filles ne sont pas des stupides, la plupart ont suivi des études. Il est temps de se rendre compte que le véritable danger dans cette histoire c’est notre mauvaise conscience. Nous sommes coupables de délit de sale gueules vis à vis des maghrébins, de délits d’a-priori vis a vis des jeunes fille.

Michel

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" Je m’informe et tente d’y voir le
plus clair possible, sans démagogie ni naïveté. "

Je suis de ceux qui vous écoutent avec intérêt parce que vous vous exprimez me semble-t-il sans langue de bois.

C’est la première fois que j’endends parler, dans ce débat autour de la laïcité - et du voile, qui semble cristalliser effectivement beaucoup de peurs et de non-dits, de la laïcité vraiment pour tous, y compris dans les écoles dites "libres", je veux parler des écoles confessionnelles catholiques, et sur tout le territoire.

J’ai été surpris, n’ayant connu que l’école publique, de voir, à l’occasion d’une visite d’une école privée de mon quartier, une croix accrochée en évidence dans une salle de classe. A ma question sur cette présence qui me troublait, le directeur m’a rappelé que cette école était bien confessionnelle, dirigée dans des principes guidés par la foi catholique, bien qu’ouverte à tous. Il me semble qu’une école ouverte à tous n’a pas à prévilégier une religion plus qu’une autre. Le même sentiment de malaise m’a pris lorsque, étant scout de France - donc d’inspiration catholique - un enfant de confession musulmane nous avait rejoint, et alors qu’une célébration nous était proposée. Aucun aménagement n’avait été prévu à cette cérémonie pour marquer la présence de ce jeune garçon, qui s’est visiblement senti mal à l’aise et que je n’ai plus revu depuis.

Dans la même veine, on peut s’étonner d’apprendre que le concordat existe encore en France, en Alsace et dans la partie de la Lorraine qui s’est vu alternativement être française, puis allemende, puis à nouveau française. Peut-être est-ce un sujet trop sensible dans notre pays, mais il me semble qu’on pourrait élargir le débat pour montrer que la laïcité s’impose à tous et partout.

Ceci dit, je pense que le sujet dépasse largement le port du voile et les sentiments religeux de jeunes filles. Il s’agit d’un projet politique intégriste et fondamentaliste qui touche aussi bien l’islam que la chrétienté : il est navrant de constater la recrudescence de croyants, largement minoritaire mais très actifs, qui croient avec le sentiment d’avoir raison contre "les autres", ces mécréants. Je crains que la liberté religieuse soit instrumentalisée pour servir à faire progresser une conception communautariste, qui aboutirait à terme à ce que les citoyens ne soient plus vraiment égaux, mais traités en fonction de leur appartenance à une communauté. C’était le cas encore récemment en Grèce où l’appartenance religieuse figurait sur la carte d’identité... c’est le cas de la discrimination positive, fausse bonne idée qui donnerait à la république un préfet "musulman", confusion grossière entre religion et origine, indigne d’un ministre de la ... Rébublique, et qui stigmatise aux Etats-Unis les étudiants noirs ou hispaniques soupçonnés d’être des diplômés au rabais. Le président des Etats-Unis d’Amérique n’a-t-il pas un vocabulaire très... typé, tout droit issu d’un fondamentalisme religieux chrétien ?

D’autre part, comment peut réagir un professeur face à une élève qui refuse de retirer le voile pendant les heures de sport, pendant un cours d’usinage ou de fraisage (à proscrire pour des raisons de sécurité) ? Une illustration qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème de respect des cultures, cet élève qui n’accepte pas un cours d’histoire sur la shoah au motif que l’islam qu’il dit pratiquer nie les déportations ?

Je n’ai pas d’opinion définitive sur ce sujet difficile et sensible. Je m’informe et tente d’y voir le plus clair possible, sans démagogie ni naïveté. Vous participez utilement au débat, mais il me semble que votre position est quelque peu naïve en l’occurence.
Amicalement
Vincent

* * * * * * *

" Une remarque de forme "

Je veux répondre à ce (long) discours sur le voile par cette remarque de forme plus que de fond. Il est rare de voir chez vous un article aussi long pour vendre une seule et unique idée : L’interdiction du voile dans l’école publique va-t-il à l’encontre de la liberté individuelle de l’enfant ? Question à laquelle vous répondez avec conviction oui mais pour laquelle vos arguments (répétifis) oublient involontairement beaucoup d’autres.

Evidemment, légiférer sur le voile est une privation de liberté. Mais la société doit parfois agir contre certaines formes de libertés individuelles...

Dans le cas général, la jeune fille a été amenée à porter le voile par son éducation, sa famille et son entourage. On peut même parler d’un certain déterminisme social. Et c’est un devoir pour la société que de combattre ce déterminisme. Il n’est ni question d’interdire le voile dans la rue, il est juste question de dire que, pour permettre l’égalité à l’école, pour que l’école ne soit pas la reconduction exacte du milieu familiale, pour que la jeune fille concernée puisse vivre une autre vie que celle qui lui est destinée, il faut maintenir à l’école une certaine égalité qui passe par l’oubli, non pas de la religion, mais de l’influence de la religion sur nos vies scolaires.

Dans le cas d’une décision personnelle de la jeune fille, il ne faut pas non plus oublier que ce voile n’est pas une obligation religieuse dans toutes les formes de la religion musulmane. Elle veut donc respecter son interprétation de la religion et non la religion musulmane toute entière, ce qui est moins grave.

Je ne suis pas personnellement pour une loi qui peut véhiculer des dangers inattendus au détour d’un mauvais texte. Je ne voudrais pas non plus faire fuir de l’éducation publique ces jeunes filles. Mais je pense que la société ne doit pas être sans réaction face à l’inégalité à l’école. La vraie réponse consistera à briser les écoles poubelles de banlieue, en brisant les banlieues mais en attendant que la vie politique française bascule un jour vers ce genre de courage, j’attend qu’elle maintienne un peu l’esprit de ce lieu égalitaire que se voudrait l’école publique.

Pierre

PS : Le symbole du foulard masque aussi d’autres disparités vite enfouies sous les ordonnances des médecins : refus d’aller à la piscine, au sport, au sortie culturelle, de suivre les cours d’éducation sexuelle, de débattre de philo, de suivre des activités parascolaires, de participer à la vie du lycée...

* * * * * * *

" Non, pas vous ! "

Je cherchais, à titre professionnel, quelques infos sur la contraception d’urgence quand je suis tombée sur cet edito. Non ! Pas vous ! Je ne comprend pas que vous ne compreniez pas ! Croyez vous sincèrement qu’il ne s’agisse que d’un problème religieux ? D’un excessif intégrisme laïc ? D’une simple manifestation d’indépendance d’esprit propre à l’adolescence et à ses fantaisies vestimentaires ? Désolée, ça n’a rien à voir avec le string apparent ou les cheveux verts ou la médaille de baptême ou l’étoile...Non ces bouts de tissu qu’ils soient foulard, voile, bandana, tchador ou burka ne recouvrent qu’une chose : cette incarnation du mal qu’est la femme, cet appel au péché et à toutes les turpitudes , cette inférieure créature, ce démon sur pattes... Cachez ces cheveux, ces corps, ces visages ! Mourrez plutôt que d’être soignées par des hommes que votre vue pourrait contaminer tout en éclaboussant l’honneur de vos pères, maris, fréres... Monsieur Winckler, j’ai 50 ans, je suis mère et grand mère , je me suis battue dans les années 70 pour l’égalité des droits, pour que nos corps soient à nous, pour que plus jamais les hommes ne parlent en notre nom, pour que ma fille, toutes nos filles n’aient plus à se battre pour ce droit fondamental : n’être aliénée par rien ni personne... Ne voyez vous pas derrière le symbole "religieux" ce qu’il représente de soumission forcée, d’humiliation, de négation de sa propre valeur en tant qu’être humain ? Ce bout de tissu symbolise à la fois l’infériorité de celle qui le porte et la valeur la supériorité, la virilité même de celui dont elle est la propriété, l’objet. Moi, M.Winckler, je suis loin d’être bien-pensante, mais le coeur me serre pourtant chaque fois que mon chemin croise celui de celle qui est ma soeur, mon égale et qui arbore même de son plein gré cette marque d’infamie... Et là, je me dis, il est où et pour qui cet autre monde possible ?

Gisèle

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" Le mot laïcité et le sens du principe qu’il recouvre "

La question primordiale : quel type d’union, fondée en droit, pour des êtres dont les convictions spirituelles sont diverses ?
Certes, les communautés de foi, ou de représentation du monde, ne sont pas négligeables. Mais elles ne concernent que ceux qui s’y reconnaissent librement.

De ce point de vue, on peut comprendre la laïcité non comme un produit culturel, spontanément surgi d’une tradition particulière, maiscomme une conquête accomplie par un effort de distance à soi d’une société d’abord soumise à l’organisation théologico-politique traditionnelle.

Le droit laïque et ses exigences

La liberté de conscience est le premier principe fondateur de la laïcité. Et il appartient à l’État de lui donner les moyens de se fortifier, notamment par l’instruction publique. Celle-ci doit procurer à tous, croyants ou non, l’autonomie de jugement et la culture universelle qui lui fournit ses repères. La laïcité n’est pas seulement neutralité : un Etat, s’il est philosophiquement et religieusement neutre, peut être parfaitement démocratique sans être laïc ; elle est, positivement, promotion du bien commun du fait qu’elle assume un projet d’émancipation de tous et de chacun.

La laïcité consiste à éradiquer le principe même de toute domination au nom d’une option spirituelle quelle qu’elle soit.Tout privilège juridique consenti aux religions par rapport aux non -religions maintien parfois pour alibi la référence à la culture, entendue en son sens ethnographique comme continuité d’une tradition. Mais on peut mesurer les risques d’une telle acception en observant que des pratiques oppressives et discriminatoires se donnent comme " culturelles " pour jouir d’un label qui les soustrait à toute critique. L’égalité des sexes, pour ne citer qu’elle, ne figure pas dans les traditions " culturelles " des grandes aires de civilisation, et il faut noter à quel point, parmi les non - musulmans français, les femmes se sentent beaucoup plus agressées par le foulard islamique que les hommes, car elles y voient (à juste titre) la remise en cause de décennies de luttes pour leur émancipation. Elle n’en est pas moins une exigence du droit, qui sur ce point doit rompre avec le passé. Ce type de rupture est d’ailleurs conforme à un autre sens du mot culture, entendue cette fois ci comme transformation active du donné en vue d’un progrès. D’où le souci d’universalité.
L’assignation des options spirituelles à la sphère du droit privé ne signifie pas qu’on en méconnaisse la dimension sociale et collective : celle-ci est prise en compte par le droit des associations. Elle n’interdit nullement aux religions ou à la libre-pensée de s’exprimer dans l’espace public. Mais elle leur dénie toute emprise sur l’espace public. On comprenddèslors qu’ilest essentiel pour larépubliquelaïque de préserver la sphère publique -et pas seulement l’école- de tout empiètement des communautarismes. La question de la laïcité ne peut s’arrêter aux portes de l’Ecole. Il apparaît aujourd’hui que le problème du port du foulard s’étend progressivement à d’autres institutions (et pas seulement du fait des musulmans), comme les établissements de santé, les piscines, etc, sans savoir où cela s’arrêtera ( à quand des autobus séparés pour les femmes ?). Il est impossible d’imaginer un monde où l’école serait un sanctuaire alors que s’affirmerait autour un monde communautarisé, dans lequel les religions imposeraient leur légitimité. Dans les dernières années de nombreux responsables politiques ont laissé se répandre l’idée que la laïcité se réduisait à la notion de tolérance de toutes les religions. Cette conception dite moderne, ouverte, a permis à ceux de bonne ou de mauvaise foi, de croire que toutes leurs revendications religieuses étaient légitimes.

L’espace public n’est pas une mosaïque de communautés, mais un monde de référence des individus citoyens libres de choisir leurs appartenances et d’en changer . Toute personne doit pouvoir disposer librement de ses références spirituelles, et non être d’emblée assujettie à elles au nom d’une " identité collective " dont elle ne pourrait se déprendre. Certes, il s’agit là davantage d’un idéal régulateur que d’une réalité effectivement accomplie . Mais c’est l’honneur et le devoir de la politique de ne pas se soumettre au monde comme il va. D’autant que c’est par un malentendu trop courant que l’on oppose l’idéal laïque et la légitime construction des identités singulières. La laïcité ne requiert nullement l’effacement des " différences ", mais un régime d’affirmation des différences qui reste compatible avec la loi commune, et soit à même d’empêcher tout rapport de dépendance personnelle.

La question de l’école laïque

L’école n’est pas un lieu comme un autre. Elle accueille des enfants, dont elle fait des élèves. Elle les accueille tous, sans distinction d’origine, de religion ou de conviction spirituelle. Elle prépare à la citoyenneté, sans épouser l’illusion d’une citoyenneté spontanée, qui préexisterait au processus de sa formation. C’est dire que la laïcité n’est pas seulement un droit : elle est aussi une exigence. Les enfants-élèves n’appartiennent plus tout à fait à leur famille ; mais ils ne s’appartiennent pas encore tout à fait à eux-mêmes, en fait, même si en droit ils sont là pour apprendre à se passer de maître. D’où la tâche délicate de l’école laïque, qui en un sens est une institution organique de la République, et ne saurait être réduite à un simple prestataire de service, tributaire de la demande sociale du jour. La logique de l’école est celle d’une offre de culture, et d’une offre qui doit toujours déborder la demande, afin de s’affranchir de ses limites. D’où la nécessité d’une ouverture grand angle du champ de la connaissance, incluant les religions, les mythologies, les humanismes rationalistes, tout ce que jadis on appelait fort bien les Humanités.

L’école laïque accueille tous les enfants : il n’y a pas d’étranger dans l’école de la République. Elle doit de ce fait respecter une déontologie laïque : quelle que soit notre religion, nous devons en retirer les signes visibles (et pas simplement ostentatoires) lorsque nous entrons dans une école, comme nous retirons nos chaussures en entrant dans une mosquée ou notre chapeau dans une Eglise. Et ce dans l’intérêt de tous. Il n’y a donc place en elle ni pour le prosélytisme religieux, ni pour la propagande athée. Un professeur pourra évoquer la Bible ou le Coran en classe, ou encore étudier un texte de Voltaire ou de Marx, mais en se souvenant toujours que ses élèves proviennent des trois grandes options spirituelles évoquées. D’où une exigence stricte de ne blesser personne en valorisant ou en disqualifiant une croyance, tout en cherchant à faire connaître ce qu’elle est. Pour cela, il est essentiel de faire la part de ce qui relève du régime de la croyance et de ce qui relève de celui du savoir .La laïcité scolaire ne requiert nullement la critique des croyances, mais la lucidité qui fait qu’un élève doit faire en lui la distinction entre croire et savoir.
À la déontologie du maître doit correspondre une culture de l’exigence chez l’élève. En ce sens la dissymétrie créée par l’encouragement prodigué aux élèves pour qu’ils affirment d’emblée ce qu’ils sont ou croient être est néfaste. Sous l’apparence de la spontanéité ainsi prisée peuvent se dissimuler des contraintes très réelles, que l’on entérine en laissant croire que l’opinion première a une valeur suffisante. En revanche, une culture de l’exigence, voire de l’effort et de la distance à soi a au moins le mérite de donner sa chance à l’émancipation personnelle. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas ainsi de disqualifier les cultures ou les traditions d’origine. Il s’agit simplement de promouvoir un rapport éclairé, distancié, aux facteurs de construction de l’identité, et de les inscrire dans un horizon de culture universelle vers lequel se porte le travail de la pensée quand il s’affranchit des représentations immédiates. En schématisant, le rôle de l’ Ecole laïque est de donner à l’élève , qui y rentre en se disant " Je suis ceci " " Je pense cela ", les moyens de se poser la question " Qui suis-je ? " " Qu’est-ce que je pense ? " , de façon à ce que, lorsqu’il en sortira, et qu’il redira " Je suis ", " Je pense ", le " Je " signifie vraiment " Je " -et, ceci, quelle que soit la réponse, qu’il lui appartient de trouver lui-même ; ceci s’appelle simplement un être humain libre.

Ces remarques conduisent à considérer l’enjeu propre de la laïcité scolaire comme projet d’émancipation. Là encore, on ne peut se satisfaire d’une conception qui privilégierait unilatéralement le droit de manifestation des opinions ou des croyances, sans poser la question de la construction du sujet autonome, de l’égalité des sexes, de l’indépendance de l’école par rapport aux divers groupes de pression. Nous naissons tous athées : c’est ce que nous font (très tôt) nos parents qui nous transforment en adhérents forcés à telle ou telle croyance.

Les glissements trop fréquents de culturel à cultuel ressortissent à une conception communautariste : ils font d’un particularisme religieux un critère d’identification culturel, comme si le cultuel et le culturel étaient consubstantiels. Conception dangereuse de la culture, car elle en dénie le caractère libre et délié. Quid du libre-arbitre individuel dès lors que l’individu est enfermé dans sa communauté supposée, celle-ci liée à une culture particulière, et cette culture à un credo obligé ?
Et souvenons-nous de cette courageuse jeune fille musulmane, qui a dit à la télévision : " Dans mon lycée, le proviseur a interdit le port du foulard, et j’en suis bien heureuse : sinon, mon père et mes frères m’obligeraient à le porter ". Dans notre société faussement permissive, nous avons oublié que l’interdit peut être une libération.

Elie

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