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Contraception et gynécologie >


Le moment venu (Pourquoi je ne réponds plus aux questions sur la contraception)
par Martin Winckler
Article du 26 février 2007

Le savoir est fait pour être partagé.
En tant que médecin praticien, je partage mon savoir sans relâche depuis vingt-cinq ans. Depuis 1998, date à laquelle je suis devenu un écrivain connu, je fais tout mon possible - tout ce qu’il m’est humainement possible de faire - pour mettre mes outils de professionnel de santé au service du public, et ce, en juste retour de l’accueil que le public a fait à mes livres.

En 2000, grâce à la sécurité financière que m’avait apporté le succès de La Maladie de Sachs , je me suis mis à écrire le livre dont je rêvais depuis vingt ans. En 2001, Le Diable Vauvert a publié Contraceptions mode d’emploi , le premier manuel pratique sur la contraception publié en France. Malgré sa sortie en septembre 2001 (!), il a rencontré un succès respectable aussi bien parmi le grand public que parmi les soignants, et j’en suis très heureux.

Près de 15 000 exemplaires vendus, c’est un beau succès de librairie, mais ce n’est pas grand-chose par rapport aux millions de femmes en France qui n’ont pas accès à une information claire et utilisable. Depuis, j’ai mis ce livre à jour par deux fois, pour rester au plus près de la réalité et apporter à ses lectrices/teurs l’information la plus fiable possible. Ce qui en fait le premier livre du genre, en France, qui ait fait l’objet de deux éditions nouvelles en six ans.

Entre septembre 2002 et juillet 2003, sur les ondes de France Inter, je ne me suis pas privé de parler de contraception et de sexualité dans le cadre de la chronique matinale qu’on m’avait confiée, Odyssée . C’est fou tout ce qu’on peut dire en trois minutes. Et à lire les réaction des auditrices et auditeurs, j’ai été stupéfait de voir à quel point elles et ils étaient avides des informations qu’il était légitime de leur part d’exiger, mais que beaucoup de médecins leur refusaient...

C’est pourquoi, en Novembre 2003, quelques mois seulement après mon départ de l’antenne et la création de ce site, j’ai débuté la rubrique « Contraception : Questions/réponses » , destinée à répondre aux nombreux mails des internautes.


Aujourd’hui, en février 2007, trois ans et demi (et près d’un million de visites !) plus tard, cette rubrique comprend plus de 100 articles contenant chacun une demi-douzaine d’échanges de courrier - soit plus de 600 réponses à des questions quotidiennes sur la contraception. J’ai répondu seul, ou presque pendant 2 ans et demi. Et, grâce à Louise Kelso, qui a assuré la mise en ligne de ces articles et que je ne saurai jamais trop remercier, j’ai pu consacrer aux réponses tout le temps que je ne passais pas à la maintenance de la rubrique.

Depuis 1998, je n’ai pas vraiment chômé, puisque j’ai publié... environ vingt-cinq livres , écrit bon nombre de nouvelles et d’articles de toutes sortes, plusieurs centaines de chroniques radio et un nombre respectable de textes pour ce site. Et ce, dans bien d’autres domaines que celui de la contraception - car il n’y a pas que la contraception dans ma vie, figurez-vous !!!

Il me semblait cependant que le sujet était suffisamment important - la sexualité, n’est-ce pas une question de vie ou de mort ? - pour que je lui consacre une grande partie de mon temps et de mon énergie.


En neuf ans, j’ai donné beaucoup de conférences sur la contraception - à des associations, des groupes de formation médicale continue, des soignants/tes de toutes spécialités, des étudiants. J’ai répondu à des dizaines d’entretiens et d’interviews ainsi qu’à des lettres plutôt agressives provenant de médecins (le plus souvent gynécologues) qui me reprochaient mon « manque de déontologie » envers mes confrères (que j’accusais de ne pas faire leur boulot) et les « inepties scientifiques » que je délivrais au public.

Pour ce qui est de la déontologie, j’ai toujours répondu que ma loyauté allait d’abord aux patients, et seulement ensuite aux confrères - conformément au Code de la Santé Publique. Pour les « inepties scientifiques », j’ai fourni la bibliographie à l’appui de mes affirmations en invitant mes détracteurs à fournir la leur, si elle disait le contraire. Ils n’en avaient pas et, chaque fois, j’ai cessé d’entendre parler d’eux. En outre, depuis que l’ANAES a, en 2004, publié des recommandations reprenant pour l’essentiel les informations que contenaient déjà mes livres - c’est-à-dire les notions scientifiques internationales sur le sujet - je ne reçois plus trop de messages de gynécologues... Etonnant, non ?

Pendant la même période, j’ai été beaucoup sollicité pour parler de la relation de soins - la relation « idéale » à laquelle nous aspirons tous, entre soignants et patients. La maladie de Sachs - le livre comme le beau film de Michel Deville, qui sera bientôt disponible en DVD - ont servi de point de départ à de nombreuses rencontres sur le monde médical, l’influence de l’industrie pharmaceutique, la politique (ou l’absence de politique) de santé de notre pays, les droits des patients. Sur ce sujet-là, je n’ai pas non plus économisé mon énergie. Le respect des individus est l’une des choses qui me sont le plus chères et je ne cesserai jamais de me battre pour lui.

Bref, j’ai fait ce que je croyais indispensable de la part d’un soignant : me battre pour et aux côtés de ceux qu’il a pour mission de soigner. Par écrit et de vive voix. Sur les ondes comme sur le web.


Je regrette (mais je ne le reproche à personne) que les informations sur la contraception se propagent moins par les livres que par l’internet. Poser une question à « un spécialiste » en ligne, c’est bien. Répondre soi-même à ses propres questions en ayant lu et compris un livre très détaillé qui permet, en outre, d’informer et d’éclairer les autres, c’est beaucoup mieux.

Certains penseront : « Ah, il regrette de ne pas avoir vendu plus de bouquins » !
C’est vrai. Ce qui est vrai pour un artisan qui fabrique des meubles (car je suis un artisan, même si mes « meubles » sont diffusés en librairie...) n’est pas moins vrai pour un écrivain. Je gagne ma vie en écrivant des livres. C’est parce que mes livres se vendent que je peux en écrire d’autres. Je n’ai pas honte de vouloir qu’ils se vendent, car je n’ai pas honte de ce qu’ils contiennent, et parce que je sais que personne n’est jamais obligé d’acheter un livre.

Mais indépendamment de ces considérations matérielles, si un dixième seulement des 600 000 lecteurs de La maladie de Sachs avaient acheté (et surtout, lu) Contraceptions mode d’emploi , cela permettrait à beaucoup de femmes et d’hommes de s’appuyer, pour répondre aux questions qu’ils se posent chaque jour, sur un outil que j’ai mis bien des années à mettre au point, et non de s’en remettre aux aléas des messages internet.

Je le reconnais, les deux premières éditions de Contraceptions mode d’emploi n’étaient pas à portée de toutes les bourses - pardon pour le calembour. Mais la troisième édition, entièrement mise à jour et révisée, est aujourd’hui disponible chez J’ai Lu, à un prix vraiment modique. En Avril, je publie un autre livre, plus synthétique, intitulé Choisir sa contraception dans la collection « Santé en Questions », chez Fleurus. Là aussi, pour un prix modique. J’espère que ces deux nouveaux bouquins trouveront un nouveau public, plus nombreux encore.

Je n’ai jamais vraiment pensé que je pourrais changer le monde, mais si ces livres pouvaient contribuer à diminuer le nombre de personnes qui souffrent de leur propre manque d’information ou de celui des médecins, j’en serais vraiment très, très heureux.


Je ne regrette pas d’avoir consacré tant d’énergie à écrire ces livres et animé la partie de ce site consacrée à la contraception. J’en suis au contraire - faut-il le dire ? - très fier. D’autant que tout ce boulot a, je le sais, rendu service à beaucoup de personnes. Elles me l’ont dit ou écrit. Cette gratification-là a une valeur inestimable.

Qui plus est - et ce n’est pas la moindre des gratifications - j’ai été peu à peu le témoin, au travers des courriers qu’on m’envoie, d’un mouvement de libération. Un nombre croissant de femmes vont aujourd’hui voir leur médecin en leur posant des questions précises sur la contraception, en demandant des explications tout aussi précises, sans confondre des affirmations péremptoires avec des règles immuables, sans prendre des paroles négligentes pour argent comptant. Un nombre croissant de femmes apportent les recommandations de l’ANAES ou les bulletins de l’IPPF à leurs médecins et leur demandent, poliment mais fermement, de faire leur boulot. Et quand les médecins ne font pas leur boulot, elles le leur disent, et elles changent de médecin.

Cette libération en marche des utilisatrices de contraception, nous sommes nombreux à la souhaiter pour toutes les personnes ayant affaire à des médecins. C’est tout l’objet d’un livre comme Les Droits du patient, que Salomé Viviana et moi-même venons de publier. Ceux qui auront la curiosité de le feuilleter en librairie pourront se rendre compte qu’on ne s’y moque pas du lecteur.


Cela dit, aujourd’hui, je me sens un peu fatigué...

Fatigué et heureux, d’avoir pu faire tout ça, et surtout de voir que ce travail, cet engagement, même s’il ne s’agit que d’une goutte d’eau dans l’océan de ce qu’il y a à faire, porte ses fruits - si j’en crois celles et ceux qui m’écrivent et qui partagent, à leur tour, ce qu’ils ont lu.

Mais j’ai beau être fier et heureux de tout le boulot accompli, quand on ne fait plus un boulot avec le même entrain, il faut savoir passer à autre chose. Et le moment est venu.

A partir du 1er mars 2007, je ne répondrai plus par courriel aux questions sur la contraception, qui me prenaient énormément de temps. Je continuerai évidemment à publier des informations dans ce domaine et à tenir au courant les internautes des progrès, je ne cesse pas d’exercer la médecine dans le cadre d’un centre de planification, et je donnerai avec joies les conférences qu’on voudra bien me confier en ce domaine. Et, bien entendu, toutes les questions réponses restent en ligne et et tous les articles déjà publiés seront mis à jour au fil des mois. Mais je ne peux plus passer autant de temps à répondre aux dizaines de personnes (entre 40 et 80 par jour !) qui m’écrivent pour me poser des questions.

Car ce temps que je passe à répondre, je ne le passe pas à écrire des livres. Et mon boulot, c’est d’écrire des livres, des livres qui parlent parfois de médecine, de relation de soin et de contraception... mais aussi de tout autre chose


J’ai grandi dans la fiction - celle des romans inspirés et engagés de Jules Verne, de Conan Doyle, d’Isaac Asimov, de Philip José Farmer, de Georges Perec, de Jean-Luc Benoziglio, de Camille Laurens et, bien sûr, celle des séries télévisées, celle de House, M.D. et de Grey’s Anatomy, celle de Everwood et The Dresden Files et Brothers & Sisters... J’ai encore du chemin à faire pour grandir et mûrir dans les fictions.

Et pour coucher les miennes sur le papier.

A bientôt, les amis ! Je retourne écrire...

Martin Winckler

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