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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

Les séries TV et le soap opéra

Conférence donnée à l’université de tous les savoirs le 17/04/2004.


Radio et télévision > Séries télé >


Une autre cause de la médiocrité de la production française.
par Thierry Manrique
Article du 22 septembre 2005

J’ai lu avec attention l’article "Mais pourquoi les séries télévisées françaises sont-elles si mauvaises ?".
Je pense qu’en plus des causes que vous citez il y a d’autres raisons que je qualifierais "d’industrielles".
J’ai écrit l’article suivant pour exposer mon point de vue.

Et si c’était aussi un problème industriel ?

On parle souvent de la médiocrité des séries TV françaises comparées aux séries US. Les facteurs évoqués sont généralement une frilosité des chaînes, des producteurs, des scénaristes, le jeu des acteurs, etc. On explique aussi l’intérêt des séries US par le fait que les chaînes américaines vivant de la publicité, le découpage de l’histoire doit donner envie au téléspectateur de ne pas zapper afin de le conserver pendant les publicités.

Il y eut cependant un "age d’or" des séries françaises dans les années 1960 :


* Thierry La fronde (52 épisodes en 4 ans)

* Rocambole (78 épisodes en 2 ans)

* Rouletabille (30 épisodes en 1 an)

Il me semble qu’un facteur important et totalement négligé est en fait le manque d’industrialisation des séries françaises.En effet, les séries françaises modernes (PJ, Avocat et Associés, La Crim etc.) ont des saisons composées de 6 épisodes quand une saison US en fait au moins 20.

Quelles sont les conséquences de ces modes de production ? :

Aux USA :

1. Pour une chaîne une série va tenir l’antenne pendant 5 à 6 mois. C’est un rendez-vous régulier qui doit provoquer un réflexe chez le téléspectateur. Il ne doit pas se dire "Qu’y a-t-il ce soir à la TV ?" mais savoir qu’à telle heure il retrouvera ses personnages préférés - Par exemple, il ne se demande pas quel jour sommes-nous ? Qu’y a-t-il ? Mais il se dit on est mardi ce soir c’est NYPD Blues.- Les annonceurs vont donc pouvoir acheter de l’espace publicitaire en connaissance de cause et la chaîne rentabiliser son investissement.
2. Pour les scénaristes, le challenge est d’autant plus grand. Ils doivent sortir un scénario par semaine, comme les spectateurs sont dans la continuité, ils doivent trouver 20 histoires suffisamment différentes pour éviter l’impression de déjà vu. Ceci conduit naturellement à aborder un maximum de sujet. Cette pression fait aussi que les auteurs ne peuvent pas considérer qu’il y a des sujet tabou car un bon sujet ne se refuse pas, mais plutôt à imaginer l’angle d’attaque pour pouvoir en parler.
3. Pour les comédiens, la série prenant tout leur temps, ils se doivent d’être disponibles. Le rythme de travail leur impose de s’imprégner de leur personnage. En contrepartie, la série leur garantie des revenus réguliers et une grande notoriété.

Lire la suite sur le blog de Thierry Manrique


IL y a du vrai dans ce qu’écrit Thierry : la télévision française n’est pas aussi professionnalisée, dans le domaine des fictions, que la production américaine de séries. Ou que la télévision britannique, qui produit d’excellentes fictions de 6 épisodes par an.

Et je pourrais ajouter que des fictions unitaires ou "à personnage récurrent" de qualité, la France en a produit beaucoup, jusqu’à la privatisation de TF1. Souvenez-vous des "Cinq dernières minutes", ou de "Série Noire" ; du Théâtre de la Jeunesse. Et des feuilletons quotidiens comme "L’abonné de la ligne U" ou "Les Habits Noirs". Et des mini-séries comme "Le Chevalier de Maison Rouge" ou "Les COmpagnons de Jéhu". Et toutes les productions policières que Jean-Jacques Schleret et Jacques Baudou détaillent dans "Crimes en Séries" (Huitième Art, 1990). Sans oublier les innombrables productions fantastiques que les mêmes Baudou et Schleret décrivent dans "Merveilleux, Fantastique et Science-Fiction" (Huitième Art, 1995). Bref, des fictions télévisées de qualité, nous en avons produit, en France, pendant près de 30 ans.

Si cela a changé, c’est parce que, je le pense, le professionnalisme "à la française" n’a pas évolué comme il l’aurait dû : en s’ouvrant sur le monde. La privatisation de TF1, au lieu d’ouvrir la télévision à une émulation de programmes, a bloqué cette émulation en captant une partie scandaleuse de l’audience et du marché publicitaire.

Produire des fictions de qualité, ce n’est pas seulement un problème matériel ou industriel. Cela nécessite des attitudes préalables, des prémisses indispensables : la prééminence du scénariste comme maître d’oeuvre ; le travail en équipe ; le respect du public - tout ce qui découle, au fond, de l’attachement qu’on porte à la production de fiction.

Il n’est pas possible d’avoir tout ça dans un pays où l’une des productrices de Julie Lescaut accueille des scénaristse en puissance en disant "Ici, on fait de la merde !", où la production de certaines fictions de France 2 commence avant que les scénarios soient écrits ; où les castings se font par copinage et non en choisissant des acteurs solides ; et où on ne respecte ni le produit fini, ni le public qui le regarde, puisqu’on n’hésite pas à couper les fictions lorsqu’elles ne sont pas "politiquement correctes".

Produire des fictions de qualité, ça n’est pas possible dans un pays où la plus grande chaîne "vend du temps de cerveau disponible à ses annonceurs", comme l’a déclaré Patrick Le Lay, président de TF1.

Les causes de la médiocrité des fictions télévisées françaises, c’est d’abord dans la médiocrité des attitudes et des comportements, chez les diffuseurs et les professionnels, qu’il faut les chercher...

Martin W.

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