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"Les femmes qui recourent à l’IVG ne sont-elles pas un tout petit peu responsables de leur état ???"
un échange vif entre X, médecin remplaçant et MW, fouteur de merde
Article du 3 octobre 2005

Je me permets de vous écrire à la suite de votre scandaleuse diatribe intitulée "Le refus de contraception est un viol".
Je suis médecin remplaçant. Je connais votre appétence pour la polémique, et ce besoin immodéré de "foutre la merde" partout où vous passez. Mais là, vraiment, vous passez les bornes.

Mais comment osez-vous écrire de pareilles sornettes ?
Vous savez pertinemment qu’un médecin n’est pas tenu, pour raisons personnelles (qu’il n’a aucunement à justifier par ailleurs), et hors le cas d’urgence VITALE, de délivrer des soins. Si des considérations d’éthique personnelle lui ont fait choisir une abstention de traitement dans le cas que vous décrivez, peut-être avait-il ses raisons, que vous ne connaissez pas forcément. Vous êtes médecin, et savez à quel point le témoignage des patients est peu fiable...

Vous présentez toujours les femmes ayant eu recours à une IVG comme des victimes des sales médecins que vous haïssez. Vous vous placez d’ailleurs toujours au-dessus des autres, en juge et censeur suprême, signe d’un orgueil absolument démesuré (Dr Winckler = le seul médecin sachant exercer la bonne médecine en France).
Mais ces femmes, ne sont-elles pas un tout petit peu responsables de leur état ???
Cette patiente, que vous décrivez en somme comme une victime innocente de ses pulsions sexuelles, ne connaissait-elle pas l’usage du préservatif, au moins temporairement ?
Quatre mois de rapports non protégés ?? Mais enfin, qui ne sait pas que la pilule est facilement accessible auprès de n’importe quel médecin généraliste, à moins d’être décérébré ?

Vos comparaisons avec des situations engageant potentiellement le pronostic vital sont d’autre part parfaitement fallacieuses (appendicite et refus d’opérer, cancer et refus de soins...)
Même si personnellement je n’approuve pas le refus de proposer une contraception, je suis obligé de considérer que la situation, telle que décrite, ne présente aucun caractère d’urgence, et que de ce fait les réticences du gynécologue cité sont parfaitement recevables. Mme X. n’était pas démunie, et pouvait prendre un autre avis médical. Surtout en 4 mois !!

En cette époque où la responsabilisation de chacun est mise en avant, où la décision de soins partagée est prônée par tous, où soi-disant le patient a des compétences en matière de choix thérapeutique comparables à celles du professionnel qu’il consulte : arrêtons de considérer les patients (avec cet oeil paternaliste et vaguement méprisant) comme des irresponsables !

Quant à la manière de s’adresser à la patiente, même si elle n’est pas très convenable, elle ne constitue pas une faute médicale. Bon sang, mais vous savez bien à quel point ce métier est psychologiquement éreintant, et à quel point les patients peuvent être emmerdants parfois, avec leurs exigences immodérées, tout en nous considérant comme de simples prestataires de service.
Peut-être était-il de mauvais poil ce jour là. Cela arrive aux meilleurs d’entre nous. Nous sommes des êtres humains aussi, après tout
.

Voilà, excusez-moi pour la teneur un peu verte de mes propos, mais il fallait que je m’exprime.
Bravo quand même pour votre site original et un peu iconoclaste.
Dr X

Cher X,

Il va falloir que vous relisiez le code de déontologie, d’abord, pour vous rappeler les obligations envers les patients puis les recommandations de l’ANAES sur la contraception. Ca vous fera le plus grand bien.

le médecin a une obligation de moyens, urgence ou pas. Il n’a pas donné les moyens à cette femme (alors qu’il le pouvait et qu’elle n’avait pas de contre-indication à au moins trois méthodes) d’éviter une grossesse non désirée, alors qu’il savait que tel était son désir - puisqu’il lui avait lui même posé un DIU et qu’elle le lui a demandé. C’est un refus de soin. Il devait au moins lui indiquer les méthodes possibles et les lui expliquer. Il ne l’a pas fait. Il a enfreint au moins deux articles du code.

c’est à la femme de choisir sa contraception (ANAES), pas au médecin

elle a utilisé des préservatifs (je le dis dans le texte), en pensant (car son médecin le lui avait dit) qu’elle n’était féconde qu’au milieu du cycle. Donc, en plus, il lui donne des infos fausses

elle n’avait pas d’autre médecin compétent où à qui elle fasse confiance près de chez elle. Vous devriez savoir que la distance et la démographie médicale peuvent être un problème important en France, de plus en plus important. Et tout le monde n’a pas une voiture et un boulot qui permette de circuler librement. Et les rendez-vous de gynéco, c’est trois mois, en France, dans le meilleur des cas. Vous qui êtes remplaçant, vous devriez le savoir.

si vous considérez que la prévention d’une grossesse non désirée (et d’une IVG) n’est pas une urgence, je vous suggère d’en discuter avec votre compagne et/ou avec vos amies. Vous n’êtes pas une femme ; vous n’avez jamais été contraint d’utiliser en permanence des préservatifs (c’est à dire 25 % d’échecs potentiels...) avec la perspective d’une grossesse - d’une grossesse de plus, à 40 ans passé. Il me semble donc extrêmement léger de votre part de porter le moindre jugement sur cette femme, qui a fait ce qu’elle pensait correct de faire... mais sans les méthodes les plus efficaces, ni les notions les plus élémentaires. Parce que ce type les lui a refusées !!!!!

Or, ces méthodes, ces notions, qui les détient, et qui les délivre à leur guise ? Les épiciers ????

Le refus de soin injustifié est toujours inacceptable

L’accès au soin, c’est d’abord aux professionnels du soin de le faciliter. Le refus de contraception, comme le refus de vaccination - est un refus de PREVENTION. C’est une attitude inacceptable qui n’a aucune validité, ni scientifique, ni juridique.
Elle témoigne, ici, d’un choix personnel du médecin s’interposant de manière intolérable devant la volonté clairement exprimée de la patiente. Même si juridiquement ce n’est pas un viol, moralement ce refus (et ses conséquences) sont une indiscutable violence.

Cette femme n’a pas CHOISI de ne pas recourir à des méthodes efficaces, on les lui a refusées. Et les méthodes les plus efficaces ne peuvent être prescrites que par un médecin. C’est une violence, C’est un viol moral, je le maintiens. Mon opinion vous choque ? Si elle vous choque vraiment plus que le refus de ce praticien, alors je ne suis pas sûr que c’est avec mon opinion que vous avez un problème, mais avec votre conception du rôle de médecin...

Je suis le premier à dire qu’il faut traiter
les gens comme des adultes. Cette femme s’est comportée de manière adulte en réclamant une contraception. C’est le médecin qui s’est comporté comme une personne immature en lui disant qu’elle devait pratiquer l’abstinence !!! De quoi se mêlait-il ?

Faire porter la responsabilité aux patients est moralement intolérable

Si vous aviez vu cette femme en consultation, vous ne douteriez nullement de la violence qu’elle a subie. Mais il est toujours plus simple d’invoquer la responsabilité des victimes - on le fait aussi pour les viols, d’ailleurs !!!
L’auriez-vous fait si cette femme était morte du tétanos faute de rappel refusé par son médecin ? Auriez-vous dit "Elle n’avait qu’à pas aller jardiner !!!" ?

Moralement parlant, c’est pourtant exactement pareil (et si vous pensez que non, je vous invite à aller faire un tour dans un service d’IVG pour y toucher du doigt la douleur des femmes enceintes à cause d’un refus de contraception ou d’un défaut d’information fiable et utilisable sur la contraception, croyez-moi, elles sont légion, et il n’y a aucune raison de penser qu’elles sont stupides ou de mauvaise foi...). Je vous invite enfin à y regarder à deux fois avant de dire qu’une IVG, ça n’est "pas très grave"...

Tout médecin est susceptible d’un abus de pouvoir

Admettre qu’en tant que médecin nous sommes tous les jours amenés à exercer (d’abord, sans en prendre conscience) des violences et des abus de pouvoir sur les patients qui se confient à nous, c’est un exercice difficile, un exercice d’humilité. C’est difficile, c’est douloureux. Quand on en prend conscience - et que l’on se met à faire attention à la douleur qu’on peut faire à autrui - on tolère
très mal que des médecins qui se disent chevronnés aient une attitude pareille sans jamais de poser de question.

Cette attitude, je ne la tolère pas, je ne la tolèrerai jamais. SI vous trouvez que ce sont des sornettes, c’est votre droit. Mais ça ne m’empêchera pas de continuer à écrire des textes de dénonciation. Car le meilleur allié de ce genre de violence, c’est le silence.

Je ne serai jamais l’allié des médecins qui abusent de leur statut, je ne serai jamais non plus complice en me taisant. Quand on a la possibilité de crier son indignation et sa colère, il n’y a pas d’indignité à crier aux côtés de ceux qu’on a maltraités, à leur prêter une voix. Surtout quand eux ne peuvent pas donner de la voix, puisque ce sont "des femmes incapables de se prendre en charge", comme vous le sous-entendez.

La loyauté d’un médecin doit d’abord aller aux patients

Vous appelez ça "un besoin immodéré de foutre la merde". Si vous entendez par là prendre le parti de ceux qui subissent, vous m’honorez. Si vous entendez par là le fait de tirer à boulets rouges contre des praticiens incompétents, vous m’honorez encore. Si ce qui vous ennuie c’est mon attitude "anti-déontologique/anti-confraternelle", je vous renverrai encore une fois au code
de déontologie. Mes obligations morales envers les patients PASSERONT TOUJOURS AVANT les signes conventionnels de la bienséance en matière de "confraternité".

Vous aurez peut-être, après avoir relu le code de déontologie et les recommandations de l’ANAES, envie de revoir votre échelle de valeur quant à savoir qui, de ce gynéco ou de moi, est le plus nocif. Contrairement aux médecins qui, en refusant de prescrire, contraignent les femmes à se débrouiller sans contraception efficace, mes textes n’ont jamais contraint personne à adopter les mêmes valeurs que moi... En revanche, les informations qu’ils contiennent ont pour objectif (et, si j’en crois mes correspondantes, ça marche !) de simplifier la vie des femmes et d’éviter des IVG.

Si c’est là "foutre la merde", j’assume parfaitement.

Bien à vous

Martin Winckler

PS : "Décérébré", "emmerdants", "peu fiables". Si ces mots désignant les patients ne vous ont pas échappé mais vous viennent tous les soirs, je pense que vous devriez sérieusement envisager de changer de métier. De nous deux, je ne crois pas être celui qui a le plus de mépris pour autrui.

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