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La contraception masculine est encore expérimentale -
et certains médecins traitent les hommes comme des cobayes sans cervelle !!! - par F. et Martin WInckler
Article du 9 octobre 2005

Certains hommes (et leurs compagnes) aimeraient qu’il existe une contraception masculine efficace. A l’heure actuelle, plusieurs méthodes sont à l’essai. Y compris en France. Mais les conditions de leur expérimentation sont parfois absolument illégales. Jugez-en par cet échange de courrier.

MW.

Je m’apprête à commencer les jours qui viennent une contraception hormonale masculine sur prescription de l’andrologue X de l’Hôpital Y. Il s’agit de l’administration d’androgènes à forte doses (200mg d’Enanthate de testostérone (androtardyl) une fois par semaine).

J’ai décidé d’essayer ce traitement car :
- ma fiancée ne semble supporter aucune forme de pilule contraceptive (ces dernières la plongent dans un état dépressif) et je ne souhaite pas n’avoir que des rapports avec préservatif avec elle pendant des mois, ni courir le risque d’une grossesse avant le moment voulu.
- l’andrologue m’a garanti l’absence d’effets secondaires négatifs (à part une éventuelle augmentation de mon agressivité). En revanche, l’augmentation de la masse musculaire et de la libido qu’entraînerait typiquement ce traitement sont plutôt tentants... Quant au retour de la fertilité, il serait complet dans les 3 mois suivant l’arrêt du traitement.

Je garde cependant une certaine inquiétude. La seule documentation sur ce traitement dont je dispose est un chapitre d’ouvrage écrit par le Dr X sur la contraception masculine. La recherche sur Internet ne m’a donné aucun résultat : en matière de contraception masculine, tout le monde semble dire qu’ "il n’existe encore rien" ou "rien qui marche", ou encore que "c’est au stade expérimental".

C’est ce côté expérimental et confidentiel qui m’inquiète. (D’autant plus que le Dr X, depuis que j’ai affaire à lui, m’a semblé être débordé et ne pas suivre mon cas de très près : délais importants, difficultés de communication...)
Pensez-vous que je courre un risque ? Je ne suis pas militant de la contraception hormonale masculine au point de mettre ma santé ou ma fertilité en danger...
F.

Un traitement expérimental, ça ne s’administre pas n’importe comment

Je suis très étonné qu’on vous prescrive un traitement effectivement expérimental et qui, à ma connaissance, n’est pas parfaitement contraceptif seul... Ce qui est contraceptif, ce sont les progestatifs (hormones féminines), associés aux androgènes en plus, pour éviter une féminisation de l’utilisateur. Mais là, il vous administre seulement un androgène. Je ne pige pas !!!!! ??????

Vous a-t-il seulement dit QUAND ce traitement serait efficace ? Et ce qu’il fallait faire en attendant ? Les progestatifs ne sont pas efficaces avant d’avoir été administrés pendant plusieurs semaines !!!

Lisez ceci :
http://www.reproline.jhu.edu/french/1fp/1advances/contrcep.htm

Il y a de plus un problème majeur : si on vous administre un produit expérimental, ça doit être fait dans un cadre expérimental, c’est à dire sous contrôle d’une équipe spécialisée, en vous faisant signer des formulaires très précis de consentement, et en assurant un suivi régulier. Or, vous n’en parlez pas. Qu’en est-il ?

Bref, tout ce qu’on vous fait subir là me semble, au minimum, très flousailleux. Au maximum, assez inquiétant. Mon conseil : ne prenez rien avant qu’il vous ait parfaitement expliqué TOUS les effets primaires et secondaires du traitement (il y en a TOUJOURS) et certifié (il doit avoir des documents officiels pour le faire) qu’il a le droit de vous prescrire ce traitement contraceptif à titre expérimental.
S’il ne veut, ou ne peut pas, c’est une attitude inacceptable. Il n’a pas à se comporter ainsi. Dans ce cas-là :


1° ne retournez pas le voir
2° ne prenez pas le traitement
3° envoyez une lettre décrivant ce qu’il vous a proposé et son attitude au Conseil de l’Ordre de votre département.

MW


Après avoir répondu à F. j’ai envoyé son message à Salomé Viviana, juriste émérite, et voici ce qu’elle m’a répondu.

Les expérimentations humaines doivent respecter un cadre légal bien précis !

Moi, ça me ferait peur. Je ne suis pas spécialiste de la contraception, mais la façon de faire de ce médecin est inquiétante. Déjà, en règle générale et pour les traitements éprouvés, le médecin a une obligation de conseils et d’information du patient. Cette obligation est renforcée lorsqu’il s’agit de traitements expérimentaux.

J’ai du mal à comprendre que l’on puisse garantir l’absence totale d’effets secondaires alors que, justement, le traitement n’est qu’expérimental, c’est à dire qu’on manque de recul pour juger ses effets. Le fait que le médecin semble "être débordé et ne pas suivre son cas de très près" (délais importants, difficultés de communication), ne plaide pas en sa faveur ; s’il était clair, il communiquerait bien et prendrait le temps d’expliquer.

Et moi, il y a autre chose qui m’inquiète : comment savoir si l’effet contraceptif marche sans prendre le risque que sa compagne se retrouve enceinte et obligée de recourir à une IVG ? Cet aspect du problème a-t-il été envisagé ?

Pour les textes, voici le lien

Ça parle des protocoles à suivre et des papiers à signer. Ça ne se fait pas à la va-vite entre deux portes, mais de façon tout à fait officielle, dans un cadre légal, pour, justement, avoir des garanties en cas de pépin.
Bref, moi, je prendrais mes jambes à mon cou. Y’a vraiment des médecins qui n’ont pas froid aux yeux.

Salomé Viviana.


Après avoir lu nos deux avis, F. m’a répondu :

Merci encore, et merci beaucoup à votre collègue juriste qui s’est donné la peine d’étudier mon cas.
Pour ce qui est du risque de grossesse non désirée : je ne suis pas censé considérer bénéficier pleinement de ma contraception hormonale tant qu’un spermogramme n’a pas montré que le traitement a complètement arrêté ma spermatogénèse (résultat qui pourrait ne pas être atteint - voir mon mail d’hier soir). En attendant, nous devons utiliser un autre moyen de contraception.

Quant au caractère expérimental du traitement, je ne sais pas exactement quoi penser. Le traitement a tout de même été testé avant qu’on me le prescrive. Il y a eu au moins une étude de l’OMS sur 271 hommes.
A partir de quand exactement considère-t-on qu’un traitement n’est plus expérimental ?
F.


Pas question de se soumettre à une expérimentation sans garantie !

Tout médicament doit, pour être prescrit couramment, recevoir une autorisation administrative de mise sur le marché, accompagnée de restrictions, liées à ses effets principaux et secondaires. Quand le pharmacien vous délivre un médicament (remboursé ou non, prescrit ou non), ce médicament a reçu semblable utilisation après avoir été testé sur des MILLIERS de patients.

Tant que cette autorisation n’est pas donnée, le médicament est expérimental et s’il est prescrit ou administré il doit l’être dans les strictes conditions prévues par la loi. Tout simplement parce que si vous avez des effets secondaires graves, la responsabilité professionnelle et civile du médecin doit jouer, afin que les assurances puissent prendre en charge les soins destinés à contrecarrer les effets secondaires.

Les androgènes ont des effets secondaires potentiellement graves, qu’on peut observer par exemple sur les athlètes qui en absorbent pour augmenter leur masse musculaire...
Vous avez bien sûr le droit de vous enrôler dans un essai expérimental. Mais vous soumettre à ce traitement hors du cadre légal (or, il ne semble pas que le médecin vous en ait parlé, il est donc hors la loi), c’est la même chose que vous confier une voiture prototype ou un avion prototype sans avoir reçu au préalable l’autorisation administrative de les faire rouler ou voler ; c’est la même chose que vous faire habiter dans un immeuble dont la conception n’a pas été vérifiée par un architecte, c’est la même chose que vous mettre une arme sur la tempe en vous disant qu’elle n’est pas chargée et en vous proposant de presser sur la détente.

Celui qui vous met dans ces situations vous demande de le croire sur parole, sans aucune garantie. La loi pense que c’est inacceptable, et c’est pour cela qu’elle impose des conditions à ce type d’essai. D’ailleurs, le fait de pratiquer une expérimentation sans consentement éclairé du patient (éclairé = après lui avoir communiqué TOUTES les informations disponibles et répondu à TOUTES ses questions) est puni par la loi. Ce qui prouve bien qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une "formalité".

Seules les situations d’extrême urgence (traitement d’une maladie mortelle à brève échéance, ou d’une maladie très grave, comme le SIDA) peuvent justifier qu’on ne procède pas à des essais de longue durée.

Et même dans ce cas, il est INDISPENSABLE d’obtenir l’autorisation informée des patients, et de leur donner des garanties écrites que tout problème sera pris en charge.

N’acceptez donc rien tant qu’on ne vous a pas fait signer un protocole très précis, que l’on vous aura expliqué, sur la conduite de ce traitement expérimental.

L’accepter aveuglément serait entretenir un comportement qui est non seulement moralement inacceptable mais aussi totalement illégal et ce serait vous mettre en danger alors que d’autres solutions contraceptives existent - dont on ne vous a même pas parlé, ni à votre amie.

A mon humble avis, vous ne devez pas prendre ce traitement sans que les conditions écrites de son utilisation vous aient été précisément expliquées, et un protocole d’accord officiel (dont vous garderez le double) ait été signé par vous et par l’expérimentateur.

Ces précautions valent pour TOUS les traitements qui n’ont pas encore été officiellement mis sur le marché, fût-ce pour traiter les situations les plus "bénignes" en apparence. Jouer sur l’attente, l’angoisse ou la souffrance des patients pour expérimenter des médicaments sans précautions et sans leur en expliquer les avantages et les dangers, c’est de la part d’un médecin un abus de confiance, un abus de pouvoir et un comportement contraire à la loi et à l’éthique.

Martin Winckler

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