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Pour Hippocrate, un médecin décide à la place des gens...
Texte de la chronique d’ArteRadio.com
Article du 3 février 2005

Ecoutez la chronique sur ArteRadio.com

Le serment d’Hippocrate...
On dit toujours que c’est quelque chose de central dans l’exercice de la médecine, que tous les étudiants en médecine prêtent serment, et prêtent le serment d’Hippocrate avant de devenir médecins.

Alors c’est vrai, c’est d’ailleurs un truc extrêmement ancien, bien entendu, puisque justement Hippocrate, c’est quand même la Grèce antique, mais en général on ne sait pas quel est le contenu du serment. Donc je vais vous le lire, et puis on va en parler un peu.

Le serment commence par : "je jure par Apollon, médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, tous les dieux et toutes les déesses, je les prends à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et engagement suivant..." Donc c’est un serment qui, bien entendu, est une sorte d’équivalent de l’époque de jurer sur la Bible comme on le voit faire dans les séries télévisées américaines aujourd’hui. C’est un serment religieux.

"Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins." Ce qui indique que celui qui vous a enseigné la médecine est aussi important que les gens qui vous ont donné le jour. Ce qui est tout de même extrêmement grave, extrêmement sérieux.

"Je tiendrai ses enfants pour des frères et s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement." Ce qui sous-entend qu’on transmet la médecine aux enfants de ses maîtres et non pas aux autres...

"Je la leur enseignerai sans salaire ni engagement, je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et serment suivant la loi médicale, mais à nul autre." Ce qui indique qu’il y a une notion de secret dans cet art et dans ce serment.

"Je dirigerai le régime des malades à leur avantage suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice." Ça aussi, c’est intéressant, parce que ça présuppose que le médecin décide à la place des gens de ce qui est bon pour eux, et qu’il décide aussi de ce qui est bon ou mauvais... S’il s’abstient de tout mal et de toute injustice, c’est donc à lui de définir ce qui est le mal et l’injustice.

"Je ne remettrai à personne du poison si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion." Autrement dit : je n’aiderai personne à tuer, ou, bien entendu, à mettre fin à ses propres jours.

"Semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif." Un pessaire, c’était un petit objet, ou une décoction, que les femmes pouvaient se mettre au fond du vagin pour se faire avorter. Dans le serment d’Hippocrate antique, il y a la notion que les médecins ne doivent pas pratiquer l’avortement.

"Et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté." Même remarque que pour le mal et l’injustice.

"Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille..." Il s’agit de l’ablation de la vessie. Alors on se demande ce que ça vient faire là, il est probable qu’historiquement ça devait avoir une importance très grande.

"Dans quelque maison que je rentre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait, et de tout acte volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons libres ou esclaves." Là, soit dit en passant, Hippocrate nous rappelle que, dans la Grèce antique, on pouvait séduire indifféremment les filles ou les garçons, et que le rôle du médecin peut l’amener à avoir un comportement séducteur, donc un comportement de pouvoir, qui est susceptible de lui obtenir des faveurs sexuelles de la part des gens dont il s’occupe.

"Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l’exercice, ou même hors de l’exercice de ma profession, je le tairai, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas." Là encore, on présuppose que le médecin est seul apte à décider ce qui est bon à dire ou à garder pour lui-même.

"Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes. Et si je le viole et que je me parjure, puissai-je avoir un sort contraire."


Je viens d’écouter votre rubrique sur arteradio et comme je suis (très) curieuse et que vous m’avez (encore une fois) intriguée avec cette histoire d’opération de la taille, j’ai cherché une explication et voici ce que j’ai trouvé :
- toutes les traductions ne sont pas les mêmes , pour certaines la phrase est un peu plus longue et fait référence à des spécialistes plus à même de régler le problème :
Lien de référence : http://www.bmlweb.org/serments_medicaux.html

"Je ne taillerai pas les calculeux et je laisserai cette pratique à des professionnels." Traduction littérale de M. Riquet et E. des Places

ou

"Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent." Traduction d’É. Littré. (1844)
- une des explications possibles est argumentée dans le dernier paragraphe de la page 13 de ce lien : http://www.cegep-fxg.qc.ca/bi/Fichiers/CBelanger.pdf
- d’autres sites donnent comme explication l’impossibilité d’effectuer cette opération en gardant le patient en vie.
R.

PS : vous pouvez trouver le texte en Grec à cette adresse : http://www.ordomedic.be/eed%20hippo.pdf

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