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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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Les futur(e)s soignant(e)s se sentent méprisé(e)s ...
Témoignages d’étudiant(e)s en médecine
Article du 25 février 2005

Les étudiants en médecine en ont marre d’être méprisés et maltraités ; ils en ont marre que le nouvel examen national classant (commun à toutes les facultés de médecine de France) soit pour leurs enseignants un objectif de prestige pour les facs, et non une étape de la formation des soignants. Alors, ces étudiants écrivent !!!

Cher Martin

Je ne vous remercierai jamais assez d’avoir publié la lettre de M., étudiante à Tours.

Je ne suis qu’en DCEM1 [1] mais je ressens totalement ce qu’elle exprime dans ma faculté de Rouen.

La plupart des enseignants nous considèrent uniquement comme des fardeaux, des minables, des moins que rien, qui ne travaillent pas assez etc... Dans beaucoup des services où nous sommes affectés pour nos stages, dans le but officiel de nous enseigner (rires)l’art de l’examen clinique, nous ne sommes absolument pas encadrés.

Nous thrombosons les couloirs, nous suivons passivement la visite comme des moutons dociles, si toutefois le PH [Praticien Hospitalier] qui doit nous encadrer est bien présent. Rares sont les enseignants qui prennent le temps de nous montrer correctement en quoi consiste le fameux examen clinique, dont on entend énormément parler, mais qu’on n’a jamais vraiment vu.

C’est devenu un mythe,quelques étudiants de ma promo affirment l’avoir vu en service de médecine interne [2], mais...

Et parallèlement à tout celà, les résultats de l’ENC [3] de Rouen étant ce qu’ils sont, on nous assène continuellement que tout celà est notre faute, et jamais les enseigants ne se remettent en cause.

J’ai besoin de sentir de la part de celui qui enseigne de la bienveillance à mon égard, de la considération, du respect, et surtout pas du mépris, de l’impatience, de la lassitude, ou pire encore : de l’indifférence.

Les cliniciens en CHU n’ont-ils pas une fonction d’enseignement ?

Plus j’avance,plus je me dis que je vais faire le choix de ne pas m’occuper de cet ENC débile (débile ? Oui et non, il faut bien planifier les accès aux spécialités en fonction des besoins de la population, et l’ENC est peut-être un moindre mal face au copinage), de me former sereinement, sérieusement mais sans angoisse permanente durant les trois années d’externat à venir...

Bref,désolé pour ces noires écritures d’un soir enneigé dans ma tête comme dans ma rue...

N.


Cher Monsieur Winckler,

Déjà la lettre de l’étudiante de Tours m’avait donné envie de prendre mon clavier … et voici une lettre de Rouen … je me permets donc d’exprimer moi aussi mes sentiments sur ce deuxième cycle des études médicales !!!! Je suis en D2, quant à moi, et à Lyon (faculté Lyon Nord) ; et il y a tant à dire.

Oui , on nous rabat les oreilles avec l’ENC et c’est insupportable … Oui on n’aurait pas été bons à Lyon l’an dernier enfin pas assez pour la gloire de la ville … mais ouf Lyon Nord (« les plus forts ») aurait fait le meilleur score des 4 facs lyonnaises !!!!
Moi, je m’interroge, on n’est pas bons, pourquoi pas, mais sur quels critères … ENC = examen national classant … ce n’est plus un concours (contrairement à ce qu’était l’internat auparavant) … La réussite ce serait avant tout, il me semble, un indice de satisfaction de l’étudiant … Combien ont eu le poste de leurs rêves ou bien un autre, mais qui leur convient, et combien pas ?! Ce serait plus intéressant que de savoir de quelle fac viennent les 10 premiers !
Et puis c’est fou de n’avoir que ces trois lettres à la bouche ENC … on avait déjà « P1 » … comme ça on en a deux pour le prix d’un. D’ailleurs dès la P2 on leur parle de l’ENC et c’est de l’embrigadement : on sort de la P1, plutôt, de ses 2 P1 [4]et voilà qu’on nous ressort un grand méchant loup :
« Mesdames et Messieurs derrière cette P1 se cache …… (roulement de tambour) ……… l’ENC !!!! » Et l’assemblée de frissonner !
Finalement ça donne des étudiants qui refusent de voir certains patients : « De toute façon, sa pathologie n’est pas à l’ENC, ça ne sert à rien. » [5] Oui, j’ l’ai entendu de mes deux oreilles … Alors les patients … ils feraient bien de s’appliquer d’avoir des pathologies au programme … ce serait sympa … voire de choisir un item … ce serait plus facile à classer :
« Chambre 33, item 150 » (tumeur de l’estomac comme chacun sait !).
Et voilà les matins je suis à l’hôpital et je multiplie les actions de secrétaire pour que les internes-assistants-PH-etc qui sont débordés daignent poser un regard sur moi pauvre externe … bah oui ça ne tombe pas du ciel … si personne ne discute de mon travail avec moi comment faire pour apprendre ? Et puis l’après midi j’ai cours et on s’enfile des items … on fait plus ou moins des « cas cliniques » alors les cours je les prépare chez moi, le week-end et/ou le soir … Le reste du temps il faut bien apprendre ses cours …. Bref il faut lutter pour apprendre le soin rester tard en début d’après midi à l’hôpital … manger dans le métro car il reste juste le temps d’aller en amphi … Et quant on va voir le prof pour lui dire que c’est dommage de ne pas parler de ci ou ça … de toute façon ça ne tombera pas … Grrrrrr
Enfin, citons ceux qui nous parle de médecine … et qui, au lieu de supposer les questions de concours oups pardon examennational classant, que le cours du jour pourraient donner … nous parle des situations pratiques que nous pourrions rencontrer ! Heureusement il y a ces médecins qui veulent bien s’arrêter un instant pour nous expliquer un point ou un autre …. Heureusement il y a les patients et oui avec eux on peut s’en contre ficher de l’ENC … il nous parle de leur/la vie … et c’est dur et c’est bon d’être soignant.
Il serait une fois un monde où faire des études de médecine serait apprendre le soin … Il serait une fois un monde où les étudiants apprendraient à se connaître pour voir ce qui les passionne ce qui leur plait et ils feraient le vœu de faire cette spécialité … Aujourd’hui on nous fait croire que l’ENC est l’objectif, et que les spécialités hospitalo-universitaires sont la panacée … Dernièrement un de mes internes a cessé de me parler pendant deux semaines parce qu’il avait compris que je voulais faire de la médecine générale par choix …

Etre externe aujourd’hui c’est lutter au quotidien pour apprendre vraiment … Il y a ces jours où je suis si heureuse d’être là et puis les autres où cela devient pesant…
Merci à vous de nous relayer …

M. (Lyon)


Vous êtes étudiant(e) en médecine ? Vous êtes déçu(e) ou révolté(e) par la manière dont on vous forme ? Envoyez votre témoignage à ce site.

Il est temps qu’on cesse de vous assigner au silence. Il est temps qu’on cesse de mépriser les futurs soignants.

Martin Winckler


[1Troisième année de médecine

[2Trait d’humour qui témoigne de la finesse de l’auteur : les services de médecine interne sont ceux où on voit les maladies les plus rares et les plus compliquées. MW

[3Examen national classant, que tout étudiant en médecine doit passer pour choisir ensuite son poste d’interne, et qui a suscité la lettre de M., citée plus haut

[4Année de concours, qu’on subit souvent deux fois...

[5Note de MW : Le plus grave, c’est qu’on entendait exactement la même chose dans la bouche des chefs de clinique qui « préparaient » les futurs internes au défunt concours de l’internat

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