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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

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Qu’est-ce qu’une projection psychologique ?
"Odyssée", France Inter, 11 mars 2003
Article du 9 février 2005

Le mot « projection », quand on le dit isolément, fait penser à une séance de cinéma : on s’assoit dans la salle, la lumière s’éteint, le rideau s’ouvre, un pinceau de lumière va baigner l’écran et le film commence. Eh bien, la projection psychologique, c’est la même chose, avec quelques petites variantes : la salle obscure, c’est notre cerveau, la toile blanche de l’écran, c’est une personne qui nous fait face ; et le film, ce sont les images que nous avons dans notre inconscient.

On « projette » sur quelqu’un quand on lui attribue des qualités, des défauts, des intentions qu’il n’a pas en réalité. C’est un phénomène banal, presque quotidien : votre chef de service fait la gueule ce matin au moment où vous arrivez. Vous attribuez cette grise mine au fait d’avoir quitté le bureau hier avec une demi-heure d’avance, et vous l’entendez mentalement penser : « Tu vas voir, mon vieux, je t’aurai. » Ou encore, votre fille rentre du lycée en pleurant et se précipite dans sa chambre en claquant les portes ; vous vous dites qu’elle a raté le devoir de maths (ou de français) qu’elle devait faire en classe ce matin et qui vous turlupinait depuis plusieurs jours car vous aussi vous étiez nul en maths et en français à son âge.

En réalité, vous avez tout faux : votre chef de service venait d’apprendre que le carburateur de sa voiture devait être changé ; quant à votre fille, son devoir de français (ou de maths) a été repoussé d’une semaine mais elle vient d’apprendre que sa meilleure copine a couché il y a six mois avec son copain à elle. Autrement dit : une projection psychologique, ça consiste bien à se faire du cinéma, mais avec un scénario maison, et en faisant jouer à ceux qui nous entourent les rôles que nous leur écrivons sans nous en rendre compte.

C’est dire que la projection psychologique est le moyen le plus sûr de se fourrer le doigt dans l’oeil. La personne objet de la projection peut bien sûr être étrangère à votre entourage ; il est sain de ne pas aduler ceux qui veulent se faire passer pour des stars, mais la colère, la méfiance, l’agressivité irrationnelles que l’on éprouve parfois pour un personnage public sont toujours suspectes d’être le résultat d’une projection. Car la projection, c’est une manière d’habiller - je devrais dire, de travestir - une personne avec qui nous nous trouvons d’étranges points communs et que nous chargeons de sentiments coupables dont nous ne voulons pas admettre la présence en nous-mêmes.

Plus ces sentiments sont puissants, plus la projection est forte, et plus l’agressivité croît en conséquence. Par exemple, au hasard, lorsque certains auditeurs attribuent à l’auteur d’une chronique de trois minutes sur France Inter des pouvoirs considérables comme celui de transformer à lui tout seul leurs enfants en consommateurs effrénés de cannabis et de séries télévisées en version originale, ça, c’est une pure projection. Surtout quand on sait que le type en question a un contrat renouvelable tous les trois mois et fait ses chroniques de chez lui en pantoufles...

Les conséquences sociales les plus extrêmes des phénomènes de projection sont la chasse aux sorcières, la censure, et la guerre. Un groupe humain accuse un autre groupe humain de vouloir le dominer ou l’agresser. Et, sans attendre d’en avoir la moindre preuve, il cherche à le dominer ou à l’éliminer à titre soi-disant « préventif ». C’est l’inquisiteur ou le censeur qui, torturé par ses propres fantasmes ou frustrations sexuelles, reproche les pires turpitudes à Madame Bovary de Flaubert, à La Religieuse de Jacques Rivette, à la Dernière tentation du Christ de Scorcese, ou à n’importe quelle émission de télévision où l’on prononce le mot sexe. Et ne parlons pas du politicien qui en accuse un autre de vouloir éradiquer la planète à coups d’armes de destruction massive.

Les projections, qui illustrent parfaitement le sage proverbe enfantin « c’est çui qui l’dit qui y est » sont utilisées comme des armes redoutables, quotidiennement, par des individus moins puissants mais tout aussi nocifs que les grands de ce monde et qui nous pourrissent la vie j’ai nommé : les manipulateurs. Qu’est-ce qu’un manipulateur, comment le reconnaître et comment lui échapper ?

(A suivre...)

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