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Formation des soignants : une concertation entre étudiants, enseignants et citoyens est-elle possible ?
par Martin WInckler
Article du 22 février 2005

Une étudiante en médecine de Tours m’a écrit la lettre suivante. Dans la mesure où cette lettre ne m’était pas seulement adressée à moi, mais aussi et surtout au doyen de la faculté de médecine où elle étudie, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser cet appel à l’aide sans écho.
Cette étudiante pourrait être ma fille, je suis un citoyen qui paye des impôts servant, entre autres, à former les jeunes gens, je suis un soignant qui a des choses à dire sur mon métier et la manière dont on l’exerce. Je me suis donc mêlé de ce qui me regarde en écrivant à mon tour au doyen (ma lettre suit celle de l’étudiante) pour lui transmettre cet appel à l’aide...

MW


Cher Martin Winckler

C’est le deuxième message que je vous envoie à la suite de la lecture d’un de vos livres. Celui ci est d’une autre nature, il est destiné au médecin, et moins à l’écrivain. Il s’adresse à celui qui a subi les études de médecine, et qui y a survécu.

Je suis en D4 [1] à la fac de Tours (et oui comme vous !), j’étais dans l’amphi quand vous êtes passé il y a quelques années, et je partage la vision que vous avez de la médecine. Je viens de lire En soignant, en écrivant, et c’est pourquoi j’ai pensé à vous pour évacuer tout ce qui va suivre...

A Tours, les étudiants sont à bout. L’internat pour tous impose un rythme de travail auquel tous ne peuvent pas se soumettre. Les résultats pitoyables de la fac de Tours l’an dernier mettent le doyen sous pression (et oui, le fameux prestige...), et celui-ci nous le rend bien, merci.

L’absence d’homogénéisation des emplois du temps des facultés de médecine françaises nous parait être une explication valable à cet état de fait, mais l’administration n’est pas de cet avis. "Vous ne travaillez pas assez". Voilà l’explication. "Nous n’en avons pas les moyens". Voilà notre réponse. Les matinées de stage jusqu’à 14h, les week end à l’hôpital, les gardes tous les dix jours (sans repos compensateur) pour certains, nous permettent certes d’être de bons praticiens, mais ne nous laissent pas le temps d’être des "bêtes de concours".

J’aime la médecine, je sais que je suis faite pour ça. J’aime mettre ma blouse chaque matin et soigner. Je respecte le choix de la fac de privilégier les stages, car c’est une source de savoir irremplaçable. C’est une source de motivation aussi. Mais que la fac assume ce système et fasse pression pour le mettre en place pour tous les étudiants en médecine de France. Le concours est national, les modalités de passage et les chances se doivent d’être les mêmes pour tous. La qualité de la formation aux soins aussi.

Hélas, le fait est que la situation va se durcir, que les cours vont devenir obligatoires sous peine de sanction, qu’il va y avoir des redoublants, et du rattrapage. Le fait est que les stages ne s’allègent pas, que les gardes se répètent au même rythme, et qu’on nous répète inlassablement qu’il faut travailler, travailler travailler. Pour le prestige. Pour faire mieux que l’an dernier.

J’aime soigner, et mon souhait le plus cher est d’être un bon médecin, et je sais que je suis sur la bonne voie. Parce que je fais de mon mieux, parce que je connais mes limites, parce que j’aime mes patients, tous mes patients, parce que je vais en stage chaque matin. Et tous les externes de Tours sont comme moi. Nous savons parler aux malades, nous savons comment les toucher, nous apprenons à expliquer, à répondre aux questions et à faire face aux angoisses. Nous avons une bonne formation. La fac devrait être plus fière de nous... Même si nous ne sommes pas "les premiers..."

M. 


Après avoir lu ceci, j’avais envie de dire une chose très simple : la France maltraite les soignants en formation en leur imposant simultanément une formation indispensable et un concours national discutable, elle méprise les futurs médecins en les menaçant de leur imposer de force une installation dans des conditions insensées, elle foule au pied le travail des généralistes comme vient de le faire Douste Blazy avec sa nouvelle convention. Si cela continue ainsi, plus personne ne voudra soigner ni apprendre à soigner dans de telles conditions. A l’heure où l’Europe - dont on nous rebat les oreilles - s’ouvre à tous, beaucoup de médecins (déjà installés ou sur le point de le faire) risquent de trouver plus gratifiant d’aller travailler ailleurs. Bref, si ça continue, bientôt, il n’y aura plus de médecins en France.

Il n’y a d’ailleurs pas qu’à Tours que les étudiants se sentent mal. Lisez la lettre de N. étudiant à Rouen...


Pour ne pas en rester aux déclarations, j’ai écrit au doyen de la faculté de médecine de Tours, le message suivant :

Cher Dominique Perrotin
Je m’appelle Marc Zaffran. Nous ne nous connaissons pas, mais nous avons au moins une chose en commun : j’ai fait mes études à Tours, pendant les années 70. Bien que je ne vive plus à Tours (mais je ne suis pas loin : j’exerce dans la Sarthe), ce qui se passe à la faculté m’a toujours intéressé. Et avant tout parce que j’y ai rencontré des médecins qui m’ont appris mon métier et auxquels je voue une grande admiration, et une grande reconnaissance : les Pr Brizon, Weill, Vargues et Giniès mais aussi Yves Lanson et Philippe Bagros, avec qui je suis toujours en contact régulier depuis 30 ans.

Parallèlement à mon activité de médecin, je suis écrivain sous le nom de Martin Winckler. J’ai publié un certain nombre de livres, et le dernier en date "Les Trois Médecins" (POL, 2004) parle des études de médecine dans les années 70. Il est évidemment très critique avec la forme de ces études (qui a changé, depuis - mais pas autant que je l’aurais souhaité), en dénonçant ceux qui maltraitent les étudiants, mais il parle aussi de manière très positive de ceux qui forment les étudiants par l’exemple et par les encouragements (Vargues, Giniès, Lanson et Bagros ont inspiré quatre personnages du roman).

Depuis que je publie, je reçois beaucoup de lettres d’étudiants en médecine. J’en ai reçu une hier, d’une étudiante de Tours.

Cette lettre m’a beaucoup frappé par la douleur qu’elle exprime. En la lisant vous comprendrez pourquoi. Il me paraît important de vous la transmettre, car au fond elle vous est destinée, et je n’imagine pas qu’après l’avoir lue, vous soyez insensible à ce qu’elle dit. Et même, je suis persuadé du contraire. En me parlant de vous Philippe Bagros m’a dit que vous êtes "quelqu’un de solide, et qui croit à ce qu’il fait". C’est ce qui m’a donné envie de vous écrire.

Et je ne vous la transmets pas de manière accusatrice ou agressive, mais au contraire parce que j’ai du respect pour ceux qui forment les étudiants - et encore plus pour celui qui a la lourde tâche de diriger les formateurs et la formation.

La formation des étudiants me préoccupe depuis longtemps (depuis que j’ai fait mes études) et bien évidemment, elle m’a poussé à écrire plusieurs livres qui, semble-t-il formulent nombre de questions et de difficultés rencontrées par beaucoup de nos confrères, et par beaucoup d’étudiants. Depuis quelques années, je suis souvent invité dans les facultés françaises (mais aussi en Belgique, aux Pays-Bas, aux USA, au Canada) pour parler aux étudiants et aux soignants intéressés non seulement par l’éthique du soin, mais aussi par les questions soulevées par la formation des soignants. Dans un récent message, Philippe Bagros évoquait l’éventualité que je me joigne à l’enseignement à la rentrée 2005 en proposant un certificat optionnel destiné aux P2 D1. Je serais évidemment ravi de pouvoir le faire, mais auparavant j’aimerais, si vous en avez le temps un jour, venir parler de tout cela avec vous. En tête à tête, de soignant à soignant.

Non pas pour me mêler de votre mission ou m’immiscer dans les affaires de la faculté, mais pour vous apporter le témoignage d’un observateur extérieur qui n’a pas oublié ce qu’était d’être étudiant, qui en rencontre et en lit/écoute beaucoup, qui sait ce qu’est devenue la médecine hors de l’hôpital, et qui peut je crois vous apporter un éclairage utile.
Car, comme le dit très bien la lettre qui suit, et je suis sûr que vous le pensez aussi, ce qui compte aujourd’hui, n’est-ce pas de former de bons soignants ? Des soignants solides, et qui croient à ce qu’ils font, parce qu’ils sont soutenus et encouragés dans leurs efforts...
Je me tiens à votre disposition.
Très amicalement
Marc Zaffran/Martin Winckler


J’ai envoyé ce message le 21 janvier dernier. A ce jour, je n’ai pas reçu de réponse, ni même d’accusé de réception. La boîte à lettres électronique du doyen de la faculté de médecine de Tours est-elle en panne ? Le doyen manque-t-il de temps pour lire son courrier ou pour y répondre même brièvement ? Je l’ignore... Je pense que je vais lui renvoyer cette lettre par courrier postal. Pour en avoir le coeur net.

Martin W.


[1Sixième année de médecine

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