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A quoi sert de dérembourser les médicaments ?
Odyssée - 16 Mai 2003
Article du 29 mars 2006

Le remboursement d’un médicament est le résultat d’une négociation entre le fabricant et la sécu. L’un veut vendre son produit au meilleur prix, l’autre veut que le remboursement du produit ne lui coûte pas la peau des fesses.

S’ils ne se mettent pas d’accord, le médicament n’est pas remboursé et le labo peut le mettre sur le marché au prix qu’il veut. C’est le cas par exemple de la majorité des pilules contraceptives, puisque sur plus d’une trentaine, une demi-douzaine seulement sont remboursées.

Les médicaments pour lesquels fabricant et sécu s’entendent sont remboursés soit à 65%, soit à 35%. La différence (entre 35 ou 65 et 100 %) est remboursée par la mutuelle complémentaire, si vous en avez une. En principe, le remboursement d’un médicament est lié à ce qu’on appelle le SMR, service médical rendu. Si un médicament a une utilité démontrée, il est logique de le rembourser à 65%. Si son utilité n’est pas démontrée, il est logique de ne pas le rembourser du tout.

A quoi sert le remboursement à 35 % ? Eh bien, il permet à des médicaments dont l’utilité n’est pas démontrée et qu’on appelle « médicaments de confort », qui, en général sont fabriqués par de petits laboratoires français et sont sur le marché depuis longtemps, de continuer à être prescrits. Pour la sécurité sociale, le coût est moindre. Pour le patient, s’il a une mutuelle, ça ne change apparemment rien. Pour le fabriquant, c’est une bonne affaire puisque le remboursement incite à consommer un médicament qui n’a pas d’efficacité démontrée !

Une fois qu’on sait ça, quand on se penche sur la liste des 617 médicaments déremboursés il y a une quinzaine de jours, on voit que beaucoup de choses clochent. D’abord, la liste présente des incohérences de contenu. Par exemple, un médicament contre l’hypertension, la Clonidine, est déremboursé, mais pas le Catapressan, qui contient exactement la même chose. Pourquoi ? Mystère.

Le Diclofénac, qui est un des anti-inflammatoires les plus anciens, donc les mieux connus, donc les moins dangereux, est déremboursé sous les formes suppositoires et injectables. Pourquoi ? Pas d’explication.

La liste dérembourse aussi les spécialités contenant du fluor. Ça, c’est louable, car tous les scientifiques sérieux sont d’accord pour dire aujourd’hui que donner systématiquement du fluor aux enfants est plus dangereux qu’utile. Mais ce qui est incohérent, c’est que le gouvernement ne l’explique pas au public et le remboursement du fluor passe de 65 % à 35 % et non à zéro. La différence va être reportée sur les mutuelles, et leurs cotisations augmenteront, mais ça ne pénalisera pas l’industrie. Il faut dire que le marché du fluor est Kolossal...

La liste des médicaments déremboursés ne comporte aucune référence scientifique qui justifie les décisions prises. Et comme les médicaments visés sont anciens et peu coûteux on comprend que les économies ne se montent pas à grand chose dans l’océan du déficit.

Aux Etats-Unis, l’association « Public Citizen » créée par Ralph Nader, le candidat écologiste à la Maison Blanche, publie un bulletin indépendant qui conseille aux médecins et aux patients d’utiliser quand c’est possible les médicaments efficaces les plus anciens, car les effets indésirables les plus graves apparaissent souvent au cours des premières années de commercialisation d’un nouveau produit.

En France, on peut s’interroger sur la légitimité d’une politique qui consiste d’une main à dérembourser « pour faire des économies » et, de l’autre main, à envisager d’autoriser les fabriquants à commercialiser beaucoup plus vite des produits récents dont ils fixeront eux-mêmes le prix ! Et on peut se demander quel est l’objectif réel de cette politique : assainir les comptes de la sécurité sociale et améliorer l’accès au soin des Français... ou soutenir l’industrie pharmaceutique, qui dans certains pays finance massivement les hommes politiques au pouvoir. Un récent documentaire diffusé par la chaîne Planète attirait l’attention sur les liens entre George W. Bush et le laboratoire Eli Lilly.

Je ne suis que chroniqueur scientifique mais, si j’étais journaliste d’investigation, chaque fois qu’un gouvernement est constitué, je m’intéresserais de près aux liens passés et présents des conseillers rapprochés du ministre de la santé avec l’industrie pharmaceutique.
Si vous voulez en savoir plus, Science et Vie a consacré son numéro d’avril 2003 à un excellent dossier, très complet et précis, sur les médicaments commercialisés en France.

****

Bonjour,
Voici ce que j’avais trouvé sur Louis-Charles VIOSSAT, directeur de cabinet de JF Mattéï quand celui-ci était ministre de la Santé...

"Ex-Inspecteur des affaires sociales, spécialiste des retraites, directeur d’études sur les questions sociales à pour la préparation des concours administratifs de Sciences-Po, il intervient sur "les enjeux de la protection sociale à l¹heure de la mondialisation" (amen) et les retraites. Auteur de La Banque mondiale et la protection sociale dans la zone Asie de l¹Est-Pacifique. Conseiller de Jacques Barrot, Ministre du Travail et des Affaires sociales entre 1995 et 1997 et de son secrétaire d’Etat chargé de la Santé et de la Sécurité sociale, Hervé GAYMARD."

Sur le site Profession Politique (26/09/2001), on apprend que "Louis-Charles VIOSSAT, ancien collaborateur des ministres Jacques Barrot et Hervé Gaymard et qui fut chargé de mission à la Banque mondiale, est nommé directeur corporate affaires des Laboratoires Lilly France".

Louis-Charles VIOSSAT est nommé Directeur du cabinet de JF Matteï en mai 2002.

Commentaire sur le site "gestionsante.free.fr" :

"Louis-Charles Viossat a d’abord travaillé à l’IGAS (L’inspection générale des affaires sociales), ce qui aurait pu être incompatible avec un pantouflage dans une multinationale pharmaceutique. Mais il a d’abord travaillé plusieurs années pour des organismes internationaux dans le secteur social. Donc il aurait été difficilement justifiable de lui interdire d’aller pantoufler chez Lilly. Ce qui est particulièrement choquant par contre, c’est de le voir ensuite venir comme directeur de cabinet de Mattei et arbitrer des affaires ou son ancien employeur est directement partie prenante. Par exemple lorsque nous sommes en plein débat sur le Service médical rendu des médicaments ou qu’il est question de largement libéraliser le prix des nouveaux médicaments..."

La succession de Viossat à Lilly, un cas d’école.
Dépêche d’APM-Reuters (29 août 2002) :

"MICHAEL DANON NOMME DIRECTEUR DES "CORPORATE AFFAIRS" DE LILLY FRANCE
PARIS, 29 août (APM-Reuters) -
La filiale française du groupe Lilly a annoncé jeudi la nomination de Michaël Danon en tant que directeur des "Corporate Affairs", poste qui recouvre la direction des affaires réglementaires, de l’économie de la santé, de la communication et de l’Institut Lilly. Michaël Danon succède à Louis-Charles Viossat, qui a été nommé en mai directeur du cabinet du ministre de la Santé, de la famille et des personnes handicapées, Jean-François Mattei. Il est entré dans ses nouvelles fonctions le 19 août, précise Lilly dans un communiqué.

Agé de 42 ans, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, il est ancien élève de l’Ecole nationale d’administration. Il a commencé sa carrière comme chef de bureau au ministère de l’Emploi puis a été affecté pendant deux ans à l’Inspection générale des finances.
Michaël Danon a été conseiller technique au cabinet de la ministre du Travail et de l’Emploi, qui était alors Martine Aubry (1991). Il a ensuite été directeur général adjoint de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) de 1991 à 1996 où il s’est plus particulièrement occupé de la stratégie de la politique client et du développement des services aux entreprises. De 1997 à 1999, il a été directeur adjoint de l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH) du Nord-Pas-de-Calais et, depuis juin 1999, il était secrétaire général de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES)."
eh/cd/APM-Reuters polsan EHFHT003 29/08/2002 11:57 ACTU VIP

Amicalement,
F. T.-B.

****

La chronique s’arrêtait là mais, sur la page web d’ Odyssée, elle était accompagnée des deux textes suivants :

NOTE IMPORTANTE :
Chers amis auditeurs et parents
Dans cette chronique, je parle du fluor de manière assez négative.
Bien entendu, il était dans mon intention d’en reparler en détail et je vais le faire dès lundi. Relativisons les dangers : le fluor n’est pas toxique aux doses habituelles, c’est la prise orale pendant de nombreuses années qui peut être nocive. Donc, pas de souci à vous faire pour vos enfants (mais si vous "oubliez" de leur donner du fluor, vous ne serez pas des parents criminels ...) Je vous donne toutes les précisions dans la chronique de lundi à 7.51.
Merci pour votre écoute et vos messages.
A bientôt
MW

Et voici des chiffres intéressants (le commentaire qui les accompagne l’est également)recueillis sur le site d’Aventis, l’un des plus gros consortiums pharmaceutiques du monde :

« Les 10 premiers produits prescrits et remboursés (en quantité)
« Les 4 premiers produits les plus prescrits sont des antalgiques à base de paracétamol seul (DOLIPRANE®, EFFERALGAN®, DAFALGAN®), ou associé (DI-ANTALVIC®).
« Avec environ 220 millions de boites en 2001, l’Assurance Maladie (tous régimes confondus) rembourse en moyenne, pour ces seuls antalgiques, 4 boites par bénéficiaire et par an.

« Comme en 2000, l’évolution des prescriptions de ces produits est en forte hausse (plus de 10 % pour les 3 produits constitués uniquement de paracétamol contre +3,5 % pour l’évolution du total des produits prescrits) ce qui témoigne d’une meilleure prise en charge, par les prescripteurs, des douleurs ne relevant pas d’antalgiques majeurs.

« Après les antalgiques, les psychotropes sont les médicaments les plus prescrits (6 produits parmi les 25 médicaments les plus prescrits). Le premier (STILNOX®) et le quatrième (IMOVANE®) sont des somnifères, le deuxième (DEROXAT®) et le troisième (PROZAC®) sont des antidépresseurs et les deux derniers (LEXOMIL® et XANAX®) des anxiolytiques. Pour ces 6 produits, il est remboursé environ 80 millions de boites par an, soit en moyenne plus d’une boite par bénéficiaire et par an. Bien que les antidépresseurs soient très médiatisés et connaissent donc une progression soutenue ce sont toujours les hypnotiques qui demeurent les produits les plus prescrits. »

Etonnant, non ?

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