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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

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Qu’est-ce que la filiation des personnages ?
chronique du 24 janvier 2003
Article du 26 janvier 2005

Un écrivain invente un personnage. Et puis, un autre écrivain s’inspire plus ou moins ouvertement de ce personnage pour en créer un deuxième. Il ne s’agit pas de plagiat, car les personnages sont différents, mais le second partage avec le premier des traits que l’auteur enrichit à sa manière.

Pour vous éclairer, je vais vous donner deux exemples. Le premier est celui du Mouron Rouge. Inventé au début du vingtième siècle par une noble hongroise, la Baronne Orczy, le Mouron Rouge est un Lord anglais, Sir Percy Blakeney, qui vient au secours des Aristocrates français pendant la révolution, et qui les tire des griffes des affreux révolutionnaires grâce à son art du déguisement et à son sens de la surprise. Ses aventures, publiées à Londres, rencontreront un succès immédiat après avoir été mises en scène au théâtre en 1904.

Quinze ans plus tard, en 1919, un autre héros fait son apparition en Amérique dans un roman à deux sous intitulé La malédiction de Capistrano. Comme le Mouron Rouge, il porte un masque et une cape, il apparaît et disparaît sans prévenir et vient au secours des opprimés - qui, en l’occurrence, sont les peones opprimés par de riches fermiers, quand la Californie était encore une colonie espagnole. L’auteur de ce roman, Johnston McCulley, est auteur de romans populaires. Son nom ne vous est probablement pas familier, mais celui de son héros ne vous est pas inconnu : c’est Zorro, le renard, défenseur des opprimés.

La parenté entre Zorro et le Mouron Rouge est attestée par McCulley lui-même, qui avait lu l’œuvre de la Baronne, (et par une parodie cinématographique, Zorro the Gay Blade (en français La Grande Zorro). Dans cette comédie datant du début des années 80, Zorro (Guy Hamilton), a un frère jumeau, Bunny, grande folle qui joue du fouet et s’habille dans d’invraisemblables vêtements fuchsia, dignes du Mouron Rouge...

Cette généalogie ne s’arrête pas là. En 1939, un jeune dessinateur de comic-books, Bob Kane, invente un autre personnage de justicier, un jeune homme qui, lorsque ses parents meurent assassinés sous ses yeux dans la rue, jure de combattre le mal. Ce jeune homme s’appelle Bruce Wayne, il porte un masque et une cape noire plus sinistres que ceux de Zorro ; et son modèle n’est plus le renard, mais la chauve-souris ; il s’agit, bien sûr de Batman. Son créateur, à son tour, s’inscrivait explicitement dans la filiation de Zorro par un détail révélateur : le jour où les parents du héros sont assassinés, ils sortent du cinéma où ils ont emmené leur fils voir Le signe de Zorro, de Rouben Mamoulian.

Le second exemple de filiation des personnages est celui de Mowgli, l’enfant recueilli par les loups dans le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. Lequel déclarait à propos de ceux qu’il avait inspirés : « Mes ‘Livres de la Jungle’ ont engendré des zoos entiers, mais le génie des génies est celui qui a écrit [...]‘Tarzan des singes’ ».

L’auteur de Tarzan, Edgar Rice Burroughs, se défendait d’avoir été inspiré par Kipling. Il ne le reconnut explicitement qu’une seule fois, dans une lettre à un universitaire. Le plus souvent, il disait avoir pensé, pour créer son personnage, à Romulus et Rémus ou à d’autres enfants trouvés. Il est vrai, par ailleurs, que Tarzan s’aventure plus loin que Mowgli : il grandit, part à la recherche de ses origines, et ses combats sont ceux d’un adulte. Mais - comme dirait Tantor l’éléphant - deux détails ne trompent pas. Tarzan, comme Mowgli, parle aux animaux et les comprend. Et puis, les deux héros ont le même ennemi juré : le Tigre. Le seul hic, c’est qu’il y a des tigres en Inde, mais pas en Afrique. Et c’est seulement dans les toutes dernières éditions des aventures de Tarzan que Burroughs corrigea cette erreur qui révélait son inspiration réelle.

Pour en savoir plus : Numéro spécial "Le Livre de la Jungle" de la revue National Geographic France, Janvier 2003.

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