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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
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L’homéopathie, le placebo, la relation
par VG et Martin Winckler (22 septembre 2005)
Article du 22 septembre 2005

Parmi les courriers qui m’ont été adressés à la suite de la publication du texte d’Elie Arié sur l’homéopathie, j’ai reçu celui-ci, de VG. qui m’a donné envie de préciser ma position personnelle à l’égard de cette question. Voici cet échange.

MW


Je n’ai pas d’action chez Boiron, assez peu de réflexion scientifique je l’avoue et pas du tout l’âme d’une croyante ni d’une mystique.

Par contre, j’ai un petit vécu familial avec l’homéopathie et une réelle reconnaissance envers un médecin homéopathe qui nous a soignés pendant 10 ans, qui a surtout soigné mes filles qui alors étaient encore petites. Bien sûr, il y a l’aspect " humain" de la chose, le fait que ce médecin, une femme, contrairement aux médecins que nous avions consultés avant, prenaient le temps, toujours, de nous écouter et d’écouter les enfants.

Elle nous consacrait DU TEMPS et de la disponibilité. On n’était pas éjectés au bout de dix minutes parce que la salle d’attente était pleine, avec la même ordonnance que le précédent patient. Elle nous recevait comme des individus uniques, avec une histoire unique et une façon de l’exprimer unique. Elle nous considérait comme des personnes constituant un tout, physique et mental, pas seulement un ensemble de symptômes pré-résumés dans les dicos de médecine. Elle était attentive à tout et elle ne soignait pas à la chaîne. (...)


(...) Mais ça, je sais que vous allez me dire que ce n’est pas lié à la fonction d’homéopathe mais à la valeur humaine du soignant et qu’on peut trouver aussi bien ailleurs. Soit. Ceci dit, depuis qu’elle est partie à la retraite et que nous l’avons remplacée par d’autres généralistes, allopathes, on n’a jamais retrouvé la même qualité d’accueil et d’écoute. Mais bon. Pas de chance sans doute.

Mais il reste que mes enfants ont été guéries maintes fois par des granules pendant leurs années d’enfance. J’ai confié ma fille aînée à l’homéopathe quand l’ORL, qui lui avait déjà retiré les végétations, a voulu lui enlever les amygdales deux mois plus tard.

Avant qu’il ne lui reste plus rien, la petite fille a commencé un traitement de fond, elle a cessé de bouffer des antibiotiques tous les 15 jours et ma foi, elle a 20 ans maintenant, elle a toujours ses amygdales. La deuxième, toute petite, faisait des infections urinaires terribles, je l’ai vue hurler en faisant pipi et ne plus avoir mal une heure après avoir avalé trois granules de cantharis, si je me souviens bien. Ce n’était sans doute pas l’intervention de la sainte Vierge ni l’effet placebo ou psychologique qui agissait sur une gamine de 18 mois, je ne pense pas. Et de même avec des angines, des grosses fièvres, des otites très douloureuses etc...Voilà. Je pourrais accumuler les exemples, ce serait ennuyeux pour vous.

Alors qu’en dire ? Je ne sais pas, je ne suis ni toubib ni scientifique. Mais l’acharnement contre les homéopathes me laisse toujours perplexe. Surtout de votre part, peut-être.

VG.


Savoir de quoi on souffre, savoir pourquoi on va mieux

(Lire ce texte en anglais, traduit par Christophe Thill)

par Martin Winckler

L’intervention de la Sainte Vierge, je ne sais pas. Mais l’effet placebo, si, bien sûr. Parce que l’effet placebo est RE-LA-TION-NEL et il marche avec les enfants de 18 mois (et moins - croyez en mon expérience de père de 6 enfants...), comme il agit avec les animaux, comme il agissait avec le jeune patient handicapé cérébral profond, muet et aveugle, que je suivais quand j’étais médecin de campagne et qui, quand il était malade et agité se calmait dès que je lui parlais parce qu’il sentait que sa mère était rassurée par ma présence... Et rien que le fait de le calmer faisait baisser sa température...

Chaque fois qu’il y a une relation de soin, il y de l’effet placebo.

Et l’effet placebo agissait SUR MOI, lorsque j’avais des angines, jeune adulte, et que je prenais les comprimés antibiotiques que me donnait mon père autrefois : j’étais soulagé en 10 minutes, alors que les comprimés, je le savais, n’avaient pas encore été dissous dans mon estomac.

Et l’effet placebo agit souvent lorsque j’examine un enfant ou un adulte qui a mal au ventre, et qu’il se relève en me disant qu’il se sent déjà mieux une fois que je lui ai expliqué d’où vient sa douleur ; et il agit ainsi très souvent, sans même que j’aie à prescrire quoi que ce soit.

L’effet placebo est véhiculé par la relation - la voix, les mots, les gestes, les attitudes, l’écoute, la présence.

Alors bien sûr que ça marche sur les enfants au stade pré-verbal, et sur les animaux. Et vous n’avez qu’à interroger les vétérinaires pour le savoir. Ils voient très bien que souvent, lorsque le propriétaire d’un animal est rassuré, l’animal va mieux. Avant même qu’il ait pris le traitement - homéopathique ou non.

L’effet placebo, c’est l’effet-médecin, c’est la forme la plus pure, la plus douce de soin. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’être médecin pour le véhiculer. Il faut seulement avoir une attitude de soignant, un désir de soigner. C’est un effet qui repose sur la qualité des échanges, ça n’est pas verbal ou intellectuel, c’est re-la-tion-nel... Et vous ne dites pas autre chose en décrivant cette praticienne.

Oui, beaucoup d’homéopathes sont doués de cet effet-médecin, car souvent ce sont des praticiens qui ont pour désir de ne pas faire de mal... - c’est pour ça qu’ils ont choisi l’homéopathie.

"D’abord, ne pas nuire"c’est la première condition du soin. Trop de médecins, malheureusement, l’oublient.

Ce qui est curieux c’est que vous confondiez deux choses dans ma démarche : la raison et l’acharnement. Je ne "m’acharne" pas contre les homéopathes (il n’y a rien d’écrit CONTRE les homéopathes dans mes textes), je ne "m’acharne" pas contre l’homéopathie, je dis simplement que l’homéopathie est dotée d’un effet placebo.

L’effet placebo est puissant

L’effet placebo est puissant - plus puissant, quand il est véhiculé par un bon praticien homéopathe, que celui d’un antalgique "efficace" mal prescrit par un mauvais médecin. (L’effet nocebo, ça existe aussi...)

Mais il ne faut pas y voir autre chose que ça, pour une simple raison : diaboliser ou surdiviniser une forme de traitement (l’homéopathie ou l’allopathie), c’est la même chose ; c’est remplacer la raison par la foi.

Personnellement, je ne veux pas que soigner soit lié à la foi. A quelque foi que ce soit. A la confiance, au partage, à la sincérité, à l’accompagnement, à la qualité relationnelle oui. Mais pas à la foi. C’est pour ça que je suis médecin, et pas prêtre. C’est pour ça que je ne demande jamais aux patients de "me croire", mais de me dire s’ils sont d’accord avec ce que je leur propose.

Et je pars toujours du principe qu’ils peuvent ne pas être d’accord, et que c’est leur droit, et que ça ne m’empêche pas de proposer autre chose : le refus du patient ne m’a jamais disqualifié comme soignant. Sur ce point aussi, les allopathes auraient beaucoup à apprendre.
Car le type de relation à partir de laquelle je fais mon travail découle du respect mutuel fondé sur la raison, non sur la confiance aveugle.

Vision idéologique, réalité scientifique

Alors que ma formation scientifique (mais ni scientiste, ni dogmatique, je crois l’avoir montré à de nombreuses reprises...) me dit que l’homéopathie est dotée d’un effet placebo et non d’un effet pharmacologique mesurable - je serais malhonnête si je prétendais que ça n’a aucune importance pour moi. Si je me taisais, si je me contentais de dire : "Après tout, ils peuvent croire ce qu’ils veulent, l’essentiel, c’est qu’ils y croient », ce serait manquer de respect à ceux qui me lisent.

De la même manière, pour prendre un exemple différent, mais pas tant que ça, je ne laisserai jamais quelqu’un dire qu’un DIU provoque des "mini-avortements" - c’est une vision idéologique, ça n’est pas une réalité scientifique.

En revanche, lorsque une femme me dit "Est-ce que vous êtes sûr à 100% qu’en portant un DIU je ne provoquerai jamais la mort d’un ovule fécondé " ? Je réponds : "Non, je n’en suis pas sûr à 100% ; personne ne peut être sûr de ça à 100% ; je peux simplement vous dire que rien de ce qu’on a observé ne l’indique, alors que beaucoup d’autres observations indiquent le contraire. "

Si elle refuse un DIU pour cette raison, malgré mes explications, je respecte sa décision : elle a le droit de choisir en accord avec ce qu’elle ressent, même si je pense que ce qu’elle ressent n’est probablement pas la réalité.

Oui, vous pouvez croire ce que vous voulez, et vous avez le droit d’utiliser l’homéopathie, mais il est important que moi, je puisse dire que je ne pense pas les mêmes choses. Car ce n’est pas ce que je crois ou ce que vous croyez qui compte, c’est ce sur quoi nous nous mettons d’accord pour soigner ou nous faire soigner.

Quand je dis que l’homéopathie est efficace GRACE A l’effet placebo, je dis quelque chose de positif. Ce n’est pas rien, ce n’est pas négligeable, ce qui est en oeuvre dans cet effet, je le mets moi-même en permanence dans ma propre pratique, en utilisant d’autres médicaments, et parfois aucun, parce que je sais que "l’effet médecin" est pour beaucoup dans la manière dont les patients me perçoivent.

Refuser d’entendre ce que je dis de positif, c’est au fond m’opposer la foi à la réflexion scientifique, et ça ne rend service ni aux homéopathes, ni aux patients qui les soignent. C’est vouloir interposer une illusion entre vous et la réalité, alors que la réalité vous soignera tout aussi bien.

J’accepte parfaitement qu’on aille mieux avec un traitement homéopathique. Ca ne me gêne pas, et je ne m’en moque jamais, et je ne dénigrerai jamais un utilisateur d’homéopathie, car c’est de l’ordre du choix privé. Et quand on me demande ce que j’en pense, je le dis. Et ça ne m’empêche pas d’avoir de bonnes relations avec les patients qui ont recours à l’homéopathie. Et c’est parce que je n’ai pas d’ "image" à préserver que je n’ai pas peur de dire ce que j’en pense en public, car il me semble important qu’il y ait débat.

Ce qui compte est de savoir pourquoi on souffre et pourquoi on va mieux

Ce qui m’importe, c’est qu’on sache pourquoi on souffre et pourquoi on va mieux, et qu’on attribue ce mieux à ce qui existe et qui est efficace (l’effet placebo, l’effet médecin, les défenses naturelles de l’organisme stimulées par l’un et par l’autre) et non à quelque chose qui est imaginaire (les « pouvoirs » de l’homéopathie).

Parce que l’imaginaire est contre nous le meilleur levier de ceux qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et si j’ai croisé des homéopathes qui étaient de grands soignants, j’ai croisé aussi beaucoup d’homéopathes qui étaient des escrocs, mais qu’on ne soupçonnait jamais de l’être... sous prétexte qu’ils étaient homéopathes.

S’ils n’avaient pu abuser de la crédulité des patients, ils n’auraient pas fait de ravages...

Soigner, c’est souvent irrationnel et fondé sur les sentiments, mais ça n’est pas de la magie

Vous voyez, j’adore les illusionnistes. Je suis émerveillé par leurs tours, par leur sourire. Ils me rendent heureux. Jamais je ne me sens aussi bien que lorsque j’ai regardé des magiciens faire leurs tours. Et j’ai beau savoir qu’ils ont des trucs, ça me fait du bien quand même. Mais jamais je n’ai laissé croire à un de mes enfants qu’ils faisaient vraiment de la magie. Est-ce que mes enfants m’en veulent de leur avoir dit la vérité ? Non. Ils aiment les magiciens. Et ça les rend heureux. Parce qu’ils savent que leurs tours, ce n’est pas de la magie, pas du tout, mais beaucoup de travail, et beaucoup de respect pour les spectateurs.

Soigner, c’est souvent irrationnel et fondé sur les sentiments, je suis le premier à le dire, à l’écrire et à le revendiquer dans mes livres. Mais j’affirme aussi que ça n’est pas de la magie : c’est du travail et du respect.

C’est là l’essentiel : le respect. Le respect a plus de valeur que toutes les méthodes thérapeutiques. Et à mes yeux, le respect, ça n’est ni la foi, ni le mensonge, ni les faux-semblants, ni les illusions bercées par les uns ou les autres.

Le respect, c’est la vérité de chacun. Vous me dites que l’homéopathie vous fait du bien. Je n’ai jamais dit le contraire. Je dis seulement : Sachez quelle est la nature de ce qui vous fait du bien. Ne la prenez pas pour autre chose que ce qu’elle est. Ca ne l’empêchera pas d’être efficace, mais ça empêchera que quiconque puisse abuser de votre confiance.

MW

Après avoir lu cet article, Bruno Schnebert, "cardiologue de famille" - comme il aime à se définir - m’a écrit ceci :

"Et j’ajouterai l’effet placebo inversé : quand, dans une dure journée de consultations, la relation s’est bien passée (ou très bien), le soir je vais mieux...même si j’allais bien avant !!!"

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