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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum
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Qu’est-ce que tout le monde a contre les gauchers ?
Odyssée, France Inter, 6 février 2003
Article du 21 novembre 2005

En vieux français, la gauche se disait « senestre » ce qui a donné le mot sinistre. Et quand vous dites de quelqu’un qu’il est gauche, ou qu’il a deux pieds gauches, ça veut tout dire. De fait, dans le monde entier, pendant très longtemps, les gauchers ont eu mauvaise réputation. [1]

Pendant des siècles, l’église catholique a accusé les gauchers d’être des suppôts du diable. D’ailleurs, dans l’Evangile, n’est-il pas dit que Dieu séparera les bons des méchants en plaçant les uns à droite et les autres à gauche ? Dans les pays arabes, la main droite est celle de la pureté, la gauche celle des gestes impurs. Au Japon, le fait pour une femme d’être gauchère a longtemps été un motif de divorce. Les femmes Maori tissent leurs habits de cérémonie de la main droite de crainte que la main gauche ne profane le vêtement, etc.

On estime que la proportion de gauchers dans la population est toujours à peu près stable et comprise entre 10 et 15 %. On trouve plus de gauchers parmi les blonds aux yeux bleus, les eskimaux et les indiens Kawkiutl de Colombie britannique. Et il y a plus de garçons gauchers que de filles gauchères. Etre gaucher ne se réduit pas au fait d’écrire de la main gauche, comme les droitiers semblent le croire, mais peut aussi s’accompagner d’une perception différente des formes et de l’espace.

D’ailleurs, la latéralisation - c’est à dire le fait d’utiliser une main plutôt que la main opposée pour un nombre plus ou moins grand d’activités - est très variable d’un individu à l’autre, et on peut être absolument gaucher, absolument droitier ou ambidextre à divers degrés.

Pourquoi est-on droitier ou gaucher ? Eh bien certaines théories récentes postulent que la latéralisation se transmet un peu comme la couleur des yeux. Le gène « droitier », dominant, s’exprimerait plus souvent que le gène « gaucher » récessif. Cette théorie semble confirmée par l’observation : pour deux parents droitiers, la probabilité d’avoir un enfant gaucher est de 2%, tandis qu’elle est de 17% quand un des deux parents est gaucher, et de 46% quand les deux parents sont gauchers.

Malgré leur proportion importante et la disparition progressive des préjugés, aujourd’hui encore, les gauchers rencontrent beaucoup d’obstacles sur leur chemin : il est ainsi presque impossible de trouver des claviers d’ordinateur avec pavé numérique à gauche ou tout simplement des ciseaux, des tire-bouchons et autres instruments domestiques pour gauchers. Et lorsque ces produits existent, ils sont plus chers que l’équivalent pour droitiers.

En musique aussi, le gaucher est désavantagé, selon l’instrument dont il joue. Bon, je ne parle pas du piano, mais on ne fait pas de violon pour gaucher, et on apprend aux enfants gauchers à jouer comme les droitiers. Heureusement, grâce à Jimi Hendrix - qui avait appris à jouer sur une guitare de droitier en montant les cordes à l’envers - et à Paul McCartney, on trouve aujourd’hui des guitares de gaucher.

Ce qui est singulier, c’est qu’on trouve beaucoup de gauchers dans les sports d’affrontement : près de 30 % des joueurs de ping-pong et jusqu’à 50 % des escrimeurs pratiquant le fleuret sont gauchers. Ce qui me rappelle que, quand on était gamins, mon frère et moi, au club d’escrime de Pithiviers, on avait un copain, Jean-François dit Nono, qui était gaucher. Il était quasiment imbattable et on disait bêtement que c’était parce qu’on était désavantagés : nous, qui étions droitiers et qui apprenions l’escrime avec un maître d’armes droitier, quand on se retrouvait face à Nono, on prenait la pile ; alors que lui, qui apprenait aussi toujours contre des droitiers, n’était jamais en difficulté face à nous.

Alors, on attendait les compétitions, en se disant : si Nono tombe contre un autre gaucher, là, on va rigoler. Et bien on ne rigolait pas, parce que souvent il gagnait quand même, Nono. Pas parce qu’il était gaucher, mais parce qu’il était vachement bon. Et nous, on était quand même vachement contents qu’il gagne.

Illustration : de trop nombreux instituteurs apprennent encore aujourd’hui aux enfants gauchers à tenir la feuille sur laquelle ils écrivent à la manière des enfants droitiers... Dans ces (mauvaises) conditions, l’apprentissage de l’écriture est beaucoup plus complexe.
(source : Rosemary West’s Left-Handed World)


[1Le fait que nous ayons en ce moment une gauche sinistre n’est, malheureusement, pas un pléonasme mais une calamité...

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