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Choisir d’avoir une péridurale (suite)
par Emmanuelle B. et Salomé Viviana
Article du 28 mars 2005

La contribution de Meriem Lacour au choix (ou non) d’une péridurale a suscité plusieurs réactions. Voici déjà celles d’Emmanuelle B. et de Salomé Viviana (notre amie juriste). Evidemment, toutes les contributions, comme les leurs, sont les bienvenues, sans distinction.

Martin W.


Visitez le site de l’AFAR : alliance francophone pour l’accouchement respecté

Le droit d’avoir le choix

En réponse à la contribution de Meriem Lacour au sujet de la péridurale, je voudrais surtout revendiquer le droit d’avoir le choix.

Pour ma part, je n’ai jamais entendu de discours culpabilisant les femmes qui souhaitent accoucher sous péridurale mais bien sûr, je ne nie pas qu’il puisse exister.

J’ai en revanche entendu l’inverse à de nombreuses reprises. Par exemple, un obstétricien qui expliquait, dans un discours soigneusement culpabilisant, que la douleur ressentie par la parturiente était un facteur de souffrance foetale et qu’il était irresponsable de refuser la péridurale parce que cela portait préjudice à l’enfant.

Les moqueries d’un autre obstétricien quand je lui ai dit que je préférais ne pas en avoir une, sur le mode "Vous dites ça maintenant mais quand vous y serez vous la demanderez". Des témoignages de femmes qui avaient très mal ressenti "l’intox" de l’équipe médicale, sur le mode "Vous la demanderez dans un quart d’heure de toute façon donc autant la demandez tout de suite." Ou "De toute façon vous n’y arriverez pas sans péridurale". etc.

Interdire à une femme qui souhaite une péridurale d’en avoir une et la culpabiliser, obliger (ou tout comme) une femme qui ne souhaite pas de péridurale à finalement l’accepter en la culpabilisant et en lui sapant le moral, pour moi c’est tout comme : un déni du droit de choisir son accouchement et cela rentre dans le cadre beaucoup plus large du protocole hospitalier qui régie la naissance en France dans la plupart des maternité et dont on sait pourtant qu’il est préjudiciable à la santé de la mère et de l’enfant.

C’est confisquer aux femmes (aux futurs parents) leur libre arbitre, leur droit d’avoir un point de vue et de décider. Je revendique donc avant tout le droit de choisir.

Mais qu’est-ce que le droit de choisir ?

D’abord arrêtons de confondre douleur et souffrance. Oui, accoucher cela fait mal et ce depuis la nuit des temps. Mais cette douleur n’est pas forcément une souffrance. La différence que je fais (c’est un point de vue personnel) entre les deux est la suivante : la douleur est une sensation physique, désagréable (voire très désagréable) mais qui peut être surmontable et n’affecte pas la personne sur le plan psychologique.

La souffrance commence à mon sens quand la femme qui accouche "perd les pédales", comme disent les sage-femmes et ne supporte plus cette douleur, en veut à la terre entière, à son mari, à son enfant et parfois durablement. (Je tiens à préciser que la douleur ressentie pendant un accouchement est pour moi spécifique et je ne généralise absolument pas à celle qui peut être ressentie lors d’une maladie ou d’une blessure). Il est à mon avis ignoble de ne pas soulager cette souffrance. Mais si une femme choisit de supporter sa douleur, qu’elle la vit, par exemple, comme une épreuve qu’elle souhaite surmonter, on doit l’aider dans ce sens et non pas l’enfoncer.

J’ai eu pour ma part la chance d’accoucher deux fois à la maison, sans péridurale, j’ai eu très mal, j’ai beaucoup crié mais pour rien au monde je n’aurais voulu que cela en soit autrement et je garde un souvenir merveilleux de la naissance de mes enfants. Mais parce que c’était mon choix. Parce que j’étais accompagnée par une sage-femme qui a su me donner confiance en moi et en mes capacités. Et j’avais mal mais je ne souffrais pas. Ou est la limite entre douleur et souffrance ? Eh bien, elle est subjective, personnelle, n’a rien à voir avec le fait d’être soit-disant "douillette" et ne devrait jamais faire l’objet d’un jugement moral de ce genre. Ecoutons la parole de celle qui accouche pour savoir comment elle ressent sa douleur et ce qu’elle désire.

Avoir le choix, cela veut également dire être informée des risques. C’est bénéficier d’un discours qui rassure et donne confiance (celui d’une sage-femme compétente, par exemple). C’est avoir le droit de crier pendant qu’on accouche : dans combien de maternité le cri de la parturiente est-il censuré ? Parfois d’ailleurs à coup de phrases du type "Arrêtez de crier sinon on vous fait une péridurale" et je suis alors tentée de me demander si la péridurale n’est pas une fois de plus un moyen de faire taire les femmes...

Cela veut également dire avoir accès à toute la palette des analgésies possibles. Dans la plupart des maternités c’est péridurale ou rien, alors qu’il y a beaucoup de possibilités avant d’en venir là : se lever (très souvent la position en décubitus dorsal, imposée par le protocole, est la plus douloureuse), marcher, prendre un bain chaud peuvent suffire à soulager. D’autres médicaments que la péridurale existent aussi.

Quand on aura fait tout ça, quand on aura informé et écouté les futurs parents, quand on aura laissé aux parturientes la liberté de choisir leur analgésie, la manière dont elles accouchent, on aura vraiment le choix. Et alors, que celles qui ne souhaitent pas avoir mal aient la liberté d’avoir une péridurale, sans être culpabilisées. Et que celles qui ne souhaitent pas en avoir une soient accompagnées pour pouvoir y arriver, sans être non plus culpabilisées.

Dans un cas comme dans l’autre c’est leur manière de vivre pleinement la naissance de leur enfant et c’est respectable. En attendant, ne constituons pas de clans pour/contre mais militons ensemble pour la liberté d’avoir le choix.
Je souhaite à tous les futurs parents de très belles naissances.
Emmanuelle B.


Pas d’intégrisme !

Oui, il existe des intégristes de "l’accouchement naturel" qui pensent qu’une femme qui accouche sous péridurale n’a pas vraiment accouché. Mais il existe aussi des associations qui défendent "un accouchement respecté", c’est à dire pour lequel les parents sont correctement informés des avantages et risques des techniques proposées et choississent en connaissance de cause.

Oui, la péridurale est un réel progrès. Elle évite, par exemple, que l’accouchement d’une femme qui a du mal à supporter les contractions ne tourne au cauchemar. Elle est aussi très utile pour certaines pathologies.

Il n’y a pas à culpabiliser ou à faire culpabiliser une femme qui a accouché sous péridurale : l’essentiel est que chacune soit satisfaite de la façon dont s’est déroulé son accouchement. Il n’y a ni bonne, ni mauvaise façon d’accoucher, ni vraie, ni fausse manière d’accoucher. Mais il ne doit pas non plus y avoir d’accouchement standardisé selon des protocoles automatiques (style péridurale-monitoring-épisiotomie) qui s’appliquent à toutes ; chaque naissance doit rester unique et les souhaits des parents doivent etre respectés.

Le problème est que l’information donnée aux parents est souvent tronquée, car pour des équipes soignantes souvent débordées, il est plus facile de "gérer" des femmes sous péridurale que des femmes qui accouchent "naturellement". Lorsque la péridurale est bien faite, les femmes ne souffrent pas, donc ne se plaignent pas, donc ont moins besoin de la présence rassurante d’une sage-femme.

Parce qu’on ne souffre pas, la péridurale permet de maitriser davantage la durée de l’accouchement en injectant des ocytocines qui accélèrent les contractions, au-delà de ce qui est strictement nécessaire à la compensation du ralentisement des contractions induit par cette analgésie. On peut libérer plus rapidement la place pour la parturiente suivante.

On ment aux femmes enceintes quand on leur dit que l’accouchement pour un premier enfant dure en moyenne 8 heures ; la vérité est plus proche de 12 heures. Ce n’est pas la meme chose de se préparer à endurer des contractions pendant 8 heures que pendant 12 heures.

On ne dit pas assez souvent que le début du travail est souvent lent, et qu’ensuite, péridurale ou non, ça s’accélère. Les premiers centimètres de dilatation sont les plus longs. Pour soulager la douleur, on ne propose souvent rien d’autre que la péridurale, alors que le bain, par exemple, est très efficace et accélère la dilatation.

On sait également que le fait, pour une femme, de pouvoir bouger pendant son accouchement raccourcit la durée de cet accouchement (le bébé descend plus vite). Lorsque l’accouchement n’avance pas vite, tout devrait etre fait pour inciter ces femmes à bouger (aller marcher, par exemple) ; c’est possible avec certaines péridurales qui permettent la déambulation, mais pas dans le cas de "péridurales classiques" pour lesquelles il faut rester allongée sur le dos. La péridurale peut etre une solution pour supporter les contractions surtout quand l’accouchement dure très longtemps, mais ce n’est pas forcément la meilleure solution pour diminuer la durée de cet accouchement.

On ne prend pas assez en compte le fait qu’accoucher avec un personnel qu’on ne connait pas ou peu, qui parfois défile ou change pendant la naissance, engendre un stress qui nuit au bon déroulement de la naisance. On ne dit pas non plus que la péridurale rend l’épisiotomie quasiment obligatoie et augmente de façon importante le risque de forceps et de césarienne.

L’épisiotomie est aussi présentée comme un acte bénin ; or, on ne compte pas le nombre de femmes qui souffrent ensuite pendant les rapports sexuels, sur une période assez longue.
La dépression post-partum est souvent liée à la façon dont l’accouchement s’est déroulé : séparation du bébé et de sa maman sans réelle nécessité, comme dans votre cas, accouchement qui a trop fait souffrir physiquement ou psychologiquement la maman du fait d’une insuffisante prise en compte de ses demandes.

Quant à la pointure, les sages-femmes disent qu’il y aurait effectivement une corrélation enrte la taille du pied et l’ouverture du bassin ; mais ce n’est qu’un indice, et ça ne marche pas à tous les coups.
amitiés

Salomé Viviana

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