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IVG : certains "grands profs de fac" sont des salopards
Un échange entre C. et Martin Winckler
Article du 28 novembre 2005

J’ai interrompu ma grossesse volontairement à 14 semaines d’aménorrhée parce que j’ai contracté la toxoplasmose (nous avons décidé mon ami et moi de ne pas prendre le risque).
J’ai expulsé l’embryon 3 semaines après l’intervention (la claque !). Ma gynéco m’a illico envoyée faire une échographie chez un professionnel, apparemment très respecté.

Ce monsieur très respecté m’a dit qu’une IVG n’est absolument pas autorisée par la loi en cas de risque foetal, même dans le délai de la loi Veil, et que par conséquent l’intervention qui avait été réalisée dans mon cas était complètement illégale.
Je lui ai fait répéter deux fois ce qu’il avait dit, il n’en a pas démordu, et m’a dit "vous savez, les médecins sont souvent mal informés, enfin bon tant mieux pour vous...".

Je suis tombée de ma chaise au sens figuré, j’ai fondu en larmes au sens propre.

Est ce que le grand prof de fac qui m’a tenu ce discours a raison ou est-ce qu’il m’a raconté des salades comme je le pense ?
C.

Réponse de Martin Winckler

14 semaines d’aménorrhée, c’est la limite légale, mais c’est parfaitement légal.
De plus, si l’IVG a été pratiquée dans un centre de planification, j’imagine que l’équipe a daté soigneusement votre grossesse, car ils n’aiment pas dépasser les délais.

En dehors des conditions de délai, vous avez le droit d’interrompre une grossesse QUEL QUE SOIT LE MOTIF DE VOTRE DECISION !!!
Justement, c’est tout l’objet de la loi : la femme n’a pas à donner de justification. La loi de 1976 (et repris par toutes les versions ultérieures) mentionne simplement la "détresse morale" de la femme. Et il est bien entendu que la femme est seule juge de sa propre détresse....

Des conditions (médicales ) ne sont exigées que dans le cas d’une ITG (interruption thérapeutique de grossesse), qui peut être demandée lieu au-delà de 14 semaines, en cas de foetus malformé (trisomie, anencéphalie) par exemple. Vous n’étiez pas dans ce cas de figure.

Mais pour l’immense majorité des médecins, une toxoplasmose pendant la grossesse, susceptible d’entraîner des malformations profondes du foetus (plus la toxoplasmose survient tôt, plus les atteintes sont graves) est sans aucun doute une situation critique et la décision d’interrompre la grossesse est, dans ces conditions, non seulement légitime, mais indiscutable si les parents ne veulent pas courir le risque de faire naître un enfant profondément atteint. (Les atteintes de la toxoplasmose sont oculaires et neurologiques, entre autres.)

L’attitude du "grand professeur" qui vous a fait l’échographie est donc inacceptable. Elle peut s’expliquer de trois manières (qui ne sont malheureusement pas exclusives les unes des autres) :

il ne connaissait pas la loi - ce serait regrettable, mais c’est peu probable. Croyez moi, tous les médecins connaissent la loi sur l’IVG. Y compris ses pires opposants. S’il y avait des conditions à l’interruption d’une grossesse, ces opposants seraient les premiers à exiger qu’on les applique. Or, il n’y en a pas. Vous aviez le droit d’interrompre cette grossesse sans autre motif que celui de ne pas (ou plus) désirer être enceinte. Même si ça défrise le grand professeur, c’est la loi. Et tant que la loi ne sera pas changée (et elle est pas près de changer), le grand professeur ne pourra rien y faire.

il a pris ses désirs pour des réalités en énonçant des conditions (ou des non-conditions) qui n’existent pas ; bref, il a utilisé son "autorité" pour vous faire croire ce qu’il avait envie de vous faire croire !

il a voulu vous culpabiliser et vous terroriser parce que votre décision lui a déplu. C’est détestable car même si cette IVG avait été illégale, le poids de l’illégalité aurait reposé sur les médecins qui vous l’ont faite, et il ne servait à rien de vous en faire porter le poids, à vous !!! Comme, en l’occurrence, ni vous ni les médecins ayant pratiqué l’IVG n’avez rien à vous reprocher, son attitude est, purement et simplement, malveillante et sadique.

Si j’étais vous, je lui enverrais une copie de la loi (dernier libellé en 2001), je lui écrirais que son attitude est insupportable (la déontologie lui interdit de faire pression sur un patient ou de lui donner des informations fausses), je l’avertirais que j’envoie une copie au Conseil de l’Ordre (vous, ça vous coûtera le prix du timbre, mais lui, ça l’empêchera de dormir) et je déconseillerais vivement à ma gynéco d’adresser quiconque à l’avenir à ce grand professeur.

Car un "grand professeur" qui feint d’ignorer la loi pour accuser et culpabiliser les patient(e)s est, avant tout, un salopard. Point final.

Martin Winckler

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