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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > Questions d’éthique >


L’annonce des mauvaises nouvelles (3)
de nouveaux témoignages
Article du 10 avril 2005

La chronique d’arteradio.com consacrée à l’annonce de la mauvaise nouvelle et les premiers témoignages reçus continuent à provoquer des réactions. En voici cinq, aussi éprouvantes que les précédentes.
Je remercie leurs auteurs de la confiance qu’ils m’ont faite en m’écrivant.

MW


Lire les premières réactions de lecteurs et d’auditeurs à cette chronique


Une annonce au téléphone

Il y a dix ans mon mari est mort d’un cancer du foie.
A l’époque, j’avais un cabinet de sage femme libérale.
Ce jour là, j’étais en train d’assurer une consultation, (mon mari était allé à l’hôpital pour tous les examens), et le téléphone a sonné.

C’était le chef de service qui m’appelait. Il m’a juste dit : "voilà, comme vous êtes du métier, je vais vous dire : votre mari est fichu, il en a pour deux mois, nous ne lui ferons qu’une chimio de confort", et il a raccroché.

J’ai demandé à la patiente avec qui j’étais de m’excuser, et je suis sortie dans le jardin....

Depuis, je hais cet homme....

Alors, si vous pouviez faire en sorte que ce genre de brutalité ne se rencontre plus, je vous remercie au nom de tous.

D.


Les médecins devraient traiter le patient en adulte

Je suis assistante sociale en milieu hospitalier et à mi-temps en service oncologie. J’ai constaté à quel point il est difficile pour les médecins d’annoncer un diagnostic tel un handicap ou un cancer.

Je vois des médecins très humains qui savent expliquer leur propre méconnaissance de l’évolution du problème, ceux qui font les annonces n’importe comment, en convoquant la famille à un staff par exemple, ou ceux qui ne disent rien au patient mais annoncent à la famille quand le patient a toute sa tête.

Dans certains services, on passe ensuite le relais à l’assistante sociale ou au psychologue, ailleurs, le patient ou la famille est laissé seul face à son désarroi et ça me désole.

Je comprends à quel point c’est difficile pour le médecin mais je pense qu’il faut toujours considérer le patient comme un adulte.

ASP


Une fausse mauvaise nouvelle

Je découvre aujourd’hui votre chronique sur l’annonce d’une mauvaise nouvelle, et les réponses associées. Je voudrais vous faire part de mon expérience, en tant que patiente, vis-à-vis de ce genre de situation. Je vois que dans tous les messages, il est question de cancers, et je me rends compte que mon cas est bien moins grave, mais malgré tout, je me lance.

En 2002, suite à un examen de mon mari, on s’est rendu compte qu’il y avait un problème de fertilité le concernant, et c’était vrai, puisque nous n’arrivions pas à avoir d’enfant. Le généraliste qui nous avait precrit cet examen nous avait dit « La situation n’est pas très favorable, mais on ne sait jamais », et puis il m’a dit que je devais de toutes façons consulter un gynécologue.

La gynécologue consultée, quand elle voit les résultats, m’examine à peine, et m’entreprend pendant une demi-heure sur le don de sperme, alors que je lui avais dit que je n’étais vraiment pas très intéressée par cette démarche. Sans rien écouter, elle a essayé de me convaincre que c’était pour moi la seule solution, parce que de toutes façons, je n’aurais jamais d’enfant autrement avec mon mari.

Bref, j’ai aujourd’hui deux enfants, conçus comme par miracle naturellement, et je suis contre toute attente enceinte pour la troisième fois.

Ce que je retiens, même si dans mon cas, il ne s’agissait pas d’un pronostic vital, c’est que d’un côté, on avait vu un médecin généraliste qui nous avait dit les choses objectivement (peu de chances, mais on sait jamais) et de l’autre une gynécologue pour qui tout été déjà couru d’avance.

Annoncer une mauvaise nouvelle, je suis d’accord, mais il vaudrait mieux être sûr de ce qu’on annonce quand même !

Pour finir, la réaction de la gynécologue en question suite à l’annonce de ma première grossesse ; « Dites donc, c’est incroyable, vous avez conçu votre enfant le jour où je vous ai vue !’ »


Une autre fausse mauvaise nouvelle

Je voudrais évoquer les fausses mauvaises nouvelles et l’impact désastreux et surtout inutile qu’elles peuvent avoir.

Je souffre, depuis ma naissance d’une anomalie bénigne du sang, une thalassémie mineure, certainement transmise par mon père qui est d’origine méditerranéenne. J’ai trente ans, et j’ai fait part à mon gynécologue de mon désir d’enfant, et donc d’arrêt de pilule. Il m’a alors dit qu’il fallait absolument que je règle mon problème d’anémie avant d’envisager la moindre conception...

Cette remarque me fait encore bondir, car ma thalassémie est une "maladie" extrêmement répandue sur tout le pourtout méditerranéen et que je sache cette région du monde n’est pas réputée pour une infertilité particulière (au contraire d’ailleurs).

Ainsi, si je n’avais pas eu déjà connaissance des tenants et des aboutissants de la thalassémie, je pleurerais aujourd’hui toutes les larmes de mon corps, me nourrirais uniquement de lentilles et de "tardyféron", dans l’espoir de voir remonter mon taux de fer, qui de toute façon ne dépassera jamais 10.6 au lieu de 12...

Je change donc, effrayée, de gynécologue et j’ai bel et bien arrêté la pilule le jour où j’en ai eu envie.

...et j’ai eu l’immense joie d’apprendre vendredi que j’étais enceinte (certes le fer a dégringolé, mais bon...)

B.


L’annonce fuyante, le déni qui torture

J’ai écouté la chronique sur ARTE RADIO.COM et je réponds à ton invitation, puisque le sujet évoque des choses lourdes et encore douloureuses pour moi. Si ça peut entrer dans l’enseignement de jeunes medecins, je ne peux que m’en réjouir.

J’ai perdu mon père en aout 2002 d’un cancer. Il nous quittait à 50 ans après un an et demi de cancer vécu dans le déni. Le sujet de l’annonce n’est donc pas théorique. Dans ta chronique, tu parles des différentes manières de l’annoncer. Il y a aussi une horrible façon d’annoncer, pire que la non-annonce : se cacher derrrière le vocabulaire technique.

Le matin de l’annonce à mon père, le médecin avait choisi de se cacher derrière des mots abstraits "cellules oncogènes" "cellules tumorales", mots qui ne permettent pas de saisir l’ampleur, qui entretiennent le flou.

C’était à nous d’expliquer. Je suis l’ainée, l’universitaire. C’est vers moi qu’il s’est tourné pour expliquer, ce fut la seule fois je crois où je le lui ai dit. Il a tressailli, son regard a vacilé, il s’est tourné, et j’ai deviné les larmes dans le tremblement de ses épaules. Mon père avait peur et il fallait savoir aussi ne pas voir pour préserver sa fierté dont il tirait aussi sa force.

Pendant an et demi, chacune des deux parties, mon père et ses médecins, se sont entretenus dans ce mensonge, qui nous, son entourage, nous mettait à la torture : parce que c’est à nous qu’il demandait les éclaircissements ensuite, pas à ses médecins. C’est à nous qu’il relatait les encouragements des medecins, le fait qu’il n’avait rien à voir avec ses malades du service d’oncogenese, où il se rendait, parce qu’il n’avait pas un cancer lui, ça non, non.

J’assistais aux visites, ça le rassurait. Le medecin lisait les chiffres sans les commenter. Personne ne posait de questions. Il sortait du cabinet et je restais ensuite avec le medecin. La tradition de ce tête à tête post visite s’est tout de suite installée, et je posais alors les questions qui n’avaient pas été posées. On n’en parlait jamais.

Les médecins nous disaient qu’il ne voulait rien entendre, donc il ne fallait pas insister. En pratique, ça aboutissait à se défausser sur nous. Parce qu’il était en attente d’une parole : et c’est extrêmement cruel de laisser à la famille le soin de cette parole. Mon père était en demande de réconfort. On l’a soutenu avec amour et avec toute la bonne humeur possible. Il y a eu de la joie jusqu’au bout.

Dans ta chronique, tu parles de ce qu’il faut dire ou pas à l’entourage : ici ce fut le contraire nous le sûmes avant lui. Un soir, il m’a appelé, me demandant d’abord mon âge. Rassuré sur ma capacité à entendre, il m’a donné un rendez-vous où il nous a raconté à mon frère et moi tout le calvaire à venir. `

Une dernière chose : à sa mort, alors que son corps était dans l’hôpital où il était suivi, aucun d’eux n’a daigné présenter ses condoléances. C’est aussi un geste important pour le mort et ses proches : la reconnaissance de son humanité. Ce n’est pas seulement un dossier que l’on peut enfin classer.

N.

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