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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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"Ce n’est pas le DIU qui perfore, c’est le médecin !" (et certains médecins mériteraient un procès...)
par Martin Winckler et Salomé Viviana
Article du 5 juin 2005

Les médecins ne sont pas des robots. Lorsqu’ils font un geste technique, des incidents ou des accidents peuvent se produire. C’est humain. Ce qui est inexcusable, c’est de cacher son erreur, de la nier, de la passer sous silence et de la faire payer à celui ou celle qui l’a subie. Voici un exemple assez criant - d’erreurs professionnelles, de mauvaise foi et de manipulation...

Martin Winckler


Je souhaiterais avoir votre avis sur ce qui m’est arrivé dernièrement. En effet, j’ai beaucoup de difficultés à obtenir des informations à ce sujet, et, bien que je comprenne la solidarité médicale et le quasi -mutisme caractéristique de la profession (les médecins ne sont pas des "professeurs), je voudrais comprendre et protéger mes intérêts présents et à venir.

Voici les faits :

En début d’année je suis allée consulter un gynécologue de mon quartier pour la première fois (nouvellement arrivée dans la région) car je souffrais de maux de ventre. Il m’a précisé que mon utérus , après deux grossesses était mal positionné car les ligaments étaient un peu tordus et qu’il n’y avait pas grand chose à faire.

J’y retourne début avril pour me faire poser un stérilet (normal au cuivre). Lors de la pose , il marmonne qu’il croit avoir "perforé" (sympathique et pas du tout inquiétant). Puis il vérifie le bon positionnement du stérilet grâce à une échographie et me laisse partir , pliée en deux , non sans m’avoir laissé ses coordonnées "si jamais les douleurs persistent.
Je souffre beaucoup pendant 3 jours puis cela passe.

Au bout d’une ou deux semaines, ,je ressens des douleurs très vives dans la région du bas ventre de type à coup de poignard . Je prends un antispasmodique pendant 2 ou 3 jours et cela passe aussi.

Puis je retourne le voir pour la visite de contrôle conseillée il y a 3 semaines et là, surprise !!! Le stérilet a disparu ! Il le retrouve sous la trompe , dans la cavité abdominale. Le lendemain, je rentre à la clinique et suis opérée le lundi (mon rendez vous était le samedi).
Le médecin se montre très évasif sur le comment le DIU a fait pour arriver là. Il répond très vite à mes questions lors de la visite de sortie de la clinique . Lorsque je lui demande si je pourrai faire reposer un stérilet, il me dit ne pas pouvoir me garantir que cela ne se renouvelle pas car selon lui, l’incident est arrivé à cause de la position de mon utérus.

Je vais le voir Samedi (il ne m’a même pas dit de repasser le voir pour une visite de contrôle) et je compte lui demander si un DIU peut "migrer" ainsi hors de la cavité utérine s’il n’y a pas de perforation à la pose. Ce qui impliquerait que je pourrai en effet m’en faire reposer un autre. Mais cette question risque de mettre en évidence son manque de compétence et je doute qu’il réponde . De même je pense que je peux dire Adieu aux 450 Euros de dépassement d’honoraires (non remboursés par ma mutuelle ) que j’ai dû payer pour l’intervention.
J’ai lu sur une monographie d’un laboratoire pour un sterilet que la pose était déconseillée en cas d’utérus mal positionné.

Je ne compte pas attaquer mon médecin en justice , je ne suis pas procédurière par goût. simplement je ne suis pas "une voiture" et je ne vois pas pourquoi je devrai assumer les conséquences financières de son erreur. Je ne veux pas de "dédommagement" quelconque car je comprends que l’erreur soit humaine même quand on est médecin et même si j’en suis l’objet aujourd’hui. Je voudrais simplement /

1) comprendre pour savoir si je peux me faire reposer un autre DIU (je suis allée consulter un confrère gynéco à mon médecin qui n’a RIEN voulu me dire, a REFUSE de me poser un autre DIU)
2°) Savoir si je peux demander ou pas à mon gynéco que je vois samedi, le remboursement des dépassements d’honoraires que j’ai payé dans sa clinique.

Si vous pouvez me répondre je vous en serais très reconnaissante, je ne sais pas vers qui me tourner.

Merci d’avance

Bien cordialement.

*******************************

Réponse de Martin Winckler (avec la collaboration juridique émérite de Salomé Viviana).

Comment peut-on perforer un utérus lors de la pose d’un DIU

Comme disait Lippes (l’inventeur d’un des premiers DIU, la "boucle de Lippes") : "Ce n’est pas le DIU qui perfore, c’est le médecin")

Je suis toujours surpris (et perplexe) quand j’entends parler de perforation à la suite dela pose d’un DIU car, en 20 ans de pratique de ce geste, je n’ai pas perforé une seule fois l’utérus d’une patiente - ni, d’ailleurs, en faisant des IVG, geste réputé provoquer des perforations, et aucun médecin n’y échappe, m’avait-on dit.

Pourquoi ? Serais-je "meilleur que les autres". Sans doute pas, mais j’ai pour habitude de ne jamais mettre quelque objet que ce soit DE FORCE à l’intérieur de l’utérus d’une femme. Et ceci, quelle que soit la position de son utérus.

L’utérus est un organe creux, quand on veut insérer un objet dans sa cavité naturelle, le meilleur moyen de le faire est de prendre l’objet de la bonne taille (sonde, hystéromètre - tube fin gradué- ou DIU) et de le glisser SANS JAMAIS FORCER.

Certains DIU font courir un risque accru de perforation

Les DIU sont posés grâce à un tube d’insertion à l’intérieur duquel on les replie (Mirena, UT 380, TT 380) ou au bout duquel ils dépassent (Sertalia, MLCU/Gynelle).
A mon humble avis, il vaut mieux utiliser les trois premiers (et ces trois là suffisent pour toutes les femmes). Car


Cinq types de DIU. Le Sertalia et le MLCu/Gynelle (en bas à gauche et au milieu), ne se replient pas à l’intérieur du tube d’insertion. Le Gyne T 380 (en haut à gauche) et le Nova T 380/UT 380 (en bas à droite) se replient avant insertion. Le Gynefix (en haut à droite) n’est pas disponible en France.


Je l’ai constaté encore tout récemment lors d’une session de formation médicale, les praticiens qui apprennent à poser des DIU pensent qu’il faut glisser TOUT le tube inserteur à l’intérieur de l’utérus, jusqu’au fond. Or, ce tube est large, il est en plastique assez rigide (surtout celui du TT380) et peut, lui aussi, perforer la paroi de l’utérus. S’il est indispensable d’insérer le tube jusqu’au fond de l’utérus pour y placer un Sertalia, ou un MLCu/Gynelle (quand on retire le tube de l’utérus, le DIU reste en place), il n’est pas du tout nécessaire de procéder ainsi quand on insère un Mirena, un UT ou un TT 380).

En effet, ces trois DIU sont repliés dans leur tube d’insertion et on les "pousse" doucement dans l’utérus au moyen d’un piston. Il est donc possible, sans forcer, de poser ces DIU en faisant tout simplement glisser le DIU hors de son tube jusqu’à l’intérieur de l’utérus. Comme le DIU est souple, il ne peut pas perforer la paroi, et il suit naturellement la courbe de la cavité, si celle-ci fait un coude.


Illustration : comment s’insère un DIU. Ici, il s’agit d’un TT380. On observe que le tube d’insertion rigide n’est pas entièrement glissé dans l’utérus.


Autre cause de perforation : l’utilisation d’un hystéromètre en métal.

L’hystéromètre est une longue sonde graduée destinée à mesurer la profondeur de l’utérus avant d’y placer le DIU. Dans la pratique courante, il importe moins de mesurer la profondeur de l’utérus (il a presque toujours une profondeur appropriée) que de vérifier que la cavité utérine est dans l’axe de la pose, et non infléchie (il peut y avoir un "coude" au-delà de l’orifice de l’utérus).

Personnellement, je n’insère pas d’objet métallique à l’intérieur des utérus : les sondes et hystéromètres que j’utilise sont toujours en plastique souple ; le risque de perforation est donc inexistant, car elles épousent le trajet de la cavité utérine et si jamais elles butent sur un obstacle, elles plient... Mais les anciens hystéromètres en métal existent toujours chez nombre de gynécologues et eux sont parfaitement capables de perforer la paroi musculaire d’un utérus. Si votre gynécologue a perforé votre utérus, il est probable que c’est après avoir utilisé un hystéromètre en métal, qui est allé tout droit et a perforé la paroi, ou bien en forçant le passage du tube d’insertion rigide dans l’utérus. C’est donc bien une erreur de manipulation et il est sans équivoque responsable de cette erreur. La moindre des choses aurait été qu’il retire le DIU sans vous demander d’honoraires. (Son assurance professionnelle est faite pour ça.)

L’entendre attribuer cet accident au fait que vous ayez un utérus rétroversé (ou "mal positionné") est assez scandaleux : 1/3 des femmes sont dans cette situation et on leur pose quand même des DIU. il suffit d’horizontaliser l’utérus en posant une pince sur son orifice pour le mettre dans l’axe en tirant (doucement) dessus... Mais il est classique de voir des médecins attribuer la responsabilité de ses erreurs aux patient(e)s en disant qu’elles sont "trop tendues" ou (anatomiquement) "anormales". Or, si tel était le cas, il n’aurait pas dû forcer. S’il a perforé, c’est qu’il a forcé (puisque vous avez eu mal au moment de la pose). Et s’il savait qu’il avait perforé, IL N’AURAIT PAS DU VOUS LAISSER PARTIR AVEC CE DIU DANS L’ABDOMEN !!!!!

Des fautes professionnelles graves et un comportement... pas éthique du tout

Ce médecin a commis plusieurs erreurs en dehors même du fait d’avoir provoqué une perforation de votre utérus - perforation qui a permis au DIU de se retrouver dans votre abdomen. Non seulement vous êtes en droit de lui demander qu’il vous rembourse les frais qui en sont découlés mais en plus, vous êtes tout à fait en droit de porter plainte pour 1° faute professionnelle 2° ne pas vous avoir donné l’information qu’il aurait dû vous donner 3° vous avoir demandé des honoraires (c’est tout de même fort de café !!!), étant donné qu’il était TENU de réparer sa faute.

Vous dites que vous deviez le voir ces jours-ci. J’ignore comment ça s’est passé, mais si j’étais vous, j’écrirais noir sur blanc en recommandé avec accusé de réception pour lui demander poliment de vous rembourser le dépassement d’honoraires (tout ce qui n’est pas remboursé par la sécu) dans la semaine. Précisez que faute de réponse vous déposerez plainte à la fois devant le conseil de l’Ordre et devant les tribunaux civils. (Ces menaces, meme non mises à exécution, sont souvent efficaces.) La plainte devant l’Ordre est purement formelle (mais elle lui pourrira quand même la vie) ; en revanche, la plainte au civil comptera beaucoup sur le plan financier, et il est tellement en tort qu’il risque gros.

Il a enfreint au moins trois ou quatre articles du Code de déontologie et du Code de la santé publique en commettant plusieurs indiscrétions professionnelles, éthiques et administratives. En effet, s’il y avait contre-indication anatomique à vous poser le DIU, il n’aurait pas dû le poser ; s’il n’y avait pas de contre-indication, il aurait du tout faire pour ne pas provoquer de perforation (il savait que votre utérus était en position inhabituelle, puisque c’est lui qui vous l’a annoncé) ; après avoir perforé votre utérus (ce qui peut arriver, malgré tout et malgré les précautions, car nul n’est à l’abri d’un accident), il aurait dû vous expliquer exactement ce qui s’est passé (il en a l’obligation légale), la réparer et en assumer les conséquences financières. (Encore une fois, son assurance professionnelle est faite pour ça. Certes, ses cotisations d’assurance vont grimper s’il déclare cet accident - comme il est tenu de le faire - mais s’il le cache, se fait prendre et est condamné, il est probable qu’en plus, aucun assureur ne voudra plus le couvrir...)

Ecrivez-lui que s’il vous conduit à porter plainte, l’indemnité que pourrait vous attribuer un jugement sera beaucoup plus élevée que ce qu’il vous rembourserait : dans un cas comme le vôtre, vous pouvez en effet avoir droit, outre le remboursement des dépassements d’honoraires, à une indemnisation des souuffrances que vous avez endurées et pour l’intervention que vous avez subie. (

En toute bonne logique, il devra également rembourser à la sécurité sociale les frais relatifs à l’intervention. En effet, la perforation - et les soins qu’elle entraîne (retrait chirurgical du DIU) - ne sont pas une maladie (couverte par l’assurance-maladie) mais un accident médical (un accident "iatrogène") - dont les frais doivent donc être pris en charge par l’assurance professionnelle du praticien. S’il ne rembourse pas la nuit d’hospitalisation et les gestes chirurgicaux que sa clinique a facturés à la CPAM, celle-ci peut se retourner contre lui, car il s’agit alors d’une escroquerie à l’assurance-maladie !

Il n’est sûrement pas superflu de le lui rappeler dans le courrier, d’autant plus que, s’il ne veut pas régler ça à l’amiable, vous devrez signaler la situation à la CPAM. Qui ne le ratera pas. [1]

Précisez lui enfin que s’il accepte de vous rembourser les 450 Euros de dépassement, vous en resterez là. Il sera plus tenté d’obtempérer si c’est écrit (et d’ailleurs, le fait que vous l’écriviez est une sécurité pour lui aussi).

Par ailleurs, il est parfaitement possible de poser un DIU à une femme qui a subi une perforation : l’utérus se répare vite (en quelques semaines). S’il est posé correctement par un médecin qui n’est pas une brute, ça peut être fait à nouveau, délicatement et sans danger, dans 3 mois.

Martin Winckler et Salomé Viviana.

PS : IL est désolant que le médecin que vous avez consulté ait refusé lui aussi de vous répondre. L’article 35 du code de Déontologie (article R.4127-35 du code de la santé publique) stipule précisément :

Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. [2]

Manifestement, beaucoup de médecins ont oublié de le lire.


Deux jours plus tard, mon interlocutrice m’a raconté la consultation avec le gynécologue. En voici le contenu, ainsi que ma réponse.

Tout d’abord merci pour le soin avec lequel vous m’avez répondu. Vos précisions m’ont éclairées, elles m’auraient été bien utiles lors de mon entretien de samedi avec mon gynéco.

Je m’attendais plus ou moins à "une bagarre", j’avais préparé mes questions et mes arguments de réponse en cas de non coopération de sa part. J’avoue qu’il m’a coupé l’herbe sous le pied ; il s’est montré très avenant et content de m’expliquer par le menu tout ce qui s’était passé.

Lorsque je lui ai parlé de la perforation, il m’a même fait un dessin, me montrant que , oui , il avait bien perforé. Mais ce "trou" de 2 ou 3 mm, qui était au niveau "du coude " de l’utérus n’est pas l’endroit par lequel le stérilet est passé (vu l’endroit ou on l’a retrouvé). Il m’a dit qu’il n’aimait pas poser des stérilets à des femmes qui n’avaient pas eu de retour de couches (ce qui est mon cas car j’allaite toujours mon bb de 11 mois) ,car la paroi de leur utérus était très mince et donc sujette à ce genre de problème.

Toujours dessin à l’appui, il m’a montré que c’est vraisemblablement un des "bras" du stérilet qui a perforé et donc provoqué la migration.

Il m’a paru de bonne foi et je le crois volontiers quant au fait que le stérilet ne soit pas sorti par l’ouverture qu’il avait pratiqué. Mais pourquoi ne pas me l’avoir enlevé ? D’autant plus que je n’ai pas eu de véritable "retour de couches" depuis fin 2001 , début de la grossesse de ma première fille. j’ai en effet enchaîné, grossesse, allaitement, re-grossesse et allaitement. Je comprends donc d’autant plus, que selon son raisonnement, mon utérus soit fragilisé.

Mais comment aurais-je pu le savoir ???? peut-être s’il avait été au courant de ce "chômage technique" utérin encore plus long que ce qu’il pensait ne me l’aurait -il pas posé ??? mais était-ce à moi de le deviner ou ne m’a t’il pas posé les bonnes questions ?

Au final il a été très sympathique, très "commercial" pour se vendre , me disant même que "j’avais de la chance d’être tombé sur lui" (sic !) car il avait pu assurer tout le parcours de bout en bout c’est à dire : pose du stérilet ,vérification de la bonne mise en place via une écho, puis opération un jour férié (pentecôte !) etc etc..... de plus j’ai eu le droit au couplet que le gouvernement tuait les chirurgiens ETC ; il m’a même conseillé de prendre une surcomplémentaire maladie.

Et comme par hasard (c’est peut-être une coincidence, je deviens parano !), mon chèque concernant ses dépassements d’honoraires est encaissé... ce matin (j’’avais rendez-vous samedi)

Je ne sais pas encore si je vais donner suite à tout ça. Mon conjoint est pour que nous fassions le courrier que vous préconisez. Moi je pense qu’il est de bonne foi et que, même s’il n’avait pas perforé à la pose, le stérilet aurait migré quand même. Donc ça ne me paraît pas trop sympa de lui faire payer ce qui serait sans doute arrivé, même s’il est vrai qu’il aurait pu "creuser "un peu plus.

Je vais y réfléchir.

Quoiqu’il en soit, merci pour votre aide précieuse qui a éclairé ma lanterne et m’a aussi redonné l’espoir de pouvoir remettre un stérilet un jour. Mon toubib m’a dit que c’était possible mais : 1) pas avant 4 cycles complets 2) qu’il ne pouvait pas m’assurer à 100% que l’incident ne se renouvelle pas.

Merci encore à vous et à Salomé Viviana pour tous ces conseils.

Manipulations multiples

Je suis désolé d’insister, mais je crains... qu’il ne vous ait embobiné.

D’ailleurs vous l’écrivez : "J’avoue qu’il m’a coupé l’herbe sous le pied ; il s’est montré très avenant..."
Ce monsieur est non seulement de mauvaise foi, mais manipulateur. Et c’est très, très problématique. Je m’explique

On pose couramment des DIU à des femmes qui allaitent ou qui enchaînent les grossesses. Leur utérus est fragile quand elles en sont à leur 4e ou 5e grossesse, deux mois après un accouchement. Est-ce votre cas ? Non, et vous allaitez depuis 11 mois, votre utérus est parfaitement cicatrisé, capable de supporter un DIU. C’est le cas pour les femmes africaines ou chinoises. C’est aussi le cas pour vous.

Il aurait dû vous interroger soigneusement (c’est de l’interrogatoire standard, de demander à quand remonte un accouchement et si la femme allaite...) ; il ne l’a pas fait. C’est une faute.

S’il ne voulait pas poser un DIU à une femme qui allaite il aurait dû vous le dire et surseoir. Il ne l’a pas fait. C’est une faute.

Il est pratiquement impossible que le bras en plastique souple du DIU perfore votre utérus à lui tout seul. Vous avez eu (au moins) deux grossesses de suite (dont une après un allaitement prolongé). Comment voulez vous qu’un DIU en plastique de 3 cm perfore tout seul un utérus capable... de se dilater pour porter successivement plusieurs enfants à terme ?

S’il était si fragile que ça, voyez vous, cet utérus aurait cédé... quand vous étiez enceinte. Même avec la meilleure volonté du monde, un DIU en plastique ne PEUT PAS perforer tout seul (quoi qu’en dise un gynécologue...) un muscle utérin, qui fait environ 3 cm d’épaisseur quand il est vide (ce qui est le cas).

Encore une fois, ce n’est pas le DIU qui perfore, c’est le geste du médecin. Pour le démontrer aux femmes qui s’en inquiètent, je fais l’expérience suivante : je pose un DIU contre une feuille de papier et je leur demande d’’essayer de la perforer. Ca n’arrive pas. Parce que ça ne peut pas arriver. Ce qu’il vous a dit est un mensonge.

Le fait qu’on ait retrouvé le DIU loin de l’orifice ne témoigne en rien de la zone par laquelle il est sorti. En effet, une fois dans l’abdomen, un objet peut très bien se retrouver... sous le foie (il y a une vaste cavité derrière l’utérus, et il peut bouger, là dedans).

Souvenez-vous : il vous a DIT avoir perforé, et ça s’est peut-être passé avant qu’il ne pose le DIU (avec son hystéromètre) ou en posant le DIU (en forçant sur l’inserteur). Donc, c’est par ce trou que le DIU est sorti, un point, c’est tout. Encore une fois, sachant qu’il avait perforé, il aurait dû surseoir au geste de la pose en vous proposant d’attendre. Il ne l’a pas fait. Il a eu tort. C’est une faute, encore une fois.

Enfin : de toute manière, la perforation est un accident iatrogène (provoqué par un acte médical), la responsabilité du médecin est donc engagée ; si votre utérus était vraiment trop fragile, il n’aurait pas dû le poser, la perforation est bien de sa faute, pas de la vôtre. Il n’aurait pas dû vous en faire payer la réparation. Il vous a escroquée et a escroqué la sécu : il aurait dû déclarer cet accident à son assurance.

Je pense sincèrement que vous devez lui écrire cette lettre, lui demander remboursement des frais occasionnés. S’il était de bonne foi, il aurait proposé de vous rembourser ; et d’ailleurs, il aurait évité de vous faire payer et vous aurait donné des explications tout de suite. Telles que les choses se sont passées, je suis sûr qu’il a dû consulter un avocat ou un confrère qui lui a conseillé de vous embobiner. Mais le simple fait qu’il persiste à vous faire payer SIGNE sa mauvaise foi.

D’ailleurs, quand un médecin est de bonne foi, est-ce qu’il prend le patient à témoin avec "le gouvernement tue les chirurgiens" et autres complaintes corporatistes ? C’est indécent.
Vous dites "il m’a même conseillé de prendre une surcomplémentaire maladie"

C’est vraiment un comble ! Quant au fait de vous opérer un jour férié : il valait mieux qu’il le fasse, s’il voulait vous éviter une complication. Il ne faisait que réparer son erreur. Il n’a pas à s’en féliciter : c’est son boulot.

Je comprends que vous ayez envie de le croire : on préfère croire que les gens entre les mains de qui on s’est mis ne sont pas dangereux. Mais comme vous le voyez, ses explications n’expliquent rien (ni le silence initial, ni l’argent qu’il vous a pris). Elles ne servent... qu’à manipuler vos sentiments et vos scrupules. C’est doublement malhonnête.

Et d’ailleurs, vous a-t-il seulement présenté ses excuses ?

Porter plainte est une dépense d’énergie et de temps, et je comprends que vous n’ayez pas envie de le faire. Je ne pense pas d’ailleurs qu’il soit indispensable de le faire, mais il me semble que vous devriez au moins lui envoyer une lettre détaillant les arguments que nous vous avons donnés afin qu’il ne croie pas avoir embobiné une femme crédule. Votre lettre et la menace de plainte au tribunal (envoyez une copie de la lettre à l’Ordre de votre département, et indiquez-lui que sans réaction de sa part vous informerez aussi la CPAM) l’empêcheront de dormir... et l’obligeront à montrer son vrai visage.

S’il ne vous rembourse pas, voire répond par des menaces (encore plus inexcusables), je pense sincèrement que vous êtes en droit de porter plainte. Le public gagnerait à être débarrassé d’un gynécologue non seulement malfaisant et vénal, mais en outre furieusement manipulateur.

Martin Winckler


[1Certains vont dire : "C’est de la délation". Non, la délation consiste à dénoncer quelqu’un qui n’a rien fait. Or, ce que ce médecin a fait est inexcusable, non seulement à votre égard, mais aussi à l’égard de la collectivité et de sa profession. Le faire punir est un acte civique, comme le serait de faire arrêter un saligaud qui attaque une vieille dame pour lui voler son sac.

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