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Qu’est-ce qu’une sensation de "déjà-vu" ?
Odyssée - (France Inter) 19 Juin 2003
Article du 13 décembre 2005

Même chez quelqu’un qui va parfaitement bien, la mémoire est un outil très capricieux.
Je ne vous donnerai qu’un exemple : évoquez avec quelqu’un de proche un événement très marquant auquel vous avez assisté ensemble, mais dont vous n’avez jamais parlé ou, en tout cas, pas depuis longtemps.

Vous serez étonné de constater que vous ne vous rappelez pas du tout les mêmes détails, et que s’il s’agit d’une scène particulière, vous la décrirez différemment, car vous l’avez mémorisée différemment. Malgré cela, tous les deux, vous êtes persuadé que votre souvenir propre est plus conforme à la réalité que celui de l’autre.

Le phénomène de « déjà vu », en revanche, est une expérience entièrement personnelle, impossible à partager et cependant très impressionnante.

Il consiste à éprouver le sentiment indiscutable qu’un événement ou une situation que l’on est en train de vivre pour la première fois sont étrangement familières. Par exemple, un jour, assis à la terrasse d’un café où vous ne vous êtes jamais assis, avec des personnes que vous rencontrez pour la première fois, vous parlez d’un film que vous n’avez jamais vu et vous avez le sentiment que toute cette scène, incontestatblement originale, est un expérience que vous avez déjà traversée.

Le phénomène de « déjà vu » est connu depuis très longtemps ; Charles Dickens par exemple, en fait la description dans un passage de son roman David Copperfield. Et on estime que ce phénomène très troublant - au point de faire parfois douter de sa santé mentale celui qui l’éprouve - est invoqué par trente pour cent des individus au moins, surtout entre 15 et 25 ans. Comme si l’adolescence n’était pas déjà assez bizarre comme ça...

Bien que le phénomène de « déjà vu » survienne souvent chez des personnes atteintes de certaines formes d’épilepsie, ce n’est pas, en soi, un symptôme d’épilepsie. Bien que certains visionnaires y voient les souvenirs d’une existence antérieure et la preuve de la métempsycose - autrement dit, d’une réincarnation - on peut sans difficulté écarter cette hypothèse, car le « déjà vu » peut concerner toutes sortes d’objets et de situations quotidiennes contemporaines, qui ont tout de même peu de chance d’avoir eu déjà lieu en Egypte ancienne ou sous Napoléon.

D’autres encore ont postulé que le « déjà vu » était le souvenir de rêves prémonitoires. Un de ces jours, je vous expliquerai comment un rêve peut effectivement être prémonitoire sans remettre en question sur la nature du continuum espace-temps dans lequel nous existons...
Les psychanalystes, qui ont presque toujours une explication pour tout, pensent que le « déjà vu » manifeste le désir de répéter une expérience passée, mais cette fois-ci avec une issue positive. Peut-être... Mais en fin de compte, c’est la neuropsychologie qui nous fournira peut-être l’explication la plus plausible.

L’hypothèse actuelle qui permettrait d’expliquer la sensation de déjà vu est la suivante : le cerveau mémorise les souvenirs de telle manière que chaque détail - odeur, couleur, son - d’une scène vécue permet d’accéder à tous les autres détails de la scène, et en particulier aux émotions qui lui sont associées dans notre souvenir.
De sorte que, si dans une expérience nouvelle, le cerveau identifie un détail associé fortement à une expérience antérieure, il superpose les sentiments éprouvés au cours de notre première expérience à celle que nous sommes en train de vivre... et nous fait croire que nous la vivons pour la seconde fois.

Cette explication peut paraître beaucoup moins spectaculaire que celle du rêve prémonitoire ou de la métempsycose, mais elle confirme que décidément, le cerveau humain est un organe fabuleux et plein de surprises.

(Et si vous avez une sensation de déjà vu en lisant cette chronique, c’est peut-être parce que vous l’avez déjà entendue...)

A lire (en anglais)
http://www.howstuffworks.com/question657.htm/printable

Sur les souvenirs en général, et la manière dont on les transcrit trente ans plus tard, il n’est pas interdit de consulter Légendes, par Martin Winckler (P.O.L, 2002)

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