logo Winckler’s Webzine
Le site personnel de Martin Winckler
logo

 Sommaire | Edito | In italiano | Courriers et contributions | Contraception et gynécologie | Radio et télévision | Lectures | Mes Bouquins | Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... | WebTV | Être un(e) adulte autiste...
Recherche


Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > Questions d’éthique >


Est-ce que le secret médical doit s’appliquer aussi au président de la République ?
par Martin Winckler
Article du 11 septembre 2005

A mon humble avis - je l’ai écrit à de nombreuses reprises - le secret médical est inviolable. Quand je parle de secret médical, je parle, très spécifiquement, de la confidentialité qu’un médecin doit à ses patients.

Autrement dit : quand je suis le médecin d’un individu, je ne dois livrer à quiconque ce que je sais de lui, sauf éventuellement, aux personnes qu’il me désigne explicitement, en toute connaissance de cause [1] comme devant être informées. Le plus souvent il s’agira de son entourage ou des autres personnes qui le soignent.

La récente mésaventure survenue à Jacques Chirac, la réédition récente du livre du Dr Gubler, ancien médecin de François Mitterrand m’incite à reposer la question en des termes précis :

« Est-ce que le secret médical doit s’appliquer au président de la République ? » (ou à n’importe quelle personne en position de grande autorité) ?

Je le répète, je désigne par "secret médical", la confidentialité envers les tiers (confidentialité qui ne s’applique pas au patient lui-même, sinon c’est du mensonge...)

La réponse est sans équivoque, à mon sens : comme tout patient, le président de la République ou n’importe quelle personne publique à haute responsabilité (acteur, homme politique, chef d’entreprise que sais-je) a droit à la confidentialité. Les médecins n’ont pas à révéler à la presse de quoi souffrent les personnes qu’ils soignent, quelle que soit leur état. Sinon, ils se disqualifient comme médecin... et les patients ne pourront plus rien leur confier. Parce que si un médecin peut violer le secret pour un homme important, comment ne pas imaginer qu’il le violera encore plus facilement pour un simple citoyen ?

C’est cette inviolabilité du secret médical qui empêche les maris de me soutirer des renseignements sur ce que m’ont confié leurs épouses (ou l’inverse), les parents de découvrir ce que les adolescent(e)s font de leur sexualité, les patrons de savoir pourquoi j’ai mis tel ou tel de leurs salariés en arrêt de travail. Le secret médical protège celui ou celle qui se confie à un médecin contre le reste du monde.

Le secret est absolu ; il ne peut pas être à « géométrie variable » en fonction de la personne concernée ni laissé à la seule appréciation du médecin - et, en particulier, à la merci de ses convictions. Sinon, tout le monde pourrait essayer de convaincre le médecin qu’il faut le violer. Ou l’acheter pour qu’il le fasse. La seule position acceptable, c’est que tout le monde prenne conscience et défende cette inviolabilité du secret. Car il protège toute personne, quelle que soit son "importance".

Cela étant, ça ne justifie pas que les grands de ce monde s’abritent derrière le secret médical - qui leur est dû comme à n’importe qui - pour nous mentir ! ! !

Comme c’est le cas dans un certain nombre de pays, ça devrait être à l’entourage (au porte-parole) du chef de l’Etat (ou de n’importe quelle personne publique) de donner des nouvelles de la personne malade en expliquant de quoi il souffre, et non à son/ses médecin(s). Et j’ai trouvé plutôt tordu que ce soit le médecin-chef des armées (donc, un serviteur de l’Etat, mandaté par l’Elysée) et non un porte-parole civil qui délivre le bulletin de santé de Jacques Chirac. Ce médecin-chef (une femme) avait le titre de médecin et l’uniforme d’un serviteur de l’état. Tordu, mais malin.

Evidemment, les grands de ce monde ont fâcheusement tendance à s’appuyer sur le secret médical (qui interdit aux médecins de parler) pour... raconter ce qu’ils veulent. Ca, c’est du "secret défense", de la propagande, de la manipulation. Mais ce sont ces patients un peu particulier qui se rendent coupables de manipulation, pas leur(s) médecins [2] Quelle que soit le statut du patient, l’usage du secret contre un tiers est monnaie courante : on peut très bien cacher sa maladie à ses proches pour préserver son autorité ou son aura, même si on est seulement un père ou une mère de famille.

Bon, me direz-vous, mais les grands de ce monde ne sont pas des patients comme les autres. Les médecins ne devraient-ils pas violer le secret médical et révéler de quoi leurs patients souffrent vraiment, si cet état peut avoir des conséquences néfastes pour un plus ou moins grand nombre de gens ?

Il me semble que c’est affaire de conscience personnelle. Mais on ne peut pas être juge et partie. Soigner quelqu’un, c’est entre autres s’abstenir de porter des jugements. Si on pense qu’on ne sera pas capable de le faire, ou que la qualité de la personne à soigner risque de poser un problème éthique, alors, il vaut mieux le dire tout de suite et se démettre. Ou, le jour où le dilemme survient, se démettre et parler seulement après s’être démis. Révéler un secret en catimini, tout en continuant à soigner le patient parce que cela permet de continuer à bénéficier des avantages que cela représente, je trouve ça franchement crapuleux...

Autrement dit, puisque le secret est inviolable par le médecin sans qu’il se disqualifie comme soignant, le médecin qui prend la décision de révéler un secret important devrait le faire à visage découvert, pour signifier qu’il est un citoyen avant d’être un médecin. Evidemment, ça peut se révéler très risqué, mais le risque n’est-il pas proportionnel à l’imporance du secret ?

D’où il faut en conclure qu’il est peut-être parfois beaucoup plus simple de se draper dans sa blouse de médecin que de se comporter en citoyen...

Martin Winckler


[1Ce qui veut dire que lui-même est parfaitement au courant de tout ce qui le concerne

[2Sauf, évidemment, quand les médecins sont complices et rédigent des bulletins de santé sous la dictée de leur patient. C’est inexcusable, mais probablement très courant.

IMPRIMER
Imprimer


RSS - Plan du site  - Site conçu avec SPIP  - Espace Privé