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IVG : les humiliations que subissent les femmes
un témoignage de C.
Article du 10 juillet 2006

Je vous ai déjà écrit un jour après ma 1ère fausse couche pour vous poser une question précise au sujet de la pilule, et je vous remercie encore pour votre réponse très claire.

J’ai vécu un très douloureux 2ème arrêt de grossesse, pour lequel je souhaite vous livrer mon témoignage qui vous intéressera peut-être, cela ne me dérange pas que vous l’utilisiez (anonymé) si vous avez besoin de démontrer le manque d’éthique de certains gynécologues. Rien de très grave vous allez voir, mais toujours des blessures humiliantes pour les femmes...

Voilà.

Début mai, j’apprends que je suis enfin de nouveau enceinte (fausse couche un an avant). Ma gynéco habituelle s’inquiète du dosage de BHCG qui stagne et est très faible, et m’envoie faire une écho en urgence : mais l’hôpital n’a pas de place. Je prends donc rendez-vous chez un obstétricien du secteur privé, le dr R. Celui-ci ne voit pas grand-chose. Ma gynéco, un peu inquiète d’une éventuelle GEU, m’envoie aux urgences gynéco où je suis très bien accueillie : dosages et échos réguliers (toutes les semaines), la grossesse est bien intra-utérine mais les dosages évoluent plutôt mal.

Commence alors une période difficile : toute les semaines, un interne m’annonce que je vais faire une fausse couche, qui n’arrive jamais. Ils me parlent de Cytotec mais, prudents, préfèrent toujours me faire revenir toutes les semaines. Cinq semaines comme ça, pessimisme total des médecins et moi je n’ai pas osé leur dire combien ça me démoralisait d’attendre comme ça. Et bêtement, consciente des dépenses de la sécu (!!) je me dis qu’il ne sert à rien de retourner voir ma gynéco, qui n’a pas d’appareil à écho.

Lundi dernier, en sortant de l’hôpital, je craque. Je décide d’appeler le dr R. pour avoir un autre avis : il me reçoit en urgence, et est catégorique : c’est un oeuf clair. Il me propose une aspiration le surlendemain à sa clinique, il a l’air pressé que je me décide, il me dit que ce n’est rien, et lorsque je lui demande si je peux savoir en détail comment ça va se passer, il me répond "écoutez, j’ai 20 ans d’expérience, je sais ce que je fais". C’est tout. Et moi, soulagée d’être enfin tombée sur quelqu’un qui prend la sitation en main au lieu de me faire attendre, je n’insiste pas.

Anecdote : il me demande si j’ai besoin d’un arrêt de travail, je lui réponds que non car je suis déchargée de cours pour quelques semaines pour raisons syndicales et que les copains du syndicat me relaieront une journée. Il me dit, méprisant, dans son cabinet ultra luxueux "bon, je ne vous dis pas ce que je pense du syndicalisme enseignant, ce ne serait pas prudent que je m’énerve deux jours avant de vous opérer !". Humour limite me direz-vous, mais enfin, dans ma détresse je m’en serai passée.
Je précise que ma gynéco habituelle étant en congés, je n’ai pas pu lui demander son avis, et que je regrette amèrement de m’être laissé mettre la pression, fragilisée comme je l’étais par cette attente insupportable.

Le vendredi j’entre à la clinique, et là je craque, je me mets à pleurer, je ne peux plus m’arrêter : j’ai très peur de l’anesthésie générale, je n’en ai jamais eu. On me dit que je verrai l’anesthésiste au bloc (pas eu de préconsultation, pas le temps m’a-t-on dit). Au bloc, le médecin ne me dit pas bonjour, d’ailleurs il ne dira qu’une phrase. L’anesthésiste rit de me voir pleurer, ce n’est pas méchant mais désagréable. Je suis allongée toute nue et angoissée, je ne sais pas ce qu’on va me faire, mais je me raccroche au fait que l’anesthésiste doit me parler : en fait de consultation, elle me demande si j’ai déjà été opérée, non, et combien je pèse.

Je m’apprête à lui dire mon angoisse car ma mère est décédée dans une salle de réanimation à 42 ans, à lui demander pourquoi on ne peut pas faire une anesthésie locale (j’imagine bien qu’il y a une raison !) mais le gynéco me coupe la parole "bon, ajoutez 3 kilos à ce qu’elle vous dit, elles font toutes ça" et là j’ai juste le temps de demander "mais qu’est-ce que vous faites, la piqûre ??" et j’entends "oui, on a une demi heure de retard" et je me sens partir terrifiée.

Au réveil, je ne sais toujours pas exactement ce qu’on m’a fait (on a dilaté le col j’imagine ? Ce n’est pas dangereux ?). Personne ne me parle (je n’ai jamais entendu "c’est bon, tout s’est bien passé"), le médecin n’est même pas venu me voir, je ne peux poser de questions à personne, à 15h je suis dehors, je vois des étoiles et je devine toute seule qu’il vaut mieux qu’on vienne me chercher (je pensais repartir au volant !!).

Je n’ai ni douleurs ni saignements, le médecin m’a prescrit 60 gouttes de methergin par jour mais sans écrire combien de temps, c’est la pharmacienne qui me dit que ça ne sert à rien puisque je ne saigne pas. Elle me dit aussi (nous sommes à Marseille) que je ne dois pas prendre de bains de mer au risque d’une infection ! ah ! ravie de l’apprendre !! Il m’a prescrit aussi une pilule pour un mois (Orthonovum) mais je n’ai aucune envie de reprendre la pilule qui m’est d’ailleurs déconseillée vu mon tabagisme et la "mort subite de l’adulte" de ma mère. Je pensais poser la question au médecin à l’hôpital, mais je ne l’ai presque pas vu.
Je précise que je ne suis pas très riche, qu’environ deux cents euros restent à ma charge pour les 2 consultations et l’intervention en tout, et qu’Orthonovum n’est pas remboursé et ne se vend que par 3 plaquettes !

Ce qui me reste en travers de la gorge, c’est l’urgence de la décision, le refus de me donner des explications, les remarques désagréables, l’absence de consultation de pré anesthésie, l’anesthésie faite sans me prévenir alors que je pensais avoir cette pré consultation, le fait que j’ai failli repartir au volant, l’ordonnance incomplète... Je me sens blessée, profondément, et je regrette beaucoup, beaucoup, d’avoir pris cette décision.

Je me sens humiliée de n’avoir rien compris. Voilà, c’est fini, je ne suis plus enceinte. Deuxième fausse couche bien plus traumatisante que la 1ère qui s’était faite rapidement et naturellement. Une chose est claire : malgré le désir de mon compagnon et l’amour que j’ai pour lui, je n’ai plus la moindre envie d’être enceinte et de risquer de revivre un tel cauchemar, coincée entre les adorables internes du public (franchement, une humanité remarquable !) incapables de me dire si on voyait un embryon ou pas, et cette horrible clinique privée sans humanité, où le retard pris sur l’horaire compte plus que les paroles rassurantes à apporter à une femme dont la grossesse s’interrompt.

Je suis désolée d’avoir été si longue, il fallait que je raconte ça à quelqu’un d’engagé et de compréhensif. Vous n’imaginez pas ma douleur morale, moi qui suis plutôt du genre à accepter les choses de la vie.
C.

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