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Sélection des étudiants en médecine : comparaison entre France et Québec
par Caroline Pilon-Tremblay
Article du 16 octobre 2005

Comme en France, le Québec applique un contingentement (ou numerus clausus) pour limiter les entrées en médecine. Pourtant, sa façon de faire semble beaucoup plus humaine et ce, à plusieurs points de vue.

La manière française [1]

La France sélectionne ses étudiants en médecine sur base d’un concours comportant quelques épreuves réparties sur deux périodes dans l’année, suite à l’apprentissage de différentes matières plus ou moins scientifiques lors de la première année de médecine (P1). Selon la logique suivie, il faudrait, pour être juste et universel, permettre à quiconque possédant n’importe quel bac, d’entrer en médecine, quitte à appliquer par la suite une sélection draconienne et accessoirement… inhumaine.

La réussite de ce concours est certes un succès empreint de fierté pour ceux qui y arrivent. Mais il faut garder en tête que chaque année, seuls les 20 % plus chanceux (peut-être les plus compétitifs, les plus résistants à de telles conditions de stress ?) obtiennent l’immense privilège de passer en 2e année (P2). Beaucoup redoublent cette fameuse année (droit qui se limite à une seule fois, pour toute la vie).

Même si ce redoublement apparaît souvent comme incontournable, ce n’est jamais un phénomène anodin que de redoubler une année universitaire pour recommencer à apprendre exactement la même chose, dans un contexte de stress intense et inutile et surtout, d’incertitude sur l’avenir.

Ce n’est certainement pas stimulant, enrichissant, et c’est probablement même assez destructeur. En outre, cette ambiance compétitive n’est certes pas pour favoriser la coopération, l’entraide et l’esprit d’équipe si nécessaires entre futurs collègues et que l’on retrouve pourtant dans les pays anglo-saxons.

Deux années de vie perdues

Beaucoup, sinon la plupart, parmi ceux qui échouent à ce concours le font après y avoir perdu deux années de leur vie. Personnellement, cela me semble tout simplement scandaleux.

Personne n’a d’années de vie à gaspiller et c’est manquer de respect envers les jeunes que de leur imposer le risque (et souvent, le fait avéré) de perdre 1 à 2 ans de leur vie. Bien sûr, on n’y perd pas tout, on en sort grandi, on a appris, etc. Mais c’est une épreuve à traverser qui ne paraît nullement nécessaire.

Une réforme a récemment été appliquée, permettant d’intégrer en P1 plusieurs nouvelles professions médicales et paramédicales. Le but de la chose est très louable : il s’agit justement de permettre un 2e, un 3e, un 4e choix à ceux qui n’auront pas obtenu leur premier, histoire de perdre moins d’années de vie à tenter maints concours d’entrée.

Mais on peut se demander quel effet cela peut avoir sur le phénomène des « médecins ratés » (l’expression n’est pas de moi) contraints de se rabattre sur le nième choix. Sans compter une difficulté d’accès augmentée pour ceux dont ces professions représentaient le premier choix d’orientation. Autrefois, on trouvait déjà aussi en P1 la médecine dentaire. Maintenant se sont ajoutés les futurs sages-femmes et kinésithérapeutes, qui doivent s’y soumettre pour tenter d’atteindre leur profession.

Pour continuer dans le registre humain, on a d’ailleurs eu la bonne idée de mettre tout le monde ensemble, dans une même promotion, dans un même amphithéâtre pour ainsi dire (quand ce n’est pas par vidéoconférence). Personnellement, tout ceci ne me donne que d’autant moins envie de passer un jour en P1, parmi 500 à 1000 personnes. Le prix des conditions d’enseignement qui en résultent en valait-il vraiment la chandelle ?

Des effets pervers

La sélection par concours, bien que se voulant universelle et parfaitement égalitaire, a par ailleurs eu pour effet pervers la prolifération de classes préparatoires privées accessibles à prix d’or, que bon nombre d’étudiants se payent en espérant pouvoir ainsi devenir meilleurs que les autres.

Dans ces conditions, on peut se poser des questions sur la véritable égalité des chances, avec le risque d’une sélection par l’argent. Ceci tend à prouver que le système échoue à faire ce pour quoi il a été conçu.

Pourtant, les jeunes Français subissent déjà une série d’épreuves sous la forme du baccalauréat, sanctionnant la fin des études secondaires au lycée. Ce serait peu de choses que de reporter l’enjeu de l’entrée en médecine sur cet examen que tout le monde passe déjà, mais qui sert actuellement fort peu. Et cela permettrait certainement d’éviter de nombreux drames humains qui se vivent dans les amphithéâtres de P1.

La manière québecoise

C’est ainsi que le Québec procède, bien qu’il ne dispose pas d’un bac aussi complet et organisé que la France. Beaucoup de ses épreuves sont de confection locale et souvent basées sur le contrôle continu, afin d’éviter de porter un enjeu immense sur quelques épreuves et quelques jours seulement.

Malgré cela, une méthode de calcul, que je ne développerai pas ici, a été développée, permettant de comparer tout le monde sur un pied d’égalité : il s’agit de la "cote R" (voir le lien à la fin de l’article).

Cette dernière permet de tamponner tous les effets produits par le niveau de l’école ou de la classe, la moyenne, le programme d’études choisi, et bien d’autres choses encore. Ce système n’est pas contesté et semble tenir ses promesses de façon très juste. L’appliquer au baccalauréat français qui existe déjà serait d’une facilité enfantine.

Il arrive bien sûr, comme partout, que les notes obtenues par un élève au lycée québécois (appelé « cégep »), ne lui permette pas l’entrée dans une faculté de médecine (même en appliquant dans nos 4 facultés). Il se voit alors contraint d’opter pour un programme moins contingenté auquel ses résultats lui donnent accès.

La différence avec la France est que cela n’a pas lieu après une perte de 2 ans de vie dans des conditions difficiles et en situation d’échec, mais avant et donc de façon moins destructrice. Tout est encore possible. Dans le programme que l’étudiant aura choisi plutôt que la médecine (souvent la pharmacie ou la biologie, par exemple), il lui suffit d’obtenir de bons résultats pour améliorer son dossier et être à nouveau admissible en médecine.

Car les réorientations sont ici choses courantes, prévues, normales (environ 40 % d’une promotion de finissants en médecine à l’Université de Montréal n’ont pas suivi le cursus « direct »). Il arrive aussi bien souvent que le programme de remplacement choisi (il peut aussi bien s’agir de la physiothérapie, de la médecine dentaire, des sciences infirmières ou de n’importe quel autre…) remplisse pleinement les attentes professionnelles de l’étudiant et qu’il choisisse de s’en satisfaire définitivement (toujours sans avoir eu à passer par la case « échec cuisant »).

Les notes ne sont pas les seuls critères

J’ajouterais à cela que notre mode de sélection en médecine ajoute encore un élément nouveau par rapport à celui pratiqué en France. La sélection ne se base pas uniquement sur les résultats scolaires, qui ne servent en fait qu’à effectuer un premier « écrémage ».

Parmi les étapes suivantes à traverser se trouvent, selon les facultés, un test de personnalité, une lettre de motivation, une entrevue individuelle et/ou de groupe. L’objectif de ces étapes consiste à permettre aux étudiants de finir de faire leurs preuves en exposant leur motivation à devenir médecin, leur bon équilibre personnel (amitié, sport, passions), leurs occupations (loisirs, emplois, bénévolat).

Le but n’est pas de sélectionner uniquement des brutes de travail, mais aussi des personnes humaines et possédant de bonnes capacités de communication. C’est même l’occasion d’exposer des situations atténuantes pouvant être prises en compte dans l’évaluation d’une candidature (maladie, décès dans la famille, par exemple). En France, on ne prêtera oreille à ce genre de « conditions atténuantes » qu’en cas de demande exceptionnelle de dérogation pour triplement de la P1. Pas très « humain »...

On me rétorque toujours que notre façon de faire est « subjective ». Certes, il peut se glisser des injustices, mais je ne vois pas quelles conséquences sérieuses elles pourraient avoir à part, tout au plus, empêcher une personne de poursuivre ses études dans telle faculté plutôt que telle autre.

Sélection « égalitaire », ou sélection équitable ?

En somme, le système de formation médicale français, suite à une longue tradition d’accès égalitaire, a mis en place un mode de sélection voulant permettre à chacun de faire ses preuves. Malheureusement, dans les faits, on constate que ce ne sont pas toujours les plus méritants qui réussissent et que l’égalité tant recherchée n’est pas vraiment au rendez-vous. Par ailleurs, l’aspect destructeur de ce processus de sélection ainsi que la perte de temps que cela représente pour des milliers de jeunes gens chaque année ne devrait pas être acceptable. Le système québécois n’est pas parfait non plus, mais il permet au moins d’éviter certaines failles préoccupantes rencontrées en France.

Pour en savoir plus sur la cote R

(Article mis en ligne le 16 octobre 2005)


[1Les intertitres sont de MW

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