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Qui faut-il croire ? Les recommandations scientifiques internationales ou les enseignants en médecine ?
par M. et Martin WInckler
Article du 2 avril 2006

Je suis en cinquième année de médecine et actuellement en stage en gynécologie obstétrique. Je devais faire un exposé et j’ai choisi le sujet du choix et de l’information de la contraception, en reprenant les recommandations de l’ANAES. Tout se passait très bien jusqu’au sujet du DIU. Le professeur s’est insurgé contre le fait de prescrire un DIU aux nullipares en nous disant bien de surtout oublier ces "inepties" que c’est inadmissible, etc etc...

Ses arguments ont été :
- l’ANAES est un groupe formé d’incapables qui sont corrompus par les labos qui ont grand intérêt à ce que le DIU soit prescrit au plus grand nombre
- le principe de poser un DIU à une nullipare est en lui même dangereux puisque les risques de MIP sont quand même présents et donc se contenter de les dépister est ridicule
Je ne me souviens plus du reste mais en gros il faut pas....
Je m’adresse a vous car je voudrais savoir si plus tard en tant que médecin généraliste j’aurai le droit de refuser un DIU par principe de sécurité ou je dois suivre les yeux fermés l’ANAES ?
Comment faire la part des choses entre l’officiel et les conseils de nos professeurs ?
M.

Réponse de Martin Winckler

Je suis désolé de vous dire que votre enseignant est
1° un incompétent autoritaire
2° un imbécile obtus.

Le rapport de l’ANAES a enfin rapporté en France les consensus de connaissances appliquées DANS LE MONDE ENTIER. Il suffit de lire sa bibliographie, qui est bien supérieure à ce que votre prof a jamais lu sur le sujet. Le rapport de l’ANAES arrive bien tard (ça fait 15 ans que je pose des DIU aux nullipares, par exemple, et 20 ans qu’on le fait dans le monde entier ou presque) mais mieux vaut tard que jamais et il doit servir de référence aux praticiens français.

De plus, l’argument selon lequel "les labos ont intérêt à ce qu’on prescrive des DIU" est imbécile : un DIU, ça se garde 5 à 10 ans. Ca rapporte beaucoup moins qu’une plaquette de pilule mensuelle... Objectivement, les labos ont au contraire intérêt à ce qu’on NE POSE PAS de DIU. Les femmes, elles, ont intérêt à CHOISIR leur contraception et à être à l’abri d’une grossesse non désirée (et en particulier, d’une IVG).

Les MIP [1] sont favorisées par les IST/MST [2] et non par la présence du DIU. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le consensus international sur le sujet. La seule circonstance où le DIU peut favoriser une MIP c’est quand on le pose à une femme souffrant d’une IST non traitée. La chose a été démontrée par des études de cohorte aujourd’hui indiscutables (sauf par les crétins obtus, comme l’est votre prof). La procédure qui s’impose c’est d’en prévenir les femmes avant de leur poser un DIU et de dépister les IST. C’est une double mesure de santé publique : elle permet d’éviter les infections ET de donner une contraception adaptée.

Quand vous serez généraliste, vous devrez suivre le principe énoncé dans le code de déontologie qui stipule qu’un médecin exerce en tenant compte des dernières connaissances en date. En l’occurrence, c’est le rapport de l’ANAES qui fait autorité. Vous aurez toujours le choix de ne pas poser un DIU. Mais vous aurez aussi à faire la part entre le risque hypothétique de MST (curable) et celui d’une grossesse non désirée (beaucoup plus fréquente qu’une IST) et/ou d’une IVG (toujours moralement traumatisante).

Votre obligation de soignant, c’est de prévenir les dangers que courent vos patients. Pas de les exposer à des dangers. Or, le risque le plus fréquent que court une femme sans contraception adaptée, c’est celui d’une grossesse non désirée, et non d’une infection : car elle rencontrera toujours plus de partenaires féconds que de partenaires infectants !!!

Une infection, ça se soigne. Une grossesse non désirée, non !

Une infection ça se prévient en utilisant des préservatif avec tout partenaire dont on n’est pas sûr.

Une grossesse non désirée ça se prévient en utilisant une contraception efficace avec TOUT partenaire masculin.

Or, pour prévenir, il faut avoir des notions exactes et claires.

Attribuer les infections au DIU, alors que ce sont les partenaires qui en sont les véhicules, c’est diminuer les chances des femmes de prévenir ET les infections, ET les grossesses non désirées.

Quel que soient ses motifs [3] votre enseignant a donc une attitude inacceptable. Si j’étais vous, j’écrirais une lettre au Conseil de l’Ordre et au Doyen de la faculté pour déclarer qu’il est difficile à des étudiants de respecter des enseignants qui, eux-mêmes, ne respectent ni les consensus internationaux.... ni leurs étudiants lorsqu’ils cherchent à partager leurs connaissances. Et j’enverrais une copie de la lettre au type en question, histoire de l’empêcher de dormir un peu. [4]. Ce serait encore mieux si vous étiez plusieurs à l’écrire...

Un enseignant qui refuse les documents de consensus sans les argumenter avec des documents ou des études n’est pas un enseignant digne de ce nom. C’est seulement un potentat. Et un imbécile obtus.

Enfin : vous ne devez jamais suivre personne "les yeux fermés". Ni vos profs, ni l’ANAES, ni moi, ni personne. Vous devez faire la part entre votre conscience et vos connaissances - ce qui veut dire que vous devez toujours remettre en cause vos connaissances et ne jamais perdre de vue vos obligations éthiques de soignant.

Vous serez toujours obligé d’agir en pesant ce que vous savez, ce que vous croyez, ce que vous redoutez (à tort ou à raison) face aux services que vous voudrez rendre. Soigner, c’est s’adapter à la situation... et proposer des choses adaptées à chaque patient(e), sans être dogmatique ni dans un sens ni dans l’autre.

Les dangers qui menacent les femmes m’ont amené (avec bien d’autres praticiens qui malheureusement n’ont pas les mêmes possibilités que moi de s’exprimer, mais qui n’en pensent pas moins...) à "braver" les interdits absurdes concernant le DIU après avoir lu autre chose que les diktats français. Jamais aucune femme n’est venue me trouver (ou ne m’a fait un procès) parce que je l’avais "rendue stérile". En revanche, je ne compte pas celles qui m’ont remercié de les avoir libérées de l’angoisse d’être enceinte et des effets secondaires de la contraception hormonale, qui est loin d’être bien tolérée par toutes les utilisatrices.

Je passe mon temps à recevoir, sur ce site même, des messages de femmes qui ne peuvent pas trouver un médecin intelligent pour répondre à leurs demandes de contraception... et à leur donner l’adresse de praticiens qu’elles peuvent aller voir, dans les villes de France où j’en connais.

A quand un dossier de Que Choisir ? ou de 60 Millions sur les praticiens (généralistes ou gynécologues) qui font leur boulot et proposent TOUTES les méthodes à TOUTES les femmes qui peuvent les utiliser ? Ca me paraît pourtant aussi important qu’un banc d’essai des machines à laver...

Pour soigner, vous devez vous maintenir à jour et continuer à lire, le plus possible, en confrontant les articles et les études. C’est ce qu’un soignant - à mon humble avis - devrait faire. Vous le faites déjà puisque vous avez potassé le rapport de l’ANAES... Votre prof est trop dogmatique et borné pour être un soignant. Et vous êtes manifestement bien plus en avance que lui sur le sujet.

Martin Winckler


[1Maladies Inflammatoires Pelviennes = infections de l’utérus et des trompes

[2Infections et Maladies Sexuellement Transmissibles

[3Même si sa femme ou sa fille ou sa petite amie a fait une infection alors qu’elle portait un DIU !!! - car vous n’imaginez pas à quel point les gens dogmatiques le sont parce qu’ils ont peur et se sentent coupables !!!

[4Ca énerve toujours les incompétents obtus qu’on leur dise qu’ils le sont, et c’est sain de ne pas les laisser se glorifier de leur incompétence. Lorsqu’il s’agit d’ncompétents de bonne foi (il y en a), ça les incite à revoir leurs positions. Bref, dans un cas comme dans l’autre, ouvrir sa gueule pour les apostropher, c’est utile.

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