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Zappa l’insurgé
un texte de Suzy Creamcheese
Article du 25 novembre 2003

Matt Groening (le créateur des Simpsons) ne s’est jamais relevé de Freak Out , premier album de Frank Zappa paru en 1966. Il ne cesse de répéter depuis que Zappa, c’est son Elvis. Chamboulé par les ingénieuses facéties du compositeur américain, Terry Gilliam a trouvé le moyen d’insérer dans Brazil une référence cocasse aux Mothers Of Invention.

Selon Salman Rushdie, Zappa est une figure essentielle du rock dans l’action. Dans l’action, c’est-à-dire dans l’opposition aux idées poncives, puritaines perverses, telles que les Etats-Unis se plaisent à les répandre.

Robert Charlebois déclara, après la mort du grand moustachu, le 4 décembre 1993, que l’Amérique venait de perdre ce qu’elle avait de meilleur. A savoir, l’invention mélangée à l’acide picrique qui fait exploser la bêtise.

Car en dehors du fait que Zappa a injecté le groove dans la musique contemporaine en faisant danser Edgar Varèse et Spike Jones, Luciano Berio et Richard Berry, ce compositeur infatigable (plus de 1200 compositions ; 70 CD ; quelques films et livres) s’est affiché dans les années 1960 comme un sagace commentateur des atrocités commises par la merveilleuse Amérique.

Tout en faisant avancer la cause musicale, il s’attaque à la publicité, vomit la télévision, soupçonne le système éducatif de participer à la crétinisation de l’humanité, se moque des Plastic People, ces américains modelés selon les codes mainstream de la consommation.

Le freak de Laurel Canyon que venaient visiter les idoles du Flower Power (Jim Morrison, Jimi Hendrix, Joni Mitchell, John Mayall, Bob Dylan ...) ne mâche pas ses vocables contre l’industrie du divertissement tout en lançant des piques bien acérées dans les flancs du hippydom.

Zappa estime en effet que les hippies font une révolution comme les enfants vont en récréation. Car selon lui, tout rentrera dans l’ordre une fois qu’ils se seront complètement défoulés. Il ne s’est pas trompé !

Zappa affiche clairement la couleur : il est anti-guerre, contre l’engagement militaire au Vietnam et en Irak et cela lui vaut une kyrielle d’ennuis. Les radios ne diffusent pas ses titres. Les disquaires ne mettent pas ses albums dans les bacs. MGM refuse d’éditer le booklet d’Absolutely Free, à cause des paroles jugées tendancieuses. La chanson " Get Drafted " qui conseille aux citoyens américains de refuser l’armée en bloc n’est pas distribuée.

Zappa prendra une part active dans le combat contre les télévangélistes (Robert Tilton, Jimmy Swaggart, Pat Robertson...) et les groupes de pression qui veulent imposer à l’édition discographique le système du rating appliqué au cinéma. Il dépense des sommes sardanapalesques en publications de toute sorte (brochures, affichettes...) conçues pour informer du retour (néomaccarthyste) des censeurs. Selon lui, coller un sticker sur un album, pour avertir que celui-ci contient du sexe, des allusions à la drogue ou des propos violents, revient à renier le Premier Amendement de la Constitution, ce texte qui garantit la liberté d’expression.

A la fin des années 1980, il est contacté par le Libertarian Party pour représenter l’Amérique rebelle face aux Républicains et aux Démocrates corrompus. Il aurait volontiers accepté de défendre le drapeau noir de l’Anarchie (lui qui pratiquait si vélocement l’humour noir) aux Présidentielles de 1988, s’il n’avait découvert que les Libertariens prônaient le droit au port d’armes. Zappa dénonçait dans ses chansons la moindre violence, y compris les violences simulées. Sur Absolutely Free, il suggère de boycotter les marchands de jouets guerriers.

Sa lutte tenace contre les acteurs de la Nouvelle Droite Religieuse le rend brusquement public et comme indispensable. Il est invité à quelques centaines de talk-shows. Il incarne désormais la voix de la contestation. Cette tardive promotion lui inspire l’idée de se présenter à la candidature pour les Présidentielles de 1992. Une idée empêchée de s’épanouir du fait de la maladie. Il est atteint d’un cancer de la prostate.

Ses motivations musicales (au début des années 1990, il compose 500 pièces au Synclavier, un instrument informatique qu’il est l’un des premiers à avoir utilisé) se combinent avec un engagement très intense au moment de la Révolution de Velours qui transforme l’écrivain Vaclav Havel en Président de la République Tchèque.
Havel est un fan de Frank Zappa et à ce titre il l’invite au château de Hradcany. Là, Zappa deviendra durant quelques mois l’ambassadeur itinérant de la toute neuve Tchécoslovaquie. Car le compositeur de Jazz From Hell et de Sheik Yerbouti ne fut pas qu’un excellent architecte sonore. Sa culture musicale égalait ses connaissances en économie. Ceci est démontré dans The Real Frank Zappa Book, son édifiante autobiographie. Ainsi que dans l’essai de Guy Darol, Frank Zappa ou l’Amérique en déshabillé (Le Castor Astral éditeur) qui révèle toutes les facettes de cet insurgé méconnu.

Suzy Creamcheese

Pour marquer l’anniversaire de la disparition de Frank Zappa, il y a 10 ans, le Carré Magique de Lannion (Côtes d’Armor) organise une soirée exceptionnelle le 2 décembre 2003.

Ce Memorial Barbecue sera présenté par Guy Darol (auteur de 3 ouvrages sur le compositeur espiègle), qui retracera dans une conférence les trajectoires politique et musicale du guitar hero.

Cet exposé sera suivi d’un concert du guitariste Pierrejean Gaucher, éminent connaisseur du répertoire Zappa. Il sera entouré de Bobby Rangell, qui fut le saxophone de Gil Evans ; de Jean Wellers, bassiste de Tuffic Faroukh et de Faudel ; du pianiste Benoît Sourisse et du batteur André Charlier, accompagnateurs de Didier Lockwood, depuis 1994, et accessoirement de Michel Petrucciani, John Scofield et Michel Portal. Gageons que tout au long de ce magnifique soir, le magicien Pierrejean Gaucher parviendra à rendre Zappa vivant !

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