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Les femmes, les hommes et le contrôle de la fécondité
par Calixto90 et MW
Article du 20 mai 2005

Le sexe, le cerveau et les ambiguïtés suscite déjà des réactions (sur le forum des Chiennes de Garde, en particulier). En voici une première adressée à ce site par Calixto90.

Martin W.


Bonjour,

Je voudrais juste faire une reflexion à propos de cette phrase [de votre texte] :"Cependant, je n’ai jamais vu aucun groupe féministe revendiquer haut et fort que les hommes doiven être considérés comme les égaux des femmes en cas de divorce et de garde des enfants... " Avez-vous pris la peine de réellement lire dans le détail les revendications des associations françaises féministes actuelles ? Pour la plupart, elles ne disent rien de bien différent.

J’ai bien dit "je n’ai jamais vu", pas "aucun groupe n’a jamais". Et je ne demande pas mieux que de voir. Merci de m’indiquer où je peux trouver des textes ou des sites qui vont dans ce sens , car je les citerai.

Je ne suis pas un groupe, mais une individue, mais puisqu’il faut m’y coller, je m’y colle : je suis féministe et au nom de mon féminisme, je revendique haut et fort que les hommes doivent être considérés comme les égaux des femmes en cas de divorce et de garde des enfants. Etrangement, vous commettez l’erreur de beaucoup de monde (j’avoue que je ne m’attendais pas à cela de votre part) lorsque vous dites, d’une part, que "beaucoup de femmes sont les premières à invoquer l’idée que la maternité fait d’elles des individus différents des hommes (voire supérieurs...) à l’égard des enfants" et, d’autre part, que "les femmes revendiquent - à juste titre - d’être traîtées à l’égal des hommes". Comment pouvez-vous commettre l’erreur aussi basique de confondre "femmes" et "féministes" ? Si toutes les femmes étaient féministes, cela se saurait et nous aurions probablement atteint nos objectifs (imaginez que 52% de l’humanité milite en faveur des droits des femmes, d’une seule voix unifiée : vous pensez que nous en serions encore là ?).

Mais je ne parle pas de féminisme, mais d’individus, c’est pour ça que je dis "femmes". Beaucoup de femmes autour de moi ne sont pas spécialement engagées dans le féminisme. Ca ne les empêche pas de dénoncer la manière dont on les traite et dont on ne (les) considère (pas) sous prétexte qu’elles sont des femmes. C’est une lutte au quotidien. Il n’y a donc pas de confusion de ma part. Il y a des féministes, mais elles sont moins nombreuses que les femmes qui revendiquent. Et, si vous le permettez, quand j’essaie de transmettre l’info sur la contraception, je suis engagé dans une attitude féministe. Alors que je ne suis pas une femme... Je fais donc bien la différence entre les deux.

Non, toutes les femmes ne sont pas féministes. Ce sont les FÉMINISTES (et parmi elles, des hommes) qui revendiquent que les femmes soient traitées à l’égal des hommes. Toutes les femmes, hélas, ne revendiquent pas cela. Certaines se complaisent même dans le machisme ambiant faisant d’elles des éternelles mineures.

C’est vrai, et il est important que des femmes le disent.

Et les femmes qui estiment que la maternité fait d’elles des individus différents des hommes, vous n’en trouverez pas des masses parmi les féministes, l’essentialisme étant assez incompatible avec le féminisme (je ne doute pas une seule seconde de leur existence : je dis juste qu’elles sont minoritaires dans le courant féministe).

Et c’est pourquoi j’ai écrit que "beaucoup de femmes" invoquent la maternité comme une supériorité (et non "beaucoup de féministes"). Merci de bien me relire. Mot à mot. Car c’est ainsi que j’écris. Mot à mot.

NON, la maternité ne fait pas des femmes des êtres différents (et encore moins supérieurs) des hommes.
OUI, à part l’accouchement et l’allaitement au sein, il n’y a rien qu’un homme ne puisse faire au niveau de l’élevage d’un nouveau-né et d’un enfant.
Ça me semble une évidence absolue.

Ca l’est pour vous et pour moi. Ca ne l’est pas pour l’immense majorité des Juges aux Affaires Familiales qui sont à 90% des femmes.

Par ailleurs, à propos des hommes que l’on ne consulte pas au moment d’avoir un enfant ou de ne pas en avoir : je signale aux pauvres hommes qui se plaignent qu’on leur fasse des enfants dans le dos qu’il existe un objet très pratique à leur intention qui s’appelle le préservatif (étonnant que vous, expert en contraception, ayez oublié ce détail). Quand on ne veut pas d’enfant, on prend en charge sa contraception. Les femmes le font. Pourquoi pas les hommes ? Et si on trouve que c’est trop contraignant, on ne se plaint pas de se retrouver père sans l’avoir voulu.

Il s’en faut malheureusement de beaucoup pour que ça se passe comme ça. Pour avoir reçu des centaines de couples et d’individus des deux sexes, je sais (et vous savez aussi) que la vie est compliquée. Le désir change, les relations aussi, le dialogue n’est pas toujours plein et clair (ni d’un côté ni de l’autre). De plus, si toutes les femmes ne sont pas matures (vous venez de le dire) les hommes ne le sont pas plus. Ni les hommes ni les femmes ne sont des robots.
Et si les hommes peuvent utiliser un préservatif, ils n’ont pas de raison de le faire (à moins d’être obsessionnels ou paranoïaques) quand la femme avec laquelle ils vivent n’en veut pas (ça arrive souvent) ou leur dit que ça n’est pas nécessaire (ça arrive souvent auss) . Or, les accidents arrivent : les préservatifs, ça ne marche pas toujours. (Croyez moi, je le sais).

Bref, la vie est compliquée, le désir d’enfant l’est aussi, la maîtrise de la fécondité également, pour les deux sexes. Et personnellement, j’ai autant de compréhension pour les hommes que pour les femmes à cet égard, ni plus, ni moins. A information égale et quand on a pleinement accès à toutes les méthodes (ce qui est malheureusement rarement le cas : je vois autant d’hommes à qui on a refusé une vasectomie que de femmes à qui on refuse une ligature de trompes), il est plus facile à une femme de maîtriser sa fécondité qu’à un homme : elles ont plus de possibilités. Et quand ces méthodes leur sont disponibles, elles sont infiniment plus efficaces que le préservatif. C’est bien pourquoi j’ai écrit un livre et je maintiens ce site qui s’adresse à tous : soignants, femmes, hommes, et je réponds à tous (vous n’avez pas idée du nombre d’hommes qui m’écrivent pour me poser des questions sur la contraception.... Je pense que c’est un problème collectif, qui ne peut être appréhendé que collectivement, sans discrimination de sexe ou d’engagement politique...

Pour n’avoir des enfants que quand on l’a décidé, il faut beaucoup de facteurs convergents : un couple qui s’entend très bien, des informations fiables, des méthodes accesssibles - donc, des médecins compréhensifs, beaucoup de rigueur et aussi... de la chance. Mais la vie ça n’est pas parfaite pour tout le monde, ni tout le temps. Alors, il ne s’agit pas pour moi de plaindre les hommes, il s’agit pour moi de dire (et merci de me lire mot à mot) :

là où il y a un problème, ça n’est pas AVANT que l grossesse survienne, mais quand elle survient MALGRE les précautions prises (et le préservatif est loin d’être une précaution infaillible...)

Quand une grossesse survient, lorsque l’homme et la femme ne sont pas d’accord sur le fait d’avoir un enfant, je trouve évidemment inadmissible qu’on impose quoi que ce soit à la femme, dans un sens ou dans l’autre. Mais je trouve cependant souhaitable, pour ne pas dire indispensable, aussi, qu’on entende ce que l’homme a à dire - ne serait-ce que son deuil d’un enfant qu’il aurait voulu avoir, ou son refus d’être père.

Entendre ce qu’il a à dire, ça n’est pas "plier la femme aux désirs de l’homme", c’est juste lui permettre d’exprimer pleinement ce qu’il a à dire. Refuser de l’entendre, c’est (au choix) soit craindre que la parole de l’homme puisse changer le choix de la femme, soit choisir d’assigner l’homme au silence.

C’est cela que je dis, et seulement cela. Et c’est à cela, seulement, qu’il me semble utile de réfléchir. Et je ne crois pas que ce soit une réflexion scandaleuse, ou anti-féministe, ou mysogyne.

Martin Winckler

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