logo Winckler’s Webzine
Le site personnel de Martin Winckler
logo

 Sommaire | Edito | In italiano | Courriers et contributions | Contraception et gynécologie | Radio et télévision | Lectures | Mes Bouquins | Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... | WebTV | Être un(e) adulte autiste...
Recherche


L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

Les séries TV et le soap opéra

Conférence donnée à l’université de tous les savoirs le 17/04/2004.


Radio et télévision > Séries télé >


"RIS Police Scientifique" - Deux critiques éclairantes par deux spectateurs éclairés
par RC et Thierry Rousselin
Article du 15 janvier 2006

RC et Thierry Rousselin sont tous deux de grands amateurs de séries télévisées. De même que j’apprécie Urgences et Scrubs en spectateur et en médecin, tous deux, par inclination professionnelle, aiment beaucoup CSI (Les Experts) et les séries mettant en scène les méthodes scientifiques d’investigation.

C’est la même inclination qui leur a fait regarder avec attention (sinon avec intérêt) les deux premiers épisodes de RIS Police Scientifique, la nouvelle série de TF1.

Voici leurs réactions. Je tiens à signaler qu’ils ne se connaissent pas et qu’ils ne se sont pas concertés avant de m’envoyer leurs contributions...
MW


Lire d’autres analyses sur le site Artslivres.com

Pas très scientifique, pas du tout policière
par RC

Techniquement, RIS « fait vrai » à certains égards : le matériel (tamponnoir, empreintes), les termes employés (paluche, trace papillaire). On voit qu’il y a eu un travail de recherche. Et pourtant, malgré ces efforts, dans l’ensemble, la série sonne faux. Et particulièrement quand on s’intéresse à l’aspect policier de la série.

Quelle image cette série veut-elle donner des forces de l’ordre ? Est-ce vraiment de cette façon qu’on (la chaîne, les spectateurs) les perçoit en 2006 ? Qu’est ce que c’est que ces flics mous, qui laissent les personnes gardées à vue mener les interrogatoires ? Dans RIS, les personnes interrogées sont agressives, arrogantes et veulent sans arrêt quitter la salle (le motard et la femme du mort de la piscine), ou alors on leur montre un bout d’indice et ça y est, elles avouent tout, c’est complètement invraisemblable ! Où sont les coupables dans leurs petits souliers et les durs qui ne prononcent pas un mot ? Et qu’est ce que c’est que ces interrogatoires où tout le monde y va de sa petite phrase moralisatrice ? Mon préféré étant celui du patron du bar, grand moment !!!

De plus, la série a un gros souci en ce qui concerne les tenues de l’équipe. Passons sur le pyjama bleu au logo de RIS. Mais où sont les combinaisons et les surbottes à usage unique ? Et question costume, la palme revient à la légiste. Sur le premier décès (un homme retrouvé mort dans sa piscine), on la voit en talons-aiguille et en jupe !!!! Heureusement que personne ne porte de surcombinaisons dans la série ! Je me plais à imaginer la scène où elle devrait l’enfiler, contrainte d’ôter sa jupe et de montrer ses dessous à un tas de pompiers et de flics goguenards.

Sans doute ne savait-elle pas qu’il s’agissait d’un crime et, puisque tout le monde était en train de piétiner les indices autour de la piscine, a-t-elle estimé qu’elle pouvait faire de même !

Mais quelle est son excuse pour le deuxième meurtre de la soirée, celui du sacristain ? Ah, oui, elle a fait des progrès puisqu’elle a des protections sur ses chaussures (ce n’est pas le bon modèle mais ne chipotons pas) mais à quoi servent elles si son manteau traîne par terre et balaie les indices ???

Pour le reste, que dire... ?

Les dialogues sont affligeants. Il n’y a pas d’ambiance, pas de rythme, pas de suspense, pas de surprise. Et où sont les fausses pistes ? Qu’est ce que c’est pratique des enquêtes où tout vous tombe tout cuit du ciel comme ça et où vous trouvez les indices sans les chercher... juste en pivotant sur vous-même : « Tiens ? une fibre dans un arbuste ! » Pratique, mais pas plausible pour deux sous...

Tout sonne faux - d’autres exemples :
- les corps à la morgue recouverts d’un drap (en France on ne montre pas la mort à la télé) [1]
- les suspects tout désignés depuis le départ
- les locaux tout neufs, trop neufs...
- le poseur de bombe hyper discret qui tinte comme un grelot avec l’énorme porte-clés qui pend de sa ceinture.
- Les répliques à deux balles : « Alcool et médocs ça fait pas bon ménage (...) Ah putain la dépression ça fout vraiment les jetons ! »
- Aucun acteur n’a de personnalité, le pire étant Venturi avec sa voix pincée (quand il enregistre ses notes par exemple) ou ses expressions quand il a une idée lumineuse.
- Les splits screens, mal employés et qui n’apportent rien. Et j’en passe...

Et tout est remâché pour le téléspectateur, à qui l’on dit et redit les choses plusieurs fois pour être bien sûr qu’il ait compris et lui éviter tout effort d’imagination. TF1 pense-t-elle que les personnes qui regardent ses programmes ont le QI d’une huître ? Je me suis amusée à regarder les pubs et sur les 16mn (1 spot avant et deux pendant), il est clair que les femmes (30-50) sont le cœur de cible. Coïncidence ?

Doit-on se satisfaire en se disant que la série est « moins mauvaise » que les autres fictions françaises ? Est-ce que le fait d’être « moins mauvaise » en fait une bonne fiction française ?

RC
Membre des forces de l’ordre et série-phile

De RC, on peut lire aussi :
- Le SDF, l’uniforme et le paquet de cigarettes


RIS : « Dieu pardonne... pas le spectateur ! »
Par Thierry Rousselin

La nouvelle série RIS Police Scientifique a "cartonné" sur TF1 et va, à n’en pas douter, devenir une valeur stable de l’Audimat [2]. La critiquer (ou l’encenser) n’a donc aucune importance, les annonceurs ont eu 10 millions de cerveaux disponibles pendant leurs coupures de pub. On se contentera ici, par conséquent, de situer ce qui sépare ce type de série de celles qu’on apprécie.

D’abord, faisons un sort à l’ambiguïté fondamentale, clairement entretenue par la machine promotionnelle de TF1, comme quoi RIS serait un CSI « à la française ». Alors que ce n’est que l’ adaptation française d’un sous-CSI « à l’italienne » dénommé RIS - Delitti Imperfetti Cela n’a l’air de rien, mais si vous voulez faire un western et si votre modèle affiché est Le Jugement des Flèches, prendriez-vous les personnages et le scénario de Dieu Pardonne ... moi pas des inoubliables Bud Spencer et Terence Hill ?

Ceux qui ont accès à Canale 5, en sont déjà à la deuxième saison diffusée le lundi soir sur Berluscotivi

Ils ont pu vérifier que les intrigues sont exactement les mêmes, le personnage principal portant le même nom (Venturi). Remarquez, pour les autres personnages, avouons que les auteurs français ont fait très fort dans le pseudo-joke à cent balles : Labro, Giesbert, Joffrin ...

Mais cessons de persifler et regardons le résultat.

L’atmosphère ? C’est assez simple, il n’y en a pas.

Toutes les séries un peu modernes travaillent les couleurs. C’est particulièrement le cas dans les séries Bruckheimer [3].

En France, ce travail est bien fait sur des séries M6 (Police District ou dans un genre différent Jeff et Léo). Ici, rien. Si on ajoute une réalisation et un montage très plats, on s’ennuie vite. En fait au niveau cadrage, on se croirait dans un publi-reportage pour la police type Le droit de savoir.

Alors certes, l’abonné au fan-club des flics nonagénaires du jeudi soir voit une différence avec son brouet hebdomadaire habituel : chez Les Cordier, la double enquête conclue dans chaque épisode, doublée d’un arc dramatique sur l’ensemble des huit épisodes, ça aurait fait quatre saisons. Mais pour les amateurs de séries, il n’y a rien de nouveau et c’est dur. D’autant qu’un des points forts de cette thématique de police scientifique est, en principe, de permettre à des béotiens (nous) de « rentrer dans les preuves ».

Or, dans R.I.S., à part des effets spéciaux d’explosions très réussis et trois plombes pour une prise d’empreinte, le reste est indigent (en particulier, dans l’épisode 1, un gros plan raté sur un thermostat qui est pourtant la clé de « l’énigme »). Pourtant les gros plans et travellings avant à l’intérieur des objets comme on en voit dans CSI sont tellement entrés dans les mœurs que le récent documentaire préhistorique diffusé pendant les fêtes sur France 2, Sur les pas des géants, les utilisait pédagogiquement avec bonheur. [4]

Et de plus, pour la fabrication des quelques scènes brillantes, le budget devait être un poil limité. En tout cas si vous avez vu la bande annonce diffusée par TF1 depuis l’automne, vous avez vu TOUS les effets spéciaux des deux premiers épisodes.

On ne s’appesantira pas non plus sur les flash-back sentimentaux, tout droits sortis d’une pub Sarah Moon des années 70.

Est-ce qu’on se rattrape avec les personnages ?

Honnêtement pas vraiment. Pour vérifier on a fait la comparaison (quel sacerdoce !) de regarder à la suite les deux premiers épisodes de CSI . [5]

Deux choses sautent aux yeux. Dans la série US, rien que par leurs actions, nous sommes capables de dresser les grands traits des principaux protagonistes durant ces deux épisodes, sans que personne ne vienne tout nous surligner via les dialogues. Et surtout, on nous épargne le coup du lourd secret du chef assené en introduction. Et je ne parle pas de la paralytique et de son papa.

Les acteurs ? Difficile de leur jeter la pierre, mais on isolera quand même l’actrice interprétant le rôle de Julie, qui a manifestement appris la comédie en regardant Hélène et les Garçons. C’est pas grave, si on en croit ce qu’on a vu côté italien, et à raison de 2 épisodes par semaine, elle ne devrait plus encombrer le plancher trop longtemps.

Et le scénario, alors ?

On l’a dit, c’est l’adaptation fidèle de l’original italien. Et ce n’est pas une bonne idée. Entre la culpabilité de la motarde dans l’épisode 2, qui était évidente dès sa première apparition à l’écran (soit à peu près 20 mn avant que nos héros disent « Bon sang, mais c’est bien sur ! »), et le suicide abracadabrantesque de l’épisode 1, ça ne tient pas la route une minute.

Les scénarii de CSI ou Without A Trace [6] trouvent souvent leurs sources chez Shakespeare et pas seulement pour le goût de Grissom à citer le vieux Bill. Là, nos amis italiens n’avaient manifestement pas relu leurs classiques avant de pondre les histoires. Alors certes ils ont mis des clins d’oeils scénaristiques à CSI - Venturi les mains sur les hanches sur la scène du crime en bon petit Horatio Caine ; l’explosion du labo qui ressemble à celle de Greg ; la jeune technicienne tuée dès le départ ; le terroriste qui s’en prend personnellement à Grissom - ou à d’autres séries (la musique classique comme dans Profiler), mais tout ça ne suffit pas à faire des histoires crédibles.

Sans parler des fausses pistes et invraisemblances.

On ne prendra qu’un exemple au début de l’épisode 2. Après avoir collecté les preuves, deux de nos héros roulent dans les rues du 13e arrondissement. Freinage brutal et la réalisatrice nous fait un plan sur les indices prélevés sur le lieu de l’attentat qui valsent à l’arrière du monospace. Nous on se dit que ça va chauffer quand ils vont s’apercevoir que les preuves se sont un poil mélangé.(Eh oui, même en regardant Avocats et Associés, on a fini par connaître les procédures...)

Sauf que non, c’était un plan gratuit, sans suite. Et comme jusque là au niveau rythme, on se faisait un poil chier et que les scénaristes s’en sont aperçu, on enchaîne sur une poursuite de bagnole à l’ancienne, façon Bébel, dans les dessous de l’Avenue de France (très photogéniques) et qui se termine par un dérapage à la Starsky et Hutch. On aimerait connaître l’état des échantillons (et oui, c’est une série scientifique) après ce passage au shaker. Mais non, comme dit le chef pour absoudre le chauffeur : « À ta place, j’aurais fait pareil ».

Quant à la jeune technicienne qui démonte une bombe qui fait tic-tac avec des écouteurs qui lui braillent du Lorie [7] dans les oreilles, ça nous a laissés sans voix.

Voilà. On n’avait pas envie d’être négatif, car ce sera toujours mieux que les séries nauséabondes habituellement diffusées dans le même créneau, mais en même temps, c’est désespérant.

Thierry Rousselin
Scientifique et série-phile

De Thierry Rousselin, on peut lire également :
- Big brother nous surveille déjà
- 24 heures Chrono : Jack Bauer couvert par Ashcroft !

Vous voulez comprendre pourquoi l’audimat des séries françaises est toujours bon malgré leur médiocrité ? Cliquez ICI


[1Note de MW : Pas sur TF1, c’est vrai, mais sur Canal +, dans Engrenages, en particulier, on ne se gêne pas...

[2Note de MW : Si vous voulez savoir pourquoi l’audimat des séries françaises est toujours bon, cliquez ICI.

[3Sont visibles en France : les trois CSI (sur TF1), Without a Trace (sur France 2) sans oublier la superbe et méconnue Cold Case (Canal +, France 2 et TF6)

[4TF1 se refusait peut-être à faire comme France 2... - MW

[5C’est nécessaire car la fréquentation pendant des années de personnages de séries nous donne une connaissance qu’on n’avait pas lors de la diffusion du pilote. On ne peut donc comparer Grissom au bout de cinq saisons et Venturi au bout de deux épisodes.

[6FBI : Portés Disparus, en VF

[7Je suppose que c’est du Lorie parce qu’elle manifeste une Positive Attitude

IMPRIMER
Imprimer


RSS - Plan du site  - Site conçu avec SPIP  - Espace Privé