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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > La médecine, les patients, les soignants >


Trois internes expliquent pourquoi votre carte bancaire risque de devenir... vitale
par Marielle Duclos, Claire Mailhol et Thomas Lauvin
Article du 19 octobre 2007

Les internes de Toulouse sont en grève depuis le 1er octobre, la mobilisation est nationale depuis le 11.
Certains points nous paraissent honteusement occultés par les médias sur les raisons de notre mouvement.
Il est vrai que filmer des voyageurs hagards sur un quai de gare, voire filmer les quais vides avant même le mouvement de grève des cheminots fait sans doute plus d’audience qu’un sujet sur le [PLFSS 2008 (projet de loi de financement de la sécurité sociale)...

Les articles 32 et 33 de cette loi, articles dont nous demandons le retrait, prévoient de "désinciter" [1] les médecins à s’installer dans certaines zones dites "surmédicalisées", au lieu de tout faire pour que leur installation en zone rurale se fasse dans de bonnes conditions.
Pour "désinciter", les articles parlent de "modulation du conventionnement".
Les médecins seront donc poussés à se déconventionner [2], ce qui fera toujours ça de gagné pour la sécu, qui n’aura pas à rembourser leurs patients.
Le gouvernement espère que le passage à une médecine à 2 vitesses sera ainsi imputé à "Ces méchants médecins qui ne veulent pas aller à la campagne".

Alors mettons-nous bien d’accord :

- Les médecins sont des nantis :

VRAI : Quoi qu’il arrive, nous gagnerons bien notre vie. L’argent n’est pas le problème.

- Leur lutte est corporatiste :

FAUX : Les patients sont les seuls concernés par ces non-remboursements. Les médecins seront payés pareil.

- Les déserts médicaux sont un grave problème :

VRAI : Certaines régions sont catastrophiquement sous-dotées en médecins, l’égalité d’accès aux soins doit être respectée.

- Les médecins ne veulent pas aller dans les campagnes : VRAI ET FAUX

FAUX : Beaucoup d’entre nous y ont grandi et souhaitent y retourner. Nous sommes prêts à tenter l’aventure.

VRAI : Nous voulons pratiquer une médecine du XXIe siècle, ce qui nécessite un plateau technique suffisant (imagerie, labo biologique...), un fonctionnement en réseau, des aides en nature (maison médicale...).

Est-ce possible dans une campagne où le service public se retire année après année (fermeture d’écoles, de postes, d’hopitaux de proximité) ?

Aider à combler les déserts médicaux, D’ACCORD, soigner les gens avec un stétho et mon couteau, NON !

- Un système de santé "à l’américaine" nous guette :

VRAI:Les médecins déconventionnés n’appartiendront plus au système de sécurité sociale, et les patients - ceux qui peuvent, évidemment... - devront payer les soins de leur poche.
Donc les riches auront droit à une médecine rapide, efficace et chère, tandis que les autres devront patienter parfois plusieurs mois. Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? (l’Amérique, l’Amérique...)

- La loi sur le financement de la sécu va régler ces problèmes :

FAUX : Toutes les mesures "désincitatives" (pour ne pas dire coercitives) tentées dans de nombreux pays ont été un échec : baisse du nombre de médecins libéraux par fuite vers d’autres modes d’exercice (hôpitaux, industrie pharmaceutique, assurances...), crise des vocations : Allemagne, Canada, Suisse...
Voir à ce sujet l’interview de Yann Bourgueil, spécialiste de la démographie médicale

Même Xavier Bertrand (ex-ministre de la santé, actuellement ministre du travail) est d’accord sur ce point !

- Les internes critiquent mais ne proposent rien :

FAUX : Sur ce lien sont énumérés de nombreuses propositions
la plupart soumises aux gouvernements successifs depuis les années 2000.

Elles ont été inspirées par le rapport Berland

Vous avez entendu parler de leur mise en place ? Nous non.

- La politique du gouvernement est hypocrite :

VRAI : Lors des rencontres de nos représentants avec Bachelot, différents conseillers du ministère de la santé, puis Nicolas Sarkozy lui-même, tout le monde nous a assuré être d’accord avec nous (oralement bien sûr), mais « Pas question de supprimer les articles en cause, on va passer la loi et ensuite on discutera ». Ils nous ont même assuré n’avoir pas pensé aux conséquences du déconventionnement des médecins pour les patients (mon oeil !).

- La séparation des pouvoirs est assurée en France :

FAUX : Le retrait de ces articles avait été voté par la commission des affaires sanitaires et sociales le 16 octobre au soir. Ils ont été réintroduits en catastrophe le lendemain matin, sur consigne de l’Elysée. (Voir cette dépêche AFP

Il nous semblait que l’éxécutif et le législatif... mais nous ne sommes pas juristes.

En conclusion, quelques points rapides :

- Même déconventionnés, les médecins gagneront bien leur vie (« grâce à » la pénurie de praticiens dans les 15 ans qui viennent.)

- La France dispose d’une sécurité sociale qui permet de soigner tout le monde sans discrimination. Nous en sommes fiers, nous ne voulons pas devenir des "médecins pour riches", (ou "pour pauvres"). Nous ne cautionneront pas une loi qui piétine le principe d’égalité au nom d’une logique comptable.

- Un seul gagnant : les assurances privées qui voient le jackpot se profiler (souscrivez vite avant qu’ils augmentent leurs tarifs !). Merci, Monsieur le Président de la République !

Pour en savoir plus

Pour vous détendre un peu

Marielle Duclos, Claire Mailhol et Thomas Lauvin
Internes en colère.

Lire aussi :


[1Note de MW : On aurait pu s’attendre à ce que les attachés parlementaires qui rédigent les projets de loi utilisent le mot "dissuader", au lieu du barbarisme "désinciter". Mais manifestement, ils ont préféré le barbarisme à la sincérité...

[2Autement dit : à s’installer dans des départements où ils ne pourront pas passer d’accord de remboursement avec la sécurité sociale

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