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Liaison fatale : l’industrie pharmaceutique et les médecins
Article du 22 mai 2009

Le 15 mai 2003, sur France Inter, je chroniquais un livre de Philippe Pignarre, « Le grand secret de l’industrie pharmaceutique » (Lire ici un article de cet auteur sur le sujet ). Cette chronique et une autre, consacrée à la campagne de « sensibilisation » au dosage du cholestérol a conduit le LEEM (syndicat de l’industrie pharmaceutique en France) à demander un « droit de réponse » à la chaîne, lequel fut diffusé... à l’heure de ma chronique, quelques jours après son arrêt.
À l’époque, le motif invoqué était que j’aurais « diffamé » l’industrie, et le LEEM aurait menacé la chaîne de poursuites. (Il est à noter que pour ma part, je n’ai reçu aucune menace... alors qu’il était tout de même plus facile de me poursuivre que de poursuivre France Inter...) Il est évidemment difficile de comprendre en quoi un chroniqueur « diffame » quand il fait état du contenu d’un livre qui, lui, n’a fait l’objet d’aucune poursuite, mais toujours est-il que, cinq ans plus tard, le paysage - et tout particulièrement l’information à laquelle ont accès les citoyens - ont beaucoup changé.

Il fait aujourd’hui peu de doute que de nombreuses sociétés pharmaceutiques (et parmi les plus puissantes) manipulent les prescripteurs, l’information et les patients pour permettre à leurs produits les plus récents d’être vendus à des centaines de millions d’unités...

Ces dernières années, les publications, tant dans la presse qu’en librairie, n’ont pas manqué. J’ai ainsi eu l’occasion d’écrire une post-face au livre de Jorg Blech, « Les inventeurs de maladies », qui a remporté un joli succès en France, et de voir, comme tout lecteur, passer un certain nombre d’articles sur le sujet.

Les plus marquants concernent les sommes considérables versées par les industriels à des médecins « prescripteurs » doté d’une aura importante, et dont les avis ont bien évidemment une influence considérable sur la profession.
En 2008, plusieurs articles du « New York Times » rapportaient que l’Association américaine des psychiatres faisait l’objet d’une enquête sur les sommes considérables reçues par ses membres - lesquels omettaient de déclarer ce « détail » lorsqu’ils allaient vanter les mérites de tel ou tel médicament dans le traitement de maladies psychiatriques.
(Lire en particulier CECI)

En mars 2009, le même « New York Times » racontait comment un Professeur de Harvard concevait des études « à la carte » sur des enfants pour donner des résultats positifs au laboratoire dont il testait les médicaments !

Certains laboratoires vont même jusqu’à créer de toutes pièces de fausses revues scientifiques et y publier des textes destinés à influencer la prescription. L’excellent blog "Pharmacritique" s’en est récemment fait l’écho Lire ICI


Comme le révélait une étude de Grande, Davis et coll. parue dans la respectable revue Archives of Internal Medicine en mai 2009 (Arch Intern Med. 2009 ;169(9):887-893), le simple fait qu’une entreprise de médicament offre des bloc-notes publicitaires gratuits à des étudiants en médecine influence les prescriptions ultérieures de ces derniers. Dans le même numéro, un éditorial rappelle que seuls le soutien, la vigilance continue et l’intégrité de leurs enseignants peut éviter aux futurs médecins de succomber au chant des sirènes industrielles.

Tous ces articles dévoilent des faits qui se sont déroulés (qui se déroulent) aux Etats-Unis, mais ne croyez pas que seuls les médecins américains soient concernés.

Ce matin, 21 mai 2009, au kiosque « La Presse Internationale » de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, (juste en face de la station Berri-UQAM), ‘ai acheté le numéro 4 de la revue « Books ». Le dossier central s’intitule « Le scandale de l’industrie pharmaceutique ». Il contient plusieurs articles éclairants.

L’un deux rappelle que ’industrie n’est donc pas seule responsable. C’est bien sûr elle qui finance les essais (et empêche, comme l’explique le dossier de « Books » qu’on publie ceux dont les résultats sont négatifs. Mais l’industrie n’a pas le droit d’expérimenter directement sur des patients. Seuls des médecins ont le droit de le faire. Ceux qui travaillent pour elle sont donc objectivement ses complices.

L’un des articles est une grande interview de Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine Necker à Paris qui déclare tout de go que les experts médicaux français font l’objet des mêmes « conflits d’intérêt » que les experts américains. Plus de la moitié des 1200 experts sollicités par les agences nationales du médicament françaises déclarent des liens contractuels avec industriels. 20 pour cent d’entre eux déclarent ne pas en avoir. Les autres... ne font pas de déclaration (alors que celle-ci est en principe obligatoire).

Dans le même entretien Philippe Even remet ouvertement en cause la formation des médecins dans les facultés françaises. Je le cite :
« Les études médicales ne forment ni à l’esprit scientifique, ni à l’esprit critique. La formation thérapeutique occupe trois mois sur six ans d’études. On n’y apprend (...) rien sur l’histoire des molécules, sur la façon dont elles sont venues sur le marché. Rien sur les pièges de l’information médicale. (...) Du coup, on comprend bien le processus : la pression de l’industrie sur les médecins académiques, l’impact de ceux-ci sur les praticiens, la demande des malades (...) stimulés par tel ou tel réseau d’information, lui même financé par l’industrie. Quant à la formation permanente (des médecins) elle est entièrement payée par l’industrie. La boucle est bouclée. »

Evidemment un seul article, ni même dix, ne pourront pas changer le monde. Mais ceux qui dénoncent ces manipulations depuis longtemps se sentent moins seuls.

Et quand la vérité finit par se dire, le public devient moins facile à manipuler. C’est loin d’être négligeable.

Martin Winckler

PS : Un courrier d’internaute me signale un long article de Marcia Angell dans la "New York Review of Books".
Aux lecteurs agacés que je cite le plus souvent des articles en anglais, je répondrai que ça m’agace aussi, mais que les médias français ne font pas leur travail.
Et pourtant, les compagnies qui ont le plus de moyens pour compromettre la publication des informations se trouvent aux Etats-Unis, pas en France...

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