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L’aide au suicide, un geste humain parfois nécessaire ?
par Hubert Doucet, Professeur de Bioéthique (Montréal)
Article du 30 mai 2005

Début mai, j’ai eu la chance d’assister, au colloque de Bioéthique organisé par l’université de Montréal, aux exposés de plusieurs enseignants et soignants canadiens autour de la question du suicide assisté et de l’euthanasie. J’ai constaté, encore une fois, à quel point les Canadiens ont trente ans d’avance sur nous. J’ai demandé l’autorisation de reproduire leurs contributions sur ce site. Celle d’Hubert Doucet est la première.

Lire un échange au sujet de la réflexion en France sur le même sujet

MW

Lorsque, dans une discussion entre amis ou à l’occasion d’une intervention publique, j’indique ma forte opposition à la décriminalisation de l’aide au suicide, je lis aussitôt la déception sur le visage de plusieurs de mes interlocuteurs et interlocutrices. N’y a-t-il pas des situations où l’état de la personne malade est tel que nul ne laisserait son chien souffrir ainsi ? Il a le cœur dur celui qui refuse à un ami, un proche, un patient la demande suppliante qu’il lui adresse de l’aider à mettre un terme à ses jours ! Le principe du respect de la vie doit-il être à ce point inhumain ?

Bien souvent je me suis posé la question de ce que je ferais si un proche, souffrant et en fin de vie, me demandait instamment de l’aider à mettre un terme à sa vie. Et je me suis aussi dit qu’un médecin qui, dans une circonstance exceptionnelle, prendrait la décision d’aider au suicide d’un patient qui n’en peut plus de souffrir ne ferait pas nécessairement le déshonneur de sa profession. Mais, à chaque fois que je me mets à creuser davantage la question, j’en reviens à mon opposition. Pourquoi ?

De mes échanges avec les médecins et autres soignants qui abordent la question des cas exceptionnels, j’ai appris que ces derniers le sont rarement. Ces situations représentent plutôt le lot quotidien de la médecine moderne. Celle-ci a permis des avancées et des victoires importantes dont il faut se réjouir mais qui obligent des malades à vivre une vie de souffrances tant les exigences du traitement peuvent être difficiles à supporter. La médecine ne remporte que des demi victoires ; le cancer, entre autres, est devenu une maladie chronique, tout comme le sida ou la sclérose latérale amyotrophique, pour ne prendre que ces exemples. Après des luttes épuisantes, des rémissions et des rechutes, le malade doit un jour s’avouer vaincu et le médecin annonce qu’il n’y a plus rien à faire. Que seront alors les derniers jours, les dernières semaines ou même les derniers mois de ces personnes épuisées par la lutte et de plus en plus impuissantes ?

En acceptant l’aide au suicide comme une réponse à la souffrance du patient, la médecine fait sans doute preuve de compassion. Son humanité la fait alors échapper à la critique de n’être que volonté de puissance. Du même coup, elle évite de se poser une question fondamentale qu’elle devrait regarder en face : pourquoi une médecine si fière de ses réalisations en arrive-t-elle à faire souffrir autant les gens qu’elle prétend sauver ? Pourquoi les laisse-t-elle dans un tel état ?

Le développement des soins palliatifs a permis de faire des pas de géant dans le contrôle de la douleur, douleur qui peut être causée tant par l’évolution naturelle de la maladie que par les extraordinaires efforts de la médecine de prolonger la vie des malades. Si, dans plusieurs secteurs de la médecine, les soignants se soucient de plus en plus de prévenir la douleur des patients, il n’en demeure pas moins que, malgré tous les rapports et tous les discours officiels, de nombreux patients qui approchent de la fin de vie n’arrivent pas à trouver des soins palliatifs appropriés. Ne mettons-nous pas les patients en situation de demander l’aide au suicide ? Si, malgré l’interdit de l’aide au suicide et de l’euthanasie, nous n’arrivons pas à instaurer des soins palliatifs dans tous nos milieux, qu’en sera-t-il si nous levons l’interdit ?

La question se pose d’autant plus que maîtriser la douleur ne constitue qu’un élément du problème de la souffrance. L’expérience des soins palliatifs fait souvent naître une situation paradoxale : la réussite du contrôle adéquat de la douleur place le patient devant sa souffrance, celle même de durer en état de maladie dont la seule issue est la mort. En contrôlant la douleur sans se soucier d’adoucir la souffrance, les patients atteints de maladies incurables vivent un état qu’ils considèrent indigne d’un être humain. La souffrance de mourir peut devenir encore plus insupportable que la douleur de la maladie. Elle est d’un autre ordre que la douleur et peut-être même non médicalisable. Quel est le devoir d’une société face à cette situation ? Comment aider la personne souffrante à sortir de l’impasse dans laquelle elle est enfermée ? Répondre à sa demande de l’aider à mettre un terme à sa vie constitue-t-il une voie d’avenir pour une société ? N’empêche-t-elle pas celle-ci de se regarder en face pour se demander ce qu’elle peut faire pour humaniser ce qui apparaît tellement contre nature ? Décriminaliser l’aide au suicide constituerait sans doute le meilleur moyen d’éviter d’aborder ces questions de fond.

Autoriser l’aide au suicide ne conduirait pas, me fait-on remarquer, à mettre à mort tous les sujets souffrants puisque seuls, les sujets aptes pourraient le demander. Et qu’en est-il alors de tous ces enfants et ces majeurs inaptes dont la souffrance est immense ? Le respect de l’autonomie oblige ici à la discrimination.

Il est vrai que certaines situations sont inhumaines. Avant de les reconnaître comme exceptionnelles, peut-être faudrait-il se demander « Pourquoi les avons-nous rendu inhumaines ? » L’aide médicale au suicide me paraît une solution boiteuse à un vrai problème.

Hubert Doucet
Professeur
Programmes de bioéthique
Université de Montréal

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