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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

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A quoi reconnait-on qu’on se fait manipuler ?
"Odyssée", France Inter, 12 mars 2003
Article du 27 février 2005

D’abord, une petite fiction.

Un jour, sans prévenir, juste après que son voisin de bureau lui a posé une question anodine, Madame Leblanc, une de vos collègues de travail, éclate en sanglots. Vous allez bien sûr vous enquérir de la cause de ces larmes. Mais Madame Leblanc ne répond pas, cache ses yeux derrière son mouchoir, et sanglote pendant dix minutes. Au bout d’un moment, tout l’étage est alerté et vient voir ce qui se passe ; toutes les personnes accourues, évidemment, s’adressent à Monsieur Lenoir, le voisin de bureau de la femme éplorée (la pleureuse, elle, est en train de déchirer son mouchoir mouillé en lambeaux).

Monsieur Lenoir secoue la tête : il ne sait pas ce qui lui arrive, il ne comprend pas. À la fin, Madame Leblanc finit par murmurer (tout bas, pour que personne ne l’entende et qu’on lui demande de répéter, ce qu’elle fait avec difficulté, en regardant Monsieur Lenoir du coin de l’œil sans cesser de se cacher derrière son mouchoir) J’avais peur qu’il me fasse ENCORE des reproches.

Toutes les têtes se retournent vers celui qu’elle vient de désigner et la question fuse : Monsieur Lenoir, comment pouvez-vous être aussi dur avec elle ?

L’affaire est entendue : Monsieur Lenoir est un sadique, qui harcèle cette pauvre femme sans arrêt, la terrorise et la fait pleurer à tout bout de champ. Tout l’étage le regarde à présent de travers. Pour peu que l’accusé se révolte et proteste de son innocence, la malheureuse victime se remet à sangloter de plus belle et à présent, tout le monde est persuadé que Monsieur Lenoir est un affreux jojo. Or, Monsieur Lenoir n’a rien fait. Et vous venez d’être victime d’une manipulation.

Je rassure tout de suite les auditrices, dans l’exemple qui précède, il s’agit d’une femme, mais les manipulateurs appartiennent indifféremment à l’un ou à l’autre sexe. La scène que je viens de décrire synthétise les procédés que le manipulateur utilise pour exercer son emprise. Il refuse la communication (ici, en pleurant), ce qui interdit tout dialogue ; il attire l’attention en affichant sa douleur ; il prend l’entourage à témoin, en faisant projeter sur ses larmes tout ce qui passe par la tête des témoins ; il dénigre la personne qu’il veut faire tourner en bourrique (ici, en suggérant que cette personne lui fait des reproches en permanence) ; il la pousse à la faute (ici, à la colère) afin de la faire passer pour l’agresseur.

Et c’est là qu’interviennent les projections de l’assistance : une personne qui affiche sa souffrance apparaît à coup sûr comme étant une victime. Celui ou celle qui se défend de l’avoir martyrisé, qui cherche à toute force à se justifier et finit par perdre son calme est forcément coupable...

La manipulation, on le voit, ne s’exerce pas sur une seule personne, mais sur tout l’environnement. Par quel biais ? En agissant sur nos points faibles : nos sentiments de culpabilité, nos scrupules, notre sens des responsabilités. Celui ou celle qui fait directement les frais de la manipulation, ne peut être la victime du harcèlement manipulateur que s’il ou elle est animé de sens moral. Il est impossible de harceler un cynique ou une personne dénuée d’empathie. Vous comprendrez également qu’il n’est pas possible pour un manipulateur de harceler une personne (son conjoint, son collègue, son associé, son enfant) sans que, d’une manière ou d’une autre, l’entourage - lui aussi manipulé - ne prenne fait et cause pour le bourreau travesti en victime apparente...

Bien qu’ils soient très nocifs, les manipulateurs pathologiques sont relativement peu nombreux dans la population. Il y a donc très peu de chances pour que vous soyez vous-même la victime directe d’un manipulateur. Mais regardez autour de vous. De qui prenez-vous la défense ? De qui épousez-vous la cause ? Qui vous demande d’agir en sauveur ou en soutien ? Quels sont les soi-disant « salauds », les soi-disant « bourreaux » que vous avez condamnés sans appel, sur la foi d’un seul témoignage, celui d’une soi-disant « victime » ? Etes-vous sûr que, sans le vouloir, et en toute bonne foi, vous n’êtes pas manipulé ?

Il n’y a qu’une seule manière de ne pas être manipulé, et c’est la suivante : dans un conflit, quel qu’il soit, écoutez les deux points de vue, et regardez, regardez bien. Mais surtout, ne prenez pas parti. Proposez une médiation. Si les deux adversaires accueillent l’idée de médiation avec soulagement, vous avez affaire à des personnes de bonne foi. Si la victime apparente refuse catégoriquement la médiation et tente de vous convaincre par la séduction, la colère ou les larmes, d’épouser sa cause, vous avez peut-être bien affaire à un manipulateur.

Lectures conseillées :

- Le harcèlement moral, de Marie-France Hirigoyen (Ed. Pocket)
- Le site de Marie-France Hirigoyen
- Les manipulateurs sont parmi nous et Les manipulateurs et l’amour de Isabelle Nazare-Aga, (Editions de l’Homme)
- Comment gérer les personnalités difficiles de François Lelord et Christophe André (Ed. Odile Jacob)
- Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens , RV Joule et JL Beauvois (Presses Universitaires de Grenoble)

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