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Sur France-Inter, la liberté de parole se heurte aux intérêts des labos
Le courrier - 18 juillet 2003
Article du 18 juillet 2003

Sur France-Inter, la liberté de parole se heurte aux intérêts des labos
Le chroniqueur Martin Winckler, qui avait critiqué l’industrie
pharmaceutique, a été brutalement remercié.

MONA CHOLLET, PARIS

Martin Winckler, médecin et écrivain, est connu et apprécié des auditeurs
de France-Inter depuis qu’il a reçu en 1998 le prix littéraire de la
station pour La maladie de Sachs. Depuis un an, il y assurait chaque matin
une « chronique scientifique décalée ». L’occasion pour lui, en particulier,
de démonter les campagnes de communication lancées au printemps par les
laboratoires pharmaceutiques et diffusées sur France-Inter. Jusqu’à ce
qu’il soit remercié par la chaîne publique fin juin...

Quelques semaines auparavant, le 15 mai, se référant au livre de Philippe
Pignarre, Le grand secret de l’industrie pharmaceutique, (Ed. La
Découverte), il expliquait que les laboratoires étaient en crise. N’ayant
fait aucune découverte majeure ces dernières années, hormis les
antirétroviraux, coursés par les génériques, ils en étaient réduits à
livrer une bataille acharnée sur le terrain des brevets et à recourir à
divers expédients, que Martin Winckler détaillait : escamotage des
résultats
défavorables d’études cliniques, tests « au rabais » dans le tiers monde,
matraquage de la communauté médicale et corruption de ses leaders
d’opinion, création de maladies imaginaires (comme l’« impuissance
féminine »). En avril, il avait déjà dénoncé une campagne publicitaire
encourageant la prise, à titre préventif, d’un médicament contre le
cholestérol.

DE LA MUSIQUE À LA PLACE

Pour le directeur des programmes, Jean-Luc Hees, c’en est trop. Il a
annonce à Martin Winckler qu’il ne reprendrait pas en septembre (« je ne
voulais pas de chronique médicale », aurait-il argué). Il était donc
convenu, affirme Winckler, qu’il arrêterait le 11 juillet. Dans sa
dernière
chronique, déjà écrite, il prévoyait de dire : « Neuf mois de parole sans
entrave, ce n’est pas rien. Et je souris en particulier à la pensée des
migraines que j’ai dû provoquer chaque fois que j’étrillais l’industrie
pharmaceutique entre deux messages triomphants des entreprises du
médicament. »

Mais, le 4 juillet, il apprend par lettre recommandée que sa chronique
s’arrête ce jour. A la place, la dernière semaine, France-Inter diffuse...
de la musique. Sauf le 11 juillet. Ce matin-là, le présentateur annonce un
« droit de réponse » des « Entreprises du médicament » (LEEM). Celles-ci, s’en
prenant à des « accusations sans fondement », affirment qu’elles
« travaillent
en respectant des protocoles mondiaux », « en partenariat avec un corps
médical responsable », avant de conclure : « La recherche en matière de
médicaments est l’un des facteurs clé des quinze ans de vie gagnés depuis
cinquante ans. C’est un travail de longue haleine mené par des hommes et
des femmes qui sont fiers de servir le progrès thérapeutique. » A aucun
moment le nom de Martin Winckler n’est cité. Il est cependant mentionné
sur
le site du LEEM, où le communiqué est reproduit.

« Qu’un lobby privé ait ainsi le dernier mot sur une antenne publique,
c’est
dramatique, commente l’intéressé. Pas tant pour moi que pour les
rédacteurs
d’Inter, pour ce que cela signifie de leur indépendance. » Jean-Luc Hees a
déclaré à l’agence Reuters qu’il avait diffusé ce droit de réponse car « il
y avait bien eu diffamation » : « Quand quelqu’un sur mon antenne accuse
quelqu’un d’autre de corruption, il faut bien qu’il ait des preuves dans
son coffre-fort pour soutenir ce qu’il avance. Ce n’était pas le cas. » Il
affirme cependant qu’il arrête la chronique pour d’autres motifs : Winckler
aurait « piraté » le site de la station, lors d’une suspension de son billet
due à la guerre en Irak.

MESURES LOURDES ?

Sophie Becherel, vice-présidente de la Société des journalistes de
Radio-France, découvre l’affaire quand on lui en parle, et juge, perplexe,
que la rédaction « devrait peut-être s’y intéresser ». S’étant renseignée,
elle confirme que l’épisode est passé complètement inaperçu : « Peu de
journalistes savaient que la chronique ne devait s’arrêter que le 11
juillet. Quant à ceux qui ont entendu le droit de réponse, comme il
n’était
pas précisé à quoi celui-ci se référait, ils n’y ont rien compris. Et
l’équipe qui assurait la tranche 7-9 cette semaine-là est maintenant en
vacances. »

Il y a quelques semaines, un auditeur avait transmis à Martin Winckler un
e-mail diffusé sur l’intranet des laboratoires Pfizer France. Emanant du
département communication interne, il disait, parlant du chroniqueur :
« Sachez que le LEEM est d’ores et déjà en train d’engager des mesures
lourdes contre ses attaques. » Gérard Bouquet, vice-président de la
communication de Pfizer, assure que « mesures lourdes » ne désignait rien
d’autre que le droit de réponse. Il précise aussi qu’il a lui-même écrit à
Jean-Marie Cavada, président de Radio-France, quand Winckler a critiqué la
campagne contre le cholestérol, que Pfizer parraine : « Je l’ai prévenu que
ces contrevérités pouvaient nuire à la santé du public. Il m’a répondu
qu’il en prenait bonne note. »

A l’automne, les éditions du Cherche-Midi publieront les chroniques de
Winckler en recueil. France-Inter vient de faire savoir qu’elle refusait
que son logo y figure et qu’elle n’en assurerait pas la promotion, comme
c’est le cas pour les autres chroniqueurs. Le désamour est donc total.

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