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Rien, rien, rien ne s’oppose à ce qu’une femme prenne sa pilule en continu si elle le désire... sauf les médecins qui n’y connaissent rien !
par Martin Winckler (9 janvier 2006)
Article du 9 janvier 2006

"Pourquoi les gynécologues (et les femmes gynéco aussi, d’ailleurs) s’opposent-ils à ce que les femmes prennent leur contraceptif en continu sauf indication "raisonnable" (douleurs fortes etc.) ? mais sans aucune raison scientifique intelligible ?"

C’est en substance ce que me demande une lectrice du site. La réponse est simple mais malheureusement cuisante : par ignorance, par peur, par rigidité, et surtout, malheureusement, par absence de souci pour le confort et la sécurité des patientes.


Mon ancien gynéco refusait de me poser un implant, et ma nouvelle gynéco refuse que je prenne le Nuvaring en continu. Mais pourquoi donc ?
Cela entretient les mythes que l’on a en tête (règles "nettoyantes" ou saines", pas bien de stopper les règles plus de 2 fois par an etc).

Y aura-t-il un jour un consensus médical ? Si les certitudes médicales autour de l’absence de dangerosité d’un contraceptif en continu sont si claires, pourquoi tous les médecins n’ont-ils pas le même discours ? Si eux aussi ont des préjugés gratuits, comment s’en sortir ?

Je compte bien garder mon anneau 4 semaines de suite...mais il y a toujours ce petit doute à cause des médecins opposants.
V.

Réponse de Martin Winckler :

Vous touchez par votre question à un sujet brûlant : pourquoi n’y a-t-il pas, en France, de consensus médical sur la contraception (ni sur quoi que ce soit, d’ailleurs) ?
Pour une raison qui tient en un seul mot : "confusion".
Les médecins français sont dans la confusion constante à l’égard des données scientifiques. Ils subissent de multiples influences (celle de leurs maîtres, en faculté ; celles de l’industrie pharmaceutique ; celles de leur collègues ayant un ascendant sur eux) et ne parviennent pas à y voir clair faute de pouvoir exercer un esprit critique - ce qui s’apprend, mais n’est pas enseigné en France.

Quand on lit les consensus internationaux, on se rend compte que l’ensemble des médecins indépendants du monde entier tentent de s’accorder sur un certain nombre de points.
Les informations que je donne sur la contraception, je ne les ai pas inventées, bien sûr, je les ai lues dans les revues (multiples, convergentes, cohérentes) qui sont publiées un peu partout dans le monde et sont presque toujours disponibles en ligne, d’ailleurs. Quand on voit que les sites belges, suisses, québécois sur la contraception sont plus développés et plus scientifiques que les sites français, on reste rêveur...

Il n’y a pas de consensus médical en France parce que les médecins français sont emprisonnés dans leurs petites certitudes, souvent incapables de s’ouvrir à ce qui se dit hors de leur petit cercle d’influence, et absolument rétifs à toute modification de leurs petites habitudes. Bref, toutes les raisons de l’absence de consensus sont... petites. C’est bien pour ça que je suis souvent en colère.

L’obscurantisme des médecins français est manifeste en ce qui concerne le DIU, qui est encore systématiquement refusé (ou simplement non proposé) à de nombreuses femmes qui voudraient y recourir [1].
On pourrait s’attendre à ce que les médecins français soient plus au courant des avantages, inconvénients et mode de prescription de la méthode qu’ils prescrivent le plus, à savoir, la pilule. Or, il n’en est rien.

- on continue à imposer aux femmes d’ "attendre leurs prochaines règles" pour commencer leur pilule, alors qu’on peut la commencer n’importe quand ; il faut juste s’assurer qu’on n’est pas enceinte. Voir : "La pilule, comment la prendre"... question n°9)

- certains médecins continuent à imposer aux femmes d’arrêter leur pilule un mois par an "pour s’assurer que tout marche bien. Et augmentent ainsi la fréquentation des centres d’IVG.

- beaucoup de médecins continuent à imposer un examen clinique et des prises de sang inutiles aux femmes qui demandent une contraception, alors qu’en ce domaine, on peut (et on doit) leur foutre la paix sans risque

- beaucoup de médecins sont rigides quand il s’agit d’adapter la pilule à la femme. Ils se comportent comme si c’était à la femme de s’adapter à sa pilule. Le gonflement des seins, les nausées, la baisse de la libido étaient "psychologiques". Et les renvoient dans leur foyer. Dommage. Une pilule mal tolérée, c’est une pilule qu’on arrête, et une grossesse non désirée en perspective. La pilule doit être adaptée à la femme, un point c’est tout. Et c’est le boulot du médecin de le faire.


De même, il n’y a pas de raison objective, scientifique, d’interdire la prise d’une contraception (pilule, patch, anneau vaginal) en continu à une femme qui désire ne pas avoir de règles.

Car l’administration continue d’une substance contraceptive est utilisée pour d’autres méthodes et l’absence de règles y est très habituelle : les porteuses d’implant souvent n’ont pas de règles (pas toutes, mais beaucoup) ; les utilisatrices de DIU Mirena sont dans le même cas. Beaucoup d’utilisatrices de progestatifs injectables (beaucoup utilisés en Angleterre) n’ont pas de règles, au moins pendant les trois mois d’efficacité de l’injection, mais souvent en continu.

Et une kyrielle d’utilisatrices de pilule progestative (Microval, Cérazette) sont en aménorrhée - autrement dit, n’ont pas de règles - tout simplement parce que leur ovulation est endormie, comme avec une pilule estro-progestative. Et pourtant, personne ne leur dit d’arrêter leur pilule progestative une semaine par mois !!!!

Il y a d’ailleurs non seulement une grande hypocrisie, mais une grande ignorance dans le fait d’interdire la prise en continu : dans les années 70, les jeunes femmes étudiantes en médecine avec qui je faisais mes études savaient parfaitement qu’elles pouvaient enchaîner deux plaquettes de suite pour ne pas avoir de règles : leurs médecins le leur disaient. Et ils le conseillaient aux femmes qui étaient gênées par l’arrivée des règles intempestives dans leur activité professionnelle (infirmières, sportives, enseignantes, hôtesses de l’air, etc.).


On peur conseiller notamment la prise d’une contraception hormonale en continu [2] :

- aux femmes qui souffrent de migraine pendant les règles
- aux patientes souffrant d’endométriose, dont les règles sont effroyablement douloureuses
- aux patientes souffrant de syndrome prémenstruel - SPM : la pilule est LE traitement des SPM chez les très jeunes femmes ; à quoi bon donner un traitement qui enlève les douleurs, mais conserve des saignements ARTIFICIELS (les "règles" de la pilule n’ont rien de "naturel") qui font perdre du fer et empoisonnent l’existence ?
- aux femmes épileptiques prenant un médicament susceptible d’interférer avec leur pilule ; la prise continue diminue la probabilité d’un échec de contraception

L’idée selon laquelle "il faut se nettoyer l’intérieur grâce aux règles" n’est bien entendu pas du tout scientifique, elle est seulement le reflet d’une vision symbolique du corps, sans justification médicale ou sanitaire. On est en droit d’y adhérer (je respecte absolument que certaines femmes préfèrent avoir des règles ou des saignements qui les représentent) mais on est aussi en droit, comme vous, de ne pas y adhérer du tout, pour des raisons de confort - le confort, dans la sexualité et la vie courante, ça compte - et nombreux étaient les médecins qui, avant l’avènement de l’implant ou du DIU ou des pilules "permanentes" comme on en trouve aux USA à présent, prescrivaient la pilule en continu aux sportives, par exemple, ou aux hôtesses de l’air, ou aux infirmières de nuit.

De sorte que si des médecins refusent de rendre la vie plus confortable aux femmes par ce moyen, c’est uniquement par confusion, par ignorance, par peur — autrement dit, par obscurantisme. C’est bien dommage pour eux, mais ils n’ont pas à imposer leur obscurantisme à celles qui ont besoin de lumière et de liberté.

Gardez-vous bien de laisser un médecin décider à votre place ce qui est bon ou mauvais pour vous. En matière de contraception, si vous avez lu ce qui se trouve sur mon site, vous en savez autant que moi - c’est à dire bien plus que la majorité des gynécologues français, hélas.


D’autres pages où il est question de la prise de pilule en continu
- en France
- au Québec


Certain(e)s s’insurgent contre le fait de "normaliser" la prise continue de la pilule, en avançant certains arguments qui méritent d’être examinés :

- Faire disparaître ses règles ce n’est pas "naturel" !
- Prendre la pilule en continu, c’est prendre 7 comprimés de plus par mois, donc enrichir l’industrie pharmaceutique !
- "On ne sait rien des conséquences de la prise en continu"

Reprenons les arguments l’un après l’autre :

Ce n’est pas "naturel" de ne pas avoir de règles !!!

Non, mais il n’est pas du tout "naturel" non plus d’utiliser une contraception (ce qui est naturel, c’est la grossesse.

De plus, les saignements qui apparaissent sous contraception ne sont pas des "règles naturelles" - c’est à dire spontanées, rythmées par le cycle propre de la femme, mais des saignements artificiels. Sous pilule, le cycle de l’utilisatrice est en sommeil. On provoque des saignements en faisant arrêter la pilule 7 jours par mois pour "singer" un cycle de 28 jours, qui est loin d’être le cycle "naturel" de toutes les femmes !!!!

Dire des saignements sous pilule, qui sont déclenchés par l’arrêt des comprimés qu’ils sont "naturels", c’est un non-sens. C’est tout le contraire. Les règles ne sont "naturelles" que chez les femmes sans contraception, chez les utilisatrices de DIU au cuivre, qui n’a aucun effet hormonal, ou chez les femmes ayant bénéficié d’une ligature de trompes.

Tout l’intérêt d’utiliser une contraception en continu réside d’une part dans le fait de supprimer la gêne provoquée par les règles, mais aussi dans le fait d’augmenter la sécurité contraceptive !!!-.

Certaines femmes sont gênées par leurs règles, d’autres pas. Le moins qu’on puisse faire, c’est que celles qui sont gênées et ne veulent pas avoir de règles en aient la possibilité. De plus, l’arrêt de 7 jours entre deux plaquettes est un grand pourvoyeur de grossesses : au bout de 7 jours sans pilule, l’ovulation est de nouveau possible. Si l’utilisatrice oublie les premiers comprimés de sa plaquette, une ovulation (et donc, une grossesse) est possible.

Lorsque je prescris une pilule j’explique toujours les trois possibilités :

- arrêter 7 jours entre deux plaquettes (ce qui provoque des saignements et favorise des grossesses en cas d’oubli au début de plaquette suivante) ;

- arrêter seulement 4 jours (ce qui laisse le temps aux "règles" d’apparaître tout en augmentant la sécurité contraceptive)

- ne pas arrêter et enchaîner les plaquettes les unes après les autres (dans le meilleur des cas : pas de règles et sécurité contraceptive maximale).

Et une fois ceci expliqué, c’est la femme qui choisit sa méthode. C’est à elle de dire ce qui lui semble à elle le plus confortable et le plus "naturel" POUR ELLE.

Il n’est pas question d’obliger quiconque à faire quoi que ce soit (ou de dire que la "norme", c’est de ne pas avoir de règles) mais de dire que le choix existe et de laisser les femmes choisir ce qu’elles veulent, puisque les deux possibilités existent.


Prendre la pilule en continu c’est enrichir les laboratoires pharmaceutiques !

Certes. Et je fais partie de ceux qui, d’un point de vue général ne veulent pas qu’ils s’enrichissent aux dépens des citoyen(ne)s.

Mais ici, il ne s’agit pas de prendre un médicament inutile pour faire baisser le cholestérol. Il s’agit d’adopter une méthode utile qui permet entre autres aux femmes de ne pas souffrir de règles douloureuses (pour lesquelles elles prendraient d’ailleurs des médicaments) et de ne pas avoir à recourir à une IVG du fait d’un arrêt de 7 jours, qui les protège moins bien.

Pour une fois qu’une méthode est à la fois utile, pratique et sans danger, ce serait dommage de ne pas l’adopter.

De plus, l’absence de règles fait faire des économies de protections périodiques. Donc, ça n’est pas un coût supplémentaire net pour les femmes. C’est aussi une économie d’un autre côté. Là encore, je me place du point de vue de l’utilisatrice. Et je rappelle encore la qualité de vie supplémentaire pour les femmes qui travaillent et n’ont pas envie d’être gênées par leurs règles.

Encore une fois, c’est à chaque femme de voir où est SON intérêt.

Enfin, je préciserai que prendre du Minidril (pilule ancienne et bon marché) en continu c’est moins cher et ça enrichit moins les labos que prendre une pilule de dernière génération 21 jours par mois...

Et si vous voulez VRAIMENT faire du mal à l’industrie ET avoir des règles, il est beaucoup plus économique et "naturel" d’utiliser un DIU au cuivre (10 à 12 ans d’utilisation) que de recourir à la pilule. Et aussi plus efficace (il y a trois fois moins d’échecs de DIU au cuivre que d’échecs de pilule...)


On ne sait rien des conséquences de la prise en continu

Si, bien sûr qu’on le sait. Jusque dans les années 80, les pilules commercialisées contenaient 50µg d’éthynil-estradiol, ce qui bloquait l’ovulation même pendant la semaine d’arrêt. Les femmes étaient en bloquage ovulatoire complet. Est-ce qu’on a vu ensuite le taux de stérilité ou de cancers augmenter ? Non.

De plus, de nombreuses autres méthodes sont déjà "continues" : l’implant (qui existe depuis 25 ans dans de nombreux pays du monde ; les injectables ; les progestatifs seuls ; le DIU hormonal Mirena. Aucune de ces méthodes n’a

Au contraire, toutes les études de grande envergure montrent que la santé des femmes est meilleure depuis qu’elles utilisent des méthodes contraceptives, quelle que soit cette méthode.

Les méthodes hormonales ont un effet protecteur sur l’utérus et l’ovaire (moins de cancer) ; elles diminuent la gravité des endométrioses ; elles permettent aux femmes migraineuses de moins souffrir de migraines (et surtout pas pendant leurs règles, si elles la prennent en continu). Les effets bénéfiques de la contraception sont innombrables et démontrés.

Les effets délabrants des grossesses répétées le sont aussi. L’effet psychologique des IVG ne l’est pas moins.
Encore une fois, il faut regarder le tableau dans son ensemble.

Et aussi, admettre une bonne fois pour toutes que c’est à chaque femme de choisir sa méthode, après avoir été informée de tout ce qui lui est offert et possible. C’est ce que je m’efforce de faire ici. C’est ce que beaucoup de sites d’information, en France comme ailleurs, font chaque jour.

C’est aussi ce que font des documents nationaux comme les [recommandations de l’ANAES sur la contraception->

Il est donc regrettable que - quel que soit le motif de cet immobilisme - les syndicats de gynécologues et les facultés de médecine ne se mettent pas au diapason des connaissances acquises dans le monde entier pour tenir le même discours et, surtout, offrir les mêmes choix à toutes les femmes.

Martin Winckler



[1- "par peur de provoquer des infections" (dommage, ce sont les partenaires qui provoquent les infections, pas le DIU) ,
- "par peur de ne pas être efficace" (dommage, il y a moins de grossesses avec DIU que de grossesses avec pilule)
- "parce que les femmes sans enfant ne peuvent pas le tolérer" (eh, ce n’est pas ce que disent les femmes sans enfant qui l’ont adopté)
- "par peur des Grossesses extra-utérines" (il y a moins de GEU chez les femmes portant un DIU que chez les femmes sans contraception, ou les femmes utilisant la pilule. tout simplement parce que le DIU est plus efficace que la pilule...

[2c’est à dire : enchaîner des plaquettes de pilule, mettre un "patch" par semaine sans interruption, mettre un anneau vaginal un mois entier et le remplacer par un autre le mois suivant, etc.

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