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Le cerveau, le sexe et les ambiguïtés - réflexions sur l’identité sexuelle
par Martin Winckler
Article du 19 mai 2005

A la suite de ma chronique sur Arteradio.com intitulée "Le sexe du cerveau..." [1], j’ai reçu le message suivant :

Cher Martin
Là, pour le coup, je suis en colère. Je vais
pratiquement tous les jours sur votre site, que
j’apprécie énormément. En grande partie parce que je
soupçonne fortement les médecins, et notamment les
gynécologues français de faire de la rétention
d’information, consciemment ou inconsciemment. Je
m’étais dit "enfin un médecin qui ne nous prends pas ,
nous, femmes pour des écervelées", et je sais combien
il vous tient à coeur de vous informer. Or, sur ce
coup là, vous avez échoué..

Connaissez-vous le livre suivant : "Cerveau, sexe et
pouvoir
" de Catherine Vidal et Dorothée
Benoit-Browaeys (Belin). Visiblement pas, et
je vous le recommande chaudement.
 [2]

C. Vidal est neurobiologiste à l’institut Pasteur ; D.
Benoit-Browaeys est journaliste scientifique.
Mme Vidal démonte les assertions de Mme Kimura,
scientifique canadienne, dont les recherches qui
datent de 30 ans reprennent un peu ce que vous dites.
cette scientifique canadienne a donc démontré ,
qu’enseigner les mathématique aux femmes était du
temps perdu.

C’est sur ce genre de recherche que se
basent les torchons pseudo-scientifiques du genre
"pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes
routières..." et co.

Mme Vidal, lasse de ces préjugés a donc fait subir
des tests IRM à deux groupes hommes et femmes et
explique dans son livre qu’elle relève plus de
différences dans chaque groupes, qu’entre ces deux
groupes différents, et que de plus les performances
augmentent de la même façon indifféremment, que l’on
soit homme ou femme.

A propos des hormones, ce bouquin explique que si
l’effet d’une imprégnation de celles-ci est mesurable
sur des animaux, en revanche l’influence des
hormones sexuelle sur le foetus humain in-utero est
impossible à détecter, sauf dans des cas pathologiques
particuliers.

Je vous invite à lire ce bouquin, et nous en
reparlerons, si le coeur vous en dit, et si cela ne
vous fait pas peur de discuter avec une féministe bien
plus littéraire que scientifique.. Amicalement.

Magali


Chère Magali
C’est bizarre, votre réaction est très similaire à celles que j’ai reçues (de C. Vidal, en particulier), après ma chronique de France Inter, et elles étaient d’une singulière violence.

Cette violence me rappelle celle d’amateurs de séries télévisées qui sont montés sur leurs grands chevaux (c’est le cas de le dire) lorsque j’ai écrit que la série classique Les Mystères de l’Ouest/The Wild, Wild West était bourrée d’imagerie gay. [3]

Ces spectateurs... hypersensibles en avaient déduit un peu hâtivement qu’à mes yeux WWW était « une série homosexuelle » - comme si pareille chose existait ! - ou une série « qui ne peut plaire qu’aux homos ». Or, personnellement, je l’aime beaucoup mais ça n’empêche pas mes amis homos de rigoler quand je leur demande si je pourrais être homo sans m’en douter (ou le reconnaître) ... Pire encore : certains lecteurs de l’article croyaient que je « soupçonnais » (ou « accusais ») les spectateurs de The Wild, Wild West en général (et eux, en particulier) d’être homosexuels.

C’est un peu... excessif, vous ne trouvez pas ?

Or, sans vouloir vous vexer, votre réaction de colère me paraît tout aussi inappropriée et induite par la confusion...des genres (si je peux me permettre cette boutade).

Mais qu’est-ce que j’entends par "orientation sexuelle" ?

Alors je vais reformuler : ce qui m’intéresse dans cette théorie de l’influence des hormones, ce n’est pas le lien entre les hormones et "l"intelligence" (quoi que ce mot puisse recouvrir) mais le lien entre imprégnation (ou induction) hormonale et « orientation sexuelle ». C’est peut-être d’ailleurs ce terme qui est à l’origine de la confusion qui guide votre lettre et guida celle de C. Duval, à l’époque où j’ai fait une chronique équivalente sur France Inter.

Ce terme est en effet la traduction littérale, et sans doute ambiguë puisqu’elle prête à confusion - du terme anglais « sexual orientation », qui ne désigne pas le « sexe du cerveau" - ou le "cerveau de chaque sexe » mais d’une part l’orientation du désir - autrement dit : le fait qu’on soit attiré par un sexe ou par l’autre - ET d’autre part l’identité sexuelle - autrement dit, le fait qu’on se « sent être d’un sexe plutôt que de l’autre » - voire à la fois homme et femme.

Ce qui m’intéresse ici, ça n’est pas l’aptitude aux maths [4] mais cette théorie (oui, il ne s’agit que d’une théorie) suggère que l’homosexualité, la bisexualité et le sentiment éprouvé par les transsexuel(le)s d’être "d’un sexe pris dans un corps de l’autre sexe" ne sont pas le produit d’ un « fonctionnement anormal » du cerveau, d’origine psychologique ou éducatif ou autre, mais tout simplement des variantes « naturelles » du développement humain.

Des variantes naturelles respectables, mais en butte, hélas, aux préjugés et à l’obscurantisme.

Cet obscur objet du désir

Ce qui m’intéresse ici, c’est le désir et le sentiment de soi, qui à mon sens - quand on a du respect pour autrui - sont des données subjectives indiscutables : on désire les hommes ou les femmes ou les deux ; on se sent « féminine » ou « masculin » ou les deux à la fois. Ça ne se mesure pas car c’est personnel, profondément subjectif.

Je crois en effet que lorsque une personne parle de son désir ou de son identité sexuelle et précise que son désir et son identité sont différents des nôtres, on se doit de respecter ce qu’il dit, sans se mettre à imaginer qu’il est probablement "hors norme... parce qu’il lui est arrivé quelque chose". Ainsi, quand un de mes plus proches amis, homo depuis toujours, parfaitement équilibré et inséré dans la société, et qui a le même âge et le même goût de vivre que moi me déclare tranquillement que sa mère n’a été ni étouffante ni abusive et qu’il n’a pas été violé par un pédophile dans son enfance, mais qu’il s’est toujours senti homosexuel, je n’ai pas de raison de ne pas le croire. Je suis donc, en toute bonne logique, amené à penser que son homosexualité est aussi valide et respectable (non ambiguë, non traumatique) que mon hétérosexualité. Comme je n’ai pas de préjugé sexuel, j’accepte d’entendre qu’il est ainsi parce qu’il se sent et s’est toujours senti ainsi.

Mais son affirmation m’oblige à réfléchir : son homosexualité n’est pas dans ses chromosomes (on n’a pas trouvé de "gène de l’homosexualité") ; elle n’est pas non plus le produit de son éducation ou de son expérience (cf ci-dessus). C’est donc autre chose qui nous a différencié, puisque nous sommes (par nos désirs et ce que nous sentons de nous-mêmes) différents alors qu’anatomiquement, nous sommes... - non, pas tout à fait superposables, mais en tout cas, très ressemblants. Comme je me suis (autant que je m’en souvienne), toujours perçu comme hétéro et lui comme homo, ce qui nous a différencié s’est probablement passé très tôt dans notre existence. Le moment où l’être humain subit le plus grand nombre de changements dans les délais les plus courts, c’est la vie intra-utérine.
Et comme les organes sexuels se forment pendant cette période de la vie, il n’est pas scandaleux de penser que l’identité sexuelle se forme aussi à ce moment-là. C’est même, scientifiquement parlant, le plus probable.

Ambiguïtes sexuelles

Cette théorie de l’orientation-du-désir-et-de-l’identité-sexuelle-induits-de-manière-variable-par-l’imprégnation-hormonale-pendant-la-vie-intrautérine, théorie que de nombreuses observations chez l’animal et l’homme viennent appuyer (sinon confirmer, car il est difficile, voire impossible de confirmer de manière définitive une théorie du vivant qui porte sur quelque chose de subjectif) me permet de comprendre et d’illustrer le vieil adage : Tous les goûts sont dans la nature.

Elle a de plus le mérite d’expliquer également des situations connues et étudiées depuis longtemps, en particulier l’androgynie, l’hermaphrodisme et les ambiguïtes sexuelles physiques qui affligent (car c’est une affliction - ça fait souffrir - même si ça n’est pas une « maladie ») les personnes dont les organes sexuels, à la naissance, ne sont pas développés de manière « nette ».

Comme on le voit dans les rares documentaires (anglo-saxons) sur le sujet, le choix fait (par les parents et malheureusement par les médecins), à la naissance de ces enfants, de leur "donner" chirurgicalement un sexe plutôt qu’un autre est presque toujours catastrophique : il y a une chance sur deux pour qu’on se soit trompé en lui attribuant un sexe plutôt que l’autre.

Très tôt dans leur vie (avant même qu’elles aient atteint la puberté), ces personnes se sentent étrangères à elles-mêmes ; ce sentiment subjectif contredit la théorie « purement psychologique » (élevées et traitées comme si elles avaient un sexe défini, elles « sentent » que leur vrai sexe, c’est l’autre) et la théorie « purement génétique » de l’identité sexuelle (elles peuvent avoir une identité sexuelle inverse de celle de leurs chromosomes). L’idéal serait d’accepter l’incertitude sexuelle constatée à la naissance et d’attendre qu’à l’adolescence, elles-mêmes disent "je me sens plutôt femme qu’homme (ou inversement)" et choisissent alors une "reconstruction" qui corresponde à leur "ressentir".

Ce qui arrive aux personnes hermaphrodites ou ayant des organes sexuels "indéterminés" permet parfaitement de comprendre l’angoisse et les sentiments des personne qui désirent changer de sexe. Leur ressentir n’est pas à l’image de leur corps. Si elles le disent, pourquoi décider à priori qu’elles sont folles ? Pourquoi ne pas les croire ? Souvenons nous de ce qu’on disait de l’homosexualité il y a seulement cent ans...

Mais la société a horreur du vide (et de l’incertitude)... et de l’idée qu’on puisse "choisir" son sexe (ou son désir).

La périlleuse formation du corps sexué

Une autre ambiguïté sexuelle rare, mais parfaitement connue depuis longtemps vient à l’appui de la théorie hormonale de l’orientation du désir et de l’identité sexuelle : c’est le syndrome de Goldberg (ou de Morris dans les pays anglo-saxons) également nommé « syndrome du testicule féminisant ».

Il concerne une femme qui n’a jamais eu aucun doute sur son identité, mais chez qui l’on découvre un jour qu’elle est, génétiquement, un homme. Ce qui est troublant c’est qu’extérieurement, tout indique que qu’elle est une femme. Ses organes sexuels externes sont féminins : elle a des seins, un clitoris et une vulve. Mais au moment de la puberté, elle n’a pas de règles ; on découvre que son vagin est peu profond, qu’elle n’a pas d’utérus, et les « ovaires » enfouis dans son abdomen sont, anatomiquement et cellulairement, des testicules.

C’est une situation rare mais - faut-il le dire - extrêmement pénible pour celle que cela concerne, et extrêmement perturbant pour elle et pour son entourage.

Scientifiquement, l’explication de ce syndrome est simple et repose aussi sur la biologie des hormones et sur les notions connues depuis longtemps en embryologie.

Jusqu’à la fin du troisième mois de développement intra-utérin, tous les embryons sont féminins. A trois mois, certaines cellules de l’embryon se regroupent pour former le cœur, d’autres le poumon, d’autre les gonades - autrement dit les glandes sexuelles.

S’il s’agit d’un individu porteur des chromosomes sexuels X et Y (ou "XY"), les gonades seront des testicules et secrèteront des androgènes (hormones masculines) qui vont « modeler » le developpement des tissus génitaux pour les transformer en tubes séminifères (canaux à spermatozoïdes), en prostate et en pénis.

S’il s’agit d’un individu porteur de deux chromosomes X (ou "XX"), ses gonades seront des ovaires qui secrèteront des estrogènes (hormones féminines) pour modeler le développement des tissus génitaux et former les trompes, l’utérus et le vagin. [5].

Or, pour pouvoir « modeler » les tissus, les hormones (masculines ou féminines, car tout embryon fabrique les deux mais en quantités différentes selon la nature de ses gonades) doivent se fixer sur des « récepteurs » spécifiques à la surface des cellules qu’elles sont susceptibles de modeler. Les personnes concernées par le syndrome de Goldberg sont génétiquement masculines (elles ont un chromosome X et un chromosome Y) mais leurs cellules sont porteuses d’une mutation rare : elles n’ont pas de récepteurs aux androgènes à leur surface. Elles sont donc incapables de se transformer sous l’influence des hormones masculines fabriquées par les testicules. Le développement de ces embryons se poursuit donc dans le sens d’un aspect extérieurement féminin.

Les cellules de leurs testicules, déjà spécialisées (on dit « différenciées », en biologie) ne peuvent pas se « retransformer » en cellules d’ovaires, ni transformer les cellules alentour en utérus, en trompes et en vagin. En dehors des deux testicules (qui restent à l’intérieur de l’abdomen au lieu de descendre dans les bourses, puisqu’il n’y en a pas), les personnes concernées n’ont donc pas d’organes sexuels internes. Leur anatomie visible est celle d’une femme, mais si elles ont des organes sexuels externes, c’est parce que ces organes se forment à partir des cellules de la peau et non à partir des tissus qui donnent naissance à l’utérus et à la partie profonde du vagin.

Ce qui est révélateur ici, c’est que subjectivement comme anatomiquement, les personnes atteintes de syndrome de Goldberg sont des femmes. Je ne veux pas dire qu’elles ont « la psychologie » ou « l’intelligence » d’une femme, car je ne sais pas ce que c’est, et personne ne le sait (mais je sais que c’est ça qui vous met en colère...). Je veux simplement dire qu’elles se « sentent » femmes.

Elles sont aussi, en passant, attirées par les hommes, ce qui fait d’elles des hétérosexuelles tant qu’elles ne savent pas qu’elles sont génétiquement des hommes. Malheureusement, le jour où leur entourage apprend qu’elles ne sont pas « vraiment » des femmes, elles ne savent plus qui elles sont, ce qu’elles sont.

Vous conviendrez avec moi que c’est uniquement une question de préjugé : ce qui devrait compter, c’est ce qu’elles ressentent elles, n’est-ce pas ? C’est à la personne elle-même de dire ce qu’elle est (et vers quel sexe elle est attirée), et non aux autres (médecins, psychologues, parents, éducateurs, féministes, mysogynes ou sexistes)... En tout cas, c’est ce que je pense, personnellement. Mais tout le monde n’est pas de cet avis.

Or, ces femmes ont des chromosomes XY dans TOUTES leurs cellules - y compris celles du cerveau. Il n’y a pas de raison de penser que les hormones qui ont indubitablement modelé leur corps et leurs organes n’ont pas aussi modelé leur cerveau. Si le cerveau restait insensible aux effets des hormones sexuelles, ces personnes dont les cellules de cerveau sont XY auraient probablement le sentiment d’être des hommes, comme c’est le cas pour les personnes trans-genre.

Plutôt que d’"intelligence", si on parlait de sentiment (de soi)

En dehors de toute théorie totalisante, toutes les situations observables chez l’être humain (hétérosexualité, homosexualité, ambiguïtés sexuelles, transsexualité, syndromes de Turner et de Goldberg) [6] démontrent, dans la chair de ceux et celles qui les vivent, que le développement biologique et sexuel de l’individu est un processus... certes "naturel" et cependant varié et aléatoire.

Vous aurez remarqué que depuis le début, je ne parle pas du tout « d’intelligence », mais d’être, de sentiment de soi, notion qui n’est pas du tout mesurable, mais peut être entendue et acceptée, quand on prend la peine d’écouter ce que les individus disent, et d’observer, hors de toute « morale sociale », ce qui se passe chez d’autres espèces.

Quand on sait que les comportements homosexuels et bisexuels existent chez d’autres mammifères que l’homme (chez les singes Bonobos, en particulier) on est en droit de penser que ce qui est vrai chez les primates les plus évolués (chez qui on ne peut pas parler de traumatisme ou de perversion ou de pathologie) doit être aussi vrai chez l’homme. Et ces théories de l’induction hormonale (dont les effets comportementaux ne sont pas mesurés mais observés) sont intéressantes comme début d’explication. (Etant bien entendu que ça n’explique pas tout...)

Bref, et je le redis j’espère clairement, cette fois : ce que j’aimerais bien faire entendre, c’est qu’à mon humble avis le « sentiment sexuel » (celui d’être d’un sexe donné plutôt que de l’autre ; celui d’avoir du désir vers un sexe ou l’autre ou les deux), totalement subjectif, peut avoir été « inscrit en nous » autrement que par la génétique ou par l’expérience. Si on admettait ça, on commencerait à foutre la paix à tous ceux que, depuis toujours, on qualifie de « pervers sexuels »... Et moi, j’ai envie qu’on foute la paix aux gens.

Les ambiguïtés ne sont pas toutes sexuelles...

Voilà. Vous voyez que nous sommes bien loin ici de la notion (très discutable) d’intelligence, des maths, et de tout ce qui vous préoccupe et que vous croyez avoir lu ou entendu dans ma chronique.

La question qui se pose à présent est : pourquoi avez vous lu autre chose que ce que j’ai écrit ? C’est ça qui me chiffonne. Pourquoi ne peut-on pas évoquer une théorie sans qu’elle mette les autres en colère parce que ce qu’ils croient attaché à la théorie en question les met mal à l’aise ? Une théorie, ça n’est jamais qu’une théorie. Je connais plein de gens qui croient aux extra-terrestres et à leur passage sur terre et scientifiquement parlant, l’existence des ET est tout à fait possible - même si rien n’a été démontré.

Personnellement, je n’y crois pas, mais je ne prends pas ces gens-là pour des fous, ni pour des inconscients. Ils sont libres de croire ce qu’ils veulent, après tout. Et de chercher à le démontrer, s’ils le veulent. Et moi, je suis libre de ne pas y croire.

Pourquoi ne vous sentez-vous pas aussi libre (sans vous mettre en colère) quand il s’agit d’orientation du désir ou d’identité sexuelle - voire même, de dire que le cerveau féminin et le cerveau masculin ne sont pas strictement identiques ? Pourquoi y voyez-vous nécessairement un complot sexiste ? Si les désirs (les "orientations sexuelles") de deux personnes (mon ami homo et moi) sont différents alors que tout le reste, chez ces deux être humains du même sexe semble " fonctionner pareil"... , est-il scandaleux de penser que le cerveau d’un homme et celui d’une femme sont eux aussi diffèrents de par le simple fait qu’ils ne sont pas du même sexe ? Personnellement, je ne trouve pas ça scandaleux.

La guerre des sexes n’est pas encore froide

Le problème, je le reconnais, est complexe et épineux. Ainsi, beaucoup de femmes sont les premières à invoquer l’idée que la maternité fait d’elles des individus différents des hommes (voire supérieurs...) à l’égard des enfants - ce qui explique qu’en France, on confie presque toujours les enfants à la mère en cas de divorce. D’un autre coté, les femmes revendiquent - à juste titre - d’être traîtées à l’égal des hommes. Seulement, si on affirme qu’il n’y a pas de différence entre les sexes, la garde et l’éducation des enfants devrait être attribuées aussi souvent aux hommes qu’aux femmes. Car, en toute bonne logique, en dehors de l’allaitement, les femmes n’ont rien de plus que les hommes pour élever un enfant...

Cependant, je n’ai jamais vu aucun groupe féministe revendiquer haut et fort que les hommes doiven être considérés comme les égaux des femmes en cas de divorce et de garde des enfants...

De même, je suis le premier à dire (et j’ai joint les actes à la parole) qu’une femme doit pouvoir choisir d’être (ou de rester) enceinte ou non. Mais lorsque certains hommes font remarquer que souvent ils n’ont pas, eux, leur mot à dire, quand une femme choisit d’avoir un enfant alors qu’eux-même n’en veulent pas (ou inversement, d’avoir cet enfant quand elles ne le désirent pas), on les envoie paître sans discussion. Alors que la question mérite au moins d’être posée et débattue.

Curieusement, il n’y a jamais de débat sur ce sujet-là. Or, si le vécu des femmes est respectable, celui des hommes ne l’est pas moins. Mais la guerre des sexes est entretenue par les deux camps...

Des comptes à régler ?

Pour en revenir à nos moutons (sexe et cerveau), ce qui serait scandaleux, bien sûr, serait d’identifier des différences cognitives entre les femmes et les hommes et d’en tirer des conclusions de supériorité de l’un ou de l’autre. Je ne crois pas que vous lirez jamais (ou ayez jamais lu) ce genre de conclusions sous ma plume.

Dans ma chronique d’Arteradio.com, j’ai bien fait attention à ma formulation, puisque j’ai écrit : "(...) quand on faisait des tests plutôt de type mathématique ou arithmétique ou géométrique, les garçons semblaient plus à l’aise, et quand on faisait des tests plutôt de type verbal ou de type symbolique, c’est les filles qui étaient le plus à l’aise. Je ne crois pas pouvoir être plus nuancé, d’autant qu’encore une fois, je ne trouve pas que les aptitudes verbales soient "inférieures" aux aptitudes mathématiques - et comme beaucoup de femmes reprochent aux hommes d’être "incapables de (leur) parler", il me semble qu’il y a là, encore une fois, au moins des questions à se poser...

En tout cas, merci de m’avoir donné l’occasion de préciser ma pensée. L’ambiguïté méritait d’être levée... Mais là, il faut que je vous quitte. MPJ (ma compagne) est en train de tailler des étagères à la scie-sauteuse pour les installer dans la chambre d’un de nos enfants ; je la connais, quand elle se met à bricoler, elle ne veut pas s’arrêter ; alors, pour qu’elle fasse une pause, je descends lui préparer du thé.

Martin Winckler


Post Scriptum : A propos de Doreen Kimura.

Vous aurez observé que je n’ai pas parlé de Doreen Kimura, car ça n’était pas mon propos. Cela dit, tout le monde ne sait pas de qui il s’agit, ça mérite donc quelques précisions. Après avoir lu le livre de C. Vidal, j’ai aussi lu des articles de D. Kimura. Vous devriez, si vous lisez l’anglais, aller visiter son site.

Vous pourrez lire, d’abord, que les "différences" (relatives, et non absolues) [7] entre hommes et femmes observées en matière d’aptitudes intellectuelles ou manuelles sont décrits comme des "spécialisations" d’un sexe par rapport à l’autre et non comme des "supériorités". Lire la description de ces travaux en français [8]

Et qu’il y a autant de domaines dans lesquels les filles semblent (en moyenne) faire mieux que les garçons, que l’inverse. Qu’ensuite, ces différences sont certes observées, mais que les chercheurs anglo-saxons (D. Kimura la première) précisent bien qu’on ne connaît pas les raisons ni la signification de ces différences (alors que C. Duval elle, saute très vite aux conclusions...)

Vous constaterez enfin que, loin de ce que laisse entendre la violence de certaines attaques, le discours de Doreen Kimura est infiniment plus nuancé que celui de ceux qui la critiquent.

Enfin, loin d’affirmer qu’enseigner les maths aux filles est du temps perdu, dans un article de son site intitulé "Hysteria Trumps Academic Freedom", Doreen Kimura écrit clairement :

« Cela dit, rien dans ces observations de différences entre les sexes ne signifie qu’on doit opérer une sélection des femmes (ou des hommes) dans quelque domaine que ce soit, en dehors de leursaptitudes et performances individuelles. Bien que les différences entre hommes et femmes dans certains domaines soient, statistiquement parlant, parfois importantes, ces mêmes aptitudes sont largement partagées par les individus des deux sexes [9]. Nous devrions clairement permettre à chaque individu de développer ses propres talents et ses propres aptitudes, et les femmes qui excellent en sciences physiques et mathématiques réussiront dans ces domaines. Mais il faut s’attendre à ce que hommes et femmes soient représentés de manière différente dans de nombreuses professions car les individus opèrent par eux-même le choix de leur profession à partir de leurs talents et de leurs intérêts propres. » [10]

Ce que je lis, dans cette déclaration ce n’est pas du sexisme, mais une preuve d’humilité et l’invitation à admettre que, quoi qu’on observe, quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, l’idéal serait que tous les individus (hommes et femmes) fassent ce qu’ils veulent de leur vie.

Dans les pays développés, où l’autonomie des femmes et les possibilités de choisir la carrière de leur choix sont beaucoup plus grandes qu’ailleurs, beaucoup le font déjà, hors de tout diktat idéologique.

Ca s’appelle le libre arbitre.

MW


[1Et non "Le cerveau du sexe ", mais ça fait réfléchir aussi...

[2Si, je le connais...

[3Ce qui n’a rien d’extravagant quand on sait que leur créateur, Michael Garrison, était l’un des rares scénaristes producteurs hollywoodiens à revendiquer ouvertement son homosexualité dans le monde très coincé des années 60. Il n’est donc pas scandaleux de penser qu’il a imprégné sa création de sa sensibilité.

[4Personnellement, je suis nul en maths mais, si vous me permettez cette paraphrase-calembour, je n’en fait pas une Maladie de Sexe ! )

[5Sur 2500 femmes qui naissent, une est « X0 » - elle n’a qu’un chromosome sexuel et non deux - et son développement, visiblement féminin, est incomplet. C’est ce qu’on appelle un "syndrome de Turner". Il montre que le développement du corps masculin est bien influencé par le chromosome Y, mais qu’un chromosome X seul ne suffit pas au développement harmonieux d’un corps féminin.

[6et bien d’autres encore...

[7Autrement dit : si je dis "les hommes sont plus grands que les femmes", c’est une vérité relative et non absolue : statistiquement, la taille moyenne des hommes est plus élevée que la taille moyenne des femmes. Ca n’empêche pas un certaines femmes d’être plus grandes que certaines hommes. Pour que ce soit une vérité absolue, il faudrait que la plus grande des femmes soit toujours plus petite que le plus petit des hommes...

[8Je vous invite cependant à lire l’original si vous pouvez, car la traduction française du livre de D. Kimura est très idéologique, alors que le texte original ne l’est pas. Mais la France est un pays où malheureusement, trop de traducteurs ne traduisent pas, ils réécrivent.

[9C’est moi qui souligne.MW

[10That said, nothing in the findings on sex differences should be interpreted to mean that women (or men) should be discriminated against in any field except on the basis of individual ability and performance. Although the average differences between men and women on some abilities may be quite large, there is always substantial overlap between the sexes. We should clearly allow individuals to pursue their own talents and interests, and women who excel in the physical sciences and math will succeed. BUT it is to be expected that there will be a different representation of men and women across many occupations, as people self-select themselves into jobs based on such talents and interests.

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