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Contraception : en Angleterre, on respecte les femmes et leurs choix
par Delphine et MW
Article du 13 novembre 2005

J’aimerais témoigner des pratiques médicales en Angleterre, en ce qui concerne la contraception. La consultation d’un généraliste est gratuite et ne demande qu’une inscription auprès d’un cabinet médical. En France, je me rendais tous les 6 mois chez ma gynéco, que je payais 45 euros, et qui me prescrivait une pilule, Harmonet, qui me coûtait quelque chose comme 35 euros pour 3 plaquettes (non remboursée).

Je n’avais rien de spécial contre ma gynéco, elle avait son cabinet à deux minutes de mon boulot, c’était pratique, et puis un jour, elle m’a donné une petite tape amicale sur les fesses au moment où je me rhabillais, en me lançant un "Tout va bien !" nonchalant. Je ne suis plus jamais retournée la voir.

En Angleterre, le médecin ne m’a pas examinée quand je lui ai demandé une prescription pour la pilule. Je crois qu’elle a juste pris ma tension...

Elle m’a demandé depuis combien de temps je prenais la pilule, m’a demandé si j’avais des questions, de quand datait mon dernier frottis... Et puis lorsque je suis revenue 6 mois plus tard pour renouveler ma prescription, la secrétaire m’a dit que je n’avais pas besoin d’un nouveau rendez-vous et qu’il me fallait simplement ramener mon ordonnance afin que le médecin coche une case de renouvellement automatique pour 6 nouveaux mois.

J’ai eu ma prescription le lendemain matin. Une autre fois, j’ai dû être traitée pour une infection urinaire, et le pharmacien qui m’a donné ma prescription est sorti de derrière son comptoir, s’est approché de moi m’a expliqué qu’il y avait un risque très faible que ma pilule ne soit pas efficace pendant la prise de ce médicament et 10 jours après.

"Très faible risque, m’a-t-il dit, mais un risque que vous ne voulez pas prendre j’imagine ?"J’ai acquiesé avec un sourire... Décidément, ils sont bizarres ces Anglais... Ils me parlent comme si j’étais une patiente responsable ! Comme j’avais des questions concernant un éventuel recours au DIU, j’ai pris rendez-vous avec une infirmière du même cabinet.

Là, heureusement que j’étais assise, parce que bonjour le choc : elle m’a expliqué absolument tout le parcours d’une pose de DIU, sans essayer de me dissuader (ma dernière gynéco en date ne voulait même pas en entendre parler, parce que j’avais des règles abondantes, m’a-t-elle sorti).

Pour finir, elle m’a tendu une brochure où tout ce qu’elle venait de me dire était résumé. Et la phrase qui tue : "Revenez quand vous voulez, et quelle que soit la décision que vous prendrez en matière de contraception, nous vous épaulerons". OH MY GOD ! Je peux vous embrasser, Madame ?

Je plaisante, mais je suis ressortie avec le sourire... J’avais enfin l’impression qu’un soignant m’avait écouté, ça ne m’était quasiment jamais arrivé... Depuis, je suis retournée voir cette infirmière. Une fois, parce qu’après avoir été soignée pour une vilaine angine en France pendant des vacances, j’ai fait un peu de spotting et que comme d’habitude, j’angoissais de me savoir enceinte, je pensais que l’antibiotique avait diminué l’effet de ma pilule. L’infirmière m’a rassurée comme jamais personne ne m’avait rassurée !

Je suis retournée la voir pour un frottis de contrôle. Oui, en Angleterre, une infirmière peut pratiquer des frottis... Elle m’a demandé de n’enlever que mon pantalon (en France, on vous demande systématiquement de vous mettre à poil) et de garder mes chaussettes, parce que, m’a-t-elle dit, on se sent moins vulnérable en chaussettes. En plus, elle ne me regarde pas me déshabiller, elle déploie un rideau et elle me dit de prendre un morceau de drap pour me couvrir une fois que je serai allongée... Me couvrir ! Incroyable, on respecte mon intimité !

Installée sur la planche d’examen, je cherche des étriers, je n’en vois pas. Elle rentre à ce moment là et me dit que pour les frottis, les étriers ne sont pas nécessaires, et même qu’ils empêchent parfois de bien se positionner, mais qu’elle sait qu’en France, on en est très friands... Elle procède à l’examen tout en m’expliquant ce qu’elle fait... Je lui demande alors si elle peut faire un examen des seins, parce que je n’en ai pas eu depuis longtemps et que j’aimerais qu’elle me montre comment le faire chez moi.

Elle me dit qu’elle n’est pas autorisée à examiner les seins, depuis une loi de 1990. Apparemment, même les médecins n’y sont pas autorisés sans la présence d’une infirmière. Elle m’explique : "Je vous donne une brochure qui vous dira comment faire votre propre examen, mais nous considérons que vous êtes la personne qui connait vos seins le mieux et qu’un médecin, ou moi-même, ne serons pas en mesure de déceler des changements. En cas de soupçon, vous pouvez bien entendu revenir nous voir, mais il n’y a pas de raison de vous faire un examen de sein aujourd’hui."

Ouaouh ! Je l’aime tellement cette infirmière que je crois que je vais la demander en mariage ! En plus, quand elle me demande comment ça va, elle a l’air de vraiment vouloir savoir comment ça va, c’est fou... Je ne sais pas si je suis bien tombée, si c’est une super-infirmière comme il en existe peu, mais en tout cas, je me sens enfin entendue, et je me sens à l’aise.

Voilà de quoi je voulais témoigner. Je ne connais pas grand chose d’autre du système médical anglais, et il y a sûrement des choses qui ne vont pas, comme partout, mais en attendant, je sais que si je rentre en France un jour, je regretterai au moins ça.

Delphine.


Respect et confiance

Bien sûr, il y a partout des professionnels meilleurs que les autres. Mais indépendamment des qualités personnelles réelles de cette infirmière, ce que nous décrit Delphine (et qui peut être vérifié partout au Royaume-Uni, et d’ailleurs aussi dans les pays anglo-saxons et scandinaves) c’est l’attitude adoptée envers les patient(e)s par les professionnels de santé et qui se traduit par
- le respect de l’intimité du patient
- le respect de son autonomie et de sa capacité à décider
- l’absence de jugement moral
- l’information du patient.

Comme le décrit ce témoignage, l’Angleterre applique les consensus internationaux en matière de contraception selon lesquels

- Il n’est pas nécessaire d’examiner tous les quatre matins une femme qui prend la pilule.

Lire l’article du site sur le sujet

- Le DIU est une méthode de contraception qui convient à de nombreuses femmes de tous âges, indépendamment du fait qu’elles ont, ou non, déjà eu un enfant. Celles qui le choisissent et n’ont pas de contre-indications (il y en a peu) devraient pouvoir l’utiliser sans que les médecins fassent le moindre commentaire.

Lire l’article sur le sujet

La prescription d’une contraception n’est pas un problème qui nécessite la présence d’un médecin. La formation d’infirmières spécialisées fait gagner du temps à tout le monde, et facilite grandement l’accès des femmes à la contraception qu’elle choisissent.

En Angleterre comme en Hollande, où l’attitude est similaire, et alors que l’IVG peut être pratiqué plus tard dans la grossesse que dans n’importe quel pays au monde, la fréquence des IVG est la plus basse au monde. ¨Pourquoi ? Parce que Britanniques et Hollandais savent que la meilleure prévention des grossesses non désirées, c’est un accès facilité à la contraception, des méthodes peu coûteuses, et des médecins aussi peu intrusifs que possible.

Ces attitudes, qui respectent les femmes et leurs choix, sont des attitudes considérées comme NORMALES en Angleterre, en Hollande, en Suède, au Québec, aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays du monde, "développés" ou non... Les praticiens qui procèdent autrement sont considérés comme ayant une attitude anit-professionnelle, et non éthique.

Pourquoi n’est-ce pas aussi le cas en France ?

Martin W.

PS : Le manque de respect - pour ne pas dire le mépris - de certains gynécologues français à l’égard des femmes est particulièrement visible dans plusieurs articles de ce site, en particulier l’un des tous derniers en date, consacré au "prix" de la pose d’un implant contraceptif.

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