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Joséphine était-elle créole ?
"Odyssée", France Inter, 3 Janvier 2003
Article du 28 novembre 2004

Les auditeurs de cette chronique m’envoient régulièrement des remarques, pour préciser mes informations ou m’expliquer que je me suis trompé. Je modifie alors en conséquence le texte affiché sur la page internet d’ Odyssée. Eh bien, j’ai écrit la chronique de ce matin pour corriger une de mes erreurs, publiée ailleurs.

J’ai récemment écrit dans un article de la revue Synopsis que Joséphine de Beauharnais était créole et que son rôle dans le Napoléon de France 2, aurait donc dû être interprété par une actrice antillaise, et non par Isabella Rossellini.

Créole, oui, m’écrivait hier soir un lecteur, mais on appelait créole à cette époque les Européens installés dans les îles. Joséphine était fille de planteurs français. Ce n’était pas une femme de couleur. Donc, il n’était pas anormal qu’Isabella Rossellini interprète son rôle. Il poursuit : En fait, le terme [créole] est unanimement mal interprété dans le sens d’indigène, autochtone ou métis.

Je me suis évidemment précipité sur mon petit Robert. Le mot créole désigne : 1. une personne de race blanche née dans les colonies intertropicales, notamment les Antilles. 2. les pays tropicaux à colonisation blanche et esclavage noir. 3. le système linguistique de ces pays. Le mot « créole » a même un quatrième sens, celui de grand anneau d’oreille. J’ai remercié le lecteur de m’avoir corrigé et, le rouge de la honte au front, je me suis demandé comment, grands dieux, j’avais pu imaginer que Joséphine était noire ou café au lait ?

Certes, comme tout le monde j’ai mal interprété le mot créole, mais les portraits de Joséphine croisés dans les livres ou les musées auraient dû me faire réfléchir. Alors, quoi ? Eh bien, nos préjugés sont le produit des idées reçues collectives et de constructions mentales plus personnelles. En y réfléchissant un peu, je me suis rendu compte que j’avais toujours eu une certaine sympathie pour Joséphine, cette belle femme née en Martinique qui conquit le cœur de ce rustre de Bonaparte et fut répudiée parce qu’elle n’avait pas pu lui donner d’enfants. Il y avait quelque chose d’émouvant et d’injuste dans le destin de cette femme, et l’équation Martinique + beauté + injustice s’était incarnée pour moi dans l’image d’une Joséphine café au lait que le mot créole n’avait fait que conforter. Hier soir, hélas, je n’ai pas seulement fait mon deuil de la pseudonégritude de Joséphine, mais aussi celui de ma sympathie pour elle. Et voici pourquoi.

Avant l’abolition définitive de l’esclavage, votée en 1848 à l’instigation de Victor Schoelcher, la Société des Amis des Noirs, fondée en février 1788 par Brissot et qui comptait parmi ses membres l’Abbé Grégoire, Condorcet, La Fayette et Mirabeau, avait obtenu une première fois cette abolition par la Convention en février 1794. Seulement, cette extraordinaire avancée des droits de l’homme fut rayée d’un trait de plume après le coup d’état du 18 Brumaire par un certain Bonaparte qui interdit les mariages mixtes et l’entrée en France des gens de couleur et rétablit la traite des esclaves. Comme par hasard, ce monsieur prit ces décisions éclairées peu après avoir épousé Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, veuve Beauharnais... et fille de planteurs blancs de Martinique.
Décidément, ma sympathie pour Joséphine était bien mal placée ! J’ai entendu dire qu’à Fort-de-France, la statue de l’impératrice est régulièrement décapitée. A présent, je comprends pourquoi...

Après avoir lu cette chronique, Rachel, qui vit aux Antilles, m’a envoyé ce texte sur la couleur telle qu’elle est perçue là-bas

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