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A quoi ça sert de dérembourser des médicaments ?
"Odyssée", 16 mai 2003
Article du 23 juillet 2003

Le remboursement d’un médicament est le résultat d’une négociation entre le fabricant et la sécu. L’un veut vendre son produit au meilleur prix, l’autre veut que le remboursement du produit ne lui coûte pas la peau des fesses.

S’ils ne se mettent pas d’accord, le médicament n’est pas remboursé et le labo peut le mettre sur le marché au prix qu’il veut. C’est le cas par exemple de la majorité des pilules contraceptives, puisque sur plus d’une trentaine, une demi-douzaine seulement sont remboursées.

Les médicaments pour lesquels fabricant et sécu s’entendent sont remboursés soit à 65%, soit à 35%. La différence (entre 35 ou 65 et 100 %) est remboursée par la mutuelle complémentaire, si vous en avez une. En principe, le remboursement d’un médicament est lié à ce qu’on appelle le SMR, service médical rendu. Si un médicament a une utilité démontrée, il est logique de le rembourser à 65%. Si son utilité n’est pas démontrée, il est logique de ne pas le rembourser du tout.

A quoi sert le remboursement à 35 % ? Eh bien, il permet à des médicaments dont l’utilité n’est pas démontrée et qu’on appelle « médicaments de confort », qui, en général sont fabriqués par de petits laboratoires français et sont sur le marché depuis longtemps, de continuer à être prescrits. Pour la sécurité sociale, le coût est moindre. Pour le patient, s’il a une mutuelle, ça ne change apparemment rien. Pour le fabriquant, c’est une bonne affaire puisque le remboursement incite à consommer un médicament qui n’a pas d’efficacité démontrée !

Une fois qu’on sait ça, quand on se penche sur la liste des 617 médicaments déremboursés il y a une quinzaine de jours, on voit que beaucoup de choses clochent. D’abord, la liste présente des incohérences de contenu. Par exemple, un médicament contre l’hypertension, la Clonidine, est déremboursé, mais pas le Catapressan, qui contient exactement la même chose. Pourquoi ? Mystère.

Le diclofénac, qui est un des antiinflammatoires les plus anciens, donc les mieux connus, donc les moins dangereux, est déremboursé sous les formes suppositoires et injectables. Pourquoi ? Pas d’explication.

La liste dérembourse aussi les spécialités contenant du fluor. Ca, c’est louable, car tous les scientifiques sérieux sont d’accord pour dire aujourd’hui que donner systématiquement du fluor aux enfants est plus dangereux qu’utile. Mais ce qui est incohérent, c’est que le gouvernement ne l’explique pas au public et le remboursement du floor passe de 65 % à 35 % et non à zéro. La différence va être reportée sur les mutuelles, et leurs cotisations augmenteront, mais ça ne pénalisera pas l’industrie. Il faut dire que le marché du fluor est Kolossal...

La liste des médicaments déremboursés ne comporte aucune référence scientifique qui justifie les décisions prises. Et comme les médicaments visés sont anciens et peu coûteux on comprend que les économies ne se montent à grand chose dans l’océan du déficit.

Aux Etats-Unis, l’association « Public Citizen » créée par Ralph Nader, le candidat écologiste à la MaisonBlanche, publie un bulletin indépendant qui conseille aux médecins et aux patients d’utiliser quand c’est possible les médicaments efficaces les plus anciens, car les effets indésirables les plus graves apparaissent souvent au cours des premières années de commercialisation d’un nouveau produit.

En France la politique de M. Mattéi consiste d’une main à dérembourser pour faire, soit disant, des économies et, de l’autre main, à autoriser les fabriquants à commercialiser beaucoup plus vite des produits récents dont ils fixeront eux-mêmes le prix ! Objectivement, cette politique a beaucoup plus pour objet de soutenir l’industrie pharmaceutique (qui finance massivement le parti politique actuellement au pouvoir) que d’assainir les comptes de la sécurité sociale ou d’améliorer l’accès au soin des Français.

Je ne suis que chroniqueur scientifique ; si j’étais journaliste d’investigation, je m’intéresserais de près aux liens passés et présents des conseillers rapprochés du ministre de la santé avec l’industrie pharmaceutique.

Si vous voulez en savoir plus « Sciences et Vie » a consacré son numéro d’avril 2003 à un excellent dossier, très complet et précis, sur les médicaments commercialisés en France.

Et voici des chiffres intéressants (le commentaire qui les accompagne l’est également) recueillis sur le site d’Aventis, l’un des plus gros consortiums de médicaments du monde !!!!

"Les 10 premiers produits prescrits et rem-boursés (en quantité)

« Les 4 premiers produits les plus prescrits sont des antalgiques à base de paracétamol seul (DOLIPRANE®, EFFERALGAN®, DA-FALGAN®), ou associé (DI-ANTALVIC®).

Avec environ 220 millions de boites en 2001, l’Assurance Maladie (tous régimes confon-dus) rembourse en moyenne, pour ces seuls antalgiques, 4 boites par bénéficiaire et par an.

Comme en 2000, l’évolution des prescriptions de ces produits est en forte hausse (plus de 10 % pour les 3 produits constitués unique-ment de paracétamol contre +3,5 % pour l’évolution du total des produits prescrits ce qui témoigne d’une meilleure prise en charge, par les prescripteurs, des douleurs ne rele-vant pas d’antalgiques majeurs.

Après les antalgiques, les psychotropes sont les médicaments les plus prescrits (6 pro-duits parmi les 25 médicaments les plus prescrits). Le premier (STILNOX®) et le quatrième (IMOVANE®) sont des somnifè-res, le deuxième (DEROXAT®) et le troi-sième (PROZAC®) sont des antidépresseurs et les deux derniers (LEXOMIL® et XA-NAX®) des anxiolytiques. Pour ces 6 pro-duits, il est remboursé environ 80 millions de boites par an, soit en moyenne plus d’une boite par bénéficiaire et par an. Bien que les antidépresseurs soient très médiatisés et connaissent donc une progression soutenue ce sont toujours les hypnotiques qui demeu-rent les produits les plus prescrits. »

Etonnant, non ?

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