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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
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Comment se déroule une IVG ?
Echange avec trois lycéens autour d’une question sensible.
Article du 9 janvier 2005

Nous somme lycéens en Terminale ES, et nous devons réaliser un dossier de TPE (Travaux Personnels Encadrés) dont le thème est "les inégalités hommes/femmes", et la problématique exacte "Quelle rôle joue ou a joué la politique dans la réduction des inégalités hommes/femmes ?". Une de nos parties concerne la loi dans le domaine social et inévitablement nous nous sommes posé la question de l’Avortement, de la loi Weil, etc.
Sur les conseils de notre professeur, nous avons décidé de vous contacter afin de vous poser quelques questions en vue de nous éclairer et si possible avancer dans notre recherche.

Au cours de notre recherche, nous sommes tombés sur le site internet d’une association qui est "extrêmement" contre la pratique de l’avortement et qui s’appelle "laissez les vivre", le discours tenu, et les images montrées sont tout simplement choquantes et les techniques expliquées de manière horrible. Il est clair que ces images ont un but provocant évident mais nous voudrions savoir exactement (mais s’il vous plait de manière pas trop scientifique :)) :
- En quoi consistent les pratiques de curetage, d’aspiration, d’avortement par naissance partielle, etc ?
- Jusqu’a quel stade exactement un bébé peut être avorté ? Est-il formé réellement comme le montrent les images ?
- Y a-t-il des séquelles ultérieures à l’avortement pour la femme ?
- Un suivi psychologique a t- il lieu ou la femme est-elle abandonnée a elle même après intervention ?

Nous sommes convaincus que l’avortement est nécessaire à la liberté des femmes et la liberté individuelle, mais ce que nous avons lu est profondément choquant. Nous vous remercions d’avance de bien vouloir répondre à nos questions.
M., G., J.

Effectivement, le site de Laissez-les-vivre a essentiellement pour but de faire peur à tout le monde et de raconter des monstruosités. En pratique (et heureusement) l’IVG est un geste simple, qui ne consiste pas à "découper les foetus en morceaux".
- En quoi consistent les pratiques de curetage, d’aspiration, d’avortement par naissance partielle, etc ?

Le "curetage" n’est pas utilisé pour les IVG en France, c’est une technique chirurgicale qui consiste à "gratter" l’intérieur de l’utérus lorsqu’il contient des tissus qui saignent. On l’utilise de moins en moins, car on soigne de plus en plus souvent les femmes qui ont ce genre de problème avec des médicaments. Mais avant que l’IVG soit autorisée, quand une femme se faisait avorter clandestinement par un médecin, on disait pudiquement qu’elle s’était fait faire "un curetage".

L’aspiration, c’est la technique habituelle d’IVG, qui consiste à aspirer l’embryon (de moins de 12 semaines) avec un tube fin et creux branché sur une machine à aspiration. Cette méthode n’est pas traumatisante pour la femme, et facilitée par le fait que l’embryon est tout petit (à cet âge-là, il n’est pas "formé"). Une aspiration, ça dure quelques minutes. Ca se fait sous anesthésie locale (on "endort" l’orifice de l’utérus) ou générale (on endort la femme).

"avortement par naissance partielle", là je ne vois pas ce que vous voulez dire (où avez-vous lu le terme ?). Je peux seulement vous dire que lorsque l’IVG est autorisée au-délà de 12 semaines (en Angleterre, en Hollande), on le pratique en provoquant une "fausse couche" du foetus : des médicaments contractent l’utérus, et le foetus est expulsé, sans qu’on touche à la mère ou au foetus lui-même.
- Jusqu’à quel stade exactement un bébé peut-il être avorté ? Est-il formé réellement comme le montrent les images ?

Au sens strict du terme, on peut avorter à n’importe quelle date. Mais à partir de 26-28 semaines, le foetus peut survivre si on le met en couveuse et sous assistance respiratoire. Voilà pourquoi les Hollandais ne font pas d’IVG au-delà de 26 semaines. Ils ont le sentiment que là, on n’est plus dans le cadre d’un avortement... Quand à la forme, l’embryon a forme humaine à partir de 12 semaines de grossesse. Mais en très petit (10-12 cm de long à 12-14 semaines). Les photographies qu’on montre pour faire peur et culpabiliser sont évidemment grossies, ce qui fausse la perspective... Certes une IVG interrompt la vie, mais pas celle d’un bébé prêt à naître. Et il n’est pas inutile de rappeler que là où l’IVG n’existe pas, l’infanticide (qui existe depuis l’aube des temps) est extrêmement courant. Qu’on ne me dise pas que c’est la même chose...
- Y a-t-il des séquelles ultérieures à l’avortement pour la femme ?

Physiquement, non. Les IVG médicalisées ont été mises au point pour que la femme ne garde pas de séquelles. Quand l’IVG était seulement clandestine, les femmes qui étaient avortées par des gens sans scrupules mouraient de complications (infections généralisées) ou restaient stériles. Le fait d’avoir autorisé l’IVG a évité justement que ce soit dangereux pour les femmes. De plus, 5 femmes sur 6 qui ont recours à une IVG n’y ont recours qu’une fois dans leur vie. Alors invoquer les "séquelles des IVG à répétition" c’est un mensonge, puisqu’il n’y a ni séquelles, ni, le plus souvent, répétition, et que même en cas de répétition de l’IVG, il n’y a pas de séquelles physiques, pas plus que quand une femme fait plusieurs fausses couches spontanées de suite, comme cela arrive parfois.

Vous vous demanderez sans doute ce qui différencie les femmes qui ont recours plus d’une fois à l’IVG. Je vous répondrai que, là encore, c’est variable. Quand il s’agit (et c’est le plus souvent le cas) d’une femme qui a recours deux fios à l’IVG - une fois à 16 ans, une autre à 45 - s’agit-il vraiment d’une "répétition" ? Une personne qui a deux accidents de voiture ou se casse la jambe deux fois à 30 ans d’intervalle est-elle un casse-cou ou un chauffard ? Non, bien sûr. Les accidents existent. Le nombre de femmes qui ont recours plusieurs fois à l’IVG en peu de temps est très, très faible. Le plus souvent, ce sont des femmes dont les conditions de vie (ou l’état psychologique) est si précaire que la grossesse puis l’IVG ne sont que deux des nombreuses épreuves qu’elles traversent au milieu d’épreuves encore plus pénibles. On peut difficilement dire de ces femmes qu’elles utilisent l’IVG comme "méthode contraceptive" (d’autant plus que, souvent, elles ne sont pas du tout seules à décider, ni du fait d’être enceintes, ni de ne pas le rester...)

Quant aux séquelles psychologiques, elles sont très variables. La plupart des femmes s’en remettent très bien à condition de pouvoir en parler et de ne pas être culpabilisées. Celles qui en revanche ont été contraintes à avorter (par un mari, par une famille) ont beaucoup de mal à s’en remettre. Non de l’intervention elle-même, mais d’avoir été contraintes. Avorter contre son gré, c’est comme être violé... D’où la nécessité d’accompagner les femmes jusqu’au bout si elles désirent avorter, mais d’éviter à toute force que quiconque les y contraigne.


- Un suivi psychologique a t- il lieu ou la femme est-elle abandonnée a elle même après intervention ?

Là aussi, ça dépend. Des femmes, des centres où elles consultent, des médecins qui les suivent. Dans la plupart des centres on propose de les revoir pour en parler. Mais certaines ne veulent pas (retourner au centre leur rappelle l’IVG) et en parlent à quelqu’un d’autre (un médecin généraliste, un(e) psychologue). Malheureusement, le gouvernement ne donne pas aux centres les moyens d’avoir le personnel (psychologue, en particulier) suffisant.

Je vous conseille un livre qui vient de paraître : "Avorter aujourd’hui", par Olivia Benhamou, ed. Mille et Une Nuits, 2005, qui vous donnera de nombreuses informations sur le sujet.

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