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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum
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Que fait un ingénieur quand il s’ennuie au travail ?
Odyssée - 22 Mai 2003
Article du 17 août 2006

L’ingénieur dont je parle est un drôle de zigoto. D’abord il a un prénom russe, de sorte que les gens le regardent de travers en se demandant d’où il vient, alors qu’il est né à Ville-d’Avray.

C’est un joyeux fêtard, qui passe ses nuits dans des caves où il joue de la trompette et du cornet à pistons. Il a un diplôme d’ingénieur métallurgiste, mais on l’embauche à l’AFNOR¸l’association française de normalisation, dans la section... verrerie, en 1942. Et comme c’est la guerre, il s’ennuie comme un rat mort, alors, il écrit.

En 1945, il signe un contrat chez Gallimard. Ses premiers romans publiés, en 46 et 47, s’intitulent Vercoquin et le Plancton, L’automne à Pékin et L’écume des jours. Vous avez compris que je parle de Boris Vian, qui n’est pas russe du tout, mais très américanophile.

D’ailleurs, après L’ écume des jours, il rédige un roman scandaleux et violemment antiraciste, J’irai cracher sur vos tombes, qu’il signe Vernon Sullivan et dont il prétend n’être que le traducteur. Il ira d’ailleurs jusqu’à traduire son propre roman en anglais pour bluffer ceux qui se doutent de quelque chose.

Il traduira aussi - réellement cette fois - Raymond Chandler et un grand écrivain de science-fiction nommé Alfred E. Van Vogt...

Vian écrira trois autres livres sous le pseudo de Vernon Sullivan : un second roman noir, Les morts ont tous la même peau, et deux romans policiers parodiques, Elles se rendent pas compte et Et on tuera tous les affreux. J’ai un faible pour ce dernier, car il raconte comment deux très beaux mecs, virils, musclés et tout et tout, sont enlevés par un savant fou qui veut détruire l’humanité et la repeupler avec des individus parfaits, et qui oblige nos deux héros à copuler comme des lapins avec des créatures de rêve. Quelle torture !

Non content d’être un des écrivains français les plus inventifs et les plus prolifiques du vingtième siècles Boris Vian était aussi l’un des plus courageux - il a écrit et enregistré Le déserteur à un moment où ça n’était pas du tout politiquement correct, c’est à dire au début de la guerre d’Indochine - et c’était aussi l’un des plus modestes : dans une de ses chroniques musicales il donnait la définition du Khon : « espèce d’orgue ayant des tuyaux en bambou, en usage au Laos » et il ajoutait « Eh ben, ça fait pas mal d’années que je traite des gens d’orgues du Laos sans m’en être jamais douté. »

Romancier, mais aussi poète, parolier et musicien (Henri Salvador lui doit certaines des chansons les plus drôles de son répertoire, comme le Blues du dentiste), auteur de pièces de théâtre parmi lesquelles l’inénarrable L’Equarrissage pour tous, et même d’un livret d’opéra, Fiesta, pour Darius Milhaud, Vian était en plus membre du Collège de Pataphysique.

Qu’est-ce donc que la pataphysique ? C’est la science des solutions imaginaires, inventée par Alfred Jarry en 1898 dans son ouvrage Les gestes et opinions du Docteur Faustroll. Dans les années cinquante, l’un des principaux membres du Collège de Pataphysique n’est autre que Raymond Queneau, autre « soiffard de savoir », poète, écrivain, membre de la société mathématique de France, encyclopédiste et fondateur de l’Oulipo - mais l’Oulipo mérite une chronique à lui seul, alors je vous en parlerai une autre fois...

Pour les amateurs de Queneau, je signale qu’auront lieu aujourd’hui même à la faculté des lettres de Limoges, entre 16 et 18 heures deux conférences à son sujet et ce soir à 20 heures 30, une représentation des Exercices de style.

Quant à Boris Vian c’est aujourd’hui que paraissent les ultimes volumes de ses oeuvres complètes publiées par les éditions Fayard depuis 1997. Vian était aussi inventeur : dans L’ écume des Jours, il décrivait le pianocktail, une machine-piano qui compose des cocktails selon les airs de jazz qu’on joue dessus.

Ce soir, dans la galerie de la Fondation Boris Vian, les nectars couleront à flot du pianocktail, à la santé de tes lecteurs et de tes livres, qui sont toujours bien vivants, Boris !

A Marc Lapprand, Vianophile émérite

Boris Vian, Oeuvres complètes, Fayard (15 volumes, quand même ! ! !)
Boris Vian, Et on tuera tous les affreux, Livre de Poche
Boris Vian, L’écume des jours, Livre de Poche
Etc. Etc.

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