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Le site de P.O.L, maison d’édition de littérature contemporaine (poésie, roman, théâtre, essais), présente ses nouveautés, des biographies et bibliographies d’auteurs, des lectures vidéos, des premières pages, un agenda, des feuilletons.

Les livres de Martin Winckler chez P.O.L : La Vacation (1989), La Maladie de Sachs, 1998 ; Légendes, 2002 ; Plumes d’Ange, 2004 ; Les Trois Médecins, 2004 ; Histoires en l’air, 2008 ; Le Choeur des femmes, 2009.

La page consacrée à Martin Winckler sur le site POL

Les autres éditeurs de Martin Winckler :
L’Amourier (Le Mystère Marcoeur)
Le Diable Vauvert (Contraceptions mode d’emploi et Les Miroirs Obscurs ;
Baleine et Librio (Touche pas à mes deux seins ;
Fleuve Noir (Mort in Vitro, Camisoles)
Calmann-Lévy (Un pour Deux)
Fleurus (Les droits du patient ;Choisir sa contraception, TOut ce que vous vouliez savoir sur les règles)
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Le petit garçon qui ne trouvait pas le sommeil
Un conte de Martin Winckler illustré par Elise Mansot - (Ed. Gauthier Languereau)
Article du 24 octobre 2007

Un jour, Brigitte Leblanc, qui m’avait déjà invité à publier Super Héros , m’a proposé d’écrire un conte de Noël. Mais je n’aime pas beaucoup les contes de Noël, qu’on ne peut lire qu’à l’époque de Noël. Alors j’ai choisi d’écrire un conte pour toutes les nuits.

Sous une forme adaptée, ce conte est devenu un livre, illustré par Elise Mansot et publié par Gauthier Languereau. Il est en librairie depuis le 20 octobre 2007.


Ecouter la chronique sur le site d’ArteRadio


Version radiophonique (la version illustrée est sensiblement différente).

Il était une fois un petit garçon qui ne trouvait pas le sommeil. Il tournait dans son lit, il regardait son réveil électrique, il voyait les chiffres défiler, mais il ne dormait pas. Et il se disait, pourquoi est-ce que je ne trouve pas le sommeil ? Où est-ce qu’il est passé ? Il faudrait que je me mette à sa recherche.
Et le petit garçon avait une panthère. Une panthère noire en peluche. Une panthère couchée, les yeux fermés, qui ronronnait. Et quand il fermait les yeux, la panthère noire ronronnait et lui parlait.

Cette panthère, je vous le précise tout de suite, c’est pas du tout Hobbes, le tigre de Calvin et Hobbes, elle se balade pas avec lui, elle ne lui saute pas dessus quand il rentre de l’école, elle se contente de ronronner quand il ferme les yeux, et à travers ces ronrons, la panthère lui parle. Et le petit garçon pense qu’elle dort en permanence et qu’elle lui parle dans son sommeil. Alors il lui demande : panthère, panthère, pourquoi est-ce que je ne trouve pas le sommeil ? Et la panthère répond : mmmh, peut-être qu’il est caché sous le lit.

Alors le petit garçon se lève, il allume la lumière, et il veut pousser le lit, parce qu’il voit pas sous le lit, mais le lit est trop lourd, alors il enlève toutes les peluches qu’il y a sur le lit, il dépose la panthère, il enlève les draps, il retire le matelas, et il essaie de pousser le sommier.
Evidemment, ça fait beaucoup de bruit, et le bruit alerte ses parents, qui étaient installés bien tranquillement à leur table pour dîner. Et les parents montent, ils arrivent dans la chambre, et ils demandent : mais qu’est-ce que tu fais ? Et le petit garçon répond : ben, je ne trouve pas le sommeil, et ma panthère m’a dit qu’il était peut-être sous mon lit.

Alors le papa fronce un sourcil et déplace le sommier, et la maman lui dit : tu vois, il n’y a rien sous le lit. Il n’y a que des moutons. Et le petit garçon regarde toutes les petites boules de poussière, tous les petits moutons qui sont sous le lit, et on le recouche, on refait le lit et on le recouche. On lui donne tout plein de bisous, et les parents sortent de la chambre.
Mais le petit garçon, qui est tout étonné d’avoir des moutons, et qui se demande pourquoi on appelle ces petites boules de poussière des moutons, qui se met à imaginer des moutons dans un pré, ne trouve toujours pas le sommeil. Et il tourne, et il vire, et il ne le trouve toujours pas.

Et il a toujours la tête posée sur sa panthère, et sa panthère ronronne, et il dit : panthère, panthère, pourquoi est-ce que je ne trouve pas le sommeil ? Et la panthère lui dit : mmmmh, peut-être que ce sont les monstres qui le font fuir.
- Les monstres ?
- Oui, les monstres font fuir le sommeil.
- Et que faut-il faire, pour faire fuir les monstres ?
- Mmmmmh, dit la panthère, il faut allumer la lumière.

Alors le petit garçon se lève, il allume la lumière de sa chambre, il allume la lumière du couloir, il descend l’escalier et il allume la lumière de l’escalier, et il se met à allumer la lumière dans toutes les pièces de la maison. Et quand il arrive dans la petite pièce dans laquelle ses parents regardent la télévision, ses parents lui disent, mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Eh bien, j’allume la lumière, pour chasser les monstres, de manière à trouver le sommeil.

Alors la maman fronce les sourcils, et le père prend le petit garçon par la main, il lui fait faire le tour de toute la maison, et il dit bon, on va éteindre toutes les lumières l’une après l’autre, comme ça le sommeil pourra aller vers la lumière avant que les monstres n’arrivent, et finalement, il va arriver dans ta chambre en même temps que toi.
Et ils remontent, en éteignant toutes les lumières les unes après les autres, et ils remontent l’escalier, il éteint la lumière de l’escalier, ils rentrent dans la chambre, il éteint la lumière du couloir, et il couche son petit garçon, il lui fait des tas de bisous, et il lui dit : je vais fermer la porte derrière moi, juste après avoir éteint la lumière, comme ça les monstres ne pourront pas rentrer, et tu trouveras le sommeil.

Et le petit garçon dit : mais, si un monstre s’est introduit quand même dans ma chambre, et qu’il fait peur au sommeil, comment est-ce que je vais faire pour le savoir et pour le faire fuir ?
Alors le papa réfléchit et lui dit bon, attends, je vais te donner quelque chose.
Et il sort une petite lampe de poche, qu’il donne à son petit garçon, et il lui dit voilà. Cette petite lampe de poche chassera les monstres si tu les entends. Mais ne l’utilise pas n’importe comment, parce que si tu l’utilises trop souvent, les monstres vont en prendre l’habitude, et ils n’auront plus peur.

Il fait un bisou à son petit garçon, et son petit garçon se couche, met la tête contre sa panthère. Il lui donne la lampe, il serre la lampe contre lui. Et il ferme la porte. Le père ferme la porte. Et le petit garçon a toujours la tête sur la panthère, et la panthère ronronne, et le petit garçon se demande : mais, j’ai toujours pas trouvé le sommeil ? Je ne dors toujours pas ? Où est-ce qu’il est passé, ce sommeil ?

Et comme il a la tête enfouie sur la panthère, et qu’il a la couette sur la tête, il se met à avoir très très chaud, et il demande : panthère, panthère, pourquoi est-ce que je ne trouve pas le sommeil ?
Et la panthère lui répond : mmmmmmh, c’est peut-être parce que tu as trop chaud. Regarde, tu es trempé de sueur, tu as la tête sous la couette, tu as la tête contre moi, tu as trop chaud, peut-être que le sommeil a trop chaud aussi, et qu’il faudrait lui donner à boire...

Alors le petit garçon se lève, il allume la lumière, il allume la lumière du couloir, il descend dans l’escalier, il va jusqu’à la cuisine pour se servir un verre d’eau, mais il est trop petit pour ouvrir le frigo et pour se verser un verre d’eau. Alors il remonte jusqu’à la chambre de ses parents, et il s’arrête devant la porte et il écoute, et quand il pose l’oreille sur la porte, il entend des bruits de jungle. Vous allez me dire, c’est quoi, des bruits de jungle ? Des bruits de jungle, c’est des grognements, des ronflements, des sifflements, des bruits bizarres que le petit garçon n’a jamais entendu, des rires aussi, de temps en temps.

Et il se dit bon, je ne risque pas de les réveiller, ils sont réveillés, ils s’amusent, ils essaient de trouver le sommeil, et ils s’amusent en attendant, comme moi quand je déménageais mon lit tout à l’heure. Et il rentre dans la chambre, et il entend ses parents sursauter, et sa maman est toute rouge, et son papa fronce le sourcil, et son papa est sur le point de le gronder, et la maman met la main sur le bras du papa et lui dit : calme toi. Qu’est-ce qui t’arrive, mon petit garçon ?

Le petit garçon dit ben, j’avais soif, j’avais chaud, je trouvais pas le sommeil, et je pense que le sommeil lui aussi avait soif, et avait chaud, et je voulais me verser un verre d’eau, mais je suis trop petit pour me verser un verre d’eau tout seul. Alors la maman lui dit : va te recoucher, je t’apporte un verre d’eau. Et le petit garçon va se recoucher, et pendant que sa maman va lui chercher un verre d’eau, il se dit : je pense que maman et papa eux aussi devaient avoir très chaud, parce que j’ai bien vu qu’ils n’avaient pas mis leurs pyjamas.

La maman revient avec un verre d’eau, elle pose le verre d’eau sur la table de nuit, et elle lui dit voilà. Voilà un verre d’eau. Tu peux en boire la moitié, et tu laisses l’autre moitié pour que le sommeil, s’il a chaud, trouve un peu d’eau pour avoir moins chaud, et comme ça tu trouveras le sommeil.
Le petit garçon boit une gorgée d’eau, il repose le verre, il se remet dans son lit, avec sa lampe, il pose sa tête sur la panthère, et il se met à penser : mmmh, est-ce que je vais trouver le sommeil ?

Et il ne trouve toujours pas le sommeil. Alors il demande à la panthère : panthère, panthère, pourquoi est-ce que je ne trouve pas le sommeil ? Et la panthère ronronne et lui dit : mmmmmmmhh, peut être que c’est lui qui te trouve pas ! Et le petit garçon lui dit : comment ça, peut être que c’est lui qui ne me trouve pas ? Et elle lui dit, ben, mmmmmmmmmh, je crois que le sommeil ne trouve pas les enfants qui ont les yeux ouverts.

Et le petit garçon lui dit : mais comment ça ?
- Ben, voilà, tu vas comprendre : si tu gardes les yeux ouverts, le sommeil pense que tu ne dors pas. Et donc, il ne peut pas te trouver. Tu ne l’intéresses pas. Il passe en coup de vent. Et il s’en va. Et il ne revient pas.
- Ah bon, alors que dois-je faire ?
- Eh bien, tu dois faire comme moi, tu dois fermer les yeux, et le sommeil te trouvera !

Alors le petit garçon dit : si je ferme les yeux, je vais faire comme toi ?
Elle lui dit : oui, si tu fermes les yeux, si tu ronronnes, et si tu regardes les moutons tourner dans le pré sous ton lit, le sommeil te trouvera.

Et depuis, tous les soirs, le petit garçon se couche avec sa panthère, avec sa petite lampe de poche, avec son petit verre d’eau bu à moitié, et il ferme les yeux, et il ronronne, la tête contre la panthère, et il imagine les moutons dans le pré, sous son lit.

Et pendant qu’il imagine les moutons, dans le pré, sous son lit, le sommeil le trouve.


Dessin de couverture (cliquez)

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