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Vaccin anti-HPV : débat entre Véronique T., gynécologue et Martin W.
Article du 4 novembre 2007

Véronique T., médecin gynécologue en formation (« Je suis en 7ème semestre de Gynécologie Obstétrique au CHU de R. et je possède le DIU de colposcopie et pathologie cervico-vaginale », me précise-t-elle) a très mal pris mon édito sur la vaccination anti-HPV (CLIQUEZ ICI).

Sa lettre est publiée intégralement ICI

Je reprends ci-dessous ses arguments (en italiques), cette fois-ci entrecoupés de mes commentaires (en romain).
M.W.


Extrêmement choquée du message global que vous donnez à travers votre article sur le vaccin HPV, il me paraît important qu’une réponse contrebalançant vos propos suive votre article, afin que les patientes disposent d’une information complète et éclairée.

Euh, il ne faudrait pas inverser les rôles. L’information initiale, massive, est celle qui est diffusée par Sanofi Pasteur MSD via les médias. L’opinion et les informations que je publie sur mon site n’ont pas le pouvoir d’atteindre autant de personnes. C’est de mon côté que se situe le « contre-pouvoir », l’information nuancée, et non du vôtre, car vous ne faites que répéter les informations déjà martelées par l’industrie...

Quant à l’impact sur le public des articles publiés sur ce site, j’aimerais bien qu’il soit suffisamment important pour contrer l’information de l’industrie. Mais je ne suis pas naïf au point de penser que je peux contrer une campagne comme celle-là à moi tout seul... Vous, si ?


Vaccin et frottis

Vous comparez de façon très malhonnête le vaccin et le frottis...Le vaccin empêche (à un pourcentage bien plus élevé que vous ne le dites, nous y reviendrons plus tard) l’apparition de lésions : c’est de la prévention primaire. Le frottis DETECTE les lésions : c’est de la prévention secondaire. Rien à voir donc entre les deux ! Ce sont des bases de santé publique.

Je ne compare pas les deux méthodes, je les décris. Et je précise que le vaccin ne dispensera aucunement de faire le frottis... Ce que tout scientifique sérieux est d’accord pour reconnaître. Et les deux méthodes, en principe, devraient se compléter.

Le frottis dont vous faites l’éloge, et qui selon vous, suffirait à lui seul, a en réalité (et vous avez omis de le dire...) 30 à 50 % de faux négatifs selon les études ! Et quand le frottis dépiste une lésion, les traitements de ces lésions sont le laser et la conisation, loin d’êtres anodins, comme le savent les gynécologues (complications opératoires et anesthésiques, baisse de fécondité, sténose du col, menace d’accouchement prématuré sur col raccourci etc). Vous avez omis d’en parler...

Ce dont vous ne parlez pas, vous, c’est :
- du nombre de frottis inutiles (effectués à un rythme annuel, donc excessif, chez un petit nombre de femmes, au lieu de l’être tous les 3 ans à toutes les femmes)

- du surnombre de traitements inutiles imposés par les gynécologues à la suite de frottis faussement positifs en particulier chez les femmes de moins de 25 ans, puisque l’on sait que la plupart des « lésions » découvertes avant 25 ans sont en réalité des aspects atypiques transitoires guérissant spontanément sans aucun traitement...

- du fait que le nombre de complications augmente avec le nombre d’interventions inutiles et avec l’agressivité des méthodes employées... (je vous rappelle que dans le domaine de la gynécologie obstétrique, on pratique en France plus d’hystérectomies, plus de césariennes, plus d’épisiotomies, plus de mastectomies totales que dans la plupart des autres pays développés, et ce pour des résultats qui ne sont pas meilleurs, mais pour des conséquences négatives plus nombreuses pour les patientes. Alors, je ne me fierais pas trop à l’appréciation des gynécologues sur les effets de leurs actions. En ce domaine, j’ai plutot tendance à faire confiance à des observateurs extérieurs...

Même si les frottis sont mal faits, cela ne justifie pas de vacciner pour autant. Cela devrait inciter les patrons de gynécologie obstétrique à former TOUS les étudiants (futurs généralistes et futurs spécialistes) à leur enseigner de bonnes pratiques de frottis, PUISQUE LE FROTTIS RESTERA LA MESURE DE DEPISTAGE, VACCINATION OU NON !!!

Cela étant, et je m’étonne que vous suggériez le contraire, c’est grâce au frottis de dépistage qu’aujourd’hui le nombre de cancers invasifs est seulement de 3400 en France, alors qu’il est infiniment supérieur dans les pays en développement. (Où 80% des cancers du col sont diagnostiqués...) Les frottis ne sont donc probablement donc pas si mal faits que ça dans notre pays.

Mais il est évidemment plus facile de parler du vaccin que d’enseigner et de promouvoir le frottis... De même qu’il est plus facile de parler (mal) des pilules combinées que d’enseigner la pose et le retrait d’un DIU ou d’un implant...

Le vaccin, quant à lui, PROTEGE, comme son nom l’indique. Il empêche donc les lésions d’apparaître. C’est déjà mieux, non ?
À hauteur de quel pourcentage ? Et là, pareil, vous donnez des chiffres sans explication réelle... 70 % ? Oui, exact, mais sur la population générale, dans les indications de la Sécu, c’est-à-dire comprenant des femmes en réalité non naïves (=déjà exposées au virus). La prévention du cancer du col par le vaccin est proche de 100 %, si ce vaccin n’est réalisé que sur une population strictement naïve (=jamais exposée). Le problème n’est donc pas l’efficacité du vaccin, comme vous le sous-entendez, mais bien à quelle population il est appliqué ! Mettez donc tout votre dynamisme à vacciner les filles vierges et donc non exposées, ou informer leurs mères...et on s’approchera des 100 %


Ah, là je crois c’est vous qui ne savez pas très bien compter, chère amie : les informations à ce sujet sont très claires, le vaccin protège contre deux HPV (16, 18) responsables de 70% des cancers. Les 30% de cancers restants sont dus à des HPV contre lesquels le vaccin ne protège pas. Ce n’est pas une question de population à vacciner (de « couverture » vaccinal), mais d’impact vaccinal sur les micro-organismes concernés. Même si on vaccine 100% des filles "naïves", on ne les protègera pas contre 100% des cancers... mais contre 70% seulement, et c’est pourquoi le frottis restera nécessaire... Je trouve intéressant que vous fassiez cette confusion...


Les conséquences à long terme de la vaccination de masse sont inconnues


Et puisque vous me parlez d’épidémiologie, poussons la réflexion un peu plus loin : si toutes les femmes étaient vaccinées contre les HPV 16 et 18, ces HPV (théoriquement) disparaîtraient, ce n’empêcherait pas les autres HPV cancérigènes de se répandre... et au contraire leur permettrait, en modifiant l’écosystème antérieur, de devenir responsables, de ce fait, de 100% des cancers du col.

Autrement dit : est-ce que modifier l’équilibre écologique des HPV - et donc, favoriser la diffusion de certains virus en en faisant disparaître d’autres - n’a aucune conséquence ? Si, bien sûr. Mais ces conséquences à long terme ne sont pas connues. Une fois toutes les femmes vaccinées contre les 16 et 18, les cancers du col dus à d’autres virus seraient-ils moins nombreux ? On n’en sait rien !!!

La situation serait très différente si le vaccin protégeait contre tous les HPV qui provoquent un cancer. Une protection partielle peut très bien se révéler une catastrophe, ou ne faire que repousser le problème vers une autre population. On l’a vu en particuleir avec la rougeole : quand on a vacciné dans l’enfance sans savoir quelle était la durée d’action du vaccin, on a vu apparaître des épidémies chez des populations qui habituellement n’étaient pas touchées : les jeunes adultes.

A l’heure actuelle, l’immense majorité des infections à HPV ont lieu avant l’âge de 25 ans... et n’ont aucune conséquence, puisque le HPV disparaît et ne produit pas de lésions ultérieures. Si l’on vaccine les femmes avant l’âge de la puberté, il est raisonnable de penser que le vaccin risque de ne plus être efficace 10 ans plus tard. Donc, que les femmes seront infectées (si elles ne sont pas revaccinées, ce qui est très possible) dix ans après. Or, il n’est pas impossible que le HPV soit plus résistant quand il atteint une femme de 30 ans que lorsqu’il atteint une femme de 20 ans... Bref, la vaccination généralisée contre ces deux HPV aurait certainement des conséquences, mais on ignore lesquelles. Dans le doute - et comme le vaccin n’est pas la seule méthode de prévention - il me semble (et ce n’est pas seulement mon avis) que les premières intéressées sont en droit de ne pas se faire vacciner.

Autre petit oubli de votre part, si je peux me permettre : se faire vacciner contre l’HPV 16-18-6-11 (Gardasil puisque vous le citez), c’est être protégé aussi contre au moins le 31 et le 45, grâce à la protection croisée...Ca fait donc plus que quatre...

Cette information serait intéressante si elle avait une pertinence scientifique, mais elle n’en a pas. Même si le vaccin protège effectivement contre les virus 16, 18, 31 et 45, tous cancérigènes, ça ne fait quand même que 70 % des cancers en France, puisque c’est le HPV 16 qu’on retrouve dans 70% des cancers en Europe. Le 18 est fréquent surtout... en Asie du Sud-Est...


Cancer et condylomes, une confusion de mauvais aloi

Les patientes qui en sont atteintes savent que les condylomes ne sont pas simplement des petites verrues qui partent toutes seules...
Quid des lésions extra-cervicales ? Vaginales, vulvaires, anales ? Qui seront également prévenues par le vaccin, vous ne le mentionnez pas...

Méthodologiquement parlant, il est discutable de justifier l’utilisation d’un vaccin qui est présenté comme « prévenant le cancer du col » par le fait qu’il protège aussi contre des maladies non cancéreuses, en l’occurrence les condylomes. Les conséquences positives connues à court terme de la vaccination sur des maladies de faible gravité ne contrebalancent pas des conséquences négatives à long terme encore inconnues !!!

Par ailleurs, la transmission des condylomes est liée au nombre de partenaires sexuels et peut être prévenue - pas complètement, mais tout de même en partie - par l’utilisation des préservatifs toujours justifiés pour protéger contre les IST. POur les condylomes, le vaccin est un complément, non un substitut, à un comportement de prévention général : l’utilisation des préservatifs.

On peut très bien avoir eu des condylomes et ne jamais présenter de cancer du col ; on peut très bien avoir un cancer du col sans jamais avoir eu de condylome...

Le fait que le vaccin de Sanofi Pasteur Merck ait ajouté « en prime » deux virus non cancérigènes dans son vaccin ne fait qu’ajouter à la confusion. Car même s’il est dû à des virus transmis par voie sexuelle, le cancer du col, n’est pas, en soi, une « maladie sexuellement transmissible ». Il est favorisé par d’autres facteurs (le tabac, en particulier). Le message de l’industrie est ambigu car il mêle deux maladies très différentes. Et cela, c’est source d’inquiétude supplémentaire sur un fond général d’angoisse à l’égard de tout ce qui touche à la sexualité...

Est-ce que l’angoisse est bonne conseillère ? Non, jamais. Mais elle emplit efficacement les poches des marchands.

NB : Le second vaccin existant (le Cervarix, de Glaxo) ne protège que contre les HPV 16 et 18. Est-il plus ou moins légitime de l’utiliser que le Gardasil ? Ni l’un, ni l’autre. Le problème qu’il pose est le même. Mais au moins il n’entretient pas la confusion en vaccinant aussi contre les condylomes...


Chaque vaccination doit être considérée pour ses bénéfices propres et non « dans l’absolu ».

Oui il est possible qu’on soit amené à faire un rappel du vaccin à 5 ans. Et alors ? Oui il est possible que des effets secondaires apparaissent. Mais pour quels bénéfices !! Arrêterons-nous la vaccination contre la coqueluche parce que des cas d’encéphalopathie ont été décrits ?

Comme vous n’êtes pas généraliste, vous semblez ignorer que l’apparition d’un effet secondaire (fièvre élevée, céphalées, syndrome méningé) à la suite d’un premier vaccin contre la coqueluche peut parfaitement justifier de ne pas poursuivre la vaccination... Le fait qu’une vaccination soit utile ne justifie pas pour autant de l’imposer à tout le monde, et d’ailleurs, le vaccin anti-coquelucheux n’est pas obligatoire... Il en va de même pour la vaccination anti-HPV et c’est tout le propos de mon article : que les femmes pèsent les avantages et les inconvénients et décident en connaissance de cause ce qu’elles veulent faire, mais en dehors de tout terrorisme. Il me semble encore une fois, que le terrorisme est plutôt du côté de la campagne, pas dans mon article...

Je vous cite : « Personnellement, je pense qu’il y a de fortes objections à vacciner sans leur consentement des mineurs pour prévenir des maladies contre lesquelles il existe un traitement ou une autre prévention possible. » Si je vous comprends bien, on pourrait se passer de la vaccination antitétanique car on y survit grâce aux progrès de la réanimation. Et ne parlons pas de la coqueluche, pour laquelle un traitement par antibiotiques existe !

Pour le tétanos, il n’existe aucun traitement, et la menace existe pour tous les individus, toute la vie, dès la naissance. La vaccination est la seule mesure préventive. Ensuite, il ne s’agit pas d’une maladie contagieuse. La vaccination protège seulement la personne contaminée, pas les autres. Enfin, il ne s’agit pas d’une maladie liée au comportement, mais à l’environnement : le bacille tétanique est présent partout. La vaccination systématique (et les mesures d’hygiène) ont fait pratiquement disparaître cette maladie chez le nouveau-né et l’enfant.,

Il en va tout différemment des HPV, virus endémiques (comme le tétanos), mais qui ne provoquent pas toujours de maladies, et dont la transmission est intimement liée au comportement individuel (le risque de contracter un HPV cancérigène augmente avec le nombre de partenaires sexuels et l’absence de protection par préservatifs). Donc, les deux situations n’ont rien de comparable.

La question de savoir s’il faut revacciner contre le HPV au bout de 5 ans est très importante et votre « Et alors ? » un commentaire extrêmement léger...

C’est le propre même de la réflexion éthique : avant de proposer une méthode thérapeutique, il faut s’assurer que cette méthode est non seulement plus efficace que les méthodes antérieures existantes, mais encore qu’elle ne fait pas courir plus de dangers. Pour la vaccination contre le HPV, on sait qu’elle n’est pas plus efficace que le frottis (qui reste indispensable) et on ignore ses dangers. CQFD...

S’il s’avérait, de plus, qu’il faut vacciner toutes les femmes tous les 5 ans, le coût d’une vaccination généralisée (et aux effets négatifs encore inconnus) pourrait en fin de compte se révéler exorbitant par rapport au bénéfice obtenu...
S’il est moins coûteux de se limiter à la poursuite et au perfectionnement de la pratique des frottis, l’argent investi dans une vaccination généralisée pourrait être utilisé beaucoup mieux à d’autres mesures de prévention.

Toute vaccination est susceptible, à tout moment, de voir ses avantages et ses inconvénients réévalués

C’est parce que les vaccinations sont réévaluées individuellement et périodiquement que l’on ne vaccine plus contre la variole (il y avait plus d’accidents mortels du vaccin que de cas de varioles), que l’on n’utilise plus le vaccin antipoliomyélitique oral (il était devenu plus dangereux que la polio elle-même tandis que le vaccin injectable ne l’est pas), que l’on va enfin cesser de vacciner systématiquement par le BCG (la protection est minime dans un pays comme la France et les complications du vaccin très nombreuses).

Autrement dit : l’intérêt d’un vaccin est TOUJOURS sujet à réévaluation même quand il concerne des maladies infiniment plus fréquentes (variole, tuberculose, polio) que le cancer du col...

Et c’est pour cette raison (et je ne fais que reprendre des opinions infiniment mieux informées que la mienne) que l’intérêt d’un vaccin comme le Gardasil ne me paraît pas suffisant pour inciter toutes les jeunes femmes à se faire vacciner ou les autres à vacciner leurs filles.


Cancer du sein, cancer du col

Vous mettez en parallèle, de façon tout à fait orientée, le cancer du col et le cancer du sein, qui est bien plus fréquent que le 1er, je suis évidemment d’accord.

Mais je ne dis nulle part qu’il faut s’occuper de l’un et pas de l’autre. Je donne les chiffres pour indiquer que les deux maladies n’ont pas du tout une fréquence comparable, ce que tout le monde a tendance à oublier. Présenter ce vaccin anti-HPV et son utilisation comme une mesure de santé publique, c’est parfaitement abusif. Ce qui serait une mesure de santé publique serait de former tous les médecins à pratiquer les frottis correctement et d’informer les femmes sur l’utilité des frottis. De toute manière, le vaccin ne sera qu’une protection imparfaite, qui ne remplace pas le dépistage...

Mais pourquoi ne pas profiter d’un vaccin contre le cancer du col, sous prétexte qu’il est moins fréquent qu’un autre ? Je ne vous suis pas ... Ne vous vaccinez pas contre la diphtérie, car elle est moins fréquente que le VIH ?!?!

Non, je vaccine contre la diphtérie parce que la vaccination est plus efficace et moins dangereuse que le fait de laisser les gens être malade. Je n’ai pas besoin de la comparer au VIH pour ça. Et quand je donne les chiffres de cancer du côlon ou de cancer du sein, ce n’est pas pour dire qu’il faut traiter l’un et pas l’autre, c’est pour remettre les choses en perspective.

La mise en perspective (par la production de chiffres documentés) permet de relativiser fortement les discours angoissants. Quand on parlait en 2002 du SARS en suggérant qu’il y avait une pandémie mondiale, je suis allé chercher les chiffres de l’OMS qui, eux, recensaient... 400 décès et 5000 patients atteints DANS LE MONDE. Ca change complètement la donne. Quand en 2009 on a essayé de nous vendre le vaccin contre le AH1N1, les chiffres de la même OMS montraient que l’épidémie était terminée dans l’hémisphère sud avant qu’on ait vacciné dans l’hémisphère nord, et que les dizaines de millions de décès annoncés n’avaient pas eu lieu. Ca a beaucoup relativisé l’angoisse de certains. Mais encore une fois, je n’ai pas pu contrer la campagne d’inquiétude à moi tout seul.

Enfin, on ne peut pas recommander un vaccin contre le HPV « parce qu’il existe », mais seulement s’il présente un intérêt très supérieur au fait de ne pas vacciner. A l’heure actuelle, il n’en est rien. Et il n’est même pas démontré qu’il soit aussi bénéfique que le frottis.


Pour résumer les arguments scientifiques

Est-ce que le vaccin Gardasil protège contre deux virus HPV cancérigènes et contre deux HPV provoquant des condylomes ?
- Oui, mais il protège contre l’infection virale, pas contre "les cancers", qui sont liés à plusieurs facteurs (pas seulement les virus).

Est-ce que la vaccination par le Gardasil protégera ses utilisatrices contre tous les cancers du col ?
- Non, et ce n’est pas contestable non plus.

Est-ce que la vaccination dispense des frottis ?
- Non, puisque les cancers restent possibles, en raison d’autres facteurs qu’ on ne peut pas toujours prévenir (VIH, HVB, tabac en particulier.)

Est-ce que la vaccination réduit le risque pour les femmes vaccinées de faire un cancer du col à tout moment de leur vie ?
- On ne le sait pas, car le recul est trop faible pour qu’on le sache. Il réduit peut être le risque de faire un cancer lié aux virus 16 et 18, mais réduit-il le risque de cancers apparaissant plus tard, et dû à d’autres virus ? On n’en sait rien !!!

Est-ce que les effets indésirables à long terme du vaccin, individuels et collectifs, sont connus ?
- Non...

Est-ce que le fait de NE PAS se vacciner AUGMENTE le risque de cancer du col pour les femmes ?
- Non, car le cancer du col ne dépend pas seulement des virus 16 et 18... Et le risque n’est pas plus élevé depuis l’apparition du vaccin qu’il ne l’était avant...

Est-ce que le fait de NE PAS VACCINER SA FILLE DE 12 ans relève de l’inconscience ?
- Non, pour toutes les raisons sus-citées qui sont aussi valables pour les adolescentes pré-pubères que pour leurs mères. Et il n’est pas question de culpabiliser (même indirectement) les mères qui décident de ne pas vacciner leurs filles. De plus il est éthiquement discutable de vacciner les adolescentes sans leur consentement (voir plus bas).

Ce que je défends, voyez vous, c’est le choix éclairé et la liberté individuelle. Pas « mon opinion contre celle d’un autre ».
En pratique, et pour être parfaitement clair :

- Lorsqu’une jeune femme me demande s’il FAUT se faire vacciner, je lui réponds que non (il n’y a pas de « IL FAUT » en médecine, car toute contrainte est contraire à l’éthique), et que c’est à elle de décider.

- Si elle me demande des informations, je les lui donne toutes (comme pour la contraception) et je l’invite à y réfléchir (et aller chercher d’autres informations ailleurs...)

- Si elle vient me dire qu’elle VEUT se faire vacciner, je lui prescris le vaccin et je le lui fais. C’est son corps, pas le mien.


Arguments émotionnels et éthique du soin

J’en viens enfin à des considérations d’ordre éthique.

Quand il s’agit de vacciner des pré-adolescentes contre leur gré, je maintiens ce que je dis : cela pose des problèmes éthiques importants, car une pré-adolescente ce n’est pas un nourrisson.

Vacciner contre le tétanos, la diphtérie ou la polio des nourrissons qui peuvent être tués ou rendus invalides à n’importe quel moment, c’est une chose.

Vacciner contre un petit nombre de HPV, avant toute activité sexuelle, des adolescentes qui pour la plupart ne seront pas malades et peuvent parfaitement compter sur la prévention du cancer du col, par le frottis, c’en est une autre.

Je défends le droit pour les femmes de recourir à une contraception pour prévenir les grossesses non désirées et les IVG. Mais je trouverais parfaitement abusif de mettre arbitrairement toutes les adolescentes sous contraceptif pour éviter des grossesses. De même, je trouve contraire à l’éthique de culpabiliser les mères qui ne font pas vacciner leurs filles contre une maladie certes grave, mais peu fréquente en Europe et qui peut être prévenue autrement. Et je pense que si une adolescente est capable de décider d’utiliser une contraception, elle est aussi capable, si on lui donne l’information adéquate, de décider ou non, sans tenir compte de l’avis de sa mère, si elle doit se faire vacciner contre le HPV.

Le problème éthique, voyez vous, réside dans le fait d’utiliser l’angoisse des mères (qui, pour la plupart, seront trop vieilles pour se faire vacciner) comme levier pour inciter les filles à se faire vacciner...

Mais curieusement, personne n’a soulevé cet aspect des choses. Il faut dire que dans notre pays, les mineurs (en particulier en âge d’avoir des rapports sexuels) sont constamment traités comme des irresponsables...

(...) alimenter ainsi, et de façon malhonnête, les craintes de nos patientes sur les vaccins n’est pas à votre honneur. Vous ne devriez pas, heureusement, avoir trop de décès sur la conscience puisque les quelques patientes que vous aurez réussi à effrayer et convaincre seront protégées par la couverture vaccinale de la population générale ; elles auront, grâce aux patientes vaccinées, peu de chance de croiser le virus, Dieu merci.
Toute jeune gynécologue que je suis, j’avais beaucoup d’estime pour les connaissances en contraception que vous, médecin généraliste, vous avez et que vous prodiguez avec beaucoup de générosité à nos patientes. En pathologie cervicale et cancérologie, vous êtes nettement moins bon. Par pitié, ne soyez au moins pas dangereux.
Pour conclure, une question : Docteur Zaffran, combien avez-vous vu
de patientes (toujours jeunes !) mourir de leur cancer du col, c’est-à-dire se vider de leur sang sous vos yeux et ceux leurs enfants ? Moins que moi visiblement...

Ah, je ne le parierais pas ; j’ai 52 ans, et j’ai été généraliste à la campagne, dans une population très exposée au cancer du col... Vous savez, on m’a déjà fait le coup de la culpabilisation, mais je suis un peu trop vieux pour y être sensible.

Le type d’argument que vous utilisez ici n’est pas scientifique, mais purement émotionnel et je vous invite, puisque vous invoquez votre formation scientifique, à ne pas en user. Ce genre d’argument non seulement n’est pas pertinent mais en plus, il est contraire à l’éthique car tel que vous l’utilisez, vous suggérez que « ne pas adhérer complètement à la vaccination c’est être insensible à la souffrance des femmes et les exposer à mourir...

Je comprends que votre champ d’activité (la gynécologie) et votre spécialisation (la pathologie cervicale) vous ait fait connaître de nombreux cas de femmes frappées par un cancer du col. Mais c’est ce que l’on appelle un « biais de sélection ». Vous les avez vues parce que vous vous occupez d’elles. Ça ne rend pas leur nombre supérieur à ce qu’il est dans la réalité. Votre perception de leur souffrance ne rend pas la vaccination plus justifiée pour autant. Mais votre expérience de cette souffrance vous pousse, et je le comprends, à vouloir protéger ces femmes-là à tout prix - fût-ce au prix d’une vaccination dont vous ne mesurez pas encore du tout les incertitudes.

J’ai été l’étudiant d’un chirurgien qui faisait des mastectomies totales (il enlevait tout le sein) à des femmes atteintes de cancer du sein alors qu’il savait que le pronostic en enlevant la tumeur était le même, mais le confort bien meilleur qu’une mastectomie totale : les femmes gardaient leur sein. Pourquoi choisissait-il plutôt de mutiler ses patientes alors qu’il savait que ça n’augmentait pas leurs chances de survie ? Parce que sa nièce avait eu un cancer du sein, avait subi une intervention limitée (la tumeur, seulement) et qu’elle était morte quand même. Bref, quand il mutilait ses patientes, au mépris des connaissances acquises, sans augmenter leur espérance de vie mais en augmentant leur souffrance morale, il ne les soignait pas, il SE soignait.

Quand, en vous fondant sur vos impressions personnelles, vous perdez tout sens critique à l’égard de la vaccination, qui soignez-vous, exactement ?

Soigner, ce n’est pas une question d’âge, de diplômes, de spécialité, ou d’expérience, c’est une question d’attitude. Et la moindre des choses, quand on soigne, c’est de ne pas laisser son expérience émotionnelle l’emporter sur des arguments rationnels. Pourquoi ? Parce que l’expérience émotionnelle est sujette à toutes les manipulations.

Je ne suis ni un « leader d’opinion », ni une autorité scientifique, ni un gourou. Mon objectif n’est pas de dissuader ou de persuader, mais de transmettre des informations utiles afin de rassurer et d’aider à réfléchir. Et je ne crois pas faire autre chose pour le HPV que ce que je fais pour la contraception. Mon seul désir c’est de permettre aux patient(e)s de choisir en dehors de toute intimidation, en faisant la part de l’émotionnel et du rationnel. Car l’intimidation et l’inquiétude induites sont, pour un médecin, contraires à l’éthique...

Je laisserai donc les lecteurs juges de savoir laquelle des deux manières d’informer - celle de la campagne, ou la mienne - est la plus conforme à l’éthique, c’est-à-dire la plus respectueuse de la liberté de choix et d’action des premières intéressées...

Martin Winckler

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