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Contraception et gynécologie >

Mise au point (énième)
La légende du DIU et des anti-inflammatoires
par Martin Winckler
Article du 29 juillet 2014

L’interdiction d’utiliser des anti-inflammatoires quand on porte un DIU est une légende, née en France dans les années 80, probablement à la suite d’une hypothèse (parfaitement gratuite) exprimée par un grand patron, et qui de ce fait a acquis le statut d’une vérité. Cet hypothèse disait que l’action contraceptive du DIU était la conséquence d’une "micro-inflammation locale de l’utérus" induite par la présence du dispositif. On en avait tiré la conséquence (logique ???) que l’utilisation d’anti-inflammatoires (ou "AINS", en langage médical) risquait d’annuler les effets contraceptifs des DIU.

Or, c’est absolument faux.

On peut parfaitement prendre des anti-inflammatoires quand on utilise un DIU. Malheureusement, des dizaines de médecins et pharmaciens français continuent à affirmer le contraire, ce qui en dit long sur l’état de leurs connaissances en ce domaine.

Comment est-on sûr que c’est faux ? Très simplement : les chercheurs anglo-saxons ont voulu tester l’efficacité comparative de deux traitements proposés aux utilisatrices de DIU qui avaient des règles abondantes : ils ont recruté des femmes volontaires et les ont séparées en deux groupes. Aux unes ils ont prescrit des anti-inflammatoires ; aux autres un médicament « protecteur vasculaire » (couramment utilisé pour diminuer les règles). Ils ont démontré que les anti-inflammatoires étaient bien plus efficaces. Le nombre de femmes soignées était très important, et tous les événements incidents survenus pendant l’essai ont été consignés - y compris les grossesses. Or, il n’y a pas eu plus de grossesses chez les utilisatrices d’anti-inflammatoires que chez les utilisatrices de « protecteur vasculaire ». Ce qui démontre que l’hypothèse (née en France, et inconnue hors de l’Hexagone) selon laquelle le DIU "provoque une inflammation locale" et que les anti-inflammatoires diminueraient par conséquent leur efficacité est fausse.

Dans son ouvrage "Contraception : Your Questions Answered", John Guillebaud, médecin britannique et figure d’autorité internationale en la matière, explique par ailleurs que l’on a comparé la fréquence des grossesses non désirées chez des utilisatrices de DIU souffrant de polyarthrite rhumatoïde (et donc, prenant des AINS quotidiennement) à celle des utilisatrices ne souffrant pas de cette affection. Il n’y a pas de différence.

La revue Prescrire, publication indépendante qui fait autorité en matière de médicaments est d’ailleurs [parfaitement claire sur le sujet. Lire l’article de La Revue Prescrire sur AINS et DIU

Comme je l’explique dans l’article général sur les DIU, le mode de fonctionnement des DIU n’est pas du tout une "inflammation locale", mais tout bonnement l’effet spermicide des DIU au cuivre (le cuivre détruit les spermatozoïdes) et l’effet barrière du DIU hormonal Mirena (l’hormone qu’il contient épaissit les sécrétions du col de l’utérus et empêche les spermatozoïdes de passer). Autrement dit : ce qui est contraceptif, ce n’est pas "l’objet DIU" (ou son armature en plastique), mais la substance dont il est porteur : il existe en particulier un DIU au cuivre nommé Gynéfix, est uniquement constitué d’un fil sur lequel pendent de fins manchons de cuivre, et il est très probable qu’on mettra bientôt au point un système similaire (sans armature) porteur d’un réservoir d’hormone comme celui du Mirena. C’est en effet en réduisant la place de l’armature des DIU qu’on a diminué la fréquence des expulsions : plus le DIU est petit, mieux il est toléré. (suite plus bas...)

A noter que l’"interaction" défavorable faussement imputée aux anti-inflammatoires non stéroïdiens n’existe pas non plus avec les corticostéroïdes. Il ne semble pas non plus que la prise occasionnelle de corticoïdes en cure courte "favorise" les infections sur DIU, comme on a pu le lire autrefois. En effet, en dehors d’une IST par germe spécifique - chlamydiae, en particulier, la flore bactérienne intra-utérine et la flore bactérienne vaginale sont identiques. La prise de corticoïdes en cure courte (pour une infection dentaire, par exemple) n’a pas de raison de favoriser une infection sur DIU. Seuls les corticoïdes à forte dose, susceptible d’affecter l’immunité, peuvent contre-indiquer le port d’un DIU (Source : John Guillebaud - Contraception : Your Questions Answered, 6th Ed, 2013. Guillebaud est le grand spécialiste international de la contraception.)

L’hypothèse fausse de "la micro-inflammation", malheureusement très répandue en France - et seulement en France et dans aucun autre pays du monde - n’a jamais encore été démentie par les groupes de professionnels français. Du moins, pas avec suffisamment de force pour la faire disparaître, puisque les femmes qui demandent à leur médecin de leur prescrire de l’ibuprofène ou de l’aspirine, tous deux anti-inflammatoires, ou qui vont en acheter en pharmacie se voient souvent "fortement déconseiller" de les utiliser si elles portent un DIU (quand on ne les terrorise pas purement et simplement...)

Quand bien même les AINS auraient-ils un effet sur les DIU au cuivre (ce qui, je le rappelle, est faux), ils n’auraient aucune raison d’en avoir sur le DIU Mirena, dont l’effet contraceptif est assuré par l’hormone qu’il renferme. Si les AINS diminuaient les effets de cette hormone, on les interdirait aussi aux femmes qui prennent la pilule... Mais l’ignorance des professionnels en matière de DIU les empêche aussi de se faire cette simple réflexion de bon sens. Et je reçois régulièrement des messages de femmes à qui médecin ou pharmacien ont affirmé que la prise d’aspirine allait entraîner une panne... de leur Mirena !


Ci-dessus : le DIU Mirena. Sa branche verticale est un réservoir contenant un progestatif, hormone contraceptive présente dans toutes les pilules et autres méthodes hormonales (implant, injectables). Il est efficace pendant au moins 5 ans (et probablement jusqu’à 7, d’après les spécialistes britanniques de la contraception).


Les échecs de DIU sont peu nombreux (moins de 1% mais pas zéro) ; ils sont plus fréquents avant l’âge de 25-30 ans (comme les échecs de ligature de trompes), et sont liés à l’expulsion totale ou partielle du DIU. Celle-ci, contrairement à ce que l’on pensait autrefois, ne découle pas d’une insertion "pas assez profonde" mais des contractions de l’utérus, parfois favorisées par l’utilisation d’une pince de Pozzi ou par l’insertion "en force". Une insertion douce, sans Pozzi et "en floraison" (ou en "torpille") est toujours préférable. Et la diminution des contractions au moment des règles, par l’utilisation des anti-inflammatoires (ibuprofène ou autre) est une bonne manière d’éviter les expulsions, partielles ou totales, et donc les grossesses !

Voici, ci-dessous, un lien vers un article d’accès libre publié par la très sérieuse Revue Prescrire, qui fait autorité dans le monde du médicament, chez les médecins et chez les pharmaciens. Cet article devrait (en principe) mettre fin à cette légende. Comme tous les médecins et tous les pharmaciens français ne sont pas abonnés à La revue Prescrire (ils ont bien tort...), n’hésitez pas à imprimer cette page, et à la distribuer aux professionnels que vous connaissez. C’est le seul moyen de faire cesser une interdiction qui pourrit la vie des femmes sans aucune justification ni utilité.

Lire l’article de La Revue Prescrire sur AINS et DIU


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