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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum
Radio et télévision > L’affaire Odyssée sur France Inter >


Médiation
Article du 16 septembre 2003

Dimanche 14 septembre, au cours del’émission "Au fil d’Inter", Philippe Labarde, médiateur de Radio France, est revenu sur l’ "affaire Odyssée". Voici la transcription de ses propos, grâce - une fois encore - à Louise Kelso, correspondante du Winckler’s Webzine.

AU FIL D’INTER - 14 Septembre 2003

Brigitte PATIENT :.. Non, là très sérieusement, Philippe Labarde, je vous donne la parole, parce que vous le savez très bien, le dossier est là, des auditeurs très nombreux vous ont questionné à propos de l’arrêt de la chronique de Martin Winckler, Odyssée. Alors vous allez nous raconter ce qui s’est passé et répondre à ces auditeurs-là.

Philippe LABARDE : Oui, très nombreux, enfin... de nombreux auditeurs ont effectivement écrit sur la suppression de la chronique de Martin Winckler, euh... il est évident à la lecture de ces courriers que les deux explications fournies par Jean-Luc Hees, publiquement à l’occasion de ... d’abord devant la presse, à l’occasion de la présentation de la nouvelle grille de rentrée, puis lors de l’émission du Téléphone Sonne ont... soit n’ont pas été entendues -les gens n’ont peut-être pas entendu le Téléphone Sonne- soit n’ont pas été compris . Donc, euh, très bien, il faut... c’est un dossier qui est très intéressant, et donc euh... ben oui j’ai décidé d’y revenir. Le courrier que j’ai reçu, il est de deux natures, je dirais. Il y a des gens qui s’interrogent, hein. Ceux là disent, mais, euh, pourquoi cette suppression, comment est-elle intervenue, comment s’est-elle passée ? Ceux là posent des questions. Puis il y a des gens qui ne posent pas de questions. Ca c’est une autre catégorie d’auditeurs. Ceux-là savent. Et ceux-là savent une chose, et ils le disent d’ailleurs, très clairement : " Vous avez sacrifié Monsieur Martin Winckler, qui dans ses chroniques, dans certaines de ses chroniques traite durement les laboratoires pharmaceutiques et est fort critique, vous l’avez sacrifié tout simplement au laboratoire pharmaceutique, vous lui avez apporté sa tête. " Alors, euh, dans ces lettres-là, y’a pas beaucoup d’arguments, peu d’arguments, pas de preuves, mais de la conviction, c’est une conviction pour ces gens. J’y reviendrai, si vous voulez, à ces convaincus .

BP : Oui. Là il faut peut-être reprendre les faits.

PL : Voilà. Alors, je vais essayer, enfin, je vais essayer, je vais... euh, j’ai essayé, j’ai reconstitué l’histoire et je vais vous la conter. Euh... en précisant bien sûr que à deux reprises j’ai eu très longuement, euh... Martin Winckler. Alors, le 27 Juin Jean-Luc Hees a téléphoné à Martin Winckler et il lui a annoncé sa décision de ne pas renouveler sa chronique. Euh... Un premier point. Ce faisant, il était dans son rôle, Jean-Luc Hees, il décide de ce qui passe à l’antenne, il est dans son rôle quand il décide de ce qu’il retire. D’ailleurs Martin Winckler en convient, il me l’a dit, et il l’a même dit à Jean-Luc Hees, que cette démarche lui paraissait légitime, en tout cas qu’il ne la discutait pas. Mais là il y a un premier incident qui se passe. Parce que le contrat de Martin Winckler court jusqu’au 11 Juillet. Nous sommes le 27 juin, donc Martin Winckler pense que jusqu’au 11 Juillet, sa chronique va passer. Or le 4 Juillet il reçoit une lettre recommandée qui lui dit que la chronique du 4 Juillet sera la dernière, et qu’elle est terminée. Alors pourquoi est-ce qu’on ne le laisse pas aller jusqu’au 11 juillet ? J’ai discuté avec la direction qui m’a dit " on mettait en place la grille d’été, d’autres chroniques avaient été supprimées, on a décidé d’arrêter ça le 4, y’a rien là d’exceptionnel ni de scandaleux, c’est ainsi. "

Martin Winckler, lui, est déçu. Il est déçu, et il est amer, et surtout... il regrette surtout de ne pas pouvoir dire au revoir aux auditeurs. Et il va le faire. Il va dire au revoir aux auditeurs, par l’intermédiaire du net. Il publie une... une chronique qui s’appelle " Odyssée c’est fini "...

BP : Sur le net.

PL : Sur le net. Euh, cette initiative-là, euh... a surpris désagréablement la direction de l’antenne, euh... le ton aussi de la chronique, certaines formules, bref, la direction de l’antenne à ce moment là décide de ne plus permettre à Martin Winckler d’avoir accès au net. Il s’en aperçoit, et... nous sommes le 7 Juillet, là, hein... Le soir du 7 juillet il adresse à la direction de France Inter un mail dans lequel il dit la chose suivante : " La page Odyssée n’est plus accessible sur le site de France Inter...", il conclut : " S’il s’agit d’une erreur ou d’une bévue ce n’est pas grave, mais si le lien ne réapparaît pas mardi 8 dans la journée, je comprendrai qu’il s’agit là d’une censure pure et simple, et je crois que ça intéressera beaucoup d’organes de presse. "

Euh... le ton monte, hein ?

BP : Oui, c’est certain.

PL : Le ton monte. Le ton monte d’autant, que, euh... déjà, la direction de France Inter a reçu des mails qui font allusion à la suppression prochaine d’Odyssée, qui font allusion aux laboratoires pharmaceutiques, alors même que la suppression de cette chronique n’a pas été annoncée.

BP : Oui, mais c’est normal, ça, ça veut dire que Martin Winckler parle, et les amis réagissent en écrivant.

PL : D’accord, mais voyez, c’est... on entre là, à ce moment là dans une culture, j’allais dire dans une relation qui va... qui va commencer à être conflictuelle. Alors, on est le 7 juillet toujours. Le 7 juillet au matin, les auditeurs de France Inter, ben ils découvrent que la chronique de..., on ne leur a pas dit mais ils découvrent que le chronique de Martin Winckler...

BP : ... n’est plus là.

PL : ... a été supprimée, et ils entendent un disque de Serge Gainsbourg. Euh... on leur a mis de la musique. Pendant trois jours, cela se passait ainsi. Et puis le 11 Juillet il y a un coup de tonnerre. A l’heure de la chronique de Martin Winckler, les auditeurs de France Inter écoutent un droit de réponse des Entreprises de Médicaments, regroupées au sein d’un organisme qui s’appelle le LEEM, un droit de réponse, donc, qui est annoncé comme tel, qui dénonce entre autres les attaques dont elle a fait l’objet sur l’antenne, sans citer Martin Winckler, mais en le citant sur leur site. Alors, il faut s’arrêter là parce que c’est quand même une chose importante. Il faut savoir qu’en radio, le droit de réponse est quelque chose de tout à fait exceptionnel. Il est assez courant dans la presse écrite, en radio c’est exceptionnel. C’est absolument exceptionnel, c’est... c’est... moi, je... je n’en ai pas souvenir, alors, euh... j’suis pas tout jeune... Je n’en ai pas souvenir. Donc, alors, euh... Pourquoi ce droit de réponse est-il passé ? Moi j’ai interrogé Hees...

BP : Jean-Luc Hees...

PL : Jean-Luc Hees, oui, et il m’a dit, " eh bien, je l’ai traité comme les autres demandes de droit de réponse. C’est-à-dire que j’ai été voir... " -ce droit de réponse faisait réponse à une chronique du 15 mai dans lequel Martin Winckler avait traité d’un livre- et il dit " j’ai traité ce droit de réponse comme les autres. C’est-à-dire que j’ai été voir le service juridique parce qu’à priori, quand on reçoit un droit de réponse, on est réticent. Hein, euh... les gens nous menacent souvent de procès, " si vous ne passez pas le droit de réponse on vous fait un procès "... j’ai été voir le service juridique. Le service juridique m’a dit, à la lecture du dossier, si nous allons au procès, nous avons toutes chances de perdre. J’ai donc décidé de passer le droit de réponse. " Alors,... Martin Winckler, à qui... d’abord un point : Martin Winckler n’est pas au courant de ce droit de réponse, et quand j’ai parlé de cela avec lui, il m’a dit : " Oh, on avait quand même des biscuits, on avait des billes, on aurait pu se battre. " Euh... Jean-Luc répond à ça, euh... " Oui, Martin Winckler c’est son opinion, mais dans ce genre d’affaires, je pense que le service juridique est quand même celui qui euh... connaît suffisamment les choses pour ne pas nous faire prendre de risques inutiles. " Euh... On en est là.
Là, euh...

BP : C’est très compliqué !

PL : Non, c’est... j’espère que c’est pas trop compliqué, si ? Ca va ?

BP : Non non, mais ça va, mais...

PL : Alors, euh, cet évènement...

BP : Vous avez fait une enquête, une vraie enquête.

PL : Oui, ben... cet évènement du droit de réponse va avoir deux conséquences : la première c’est que Winckler réagit vigoureusement. Il diffuse un mail, il l’adresse à ses amis, et il dit ceci, je cite : "Pour ceux qui en doutaient, la cause est désormais entendue, si Odyssée.... " alors, oui, bon, là .... et ensuite : " Si Odyssée a été annulée par France Inter, c’est parce que ce qui s’y disait ne convenait pas à un groupement industriel très très très influent. "

En envoyant ce mail, Winckler dit qu’il... euh... qu’il voit dans ce droit de réponse la démonstration de la censure. Ses amis vont le relayer, dans ce sens, et bon, euh, donc, les mails vont venir qui font allusion aux laboratoires pharmaceutiques, la chronique...

Alors d’un autre côté, Jean-Luc Hees, lui, il est furieux, parce que, euh... parce qu’un droit de réponse, c’est quand même rude pour un directeur d’une antenne. Parce que passer un droit de réponse, c’est tout simplement avouer qu’on n’a pas fait son boulot. Si on est contraint de laisser quelqu’un dire " Attendez, moi, ce qui a été dit est faux et, euh... je me sens diffamé ", passer le droit de réponse c’est quand même, euh... bon, ben, c’est un constat, c’est un constat qui n’est pas un constat de réussite. Alors, ça, ça, ça, il est clair que ça lui a pas plu, c’est la première fois que ça lui arrive dans sa carrière, donc ça lui a pas plu . Alors, en plus, c’est un papier de... c’est à propos d’un papier de Winckler. Or il se trouve que, il y a eu un premier incident avec Winckler qui datait de la Guerre du Golfe .

BP : Eh oui...

PL : J’espère que vous suivez... depuis la Guerre du Golfe. Au moment de la Guerre du Golfe, Martin Winckler adresse à la rédaction de France Inter, un mail dans lequel il dit : " Vous supprimez des chroniques au profit de la Guerre du Golfe, c’est une drôle de politique, c’est ridicule, y’a pas que la Guerre du Golfe, la vie continue... " et il termine de cette manière : " Si vous maintenez la suppression des chroniques, sans explication valable, -y en a-t-il une ?- vous risquez de voir beaucoup d’auditeurs partir vers d’autres cieux, merci d’entendre ça et de le prendre très au sérieux. " " très sérieusement ", pardon.

Alors, la démarche avait choqué Hees, euh... dans sa forme. Au fond, il dit " je n’étais pas d’accord sur le fond, moi, avec euh ... avec Winckler. Euh, moi je pensais que la priorité devait être donnée à l’Irak, mais on peut débattre de ça. En revanche, ce qu’il n’accepte pas, c’est que, il ne... de ne pas être averti au fond, que Winckler ne discute pas avec lui, mais expédie cela comme ça à la rédaction, en disant " voilà... ", et en s’appuyant d’ailleurs, en disant " Je reçois une vingtaine de lettres de lecteurs qui me disent que ma chronique, etc... "

BP : Y’a deux problèmes, en fait, un problème de fond et un problème de forme.

PL : Absolument. Et là...

BP : Y’a un dialogue qui n’est pas là. Non ?

PL : Là déjà, entre Hees... je pense qu’entre Hees et Winckler, là il se passe quelque chose. D’ailleurs Hees dit à Winckler, dit à Winckler, euh... lui fait le reproche, et Winckler l’admet, puisque il dit, " oui, c’est vrai, j’ai fait une bêtise ", et il propose même de démissionner. Bien. Voilà.

BP : A partir de là que va-t-il se passer ?

PL : Et bien, euh... je dirais simplement que... tout ça... oui alors, Winckler, l’incident de la Guerre du Golfe, Winckler le droit de réponse, est-ce que le droit de réponse c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, euh... Quand je pose la question à Hees il ne dit pas oui, ni non. Alors, qu’est-ce qu’on peut tirer comme leçon de cette affaire ? Parce que bon, voilà les faits.

La première chose que je dirais c’est que c’était un dossier très difficile. Il était pas facile, vraiment, c’était, c’était... c’était délicat de gérer à la fois un droit de réponse, la suppression d’une chronique, au moment même où les laboratoires pharmaceutiques passaient des bull... des annonces publicitaires sur l’antenne. C’était quelque chose qu’il fallait diriger en doigté . Il fallait du doigté pour régler cette affaire. Euh... j’pense qu’on en a un peu manqué. Voilà.

BP : La direction de France Inter en a manqué ?

PL : J’ai l’impression, oui, que la direction à mon avis a manqué de doigté et je pense que des, des... oh, des, des... y’a eu des... des maladresses de commises. Quant aux auditeurs, on peut quand même pas dire qu’ils aient été submergés par l’information, sur c’t’affaire, hein , on va dire ça comme ça. Euh... Ca c’est un peu fâcheux, c’est un dossier qu’il faudrait ouvrir, parce que le temps où on pouvait dire " circulez, y’a rien à voir ", euh... euh... ben c’est fini, quoi, quand même.

Alors je voudrais faire deux remarques et je voudrais maintenant m’adresser aux convaincus, ceux qui sont convaincus que Martin Winckler a vu sa tête coupée pour être offert aux laboratoires pharmaceutiques. Alors, ceux là je vais leur dire une chose, si vraiment c’était ça le but, alors la direction de France Inter s’y est vraiment pris comme un pied ! Parce qu’au fond, y’avait un deal simple à passer. Dès lors que vous pensez que la direction de France Inter est capable de ce cynisme, réfléchissons ensemble, y’avait un deal simple, j’vais vous le dire, le deal : je vous échange le retrait de votre droit de réponse contre le non-renouvellement de la chronique de Winckler. Winckler parle jusqu’en juillet, y’a pas de droit de réponse, y a pas de polémique. Alors vous pouvez considérer que les dirigeants de France Inter sont des salopards, vous les considérez là en l’occurrence comme des salopards, des imbéciles c’est peut-être beaucoup.

Enfin je voudrais dire un dernier mot qui me touche. Parce que accuser les gens, enfin... porter une accusation aussi grave que celle-là, c’est-à-dire de sacrifier un chroniqueur à un lobby, c’est pas de la... ça va plus loin que la polémique. Et c’est, c’est attenter à l’honneur des gens, à l’honneur professionnel et à l’honneur tout court. Les gens de cette direction, Hees et les autres en ont été très profondément blessés. Alors, euh... puisque ces gens qui écrivent cela sont des convaincus je vais leur donner moi, ma conviction : je connais cette maison, je connais... les gens qui font ce... qui la dirigent, et je vais vous dire simplement que ce n’est... cette démarche là, cette pratique, n’est ni dans leur moralité, ni dans leur culture. Voilà ma conviction.

(Fin de transcription)

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